Brigitte, une nouvelle amie rencontrée via Facebook, m’ayant appris qu’elle animait des ateliers lecture pour les tout-petits, j’ai repensé au plaisir de lire à haute voix des histoires, que ce soit à des adultes ou à des enfants.
C’est dans mon premier poste en bibliothèque que j’ai beaucoup échangé, parlé de mes goûts en matière de lecture, en particulier avec Nic (qui deviendra quelques années plus tard directrice de La joie par les livres) et avec Marie-Odile dite MOV. Ce sont elles qui m’ont fait découvrir Les contes de la rue Broca de Pierre Gripari, un livre d’apparence austère publié à La table ronde. Mes premières expériences de lecture ont été faites en 1974 ou 1975 lors de week-end passés à Sérifontaine chez MOV où le soir, je lisais le soir un conte à Bénédicte et François, ses enfants.
Quand en 1978, je suis parti travailler à Givors, en attendant de trouver un logement sur place, j’ai logé quelques mois chez Eliane une amie lyonnaise dont les enfants Jean-Marc et Nicolas avaient respectivement 7 et 3 ans. J’avais avec Jean-Marc une relation affective privilégiée, l’ayant beaucoup côtoyé de sa naissance à l’âge de 4 ans ; Nicolas lui, qui ne me connaissait pas, était par contre dans une attitude d’hostilité forte à mon égard, car j’arrivais pour prendre, croyait-il la place de son père qui venait de quitter temporairement le domicile conjugal. Il y avait beaucoup de livres pour enfants dans cette famille et j’ai pris très vite l’habitude de leur lire le soir au coucher un album, un conte, une histoire. Puis un jour, j’ai entrepris de leur lire Les contes de la rue Broca. Ce fut un succès avec obligation de lire, relire, et malheur à moi si j’improvisais, très vite ils connaissaient les contes par cœur mais écoutaient avec toujours le même plaisir, les mêmes effrois aux moments cruciaux.
Plusieurs années après, Carlos, Eliane et leurs deux fils sont venus passer quelques jours à Paris où j’habitais alors. Nous sommes allés nous promener dans le Quartier latin et vraiment par hasard, nous nous sommes trouvés dans la rue Broca mais quand j’ai dit que nous allions vers la rue Mouffetard, les deux grands dadais de 12 et 16 ans m’ont pris chacun par une main et se sont mis à me raconter les histoires de Bachir, Nadia, Monsieur Pierre et la sorcière au balai de la rue Mouffetard. J’en étais ému aux larmes.
Fermez les yeux écoutez la rue