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quarta-feira, 17 de novembro de 2010

Rosanna Warren

Rosanna Warren


Leçons de science

Le corps humain est superflu.

Rochester le savait : rentrant chez lui en titubant

après une nuit salace, vannes ouvertes,

testicules fripés, reins lessivés,

les doigts dégoulinants et âcres, il était consumé

par le savoir. Ayant caressé

le mol affaissement de chair, de la côte à la hanche,

il anticipait chevalet, gibet, chaudron, tous les instruments

précis de la question, tout comme

le frisson éloquent et final ; il savait

que les algues vertes de létang ont la chair de poule,

bizarrement agitées ; savait que les Cheveux

du Roi pendillent comme de la dentelle, que le limon aspire

et suinte dune confession de plaisir ;

savait que la vérité est un prisonnier

suppliant sa délivrance.

Encore et encore la fille à la peau luisante,

le garçon au corps satiné doivent prendre la pose

tandis que le savant Amour bégaie, se répète,

chancèle et sembrouille dans ses litanies bâclées

décortiquant la forme pure du corps de cette mort.

Max Jacob à Saint-Benoît

Le square à midi. Feuilles de platane, poussière :

une bourrasque de chaleur éclatante les fait filer ventre à terre.

Même les ombres bruissent. Les Belges sont partis.

Le petit terrier trotte tout seul.

Max pria ici, le grand poseur,

mystique de salon et littérateur,

mais quatorze ans, rappelez-vous, une sacrée pose

pour un dandy parisien.

Il avait un sens infaillible de la scène.

Vous voyez cette âme de pierre qui se déchire

entre diable et séraphin ?

Roman, bien sûr, pour que Max lisse

le joli plumage de son âme ici

dannées de lassitude en années de poussière.

Pas facile pourtant. Quel ennui !

Cette terre plate et chaude, la Loire léthargique ;

De jour, de nuit, de jour : prière, devoir ;

Plus de vision jaune et bleu du Christ sur larbre

(daprès laquarelle de Max), plus de cinémathèque

et films X aux Vierges grondant le « pauvre Max »

(scandalisant les confesseurs),

plus de mystiques esthétisants sur ses traces.

De la poussière seulement, à Saint-Benoît. Le périple

vers Dieu ? Au-delà de la crypte, ce fut la voie

dun ennui à lautre au lit du camp

à Drancy. Là, les Nazis le laissèrent mourir

un vieux Juif malade ? de « mort naturelle. »

Rosanna Warren, deux poèmes extraits de Stained Glass et de Each Leaf Shines Separate, traductions inédites dAude Pivin, version originale en cliquant sur « lire la suite... »


Aude Pivin



Science Lessons

From Stained Glass

The human body is superfluous.

Rochester knew it: lurching home

from a night of swiving and sluicing,

ballocks crumpled, loins wrung out,

fingers dripping and pungent, he was consumed

by knowledge. Having caressed

the soft slippage of flesh from rib and hip,

foreknew rack, gibbet, kettle, all the precise

instruments of quest including

the final, eloquent shudder; knew

pond scum to grow gooseflesh, to be

as freakishly aroused; knew Spanish moss

to dangle as lace, black mud to suck

and ooze with a confession of pleasure;

knew truth a prisoner

begging to be shucked free.

So over and over the glossy girl,

the sleek-limbed boy, must pose

while Love the scientist stutters, repeats himself,

staggers through his garbled litanies

husking pure form from the body of this death

Max Jacob at Saint Benoît

From Each Leaf Shines Separate

The noonday square. Plane leaves, dust:

they scurry in heat shimmering gusts.

Even shadows rustle. The Belgians are gone.

The tiny terrier trots alone.

Max prayed here, le grand poseur,

salon mystic and littérateur,

but fourteen years, remember, that's one hell

of a pose for a Paris swell.

He had an infallible sense of scene.

See that stone soul torn limb from limb

between the devils and seraphim?

Romanesque, of course, for Max to preen

his own soul's pretty plumage here

year after tiresome dusty year.

And still, it wasn't easy. Quel ennui!

This flat, hot land, the sluggish Loire;

daily, nightly, daily: prière, devoir;

no more blue-yellow visions of Christ on the tree

(from Max's aquarelle), no more cinemathèque

blue movie Maries scolding "pauvre Max"

(to scandalize confessors),

no more dandified mystics dogging his tracks.

At Saint Benoît, just dust. The trek

to God? Beyond the crypt, it led

from boredom to boredom to prison camp bed

in Drancy. There, the Nazis let him die

an old Jew with pneumonia? "naturally."



Merci Florence Trocmé et Poezibao!


quinta-feira, 1 de outubro de 2009

excavations, par/by Peter Riley

jeudi 1er octobre 2009/Peter Riley


excavations (extraits)


39.
Parole annulée en musique la mâchoire inférieure enlevée et placée, intacte, sur la cage thoracique, dents vers le bas. Un petit vase en terre cuite fut inséré à sa place, touchant le palais ; son contenu incluait les os d’un petit animal. Lors m’enferma d’une Clef d’Or Tête au Sud face vers le haut, jambes fléchies et tournées vers l’Ouest jeune et mince la main gauche enfoncée dans l’aine, bras droit en travers de la poitrine deux cailloux de quartz jaune arrondis par l’usage juste au-delà des doigts de la main droite, à côté de l’oreille gauche ǀ poix solaire, étoile de glaise, fracture de lame obscure – parole coupée par l’horreur. Mords mon cœur, ciel en trois personnes, et j’irai gagner ma vie, dehors dans les rues et les bars de la terre. Investir dans toute l’astrologie, selon le sursis vigilant de la parole.


39.
Speech cancelled into music the lower jaw removed and placed, intact, on the chest, teeth down. A small pottery vessel was inserted in its place, touching the palate; its contents included the bones of a small animal. And Lockd me up with a golden Key Head to South facing upwards, legs flexed and turned to West young and slender left hand thrust into groin, right arm across chest two yellow quartz pebbles rounded with use just beyond the fingers of the right hand, beside the left ear ǀ sun pitch, clay star, black blade fracture — speechless with horror. Bite my heart, three-personed sky, and I'll earn a living, out in the streets and bars of earth. And spend into the whole astrology, at speech's vigilant reprieve.



53.
Comme tenu dans des mains pâles, encerclé ou retranché, les mains assez ouvertes pour laisser échapper un petit oiseau. Par là les mourants pénètrent le cercle et patiemment se drapent d’oubli et s’allongent dans les orifices préparés, remettant leurs points cardinaux à l’histoire de la race, éclairés par un petit cœur de flamme au plafond. En paix, on pourrait dire, des morphèmes voletant vers le vaste O résonnant, et la neige galbée.


53.
As if held in pale hands, circled or entrenched and the hands open enough to let out a small bird. By which the dying enter the ring and patiently cloak themselves in forgetting and lie down in the apertures prepared, conferring their cardinal points to the history of the race, lit by a small flaming heart on the ceiling. In peace one might say, morphemes fluttering out to the vast resonant O, and the shapely snow.


Peter Riley, Excavations, Reality Street, Hastings, 2004. Traduit de l’anglais par Jean-René Lassalle


Contribution de Jean-René Lassalle


bio-bibliographie de Peter Riley http://poezibao.typepad.com/poezibao/2009/10/peter-riley.html

Index de Poezibao
Une de Poezibao
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Mes remerciements à Florence Trocmé!

quarta-feira, 7 de janeiro de 2009

William Butler Yeats: un poème/ a poem

UNE JEUNE DEMENTE

Cette jeune fille égarée qui improvisait sa musique,
Sa poésie, en dansant sur la rive,
Son âme divisée d’avec elle-même,
Grimpant, tombant elle ne savait où,
Se cachant dans la cargaison d’un navire de ligne,
Les rotules brisées, cette jeune fille, je la dis
Une chose grande et belle, ou encore une chose
Héroïquement perdue, héroïquement trouvée.

Peu importe quel désastre se produisait,
Elle se dressait, blessée, au milieu d’une musique désespérée,
Blessée, blessée, et de sa bouche triomphante,
Parmi les ballots épars et les corbeilles,
Ne sortait aucun son intelligible,
Mais ce seul chant : « Ô affamée de mer, mer affamée. »


A CRAZED GIRL

The crazed girl improvising her music,
Her poetry, dancing upon the shore,
Her soul in division from itself,
Climbing, falling she knew not where,
Hiding amid the cargo of a steamship,
Her knee-cap broken, that girl I declare
A beautiful lofty thing, or a thing
Heroically lost, heroically found.

No matter what disaster occurred
She stood in desperate music wound,
Wound, wound, and she made in her triumph
Where the bales and the baskets lay
No common intelligibile sound
But sang, ‘O sea-staeved, hungry sea ».

William Butler Yeats, "Derniers poèmes", édition bilingue, traduit de l’anglais et présenté par Jean-Yves Masson, Verdier Poche, 2008, p. 319 et 318.


contribution de Tristan Hordé

W.B. Yeats dans Poezibao

Bio-bibliographie http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/04/william-butler.html , L’Escalier en spirale http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/04/poezibao-a-reu.html (parution), extrait 1 http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/04/anthologie-p-12.html , extrait 2, http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/10/anthologie-p-18.html




Index de Poezibao http://poezibao.typepad.com/poezibao/index_gnral.html

Une de Poezibao http://poezibao.typepad.com/

Merci à Florence Trocmé!

quarta-feira, 2 de julho de 2008

Edwin Arlington Robinson - un poème/a poem

Edwin Arlington Robinson



Souvenir


Une maison évanouie que j’ai connue pendant une heure
Par quelque hasard oublié, tout jeune encore,
Jetait des lueurs par une fenêtre surmontée
D’un chèvrefeuille humide de la rosée du soir.
De grands dahlias bordaient obscurément l’allée,
Des hortensias palpaient l’ombre et se balançaient
Férocement ; et au-dessus de moi, parmi
Les phalènes et les mystères, volait, floue, une chauve-souris.


Quelque part au-dedans, de confuses présences
Flottaient : journées fantômes, années qui n’étaient plus.
J’attendais. Entre leurs silences
Un bruit fané, évanescent, se fit entendre ;
Et, bien qu’enfant, je sus qu’il trahissait la voix
De quelqu’un qui était occupé à mourir.





Remembrance



A vanished house that for an hour I knew
By some forgotten chance when I was young
Had once a glimmering window overhung
With honeysuckle wet with evening dew.
Along the path tall dusky dahlias grew,
And shadowy hydrangeas reached and swung
Ferociously ; and over me, among
The moths and mysteries, a blurred bad flew.

Somewhere within there were dim presences
Of days that hovered and of years gone by.
I waited, and between their silences
There was an evanescent faded noise ;
And though a child, I know it was the voice
Of one whose occupation was to die.


Edwin Arlington Robinson

dans Pierre Leyris, "Esquisse d’une anthologie de la poésie américaine du xixe siècle", édition bilingue, Gallimard, 1995, p. 419 et 418.


Contribution de Tristan Hordé


note bio-bibliographique de Edwin Arlington Robinson http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/07/edwin-arlington.html



index de Poezibao
http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/06/index_des_potes.html

Source: http://poezibao.com/

Merci Florence Trocmé de la permission de reproduction dans mon blog!