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quinta-feira, 1 de abril de 2010

Henri Meschonnic

jeudi 1er avril 2010/Henri Meschonnic


Les éditions Arfuyen publient Demain dessus demain dessous, d’Henri Meschonnic, décédé il y a presque un an (le 8 avril 2009)


Ma tête
est un arbre
toutes mes paroles
sont les feuilles
que je caresse
et plus je les caresse
plus elles te parlent
moi
comme un arbre
je dis oui à tous les souffles
c’est ce qui me tient lieu de pensée
sinon que mes racines
parfois me montent à la tête
et je ferme les yeux
sur ce que je suis
moins je sais ce que je dis
moins je sais ce que je suis
plus les paroles me poussent
bientôt je serai
avec toi une forêt



j’entends des cris
ils viennent du bout du monde
ils tournent comme des enfants
autour de moi
chaque cri est un visage
je me vois en eux
je me multiplie en eux
et leurs cris deviennent
mon visage
je ne me reconnais plus
mais plus je les entends
plus je deviens ce que je suis



j’ai besoin du ciel
pour me voir
le ciel est mon miroir
du dedans
je ne sais plus
où mon corps s’arrête
ma tête est sans limite



chaque passant
est un soleil
nous passons
dans la lumière
les yeux fermés
avec l’inquiétude
de ne pas nous reconnaître
dans la foule
je te serre
de tous mes yeux


Henri Meschonnic, Demain dessus demain dessous, Arfuyen, 2010, p. 10, 11, 62 et 63.


Henri Meschonnic dans Poezibao :
Bio-bibliographie <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/03/henri_meschonni.html> (mise à jour le jeudi 1er avril 2010), extrait 1 <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2004/12/almanach_henri_.html> , "Lecture" poétique 2 <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/12/lectures_potiqu_1.html> , extrait 2 <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/03/anthologie_perm_25.html> , lecture à la librairie Tschann déc. 06 (Le nom de notre ignorance, la Dame d’Auxerre) <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/12/rencontre_avec_.html> , sa mort <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2009/04/le-d%C3%A9c%C3%A8s-dhenri-meschonnic.html>



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quinta-feira, 25 de março de 2010

VANITÉS, par ANA TOT

jeudi 25 mars 2010/Ana Tot


Poezibao a publié cette semaine une note de lecture du livre Traités et Vanités http://poezibao.typepad.com/poezibao/2010/03/trait%C3%A9s-et-vanit%C3%A9s-dana-tot-lecture-deric-clemens.html d’Ana Tot.


VANITÉS

I

Tu es vain
si tu penses qu’il est de ton fait de penser ce qui ne se pense pas
de penser pour ce qui ne se réfléchit pas
de croire à ce qui ne croit pas
Laisse chaque chose là où elle se trouve
et dans l’état où elle se trouve accepte-la
Occupe-toi d’être sève quand c’est la sève qui monte en toi
se répand dans tes membres et t’irrigue
Occupe-toi d’être matière inerte quand la poussière
se dépose en toi et te met au repos
Le vent t’emmène au loin ? laisse-le t’emporter
L’eau du lac t’engloutit ? accueille-la
Le gouffre t’appelle à lui ? pénètre-le
Laisse ta pensée s’adonner à la seule pensée
Permets à tes membres d’être seulement
et complètement des membres
à tes pieds d’être des pieds
à la tête d’être une tête
Ne marche pas dans les traces
Ne te retourne jamais sur les tiennes
Ne cherche pas à savoir si tes pas en ont laissées
Si tu avances avance
Si tu veux t’arrêter eh bien arrête-toi
Mais ne fais pas l’un en voulant l’autre
C’est l’univers et le temps qui en seraient contrariés


II

Ne demande pas à la feuille remplie de sève d’être sèche
ni à la fleur séchée d’être irriguée
Tant qu’il y a de la sève ne l’empêche pas
de circuler s’écouler se ramifier
S’il n’y en a plus apprécie la non-circulation
La plante vive côtoie la feuille sèche
sans que leurs destins se mêlent
Chacune est belle et bonne à sa manière
Chacune est un temps un moment un être
Ta vie est faite ainsi alternativement
de sève et de poussière
ne va pas humidifier la poussière sous
prétexte qu’elle se disloque
Le temps de la dislocation viendra
et ce temps est aussi bon qu’un autre s’il se correspond
Ne va pas engluer la sève sous
prétexte qu’elle se répand
Le temps de la dispersion viendra
et ce temps sera le bon s’il advient en son temps

Ana Tot, Traités et Vanités, coll. qoi, le grand os, 2009, pp. 67 et 68.

Ana Tot est née en 1968 en Uruguay. Quinze ans après avoir participé au tournevisme dans les pages de la revue hélice (1992-1994), elle publie deux livres en 2009 aux éditions Le grand os : Mottes Mottes Mottes, un petit volume de 77 micro-poèmes, et Traités et vanités, premier volet d’une série de trois livres réunissant la plupart de ses écrits poétiques.
bio-bibliographie d’Ana Tot http://poezibao.typepad.com/poezibao/2010/03/ana-tot.html
Note de lecture de Traités et Vanités http://poezibao.typepad.com/poezibao/2010/03/trait%C3%A9s-et-vanit%C3%A9s-dana-tot-lecture-deric-clemens.html

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segunda-feira, 22 de fevereiro de 2010

Avrom Sutzkever

lundi 22 février 2010/Avrom Sutzkever


DANS LA HUTTE DE NEIGE

Soleil couchant chemins que bleuit le verglas.
Douces couleurs de somnolence dans mon âme.
Luit d’une hutte dans le val un pâle éclat,
Sous la neige l’ensevelit le soir en flammes.
Aux vitres les forêts-à-prodiges déboulent
De magiques traîneaux tintent en carrousel,
À l’angle du grenier des colombes roucoulent
Et déroucoulent mon visage. Sous le gel
Rayé par des cristaux dont la pointe fulgure,
Presqu’irréel l’Irtich se noue en palpitant.
Sous des coupoles de silence et de froidure
Fleurit ce monde : un enfant de sept ans.


PRIÈRE À SOI-MÊME

À moi-même ainsi qu’à un étranger je colle mon oreille,
Et mes yeux débordants de visions chantantes,
Je me ramifie dans tes profondeurs comme les veines dans le marbre :
Par qui tous tes secrets furent-ils ensevelis ?
Pour qui la musique de tes secrets non révélés ?
Musique de mains et de lèvres. Sons-symboles dans les ténèbres.
Musique de pluie, d’arc-en-ciel. Plus loin, plus loin, plus loin….

Tu es ruche que le feu cerne et je ne puis m’en approcher.
Tu me nourris du bruit brisé de tes abeilles.
Parfois une abeille s’égare, elle vole dans le désert,
Cherche une brindille de chair et la beauté la rend aveugle,
Une autre voudrait embrasser la fleur venimeuse et mourir.

J’écoute et je vois, tous les sons-symboles me sont des aiguilles
Pour recoudre les plaies sur les muscles blancs du papier.
Mais tout cela que j’ai chanté jusqu’à présent me semble pauvre
Comparé aux trésors qu’en moi tu as éparpillés.
Et chaque son est un écho du mystère des profondeurs,
La ruche s’éloigne et se voile encore plus à chaque pas.

Le temps est fait de cire bleue. Elle va fondre goutte à goutte,
Ô silence déshabillé du temps ! Voici que les abeilles
Reviennent déjà de leur long voyage ensoleillé.
Une fois au moins laisse-moi rentrer en moi-même ainsi que le sang dans le sang,
J’attends le coup de dard de leur reine sauvage.


Avrom Sutzkever, in Anthologie de la poésie yiddish, présentation et traduction du yiddish de Charles Dobzynski, Paris, Gallimard, 2000, pp. 528 et 535




« Il dispose d’un registre très ample, qui lui permet d’associer sa connaissance intime de la tradition juive à la réflexion, le ton de la légende à celui de la confession. A travers la multiplicité de ses expériences, d’une thématique qui évoque successivement son enfance en Sibérie, la tragédie du ghetto et de l’extermination, la naissance et le développement d’Israël, il se retrouve toujours face à lui-même [...] » (Charles Dobzynski)

Le poète yiddish Avrom Sutzkever est né le 15 juillet 1913 en Lituanie. Ses parents durent se réfugier en Sibérie et c’est là que le jeune Avrom rencontra Avidor Hameiri, qui l’initia à la poésie. Son père meurt en 1920 et il s’installe avec sa mère à Wilno (Vilnius)
. « La "Jérusalem de Lituanie" est à l'époque l'un des centres culturels les plus actifs du monde juif. Les débuts poétiques d'Avrom Sutzkever, membre du groupe d'artistes et d'écrivains yiddish Yung Vilne ("Jeune Vilno"), y coïncident d'ailleurs avec l'éclosion du modernisme dans les lettres yiddish »*. Il publie son premier livre en 1937. Il participe à la résistance du ghetto de Vilnius, il en est l’un des rares rescapés et rejoint une unité de partisans. En 1944, il est à Moscou et Boris Pasternak le traduit. En février 1946, il témoigne au procès de Nuremberg. Il est aussi un des témoins du Livre noir, le recueil de témoignages réunis par Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman. Après un bref séjour à Paris (1946-1947), il se fixe en Israël où il dirige la très importante revue littéraire Di Goldene Keyt (La Chaine d’or) jusqu’à ce que celle-ci cesse de paraître en 1996. Il est mort le 27 janvier 2010 à Tel-Aviv.
*article de Florence Noiville, Le Monde, vendredi 29 janvier 2010. Les autres éléments de cette notice sont empruntés à Charles Dobzynski, in Anthologie de la poésie Yiddish, Poésie/Gallimard.
Bio-bibliographie d’Avrom Sutzkever http://poezibao.typepad.com/poezibao/2010/02/avrom-sutzkever.html .

Avec mes remerciements à Marilyn Hacker qui m’a transmis ces textes.
Florence Trocmé

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sexta-feira, 25 de dezembro de 2009

Télégramme

Télégramme


MOI JAMAIS CONTENT RESTER MÊME CHOSE
MOI TOUJOURS PARTIR NOUVEAU
FUIR ENNUI DU TOUJOURS MÊME
TOUJOURS ESPÉRER TROUVER FENÊTRE
AU BOUT TUNNEL APRÈS SUIE ET OMBRE
TOUJOURS VOULOIR BRISER ENTRAVES
OUVRIR PORTE SAUTER MONTER
LÀ-HAUT OÙ NOIR-NOIR
S’ÉCARTE OÙ BRILLE AURORE
TOUJOURS FRAÎCHEUR TOUJOURS
INCONNU RECONNU.

(de nulle part. An zéro.
(Signé :Personne
)

Jean Tardieu, Comme ceci comme cela, in Œuvres, Quarta Gallimard, 2003, p. 1253.


Source:
Poezibao
Merci Florence Trocmé!
f.trocme@orange.fr



sábado, 14 de novembro de 2009

Michel Butor

vendredi 13 novembre 2009/Michel Butor


En préambule à la publication d’un compte rendu de la rencontre organisée hier soir à l’auditorium du Petit Palais, à Paris, autour de Michel Butor.


À travers les pages à travers les alphabets
Les encres et les phrases les cartes et les images
À travers les histoires à travers les cris
Les explications et les interrogations les sous-entendus et les ironies
À travers les voyages à travers les songes
les points et les blancs les prémonitions et les nostalgies
Révéler fixer le silence et le paradis.

À travers la chevelure à travers la salive
Le souffle et le sang les lèvres et les articulations
À travers la peau à travers le sommeil
Les doigts et les yeux les plaintes et les caresses
À travers l’effort à travers la palpitation
La souffrance et la fraîcheur la tendresse et la buée
Révéler fixer l’angoisse et le délice.

Prince de l’instant alchimiste d’ombre
À travers le noir à travers les os
Refus et fureurs douceurs et regards
Fixer libérer la mort et l’éveil.

Michel Butor, « ballade du photographe », Envois, Œuvres complète. IV, Editions de la Différence, p. 892-895, cité in Michel Butor, rencontre avec Roger-Michel Allemand, Argol, 2009, p. 184



Le plus grand critique, le plus inventeur, est le plus modeste. Lorsque nous le lisons, il nous donne immédiatement envie de revenir au texte même. Et le voici ce livre poussiéreux, enfin sorti de son rayon : quel génie, quel éclat, quelle nouveauté ! Comment avons-nous pu être aveugles à ce point, comment ce critique lui-même a-t-il pu être aveugle à ce point, car il y avait tant de choses à dire ! Nous l’en oublions presque.
Cette mise en branle de notre propre imagination critique à sa suite prouve qu’il a su réorganiser tout le halo, s’installer comme fenêtre illuminante autour du noyau des textes, les reprendre en leur totalité comme composants d’un nouveau foyer.
L’œuvre neuve est un germe qui croît dans le terrain de la lecture ; la critique est comme sa floraison.
Ici et là immenses arbres poussant à chaque saison tant de nouvelles branches sur le tissu des bois.

Michel Butor, « la critique et l’invention », Répertoire III, Œuvres complètes, II, p. 727, cité Michel Butor, rencontre avec Roger-Michel Allemand, Argol, 2009, p. 194



Michel Butor dans Poezibao
bio-bibliographie <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/06/michel_butor.html> , extrait 1 <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/04/almanach_potiqu.html> , extrait 2 <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/02/almanach_potiqu_15.html> , extrait 3 <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2004/12/almanach_michel_1.html> , extrait 4 <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2004/12/almanach_michel.html> , extrait 5 <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/06/anthologie_perm_23.html> , extrait 6 <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/10/anthologie_perm_19.html> , extrait 7 <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/10/anthologie_perm_19.html> , extrait 8 <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/12/anthologie_perm_18.html> , extrait 9 <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/03/anthologie_perm_11.html> , extrait 10 (Seize Lustres), <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/04/anthologie_perm.html> annonce édition œuvres complètes à La Différence <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/03/butor_oeuvres_c.html> , rencontre avec Michel Butor à la librairie Compagnie (mars 06) <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/03/rencontre_avec_.html> , exposition à la BNF (été 06) <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/07/michel_butor_le.html> , visite de l’exposition à la BNF <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/08/lexposition_mic.html> , fiche de lecture de Don Juan en Occitanie (avec Colette Deblé <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/09/don_juan_en_occ.html> ), extrait 11 <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/10/anthologie_perm_18.html> , colloque oct 06 BNF <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/10/le_colloque_mic.html> , parution du tome IV, Poésie 1, <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/10/michel_butor_po.html> dialogue avec Delacroix <http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/05/poezibao-a-re-3.html> (parution)

Rappel : Les éditions de la Différence ont entrepris la publication des œuvres complètes <http://www.ladifference.fr/fiches/auteurs/butor.html> de Michel Butor (laquelle comprend plus de mille livres).

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Merci Florence Trocmé!

sexta-feira, 16 de outubro de 2009

Alda Merini

vendredi 16 octobre 2009/Alda Merini


Lors du salon de la revue, qui se tient à Paris ce week-end, une table ronde réunira samedi 17 octobre http://www.entrevues.org/actualites.php , les revues Europe, avec Jean-Baptiste Para, Conférence, avec Christophe Carraud et Siècle 21, avec Timour Muhidine, sur le thème « La revue, cheval de Troie pour la littérature étrangère en France ».
Exemple magnifique de ce que font certaines revues pour faire connaître ici des écrivains d’autres pays, un ensemble consacré à la poète italienne Alda Merini, dans le numéro 26 de la revue Conférence, paru au printemps 2008. Qu’il suffise de dire qu’il comporte plus de quatre-vingt pages, distribuées entre prose et poésie plus une introduction de Patrick Reumaux situant Alda Merini et son œuvre.
bio-bibliographie d’Alda Merini http://poezibao.typepad.com/poezibao/2009/10/alda-merini.html


La pistola
che ho puntata alla tempia
si chiama Poesia

Le pistolet
pointé sur ma tempe
s’appelle Poésie


Dietro ogni
libertà aspirata
c’è in agguato
una belva

Derrière chaque soupir
de liberté
se tient en embuscade
une bête féroce


Mi hanno fatto mangiare
la placenta
dei miei libri.

On m’a fait manger
le placenta
de mes livres


Gli orologi
non sono
mai andati
agli appuntimenti.

Jamais
les horloges
ne sont allées
aux rendez-vous


Non ho più notizie di me
da tanto tempo.

Je n’ai plus de nouvelles de moi
depuis si longtemps


Quando dormo
ascolto

Quand je dors
j’écoute.



Alda Merini, extraits de Aforismi e magie, Aphorismes & Gri gri, Milano, Biblioteca Universale Rizzoli, traductions de Patrick Remaux, in revue Conférence, n° 26, printemps 2008, pp. 224, 226, 232, 248, 259 et 260.
Introduction et aphorismes qu’on peut lire en ligne ici http://www.revue-conference.com/images/stories/n26/n26_pdfs/P217-276_CONF_26_Aphorisme_Gri_Gri.pdf



bio-bibliographie d’Alda Merini http://poezibao.typepad.com/poezibao/2009/10/alda-merini.html


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Merci Florence Trocmé de nous offrir chaque journée un beau poème!

sábado, 14 de fevereiro de 2009

Rainer Maria Rilke

Rainer Maria Rilke (5 traductions)


Les Élégies de Duino ( Druineser Elegien) de Rainer Maria Rilke est une de ses œuvres la plus souvent traduite en français. On retient ici cinq traductions (présentées par ordre chronologique de publication) de la première partie de la première élégie, en donnant d’abord le texte original.


Die erste Elegie

Wer, wenn ich schriee, hörte mich denn aus der Engel
Ordnungen ? und gesetzt selbst, es nähme
einer mich plötzlich ans Herz : ich verginge von seinem
stärkeren Dasein. Denn das Schöne ist nichts
als des Schrecklichen Anfang, den wir noch grade ertragen,
und wir bewundern es so, weil es gelassen verschmäht,
uns zu zerstören. Ein jeder Engel ist schrecklich.
Und so verhalt ich mich denn verschlucke den Lockruf
dunkelen Schluchzens. Ach, wen vermögen
wir denn zu brauchen ? Engel nicht, Menschen nicht,
und die findigen Tiere merken es schon,
daß wir nicht sehr verläßlich zu Haus sind
in der gedeuteten Welt. Es bleibt uns vielleicht
irgend ein Baum an dem Abhang, daß wir ihn täglich
wiedersähen ; es bleibt uns die Straße von gestern
und das verzogene Treusein einer Gewohnheit,
der es bei uns gefiel, und so blieb sie und ging nicht.
O und die Nacht, die Nacht, wenn der Wind voller Weltraum
uns am Angesicht zehrt –, wem bliebe sie nicht, dei ersehnte,
sanft enttäuschende, welche dem einzelnen Herzen
mühsam bevorsteht. Ist sie den Liebanden leichter ?
Ach, sie verdecken sich nur mit einander ihr Los.
Weißt du’s noch nicht ? Wirf aus den Armen die Leere
zu den Raümen hinzu, die wir atmen ; vielleicht daß die Vögel
die erweiterte Luft fühlen mit innigerm Flug.

Rainer Maria Rilke, Werke, 2, Gedichte 1910 bis- 1926, Insel Verlag , 1996.


Première élégie

Qui donc dans les ordres des anges
m’entendrait si je criais ?
Et même si l’un d’eux soudain
me prenait sur son cœur :
de son existence plus forte je périrais.
Car le beau n’est que le commencement du terrible,
ce que tout juste nous pouvons supporter
et nous l’admirons tant parce qu’il dédaigne
de nous détruire.
Tout ange est terrible.
Mieux vaut que je taise la montée obscure de l’appel.
Qui oserons-nous donc appeler ?
Ni les anges, ni les hommes,
et les malins animaux remarquent déjà
que nous ne sommes pas à l’aise dans ce monde défini.
Peut-être nous reste-t-il un arbre
sur une pente,
– le revoir chaque jour ; –
Il nous reste la rue d’hier et la fidélité d’une habitude
qui s’étant plu chez nous, n’en est plus repartie.
Et la nuit ! ô, la nuit,
lorsque le vent chargé d’espaces nous mord le visage –,
à qui ne serait-elle, la tant désirée,
la doucement décevante,
cette part difficile des cœurs solitaires ?
Est-elle plus légère aux amants ?
Hélas, l’un à l’autre ils se cachent leur destin.
Ne le sais-tu pas encore ?
Largue le vide de tes bras aux espaces que nous respirons ;
peut-être les oiseaux
ressentiront-ils le plus grand large des airs
dans leur vol ramassé.

R. M. Rilke, Les élégie de Duino, suivi de Les sonnets à Orphée, traduit par Lorand Gaspar [pour les Élégies], dans Œuvres, t. 2, Seuil, 1972, repris dans collection Points / Poésie, 2006, p. 9 et



La première élégie

Et qui, si je criais, m’entendrait donc depuis les ordres
des anges ? Et quand bien même l’un d’entre eux soudain
me prendrait sur son cœur : son surcroît de présence
me ferait mourir. Car le Beau n’est rien d’autre que
ce début de l’horrible qu’à peine nous pouvons encore supporter.
Et nous le trouvons beau parce qu’impassible il se refuse
à nous détruire ; tout ange est terrifiant.
Et donc je me retiens et ravale l’appel
d’obscurs sanglots. Ah, de qui pouvons-nous donc
avoir besoin ? Ni d’anges, ni d’humains,
et les bêtes ingénieuses voient déjà bien
que nous ne sommes pas si confiants que cela sous nos toits
dans l’univers expliqué. Peut-être qu’il nous reste
quelque arbre sur la pente, où nous pourrions chaque jour
le revoir : il nous reste la route d’hier
et la fidélité mal élevée d’une habitude
qui s’est bien plu chez nous et n’est pas repartie.
Ô la nuit, et la nuit quand le vent emblavé d’univers
nous dévore le front – chez qui partirait-elle, qui est tant
désirée,
la tendre décevante qui est promise à grand-peine
au cœur sans compagnie. Est-elle à ceux qui s’aiment plus facile ?
Ceux-là ne font hélas que se cacher à l’un l’autre leur sort.
L’ignores-tu encore ? jette, ajoute de tes bras le vide
aux espaces que nous respirons ; et les oiseaux peut-être
sentiront d’un vol plus intérieur l’air agrandi.


R. M. Rilke, Élégies de Duino, Sonnets à Orphée et autres poèmes, présentation de Gérard Stieg, Traductions de Jean-Pierre Lefebvre et de Maurice Regnaut, Poésie / Gallimard, 1994, p. 29 et 31.



La première élégie

Qui donc, si je criais, parmi les hiérarchies
des anges, m’entendrait ? et supposé même que l’un d’eux
me prît contre son cœur : je périrais de sa
présence plus forte. Car le Beau n’est rien d’autre
que le commencement du Terrible, quand c’est tout juste si nous
l’endurons encore,
et nous l’admirons parce qu’il dédaigne avec indifférence
de nous détruire. Tout ange est terrible.
Aussi je me retiens, et ravale le cri de désir
d’un obscur sanglot. Ah, de qui est-il en notre pouvoir
d’avoir besoin ? Des anges, non, des hommes, non,
et les animaux, si avisés, remarquent bien
que nous ne sommes pas des êtres sûrs, qui se sentiraient chez eux
dans le monde interprété. Peut-être d’aventure nous reste-t-il
quelque arbre, sur la pente, que chaque jour
nous puissions retourner voir ; il nous reste la route d’hier
et la fidélité d’une habitude qui se plut chez nous,
la mal élevée, qui demeura et ne nous quitta plus.
Ô et la nuit, la nuit, quand le vent tout chargé de l’espace du
monde
nous dévore la face – elle, la désirée, à qui ne s’attacherait-elle pas
avec sa douce déception, elle qui se dresse, ardue,
devant le cœur solitaire. ? Est-elle plus aisée aux amants ?
Hélas, ils cachent seulement l’un à l’autre leur sort.
Cela, l’ignores-tu donc encore ? Rejette de tes bras le vide vers les espaces que nous respirons ; au point que les oiseaux peut-être
en sentent l’air élargi, dans un vol plus fervent.


R. M. Rilke, Élégies duinésiennes, Présentation, traduction et notes de Jean-Yves Masson, Imprimerie nationale, 1996, p. 53 et 55.



La première élégie

Qui donc, si je criais, parmi la cohorte des anges
m’entendrait ? À supposer même que l’un d’eux
me serre soudain sur son cœur, je périrais brisé
par son existence plus forte. Car le beau
n’est que le premier degré du terrible, à peine encore
rapportable, et si nous l’admirons tant, c’est qu’impassible
il dédaigne de nous détruire. Oui, tout ange est terrible.
Aussi je me contiens et refoule l’appel
d’un noir sanglot. Chez qui pourrions-nous donc, hélas,
chercher secours. Chez les anges, chez les humains ?
Non pas ! Et les bêtes voient bien dans leur sagesse
que nous ne nous sentons guère assurés d’être chez nous
dans ce monde bien défini. Il nous reste peut-être,
sur quelque pente, un arbre à revoir chaque jour ;
il nous reste la rue d’hier, l’attachement douillet
à quelque habitude qui se plaisait chez nous,
ne changea pas et prit racine.
Oh, et la nuit,
la nuit, quand le vent plein des espaces du monde
nous ronge le visage –, à qui resterait-elle pas,
tant désirée, tendrement décevante, épreuve
pour le cœur solitaire ? Aux amants peut-elle être
plus légère ? Ils ne font, hélas, que se cacher
l’un à l’autre leur sort.
Ne le savais-tu pas encore ?
Largue le vide hors de tes bras vers les espaces
ouverts à notre souffle, et les oiseaux peut-être
sentiront d’un vol plus intime l’air plus vaste.

R. M. Rilke, Élégies de Duino, traduction et présentation par François-René Daillie, L’Escampette, 2000, p. 55.



La première élégie

Qui, si je criais, m’entendrait donc, d’entre
les ordres des anges ? et supposé même que l’un d’eux
me prît soudain contre son cœur, je périrais
de son trop de présence.
Car le beau n’est rien
que ce commencement du Terrible que nous supportons encore,
et si nous l’admirons, c’est qu’il dédaigne, indifférent,
de nous détruire. Tout ange est terrifiant.
Du coup, je me contiens, je ravale le cri d’appel
d’obscurs sanglots. À qui, hélas, pouvons-nous
recourir ? Ni aux anges, ni aux hommes,
et les bêtes sagaces, flairent bien
que nous ne sommes pas vraiment en confiance
dans le monde expliqué. Tout juste s’il nous reste
un arbre ou l’autre sur la pente, à revoir
jour après jour ; s’il nous reste la route d’hier
et quelque fidèle habitude, trop choyée,
qui, de se plaire auprès de nous, ne repart plus.
Et j’oubliais : la nuit, quand le vent chargé d’espaces
tire sur notre face – à qui manquerait-elle, la nuit désirée,
doucement décevante – peine et menace
pour le cœur solitaire. Est-elle aux amants plus légère ?
Ah, ils ne savent que s’entre-cacher leur sort.
L’ignores-tu encore ? Que tes bras ajoutent leur vide
aux espaces par nous respirés, et les oiseaux peut-être
éprouveront l’air élargi d’un plus intime vol.


R. M. Rilke, Les élégies de Duino, traduction et postface de Philippe Jaccottet, La Dogana, 2008, p. 9 et 11.



Contribution de Tristan Hordé




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Merci Florence Trocmé!


quinta-feira, 29 de janeiro de 2009

Laponia

Claude Dourguin


[...] Le paysage boréal est inhabitable. Il ne permet, évidence familière chérie, jamais redoutée, que la traversée ; le parcours est la seule approche, cette sympathie dynamique, aérienne qui lie au paysage, fait éprouver sa vérité livre son être même. Certaines hautes terres, roches, landes et pelouses livrées au seul vent accordent cette ivresse. Mais la variété des formes rencontrées, les toits humains en une ou deux journées de marche vite rejoints, provoquent l’attention, sollicitent les rêveries et atténuent l’intensité de la perception de l’étendue, lui donnant les limites des moments. Ici à traverser les centaines de kilomètres sans âme qui vive que le blanc unifie j’éprouve l’espace nu, bien des fois il m’a semblé le pousser devant moi, à l’infini toujours reconstitué, inépuisable, et peut-être est-ce folie dont me tient l’exaltation, avancer projetée vers là-bas, allégée, délivrée des attaches et du regard par-dessus l’épaule, toute entière dessein, tendue vers l’avenir inconnu, illusoire peut-être, qui se confond avec le franchissement des distances. Alors cet élan sans rupture que rien n’arrête — un, jour, la mer, seule — tient lieu de destin.


Claude Dourguin, Laponia, éditions Isolato, 2008, p. 41-42.


Contribution de Tristan Hordé


Née à Lyon en 1946, Claude Dourguin vit aujourd’hui en Haute-Provence. Elle a publié plusieurs livres de réflexions sur la peinture et de nombreuses rêveries autour de ses voyages. Elle a collaboré à l’édition (Tome II) de Julien Gracq dans la Bibliothèque de la Pléiade.
Bio-bibliographie de Claude Dourguin
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Merci, Florence Trocmé!

segunda-feira, 19 de janeiro de 2009

Inger Christensen

Inger Christensen


Poezibao a fait part, il y a peu, du décès
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de cette très grande femme poète danoise. Reconnaissance à Jean-René Lassalle pour cette contribution plus que bienvenue.



alphabet


1
abricotiers, il y a les abricotiers


2
bruyère il y a ; et les baies, les baies bleues
et le brome il y a ; la base de l’hydrogène aussi


3
cigales il y a ; la chicorée, le chrome
et les citronniers il y a ; il y a les cigales ;
les cigales, les cèdres, les cyprès, le cervelet


4
de doux pigeons il y a ; des délirants, des déités de dinette
décapiteurs il y a ; doux doux pigeons ;
décantation, dioxine et les dates ; les dates et les jours
il y a ; les jours et les deuils ; et la danse des mots
il y a ; la danse des poèmes, les jours, le deuil


5
l’été vers l’automne il y a ; l’évocation et l’esquisse
il y a , il y a le retrait en soi ; les êtres angéliques,
les endeuillés et l’élan il y a ; les éléments
il y a, l’essai de souvenir et l’éclaircie du souvenir ;
et son éclat réverbéré ; l’essence du chêne et de l’orme
il y a une épinaie de genièvre, l’égalité, l’esseulement
il y a, et l’eider et l’épeire il y a,
et les vinaigres, il y a aussi les enfants, la postérité


6
le fin héron il y a, avec son dos gris-bleu foncé
fléchi, il y a lui, avec son aigrette noire en flambeau
et ses plumes fluides il est ; en colonies
il y en a ; dans ce qu’on qualifie de Vieux Monde ;
il y a aussi le fretin ; et le balbuzard pêcheur, le foulque
le faucon ; l’avoine parfumée, la fourrure colorée des moutons ;
il y a les produits de la fission et il y a le figuier ;
des fautes il y a, les grossières, les systématiques,
les accidentelles ; la télécommande il y a, les oiseaux ;
il y a les arbres fruitiers et les fruits dans le verger où
il y a des abricotiers, il y a des abricotiers
dans des pays où la chaleur engendrera exactement
la couleur de chair qu’ont les fruits abricots


Traduit du danois par Jean-René Lassalle




Inger Christensen (1935-2009), discrète et pourtant la plus célèbre poète danoise, pressentie pour le Nobel, s’est éteinte ce janvier après une courte maladie. Mariée à un écrivain et divorcée, elle a un fils. Elle fut professeur aux Beaux-arts puis écrivain à plein temps. Rassemblant les mouvements de la nature et les réflexions sociopolitiques des années 60 dans un flux incantatoire, son poème de 300 pages « det » (« ça ») est devenu instantanément, en 1969, un classique de la poésie danoise moderne. « La Vallée des papillons » est une suite de sonnets à récurrences organisée en couronne ou hyper-sonnet : « c’est la mort qui avec ses propres yeux / te regarde par les ocelles des papillons (…) c’est la mort qui avec mes propres yeux / veut se regarder en moi ». « Alphabet » est basé sur la série mathématique de Fibonacci : 1, 2, 3, 5, 8, 13, etc. où le nombre qui suit est la somme des deux précédents : le premier verset contient un seul vers avec un mot commençant par A, le 2e verset contient deux vers avec des mots commençant par B, le 3e verset contient trois vers avec des mots commençant par C, le 4e verset contient cinq vers avec des mots en D, etc. Les versets s’amplifient, accueillant des allitérations avec la lettre concernée ou d’autres mots sans cette lettre. À la lettre N (tout nombre ? rébellion de l’auteur ? implosion du système ? big bang ?) cette montée exponentielle se désintègre en éclats chatoyants. Comme un arbre pousse ses feuilles, la poète fait croître le langage en composition musicale sur des structures mathématiques. « Je vois les nuages fins / et le soleil léger / ensemble ils esquissent / un infini parcours / comme s’ils avaient confiance / en moi ici sur terre / comme s’ils savaient que moi / je suis leur voix. » (det). Elle a réussi à fasciner ses traducteurs qui lui sont restés fidèles au long des livres (Heinz Grössel en allemand, Susanne Nied en anglais, Janine et Karl Poulsen en français). Son œuvre considérée comme exigeante dans les années 80 ne semble pas encore avoir trouvé les lecteurs qu’elle mérite. Pour Inger Christensen, la poésie est « peut-être un jeu tragique – le jeu que nous jouons avec un monde qui joue son propre jeu avec nous ». La redécouverte ou réédition de ses livres épuisés ou difficiles à trouver ferait revenir au jour une superbe poésie, créatrice et libre.
Contribution de Jean-René Lassalle

Pour une bio-bibliographie complète, lire Bio-bibliographie d’Inger Christensen http://poezibao.typepad.com/poezibao/2009/01/inger-christensen.html


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Merci, Florence Trocmé!

sexta-feira, 16 de janeiro de 2009

Un poème de Louis Pons - merci Florence Trocmé, auteur de Poezibao !

Louis Pons


Objets

Aux couleurs de la nuit
vous chantez doucement.
Du noir sur le noir
voilà ma complainte.
Je trouverais de l'espoir
dans un seau de goudron.
Vous êtes les petits temples
incertains
de la certitude,
vous êtes des nids de poussière
tout juste bons
à étouffer le cri
pour quelque temps.
Je joue tout seul
sans partenaire,
ne fermez pas les yeux,
je vous parle peut-être
mais je n'en suis pas sûr.
Objets de pauvreté
vous êtes ma richesse
au cœur du désespoir.
Chaque chose a son histoire
elles parlent entre elles
pour raconter la mienne.
Vous êtes cadeaux d'abandon
cloués de parcelles de joie
en éclats brefs.
Fragiles animaux
en vos frêles bicoques,
vous jouez à des jeux idiots,
la tristesse et la douleur
n'en sont pas absentes.
Vous jouez avec moi,
et je joue avec vous,
ceux qui nous regardent
ont quelquefois
le sourire aux lèvres
alors nous avons gagné
au jeu de la vie.
Nous avons gagné un tour de plus.
De-ci de-là couci-couça
objets précaires vous parlez pour moi,
aujourd'hui j'ai envie de me taire.
L'alphabet des choses parle pour moi.
Bouche cousue
je vous parle en aveugle,
bouche cousue.
Silencieux est l'alphabet des choses,
c'est un spasme immobile
gelé par la colle.
Ce sont objets d'abandon,
bouquets de débris,
ce sont les murmures de l'errance,
travail des mains folles,
en crises.
Objets du hasard
je cherche un chemin
qui n'existe pas
dans une ville inconnue.
Des jalons pour demain
s'il veut bien exister.
Vous n'avez pas de sens
si ce n'est celui de ma tendresse.
Image d'enfance à jamais perdue.
Vous n'avez pas de sens
si ce n'est par vous
de retrouver l'étincelle
dans le regard de mon amie.
Beaux à mes yeux
comme un sourire dans un hôpital ;
fait de rien
fait de tout.
Vous êtes ma raison
vous êtes ma folie.
Vous êtes le fil sur lequel je marche
pour aller je ne sais où.
Un jour dans l'autre
attendant le miracle.
Je vous fais
je vous défais,
il n'est pas quotidien
loin s'en faut,
il est l'aumône
que la vie me fait parfois.
Je vous trouve comme
on vous a perdus,
pour chercher quelque chose
couleur d'imprévu.
Par un geste parfois
j'aide à votre rencontre.
Je scelle par un sourire
le mariage de la carpe et du lapin.

Louis Pons, extraits de "L'objet et le reste", réédition Fata Morgana, juillet 2008.


Contribution d'Alain Paire. http://www.galerie-alain-paire.com/


Fragments d'une "Auto-biographie succinte" de Louis Pons.
"Né à Marseille en avril 1927. Études primaires. Apprend le métier d'ajusteur. Ne l'exerce jamais... Petits métiers. Dessinateur de presse à la Libération dans les journaux issus de la Résistance à Marseille. Comptable un mois (une addition fausse). Vendanges. Travaux agricoles (très brefs). Peinture en bâtiment (six mois).
A 21 ans, sanatorium à Hauteville (un an et demi). Malade, vit à la campagne dans de nombreux villages de Haute-Provence, des Alpes-Maritimes, des Bouches du Rhône puis du Var.
Rencontres importantes : l'œuvre de Joë Bousquet, les dessins de Louis Soutter, les aphorismes de Lichtenberg. Réalise environ 2.000 dessins à l'encre de Chine, de nombreuses gravures sur bois ou sur cuivre et des lithographies entre 1948 et 1969, notamment dans l'atelier de Berto à Marseille.
Troubles visuels. Publie des réflexions sous forme d'aphorismes sur le dessin chez l'éditeur Robert Morel en 1968 (repris et complétés aux éditions Fata Morgana en 1992 et 2001). Ses premiers assemblages datent de 1959 et sont présentés en 1962 à la galerie Alphonse Chave à Vence. Vit à Paris depuis 1973, quelquefois dans le Midi. Expose à la galerie Claude Bernard depuis 1984."

L'écriture n'est pas dans la vie quotidienne de Louis Pons quelque chose de périphérique, il montre à son endroit une belle constance : "On parle d'achever un dessin. Faut-il qu'il soit malade !" ... "Les objets parlent entre eux, ma voix ne doit pas les couvrir".... "J'ai du désespoir à revendre, je peux même vous faire des prix"... Sur le site de la galerie Alain Paire, on trouve le récit de sa rencontre à Carcassonne avec Joë Bousquet , ainsi qu'un portrait de son ami Lucien Henry qui lui présenta autrefois Jean Hugues ; ce dernier l'exposa dans sa galerie du Point Cardinal entre 1969 et 1980.

Parmi ses catalogues, on mentionnera en 1996 un grand volume de plus de 200 pages avec de nombreuses illustrations ainsi qu'un portrait par Henri Cartier-Bresson imprimé par le centre d'art contemporain de Noyers-sur-Serein, texte de Gilbert Lascault, éditions Le Lit du vent, ainsi que Correspondances silencieuses 1947-2000, publication du Musée de Martigues coordonnée par Gérard Fabre, éditions Images en Manoeuvres/ Musée Ziem, juin 2002. Récemment paru "Passeurs de frontières, Bettencourt/ Chaissac / Pons", Abbbaye Auberive, juin 2008.

Louis Pons a publié des textes dans ses catalogues et dans des revues : entre autres, Chorus de Franck Venaille, Regard de Marie Morel, Area d'Alain Avila, L'Oeuf sauvage de Claude Roffat et Travioles. Il avait réalisé pour les éditions Robert Morel la couverture d'Urgent crier d'André Benedetto ainsi que quatre hors texte pour un recueil de Jean Todrani publié par André Dimanche. Il rédigea pour le musée Cantini de Marseille la préface du catalogue Louis Soutter (Actes-Sud) et se souvient volontiers d'amis d'autrefois comme Robert Malaval, Boris Bojnev et Jean Amado. Cf. aussi un article de Michel Braudeau paru dans Le Monde le 6 Mars 2004 ainsi que Louis Pons par Louis Pons, collection Autoportrait, éd. Cercle d'Art 1998.

Quatre recueils illustrés avec ses dessins ou ses eaux-fortes aux éditions Fata Morgana :
Le dessin, l'objet et le reste (1992).
Connivences secrètes (2001).
Portraits de peintres (2003).
Dernières nouvelles de l'oubli (2008).


Voir aussi une note détaillée et trois reproductions d’œuvres
http://www.claude-bernard.com/artiste.php?artiste_id=67 sur le site de la Galerie Claude Bernard
Nombreuses reproductions sur ce site
http://forum.psrabel.com/beitraege/pons/pons2.html


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quinta-feira, 8 de janeiro de 2009

Zouheir Abou Chayeb

Zouheir Abou Chayeb


NOUS N’AVONS PAS BEAUCOUP RÊVÉ


Il ne reste que le sable
Ni les arbres n’étendent leur ombre sur les dormeurs,
Ni le vent ne s’assouplit lorsqu’une femme le touche,
Ni nos âmes ne nous suffisent…
Nous sommes sortis de l’enfance comme des papillons
Nous avons brûlé autour du feu de la première femme
Et avec sa sagesse la cendre nous a rendus malheureux
Nous étions pressés
Alors nous n’avons pas tété le lait des mères
Nous n’avons pas reniflé l’odeur des pères
Et le ciel ne nous a pas parlé, comme nos parents le souhaitaient

Nous étions pressés
Nous sommes nés
Nous avons improvisé la mort, le sens
Et nous nous sommes improvisés nous-mêmes
Nous n’avons pas beaucoup rêvé
Nous n’étions pas sur la terre
Sur les murs nous avons seulement écrit nos cœurs

Nous étions pressés
Nous avons grandi comme une obsession dans la nuit
Embryons, nous avions égaré
Nos premiers corps et maisons
Et nos soucis pas de ciel pour nous ombrager
ni terre qui porte la nôtre
Alors nous avons empli la nuit de fantômes
Nous avons grandi
Et soudain nous nous sommes inclinés pour dire adieu aux choses
Avant de les quitter
Nous n’avons pas tété le lait maternel
Et la glaise n’a pas encore séché sur nos os
Il ne reste que le sable
Même les prophètes ont jeté les gouttes de lumière
Et se sont retirés dans leurs prières
Même le ciel est parti sans nous regarder.


Zouheir Abou Chayeb,
poème publié dans "Le poème Palestinien Contemporain, édition bilingue arabe-français, choix des textes et présentation de Ghassan Zaqtan, traductions d’Antoine Jockey, avant-propos d’Eric Brogniet, Le Taillis-Pré, 2008, p. 43 (voir ici http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/10/poezibao-a-re-1.html )



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sexta-feira, 26 de dezembro de 2008

ne pas arriver, par Peter Waterhouse

Peter Waterhouse


ne pas arriver

Tandis que nous nous approchons, de la plus belle façon
nous nous éloignons. Le plus beau est un soleil,
comme il demeure là-haut, et là, comme ça chauffe dans la tête
quelque chose est venu sous la forme d’un rayon
sous la forme d’une adoration où il n’y a rien
une exclamation, là où les mers sont
nous roulons comme des vagues, c’est une grande plage
qui porte un autre nom, nous sommes très secs
il faut vraiment regarder dans la direction inverse,
une sorte de direction d’averse en orage total, orage
il y a aujourd’hui un continuum de foudre, nous
sommes nettement bruyants, nous sommes bruyants
comme le soleil, ce qui normalement ne plie pas
se plie, moins devient plus, on explose dans les jambes et
on se nomme : celui-qui-se-déplace, le déplacement est compris
dans un autre plus large qui explose et se nomme : planète
les bras écartés, les yeux écarquillés
goût universel, une ouïe superbe certainement dans les oreilles
les avenues se rejoignent dans la main, cette pensée concerne
les villes plus grandes au toucher. Ici
nous nous sommes pris dans les bras souvent, et pourtant il s’y trouvait quelque chose
d’incertain.

Il y a apparemment une boucle (a loop), un espace double, deux têtes (two heads)
une pause déterminable, un contre-cœur (counter-heart), une nuit claire (bright nights)
un large sens comme monde, comme monde, comme monde, et
on ne sait pas dire comment nous vivons. Nous vivons
dans des automobiles assis le nez tout droit
auprès d’autres nez tout droits. Les pommes ont un goût sucré. Cela
nous l’avons déjà dit souvent. Nous sommes de grandes fleurs
quand nous attendons dans les magasins de fleurs. Nous buvons l’eau par le dessus
et ceci ne dit pas grand chose. En nous (revolving in us)
un point de vue déterminé coperniquement (point, punto) est en rotation, Rome
se déplace tout d’abord autour de l’axe jusqu’à Dublin, partout on nous connaît à notre nose
pourtant celui-ci aussi est incertain.
Le plus petit grain de sable nous divise. Hé oui, nous voilà maubèches
coureurs d’estuaire, sommes très loin de nous-mêmes. La mer, la mer
est si bleue, y faire circuler un fort courant respiratoire
tout enflamme tout, ainsi arrive le jour, jour
où rien ne se touche, là nous avons une place. Nous pourrions
presque nous rétracter.


Traduit de l’allemand par Jean-René Lassalle.



Nicht ankommen

Indem wir uns nähern, in der schönsten Weise
entfernen wir uns. Das schönste ist eine Sonne
wie sie da drüben steht, es ist, wie es so heiß ist im Kopf
etwas gekommen in Form eines Strahls
in Form einer Anbetung, wo nichts ist
ein Ausruf, wo die Meere sind
wir rollen aus wie Wellen, es ist da ein weiter Strand
der anders heißt, wir sind sehr trocken
man muß wirklich in die Gegenrichtung blicken, in
eine Art Regenrichtung aus totalem Wetter, Wetter
es gibt heute ein Blitzkontinuum, wir
sind ausgesprochen laut, wir sind laut
wie die Sonne, was sich üblicherweise nicht biegt
biegt sich, minus wird plus, man explodiert an den Beinen und
nennt sich: Der Gehende, das Gehen ist inbegriffen
in ein weiteres, das explodiert, und es heißt: Planet
mit den ausgestreckten Armen, mit dem wilden Augen
Allesgeschmack, ein superbes Gehör ist wohl in den Ohren
die Avenuen laufen in der Hand zusammen, der Gedanke gilt
den größeren Städten unter dem Tastsinn. Hier
umarmten wir uns oft, und es war doch etwas
ungewisses dabei.

Es gibt offenbar eine Schleife (a loop), einen doppelten Raum, zwei Köpfe
(two heads)
eine bestimmbare Pause, ein Gegenherz (counter-heart), eine helle Nacht
(bright nights)
eine weite Bedeutung als Welt, als Welt, als Welt, und
es lässt sich nicht sagen, wie wir leben. Wir leben
in Automobilen und sitzen mit geraden Nasen
neben anderen geraden Nasen. Äpfel schmecken süß. Das
haben wir schon oft gesagt. Wir sind große Blumen
wenn wir in den Blumengeschäften stehen. Wir trinken das Wasser oben
und das heißt nicht viel. In uns rotiert (revolving in us)
ein kopernikanisch bestimmter Standpunkt (point, punto), Roma
dreht sich vorerst bis Dublin, überall erkennt man uns an der nose
und doch ist diese auch ungewiss.

Das kleinste Sandkorn spaltet uns. Jawohl, wir sind
indem wir Strandläufer sind, weit außerhalb von uns. Das Meer, das Meer
ist so blau, man muss einen guten Atemstrom hin und her bringen
alles zündet alles, so wird es Tag, Tag
wo nichts sich berührt, haben wir Platz. Fast
dürfen wir uns widerrufen.

Extrait de : Peter Waterhouse: passim (Engeler, Bâle 1986-2001)


Contribution de Jean-René Lassalle

bio-bibliographie de Peter Waterhouse
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Merci à Florence Trocmé de nous rendre de la poésie!

segunda-feira, 22 de dezembro de 2008

Antonio Porchia: poésie

Antonio Porchia


Ce qui naît de ce monde porte dès la naissance la vieillesse de ce monde.
Lo que nasce de este mundo lleva la vejez de este mundo desde que nace.


Qui rassemble sa solitude, pour être seul avec elle, ne finit jamais de la rassembler.
Quien recoge su soledad, para quedarse sono con ella, nunca termina de recogerla.


S’éveiller est toujours une surprise.
Despertar es siempre una sorpresa.


Les fleurs sont éternellement belles, sans un lendemain.
Las flores son eternamente bellas, sin un mañana.


Ce que je vois, je dis que c’est ce que je vois, sachant que je mens.
Lo que veo, digo que es lo que yo veo, sabiendo que miento.


Mon réveil entre rêve et rêve n’interrompt pas mon rêve.
Mi despertar entre sueño y sueño, no interrumpe mi sueño.


Si tu as un monde, ne le perds pas en cherchant en lui un monde.
Si tienes un mundo, no lo pierdas buscando en él un mundo.


Antonio Porchia, Voix abandonnées, édition établie et préfacée par Laura Cerrato, traduction de Fernand Verhesen, éditions Unes, 1991, p. 23/22 , 33/32, 39/38, 43/42, 49/48, 63/62, 65/64.


Contribution de Tristan Hordé

bio-bibliographie de Antonio Porchia http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/12/antonio-porchia.html



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sexta-feira, 7 de novembro de 2008

Amelia Rosselli POÈME

À Schubert

Une mélodie couleur orange avait résonné
à mes oreilles si attentives au solfège
d’un violon suffisamment clair pour toucher
jusqu’à mes fibres nerveuses (le
grand cœur) qui me tiraient par les cheveux
tandis que je dansais avec la mélancolie ce
soir où il n’y eut pas de lettre.

Mélodie éternelle et inexplosée, mélodie
de sentiments qui ne se peuvent violer
dans le secret tombal de l’apôtre : apôtre
de quoi ?- d’une quasi désespérée parfois
joyeuse, exposition de vos tableaux
mentaux, sentimentaux et ordinaires: l’amour
dans une boîte bien close n’eut pas le temps
de demander pardon.

Empêtré dans ton mal vivre (un
piétinement)
je ne pus faire un pas avec mes fleurs,
tu étais encore pensif
le cœur
lové par excellence dans sa demeure
regardant si quelque vérité inédite
pouvait encore me provoquer.

La place comme une tristesse ancienne
à deux heures du matin était déserte et distante
para-sentiments
cercles contus (l’inutile
ronde)
dans le sens prudent de la parole tu
t’es cru un moment libre.

***

Dans l’heure la plus sombre, je voyais le crépuscule
de journées glaciales, ressassant des problèmes
qui ne me concernaient en rien. Et
en l’espace de quelques jours ces tourments
diurnes (à chaque jour son vestiaire)
s’acharnaient en vain à me faire resserrer
une kyrielle d’arrangements, petits
bois perdus dont j’aurais tant voulu
qu’ils soient simplement paix.

Le canon de ta vie pratique est cette
fureur d’injecter du sang dans des plaies
qui ne provoquent pas de gêne mais ne font que
désamorcer les intentions ; ne pas les
avoir et néanmoins les vouloir.

Les voulant tu t’apercevais que tu t’étais tellement
leurré !


***

Pardonne les fautes comme moi je remets les terreurs
abroge les fêtes dures, les fastes, les langueurs
fête de ta chair, les
joies sonores.

De la pointe de la langue décolorée
des vers transparents
une luxure de sagesse.

J’ai seulement vaincu le vice
de m’arracher la foi
accolée à mon royaume d’administrations
impromptues de doutes
mon sens de la continuité par soubresauts.

Amelia Rosselli, Documento 1966-1973, Le poesie, Garzanti, 1997 ; ried. collana Gli Elefanti, 2007, pp. 448-449 ; p. 455 ; p. 464. A cura di Emmanuela Tandello. Prefazione di Giovanni Giudici.

Traduction inédite Angèle Paoli

___________________________________

A Shubert

Una melodia colore arancione aveva suonato
nelle mie orecchie così attente al solfeggio
d’un violino abbastanza netto da toccarmi
perfino quelle mie fibre nervose (il
gran cuore) che mi tiravano per i capelli
mentre danzavo con la melanconia quella
sera che non ci fu posta.

Melodia eterna e inesplosa, melodia
di sentimenti che non possono violarsi
nel segreto tombale dell’apostolo : apostolo
di cosa ?- d’una quasi disperata a volte
allegra, esposizione dei vostri quadri
mentali, sentimentali e ordinari : l’amore
in una scatola ben chiusa non ebbe tempo
di chiedere scusa.


Innesto nel vivere
la tua colpa (un
pedinaggio)
non mi feci avanti coi miei fiori, perché
tu eri ancora meditabondo
il cuore
curvo per eccellenza nella sua dimora
guardando se qualche verità inedita
ancora potesse provocarmi.

La piazza come una vecchia tristezza
alle due di notte deserta era e distante
parasentimenti
cerchi contusi (l’inutile
ronda)
nel senso guardingo della parola ti
credesti libera per un istante.

***

Vedevo nell’ora più oscura il tramonto
di gelide giornate, rivalutando questioni
che non mi appartenevano affatto. E
nel giro di pochi giorni queste diurne
dannazioni (ogni giorno uno spogliatoio)
s’applicavano a farmi stringere vanamente
una sequela di arrangiamenti, piccoli
boschi tramontati che avrei tanto voluto
fossero pace semplice.

Il canone della tua vita pratica è questa
furia di iniettare sangue in ferite
che non provocano disagio ma solo un
disarmarsi delle intenzioni ; il non
averle e pur volerle.

Volendole ti accorgevi di esserti tanto
frainteso !

***

Perdona le colpe come io rimetto i terrori
abroga le dure feste, i fasti, i languori
festa della tua carne, le
sonore gioie.

Con la punta della lingua sbiadita
versi trasparenti
una libidine di saggezza.

Ho vinto solo il vizio
di strapparmi la fede
a contatto con il mio regno di improvvise
somministrazioni di dubbi
il mio senso di continuità a singhiozzo.

Amelia Rosselli, Documento 1966-1973, Le poesie, Garzanti, 1997 ; ried. collana Gli Elefanti, 2007, pp. 448-449 ; p. 455 ; p. 464. A cura di Emmanuela Tandello. Prefazione di Giovanni Giudici.

________________________

fiche bio-bibliographique d’Amelia Rosselli
http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/11/amelia-rosselli.html

Contribution d’Angèle Paoli

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Merci Florence de nous apporter de la poésie!

quarta-feira, 8 de outubro de 2008

Poème de Gherasim Luca



Ruiner les ruines m’offrait le seul
moyen de parcourir invulnérable
les ruines et seul le dynamitage
perpétuel de l’édifice en plein
effondrement pouvait m’arracher
aux dents féroces de la négation
non pas comme un estropié heureux
d’avoir sauvé sa vie mais comme
une conclusion infiniment causale
par laquelle se confirment à nouveau
la justesse d’une théorie
et la nature concrète de la révolution

En rejetant toute solution de compromis
liée à l’économie de l’effort
et à l’unilatéral instinct de conservation
en poussant jusqu’aux frontières noires
de la mort ma répulsion pour la dualité
douleur-plaisir d’où l’homme choisit
avec une traditionnelle candeur
son stupide : que c’est agréable
son immonde : c’est bon, oh que c’est bon
je me laisse dévorer par la douleur
avec la même ferveur qui me dirige
vers le plaisir inconnaissable

En accord avec mes précipités théoriques
cette chute apparente dans la douleur
soutient mon attraction constante
vers la réalité objective du plaisir
dont la seule preuve reste la surprise
objective qu’elle promet
les plaisirs courants, accessibles
alternant avec le déplaisir
et doublés du revers de la médaille
n’étant pour moi que l’expression directe
du malheur, du dimanche, de la récréation
du mariage et de tout ce qui fait
que la joie et la tristesse de ce monde
sont un unique fardeau.

 
Gherasim Luca, L’Inventeur de l’amour suivi de La Mort morte, José Corti, 1994, p. 103



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Source: Poezibao (rep. aut.)



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domingo, 6 de julho de 2008

Double-face


N’ inventes rien du tout.
Regarde le visage.
Regarde le miroir.

C’ est toi.

Renverse le miroir.
Vois son revers.
N’ inventes rien du tout.

C’ est toi.

Traverse le miroir,
Traverse-le intempestivement.
N’ inventes rien.
Regarde seulement les deux côtés.

C’ est toi.

Ne dites rien.
N’ expliques plus.
Ne théorises pas.
Ne regardes quoi que ce soit.

Guettes, seulement.
C’ est toi.

Est-ce que tu ne comprends pas
Comment tu peux te regarder
Comme ça, toi même ?

Un visage crache
Sur l‘histoire de la Littérature
Sur son visage.
Et dit.

Dit quoi ?

Dit l’ explosion des cristaux d’ argent
Des minuscules cristaux
Sur la face vieillie de la vérité.

Une vieille est devenue folle
Et regarde, regarde éternellement
Dès la face opaque du miroir.

C’est toi.

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voj 2008 (traduction de l' auteur)

quinta-feira, 19 de junho de 2008

le lieu

Le lieu est d'abord un cadre de nature. Il se découvre à la faveur des pas. Au détour d'un chemin, de la route – d'un chemin plus que de la route – il apparaît. Comme de lui-même, on dirait, se dégage de son entour, de ce qui n'est, pour le passant hâtif, qu'un continu de paysage globalement ressenti. Il apparaît, se donne à voir, mais non d'emblée, ni en pleine évidence. Le lieu ne s'impose pas, comme ferait un site à découvert, aussitôt admiré ; le lieu n'est pas chose qu'on admire. Il est ce qui nous parle. D'une voix sourde le plus souvent, et qu'il faut savoir reconnaître, mais bientôt insistante… C'est une prairie déclive à l'orée d'un bois, montant vers lui d'un mouvement paisible, avant de se perdre en sa zone d'ombre ; c'est l'eau immobile d'un étang devinée entre les arbres, ou la mer soudain apparue, masse lisse d'eau bleue entre deux falaises… Le lieu parle d’ici, avec les moyens d'ici, mais d'ailleurs aussi bien – comme d'un ailleurs dans l'ici. Il est, bien sûr, à chaque fois une découpe dans ce qui n'est qu'alentours ou parages indistincts, mais non tout à fait arbitraire et qui semble en attente d'être avérée, ratifiée, de trouver en nous son écho. A l'analyse et après coup, on peut même penser qu'il est réellement attente et sourd appel, voix qui ne demandait pour être telle que d'être si faiblement que ce soit entendue, parole sinon proférée, du moins proférable du monde.

Roger Munier, "Si j'habite", Fata Morgana 1994, p. 20.

Source: http://poezibao.com

Roger Munier dans Poezibao :
Bio-bibliographie http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/09/roger_munier.html ,
extrait 1 http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/09/anthologie_perm_20.html ,
extrait 2 http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/11/anthologie_perm_11.html ,
extrait 3 http://poezibao.typepad.com/poezibao/2007/09/anthologie-pe-5.html,
Les Eaux profondes (présentation http://poezibao.typepad.com/poezibao/2007/09/poezibao-a-re-1.html),

terça-feira, 17 de junho de 2008

Festival de poésie les Voix de la Méditerranée de Lodève, Montpellier, France


"Depuis plus de 10 ans, le Festival de poésie les Voix de la Méditerranée de Lodève s’affirme comme un rendez-vous unique de la poésie méditerranéenne qui réunit des poètes appartenant à toutes les langues, les sensibilités, les générations du bassin méditerranéen. Le Festival a reçu en 2007 le parrainage de l’UNESCO pour son engagement en matière d’échanges entre les cultures, de dialogue et de partage entre les peuples.

L’édition 2008 du Festival aura lieu du samedi 19 au dimanche 27 juillet.

Pendant les 9 jours du Festival, les interventions des poètes peuvent prendre des formes diverses, rencontres, lectures ou débats, et être accompagnées d’autres artistes, musiciens, conteurs, plasticiens… "

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Voix de la Méditerranée
Square Georges Auric
34700 Lodève
http://www.voixdelamediterranee.com
http://www.lodeve.com

sábado, 31 de maio de 2008

Holderlin: Ister




Le poème Ister (voir d' autres messages de ce blog) est bien contenu dans le beau livre publié par Laurence Teper, "Poèmes fluviaux", anthologie traduite et présentée par Nicolas Waquet, Laurence Teper Editions.... Bilingue.
ISBN: 2 9520442 5 2

Je remercie Florence Trocmé de cette information


sexta-feira, 30 de maio de 2008

Paul Celan

marée basse. Nous avons vu
les balanes, vu
les, vu
les ongles sur nos mains.
Personne n’a découpé le mot dans la paroi de notre cœur.

(Traces du crabe des plages, le lendemain,
sillons de rampants, galeries d’habitation, dessin
du vent dans la vase
grise. Sable fin,
sable gros,
détaché des parois, auprès
d’autres parties dures, dans les
débris.)

Un œil, aujourd’hui,
l’a donné à son frère, tous deux,
fermés, ont suivi le courant jusqu’à
leur ombre, déchargé
la cargaison (personne
n’a découpé le mot dans — —), fait ressortir
le harpon — une langue de terre, devant
un silence
minuscule et non navigable.





niedrigwasser. Wir sahen
die Seepocke, sahen
die Napfschnecke, sahen
die Nägel an unsern Händen.
Niemand schnitt uns das Wort von der Herzwand.

Fährten der Strandkrabbe, morgen,
Kriechfurchen, Wohngänge, Wind-
zeichnung im grauen
Schlick. Feinsand.
Grobsand, das
von den Wänden Gelöste, bei
andern Hartteilen, im
Schill.)

Ein Aug, heute,
gab es dem zweiten, beide,
geschlossen, folgten der Strömung zu
ihrem Schatten, setzten
die Fracht ab (niemand
schnitt uns das Wort von der — —), bauten
den Haken hinaus — eine Nehrung, vor
ein kleines
unbefahrbares Schweigen.

Paul Celan, "Grille de parole" [Sprachgitter, 1959], traduit de l’allemand par Martine Broda, édition bilingue, Christian Bourgois, 1991, repris Points/Seuil, 2008, p. 87 et 86.


contribution de Tristan Hordé
Source: Poezibao http://poezibao.com/