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mercredi 24 février 2016

Le mariage de plaisir, Tahar Ben Jelloun

Jacques Majorelle (1886-1962), Jeune noire alanguie

Quatrième de couverture
  Dans l’islam, il est permis à un homme qui part en voyage de contracter un mariage à durée déterminée pour ne pas être tenté de fréquenter les prostituées. On le nomme «mariage de plaisir».
  C’est dans ces conditions qu’Amir, un commerçant prospère de Fès, épouse temporairement Nabou, une Peule de Dakar, où il vient s’approvisionner chaque année en marchandises. Mais voilà qu’Amir se découvre amoureux de Nabou et lui propose de la ramener à Fès avec lui. Nabou accepte, devient sa seconde épouse et donne bientôt naissance à des jumeaux. L’un blanc, l’autre noir. Elle doit affronter dès lors la terrible jalousie de la première épouse blanche et le racisme quotidien.
  Quelques décennies après, les jumeaux, devenus adultes, ont suivi des chemins très différents. Le Blanc est parfaitement intégré. Le Noir vit beaucoup moins bien sa condition et ne parvient pas à offrir à son fils Salim un meilleur horizon. Salim sera bientôt, à son tour, victime de sa couleur de peau.

  Tahar Ben Jelloun est né à Fès en 1944. Il a obtenu le prix Goncourt en 1987 pour La nuit sacrée. Il est l'auteur aux Éditions Gallimard de romans, parmi lesquels Partir et Le bonheur conjugal, de récits et de recueils de poèmes. Gallimard

Extrait
  Ce matin, l'air était doux. Un peu de fumée laissait des traces dans la blancheur de l'horizon. C'était le moment où les potiers et les boulangers allumaient les fours.
   Vu de loin, Fès ressemblait à un grand bol blanc couvrant d'autres bols. Fès subjuguait tous ceux qui la découvraient pour la première fois. Les toits et les terrasses communiquaient entre eux et dessinaient en s'enchevêtrant une arabesque qui entraînait la rêverie des visiteurs venus des contrées les plus lointaines. Elle avait son odeur, sa fragrance propre, un effluve indéfinissable portant la mémoire de tous les parfums déversés sur le sol depuis 808, date de sa fondation par Moulay Idriss Ier, descendant directement du prophète Mohammad.
  L'esprit de la ville s'étendait au-delà de ses frontières. Fès rayonnait et faisait entendre sa musique dans tout le pays. C'en était presque gênant pour les habitants des villes avoisinantes. Fès était le tombeau du Temps, la source enchantée de l'Esprit, le refuge des repentis et le divan des poètes qui tissaient de leurs vers les ruelles sombres et étroites. C'était aussi le centre du commerce, de l'échange, de l'arbitrage et de toutes les enchères pour l'or et la soie. Chaque chose était à sa place. C'était cela le secret de cette cité. Aux juifs, l'or, les fils d'or, les matelas remplis de laine brute. Ils avaient leur quartier, le Mellah au seuil de la médina. Un peu de condescendance de la part des Fassis musulmans, mais pas de rejet et encore moins de violence. Pas de mariage mixte non plus. Toute la ville se souvient de l'épisode qui avait failli ruiner la coexistence des deux communautés, lorsque Mourad, fils du professeur de théologie Laraki, voulut se marier avec Sarah, la fille du rabbin. Le scandale avait fait beaucoup de bruit. Les deux amoureux durent s'exiler en terre étrangère, en France ou en Belgique. La consigne avait été donnée des deux côtés d'oublier ces enfants que la folie avait égarés. On faisait comme s'ils n'avaient jamais existé. Curieusement cet épisode avait rapproché les deux familles en créant des liens. Les mères se voyaient en cachette dans l'espoir d'obtenir quelque information sur leurs enfants. Le temps ayant passé, Mourad et Sarah débarquèrent un jour sans prévenir avec un bébé dans les bras. Ce fut cette naissance qui réconcilia les enfants avec leur famille respective. Mais au font, il restait un sentiment de regret qui s'exprimait par des soupirs ou des regards désapprobateurs.

vendredi 16 octobre 2015

Une passion marocaine, Collection Pierre Bergé-YSL Vente au profit de la Fondation Jardin Majorelle

11 - Diadème aux Oiseaux Tâj, Maroc, Fès, 20e siècle
Estimation: 6000  - 8000 €

"Une passion marocaine"
Collection Pierre Bergé- Yves Saint Laurent 
Vente au profit de la Fondation Jardin Majorelle
31 Octobre 2015, au Palace Es Saadi de Marrakech

 MarrakechArtcurial dispersera la collection d’art islamique de Pierre Bergé - Yves Saint Laurent, le 31 octobre prochain, dans les salons du Palace Es Saadi de Marrakech. La vente « Une Passion Marocaine » sera réalisée au profit de la Fondation Jardin Majorelle.

« Dès notre arrivée au Maroc, Yves Saint Laurent et moi avons été fascinés par l’art islamique et nous avons décidé de le collectionner. (…) La Fondation Jardin Majorelle que je préside met en vente aujourd’hui tous ces objets d’art islamique qui avaient été choisis avec soin. Le produit de cette vente permettra de continuer à embellir le jardin, à accueillir le mieux possible les visiteurs qui se sont élevés l’année dernière à près de 800 000, à contribuer au financement du musée Yves Saint Laurent qui ouvrira dans le nouvel espace culturel à proximité du jardin en 2017, à poursuivre des actions culturelles, éducatives et sociales que la Fondation Jardin Majorelle soutient au Maroc depuis sa création en 2011 » explique Pierre Bergé dans la préface du catalogue de la vente.

La collection rassemble près de 180 objets d’art marocain – armes, broderies, tissages, céramiques, bijoux, tapis, éléments d’architecture – qui furent exposés dans le Musée du Jardin Majorelle, avant que celui-ci ne se recentre exclusivement sur l’art berbère lors de sa rénovation en 2011. La vente comprendra également l’ensemble du mobilier créé par Bill Willis, l’architecte star de la jet-set de Marrakech, lors de la création du musée par Pierre Bergé et Yves Saint Laurent. Aux 180 lots issus du Musée s’ajouteront plus de 50 meubles et tableaux provenant de la collection personnelle du couple de collectionneurs.

« Outre le fait de constituer un magnifique hommage au Maroc, cette vente a la particularité d'être un mix parfait entre la beauté des objets, la plus mythique des provenances et une affectation du produit de la vente généreuse et intelligente. On ne pouvait rêver mieux comme première vente au Maroc. » déclare François Tajan, Co-Président d’Artcurial et commissaire priseur de la vente.

«Nous sommes heureux d’organiser cette première vente au Maroc au sein du Palace Es Saadi, dirigé par Elisabeth Bauchet-Bouhlal, femme d’art et de lettres, initiatrice de nombreux évènements culturels. La trentaine d’oeuvres orientalistes et les 20 pièces de mobilier de la collection personnelle de Pierre Bergé Yves Saint Laurent qui s’ajouteront aux objets du musée, témoignent de leur goût aiguisé et précurseur ainsi que de leur passion pour le Maroc, qui a tant inspiré le couturier. » ajoute Olivier Berman, Directeur associé d’Artcurial, en charge du département orientaliste.

Cette vente d’Artcurial au Maroc aura lieu en même temps qu’une exposition des oeuvres de la collection African Spirit, qui sera elle dispersée le 9 novembre 2015 à Paris.

LA COLLECTION
La collection reflète le goût personnel de Pierre Bergé et Yves Saint Laurent pour l’art islamique et la civilisation orientale. Dans toutes les spécialités, les objets ont été soigneusement choisis et devraient séduire un grand nombre d’amateurs avec des estimations allant de 300 à 30 000 €.

Tout le mobilier du musée, crée par l’architecte décorateur Bill Willis, sera également dispersé. Cet esthète fasciné par l’art islamique et le style hispano-mauresque, qui a inspiré le style bohème chic à la fin des années 60, a réalisé vitrines, bibliothèques et éléments de décor du musée. Dans le même esprit, une cinquantaine de meubles et tableaux provenant de la collection personnelle de Pierre Bergé et Yves Saint Laurent seront également vendus.

18 - Parure de Tresses, Saclyk, Yomud, Turkestan, début 20e siècle
Estimation: 800  - 1000 €

22 - Ceinture de femme Hzâm, Maroc, Fès, début 19e siècle
Estimation: 700  - 800 €

38 - Deux tentures ou voiles de mariée, Maroc, Fès, fin 18e - début 19e siècle
Estimation: 2000  - 2200 €

40 - Encrier d'enlumineur à arcatures, Mejma, Maroc, Meknès, 19e siècle
Estimation: 1500  - 2000 €

41 - Lampe à huile à double rangée de godets, Mesbah, Algérie, 
Grande Kabylie, région centrale (Oudhaïas), fin du 19e - début 20e
Estimation: 3000  - 5000 €

50 - Plat bleu et blanc aux plumes et aux œillets, Mokhfia, Maroc, Fès, fin 17e siècle
Estimation: 3000  - 4000 €

58 - Jatte aux arabesques, Tarbouche, Maroc, Fès, première moitié du 18e siècle
Estimation: 2000  - 3000 €

85 - Caisson de plafond, Maroc, Meknès, 19e siècle
Estimation: 2000  - 3000 €

97 - Stalactites, Maroc, Meknès, 19e siècle
Estimation: 1200  - 1500 €

105 - Paire de jarres aux cercles et fleurons et leur couvercle, Khabia, Maroc, Fès, 19e siècle
Estimation: 5000  - 7000 €

181 - Georges Clairin 1843-1919 Le Garde du Palais
Estimation: 1500  - 2000

202 - École Francaise du XIXe siècle Scène de Café
Estimation: 2000  - 3000 €

235 - Attribué à Zaldo Barber scène de la Médina de Meknès
Estimation: 200  - 300 €

252 - André Suréda 1872-1930 Fumeur de Narguileh
Estimation: 800  - 1000 €

253 - École Européenne du 19e siècle Étude pour la Reine de Saba
Estimation: 1000  - 2000 €

mercredi 19 août 2015

Beautés marocaines, Zinaïda Serebriakova

Zinaïda Serebriakova (1884-1967), Girl in Pink

Young Moroccan

The Jewish girl from Sefrou

Illuminated by the sun

Moor

Woman raising her veil

A Moroccan Woman

Portrait of a Girl of Marrakech

Moroccan woman in pink dress

Moroccan woman in white

Figures in the doorway

In the courtyard

Marrakech

Two Moroccan

A young woman in a white headdress
***

Photos du Maroc, Nicolás Muller (1913-2000)

Nicolás Muller (1913-2000), Fête du Mouloud I – Al Mawlid I [Mouloud festival I] Tangier, Morocco, 1942 © Nicolás Muller
Encore peu connu en France, Nicolás Muller (Orosháza, Hongrie, 1913-Andrín, Espagne, 2000) est l’une des grandes figures de la photographie sociale hongroise. Comme plusieurs de ses compatriotes photographes — Eva Besnyö, Brassaï, Robert Capa, André Kertész et Kati Horna — Nicolás Muller a connu l’exil.

Issu d’une famille juive bourgeoise, il fuit les régimes répressifs des pays européens à mesure qu’il les traverse. D’abord à Paris, puis au Portugal, en passant par le Maroc et finalement l’Espagne, son parcours professionnel et personnel est marqué par les traces de l’exil.

Formé au hasard de ses rencontres et de ses expériences, les photographies de Nicolás Muller, des années 1930 sont marquées par un style documentaire « humaniste » qui révèle une grande sensibilité pour le monde ouvrier et les classes sociales les plus démunies (commune à une grande partie des photographes hongrois de l’époque).

La représentation du monde du travail est sans doute un point de départ important dans sa carrière. Indépendamment des contextes sociaux et politiques du pays où il se trouve, il photographie les ouvriers agricoles, les dockers des ports de Marseille et de Porto, les enfants des rues, les marchands ambulants à Tanger, la vie des campagnes et, plus tard, les célébrités de Madrid.

L’exposition du Château de Tours réunit, pour la première fois en France, une centaine d’images et de documents issus des archives conservées par sa fille Ana Muller et sélectionnées par Chema Conesa. Elle retrace de façon chronologique le parcours de ce photographe pour qui l’horizon a longtemps été provisoire.

Nicolás Muller reçoit son premier appareil photographique à l’âge de treize ans. Il voit immédiatement dans la photographie le pouvoir de rendre visible une certaine idée du monde et des gens. Il partage cette passion pour la photographie avec ses études de droit et de sciences politiques à l’université de Szeged. Son appareil et le sentiment de pouvoir traduire l’aventure de vivre seront les deux constantes qui façonneront à la fois l’homme et l’artiste.

« J’ai appris que la photographie peut être une arme, un document authentique de la réalité. […] Je suis devenu une personne et un photographe engagés. »

Alors qu’il est encore étudiant, il parcourt pendant quatre ans la plaine hongroise à pied, en train ou à bicyclette. De ses pérégrinations, il capte des portraits, des intérieurs de maisons, des épisodes de la vie rurale ou de celle des ouvriers qui construisent les digues de la rivière Tisza.

Ses premiers travaux sont très nettement centrés sur la ruralité de la Hongrie – qui lors du Traité de Versailles (1920) se voit amputée d’une partie importante de ses terres. L’esthétique avant-gardiste — avec la diagonalisation des images et la prise de vue en plongée ou en contreplongée — fait partie de son carnet de voyage initiatique.

Suite à l’Anschluss (l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie en 1938), la Hongrie s’aligne sur la politique allemande. Nicolás Muller décide de partir pour poursuivre sa carrière de photographe. Il arrive à Paris en 1938 et entre en contact avec d’autres artistes hongrois comme Brassaï, Robert Capa et André Kertész. Il travaille pour plusieurs organes de presse : Match, France Magazine, Regards… dans lesquels il publie notamment une série de clichés sur le monde ouvrier de Marseille et de Hongrie. On retrouve également ces thèmes lors de son court séjour au Portugal (où il est emprisonné puis expulsé sous la dictature du général Salazar).

Grâce à son père, resté en Hongrie et proche du Rotary Club International, il parvient à obtenir un visa pour Tanger. Des juifs de toute l’Europe centrale affluent alors dans cette ville. Tanger le plonge dans un état créatif presque fébrile : « Les yeux, les mains et tout mon être me démangeaient de l’envie d’aller partout pour prendre des photographies. » Il fait alors inlassablement le portrait de cette ville où il doit apprendre à apprivoiser un nouvel élément : l’excès de lumière.

Parallèlement, Nicolás Muller collabore à l’illustration de quelques livres comme Tanger por el Jalifa ou Estampas marroquis. Le Haut Commissariat d’Espagne au Maroc lui commande également des chroniques sur les villes de la « zone espagnole ».

Après un séjour de 7 ans à Tanger – qu’il qualifie d’ « années les plus heureuses de ma vie » il décide de s’installer à Madrid avec l’envie de reprendre son travail de photojournaliste, de poursuivre son exploration des régions espagnoles, d’exposer et de publier ses ouvrages.

Son studio madrilène se fait connaître.Il fréquente les écrivains, les philosophes et les poètes du légendaire Café Gijón et ceux de la Revista d’Occidente. Ainsi, il prend part activement à la vie clandestine de l’intelligentsia espagnole et réalise de nombreux portraits de ses amis artistes, comme les écrivains : Pío Baroja, Camilo José Cela, Eugeni d’Ors ou Ramón Pérez de Ayala, le pianiste Ataúlfo Argenta, ou encore le torero Manolete peu de temps avant sa mort.

Nicolás Muller prend sa retraite à l’âge de 68 ans.
Au début des années 1980, il s’installe à Andrín (aux Asturies) où il meurt en 2000.

Nicolás Muller (1913-2000), Fête du Mouloud II – Al Mawlid I [Mouloud festival I] Tangier, Morocco, 1942 © Nicolás Muller

Nicolás Muller (1913-2000), Tánger, Marruecos [Tangier, Morocco] 1942 © Nicolás Muller

Nicolás Muller (1913-2000), Marché de nattes de paille [Straw mats at the market] Tangier, Morocco, 1944 © Nicolás Muller

Nicolás Muller (1913-2000), Danseuse [Dancer] Larache, Maroc, 1942 © Nicolás Muller

mardi 20 janvier 2015

Pèlerinage d'un artiste amoureux, Abdelkébir Khatibi

Narcisse Berchère (1819-1891), Caravane dans le désert. RMN Photo (C) Musée des Beaux-Arts Rennes

Quatrième de couverture
  Il y a plusieurs entrées de lecture à ce roman. Raïssi, le personnage principal, y pénètre par une porte secrète après une découverte extraordinaire. Découverte qui bouleverse sa vie privée, approfondit son œuvre d'artiste et sa relation avec la religion et le surnaturel. Un artiste mystique ? Oui, un initié aux secrets du monde islamique.
L'histoire commence à Fès en 1897 et se termine à Mazagan en 1960. Raïssi voyage vers Dieu. Il explore le monde à la croisée des pays, des civilisations et des religions.
  Au-delà de l'Histoire incarnée dans la période coloniale et post-coloniale, rayonne la promesse de la tolérance...
Spécialiste de la littérature maghrébine, Abdelkébir Khatibi est l'auteur de nombreux ouvrages sur les sociétés et l'art islamiques. Il a publié récemment Féerie d'un mutant, aux Editions du Serpent à Plumes.



Extrait
« J’ai entendu dire que dans des contrées lointaines, on croit que le singe pourrait parler, mais il est entré par prudence dans le silence, le beau silence, de peur que l’homme ne le fasse travailler. Le singe a choisi la liberté, la forêt, contre l’esclavage imposé par l’homme.
 « Le singe nous donne une leçon sur la valeur du silence et de son bon usage. Peut-être savait-il parler jadis, puis il a oublié. Est-il entré dans l’amnésie ? L’animal est-il un être sans mémoire, sans langage, sans culture ? Comme pourrions-nous l’affirmer avec certitude ?
« Selon moi, la vérité c’est que le singe est prêt à parler, à nous parler. Il attend le bon moment. C’est la politique du silence. Nous attendons avec lui en philosophant.
 « Telle est la leçon de sagesse que le singe partage avec nous. Nous partageons avec lui un secret. Un jour, dira le singe à la guenon, dans sa plus belle promesse d’amour :
  –Le temps est venu. Prépare-toi, ma belle, à la fête d’une nouvelle langue !
 «Nous mangeons l’animal, nous le dressons pour briser peut-être son savoir inné. Dans d’autres contrées encore plus lointaines, au vaste pays de la réincarnation, le singe est élevé au rang de dieu ou presque – quel  sacrilège !  –, il est l’inventeur de la grammaire et de l’écriture.
 « Nous, musulmans, nous invoquons Ibrahim pour dire que l’animal a été sacrifié à la place du fils de l’homme donné à Dieu. Voyez-vous, je parle en mon nom, je suis réformiste, un homme de la tolérance et de la mesure. Non un théologien : le mieux qu’il puisse faire c’est un jeu de mots croisés sur le Nom de Dieux et ses attributs.
 « L’homme s’est libéré en se mettant debout. Des mains libres, un droit de regard sur le monde, une bouche pour parler et manger dignement – face à l’horizon. Le langage a commencé ainsi. C’est ce que disent les savants, mais Dieu seul le sait. »
  La séance dura tard la nuit – jusqu’à la prière de l’aube. Raïssi resta éveillé, et, avant de se quitter, lui et Anasse échangèrent leurs burnous en signe d’amitié. Editions du Rocher

mercredi 15 octobre 2014

Moroccan spirit : 1874 - 2014

Jean-François Portaels (1818-1895), Aouïcha, Huile sur toile (estimation : 70 000 – 90 000 € / 95 000 – 120 000 $)
Moroccan spirit : 1874 - 2014
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Présentation en avant-première les 12 et 13 novembre à Casablanca
Villa des Arts. 30, boulevard Brahim Roudani, Casablanca
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Vente le 25 novembre 2014 à Paris
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Paris – Le 25 novembre 2014, Artcurial célèbrera 140 ans de création au Maroc. Cette vente exceptionnelle présentera près de 120 œuvres, offrant un panorama complet depuis la vision fantasmée de l’orientalisme du 19ème siècle en passant par l’art moderne jusqu’à la jeune génération d’artistes marocains contemporains.

  Cet évènement fera écho à l’ouverture du Musée d’Art Contemporain Mohammed VI à Rabat ainsi qu’à plusieurs autres manifestations culturelles qui auront lieu à Paris. Le Maroc sera en effet mis à l’honneur lors du second semestre 2014 au
Musée du Louvre, avec l’exposition « Le Maroc médiéval, un empire de l’Afrique à l’Espagne », à l’Institut du Monde Arabe qui présentera « Le Maroc contemporain » ainsi qu’à l’Institut des Cultures de l’Islam avec pour thème de son 9ème festival, le « Maroc, arts d’identité ».

  Suite aux succès, en 2011, de la pré-exposition « Jacques Majorelle et ses contemporains » à Marrakech et de la vente qui suivit à Paris (record du monde atteint par Artcurial pour des œuvres de Jacques Majorelle et d’Edy Legrand), Artcurial exposera la vente « Moroccan Spirit : 1874 – 2014 » en avant-première à Casablanca, les 12 et 13 novembre 2014. Les œuvres seront présentées dans le cadre magnifique de la Villa des Arts, avant d’être dévoilées à Paris à partir du 22 novembre.

  « Artcurial est très heureux, après un an de préparation, de proposer une vente entièrement dédiée à l’extraordinaire richesse de l’art marocain. Nous croyons qu’au-delà de l’orientalisme et des ventes « Jacques Majorelle et ses contemporains », l’arrivée et la reconnaissance de l’art moderne et des artistes marocains contemporains sur la scène internationale du marché de l’art est aujourd’hui un phénomène confirmé. L’appétit des collectionneurs et des amateurs pour ces créations est réel. » explique Olivier Berman, directeur du département Orientalisme.

La vente « Moroccan Spirit : 1874 – 2014 »,
 parcourra 140 ans de création marocaine autour de trois principaux axes :

- Les orientalistes bien sûr très présents, avec notamment un exceptionnel portrait, Aouïcha, peint par Jean-François Portaels en 1874 (estimation : 70 000 – 90 000 € / 95 000 – 120 000 $), mais aussi une collection de 20 dessins et aquarelles d’Edy Legrand représentant la vie au Maroc dans les années 1950. Après sa redécouverte dans une collection privée, une très rare et sublime esquisse de Jacques Majorelle pour sa grande composition Les Allamattes de 1931 (conservé à l’Attijariwafa Bank, Casablanca) sera également mise en vente. Cette esquisse est la seule connue à ce jour ayant été réalisée sur papier clair, rendant ainsi la composition grandement lisible et lumineuse, les figures colorées se détachant magnifiquement du fond neutre. Ce sont au total cinq œuvres de Majorelle qui seront proposées le 25 novembre, aux côtés d’autres signées Henri-Emilien Rousseau, José Silbert, Isidore van Mens et José Cruz Herrera.

- A l’honneur également, l’art moderne marocain représenté par une collection privée d’une trentaine d’œuvres de Miloud Labied, Chaïbia Tallal, Jilali Gharbaoui, Ahmed Cherkaoui mais aussi Hassan El Glaoui et César avec sa magnifique accumulation de drapeaux marocains ; une collection de premier plan qui illustre parfaitement la création artistique du Maroc des années 1960 à 1980.

- Enfin, les œuvres contemporaines qui ont été « curatées » par Meryem Sebti, rédactrice en chef de Diptyk qui explique : « J’ai essayé, pour cette vente évènement, de combiner à la fois ce qui me semble le plus pertinent au regard des critères du marché, mais aussi ce qui est le plus représentatif des préoccupations de cette jeune scène qui intéresse beaucoup les institutions internationales (MACBA, MUCEM, IMA, Centre Pompidou, etc.). Je suis convaincue que ces artistes peuvent séduire la clientèle internationale d’Artcurial . Parmi ces pièces, citons notamment celle de Mounir Fatmi, l’Année zéro, fascinant bas-relief constitué de câbles d’antenne et dont surgit une hypnotisante impression kaléidoscopique. »

« Cette vente sera l’occasion pour les collectionneurs et amateurs de découvrir toute la richesse de la création marocaine au fil du temps et de créer des ponts entre la période classique et la période contemporaine. Meryem Sebti nous a apporté sa connaissance pointue de cet univers » ajoute Arnaud Oliveux, spécialiste en art contemporain d’Artcurial.

mardi 23 septembre 2014

Les tribulations du dernier Sijilmassi, Fouad Laroui

Albert Horel (1876-1964), Mosquée à Azemmour
Jeudi 16 octobre 2014
Félicitations à Fouad Laroui, lauréat du Prix Jean Giono 
pour son roman Les tribulations du dernier Sijilmassi
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Sélection pour le prix Goncourt 2014
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Quatrième de couverture
  « Adam réfléchissait. Et il n'arrivait pas à trouver de solution à cette énigme : pourquoi son corps se trouvait-il à une altitude de trente mille pieds, propulsé à une vitesse supersonique par des réacteurs conçus du côté de Seattle ou de Toulouse - très loin de son Azemmour natal, où les carrioles qui allaient au souk dépassaient rarement la célérité du mulet, où les voitures à bras n'excédaient pas l'allure du gueux se traînant de déboires en contretemps ? »

  Dans son style inimitable, Fouad Laroui nous entraîne à la suite de son héros - un ingénieur marocain décidé à rompre du jour au lendemain avec son mode de vie moderne et occidentalisé - dans une aventure échevelée et picaresque. Une tentative de retour aux sources semée d'embûches et à l'issue plus qu'incertaine, derrière laquelle se dessine une des grandes interrogations de notre temps : comment abattre les murs que l'ignorance et l'obscurantisme érigent entre les civilisations ?

  Fouad Laroui est l'auteur, notamment, d’Une année chez les Français (2010), La Vieille Dame du riad (2011) et L'Étrange Affaire du pantalon de Dassoukine (2012) qui a reçu le prix Goncourt de la nouvelle.


Extrait
  Marche ou crève. Nous autres, camarades, retiens ça, que ça nous plaise ou que ça ne nous plaise pas, faut qu’on y aille… Marche ou crève ! Ça résonne dans sa tête, ça l’empêche de penser, de sentir que ses pieds sont en sang…
  Après avoir marché toute la journée, il atteignit la grève / Des mers dans le pays qui fut depuis Assur. C’était Azemmour, sa ville natale, l’Azemorum des Romains.
  « Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr. » Il marcha lentement sur le vieux pont, s’efforçant de ne pas regarder le fleuve qui coulait en contrebas, puis, longeant les remparts de la vieille forteresse, il se dirigea vers la rue du Mouflon.
  Des gens s’arrêtaient sur son passage pour le dévisager mais il ne les voyait pas. Guidé par son instinct, il tourna sur la gauche, en face de la grande porte du mellah, parcourut une centaine de mètres puis tourna de nouveau à gauche. Il entra dans la ruelle et alla frapper à la porte de l’antique maison. Le heurtoir résonna violemment dans le silence du soir.
  Rien depuis la rue ne laissait soupçonner l’habitation. Pas de fenêtres, un long mur gris, une porte – puis un vestibule étroit et, alors, c’est le débouché sur la vraie maison, la cour intérieure, la lumière, l’eau, la vie. La vie… Il était né et avait grandi dans cette maison, où ne résidait plus qu’une vielle tante infirme que tout le monde appelait Nanna.
  Une grande émotion s’empara de lui. Je suis revenu. Je rentre dans le boyau. La vraie vie est ici.
  Lorsque j’étais petit garçon, j’habitais une maison ancienne, et la légende racontait qu’un trésor y était enfoui.
  Il prit la maillet du heurtoir dans la paume de sa main, l’enserra un instant pour mieux sentir à quel point il était lisse, poli par les générations de Sijilmassi, et d’abord par son père et son grand-père, puis il assena de nouveau plusieurs coups sur la porte.
  Il y eut quelques instants de silence. Une petite fille entrebâilla la porte et la referma aussitôt après avoir regardé Adam d’un œil rond.
  Adam entendit la petite crier :
  – Nanna ! C’est le Diable !

vendredi 12 septembre 2014

Le Maroc médiéval. Un empire de l’Afrique à l’Espagne, Exposition au Musée du Louvre

Madrasa El Attarine, Fès, Maroc. © Laurent Schneiter
 Le Maroc médiéval. Un empire de l’Afrique à l’Espagne
du 17 octobre 2014 au 19 janvier 2015
Hall Napoléon 

  Réunissant près de 300 œuvres, cette importante exposition, organisée par le musée du Louvre et la Fondation nationale des musées du Maroc, présente les plus belles réalisations dans les domaines du décor architectural, du textile, de la céramique ou de la calligraphie et permet d’appréhender cette longue et riche histoire, clef de compréhension du Maroc contemporain et source de sa modernité.

  Le Maroc médiéval invite à un voyage dans l’espace marocain et andalou, suivant un fil chronologique, chacune des périodes historiques est ponctuée d’éclairages sur les lieux de pouvoir et capitales historiques, cités d’or et de lumière. De Fès à Séville en passant par Aghmat, Tinmal, Marrakech, Ceuta, Rabat ou Cordoue, le parcours retrace les chantiers architecturaux majeurs et les œuvres créées pour ces villes. Chefs-d’œuvre célèbres et spectaculaires (tel que le lustre cloche de la mosquée al-Qarawiyyin de Fès), récentes découvertes et objets méconnus, se croisent au sein de l’exposition. Eléments d’architecture (portes, chapiteaux), mobilier et objets servant au culte (minbars, bassins d’ablutions, manuscrits) ou témoignages de la vie quotidienne (céramiques, pièces de monnaie) conservés dans les musées, mosquées et trésors d’église : tous apportent un nouvel éclairage de cette aire du monde islamique jusqu’à présent essentiellement lue depuis la rive andalouse.

  Les conquêtes de ces grandes dynasties les ont menées du sud du désert du Sahara au nord de l’Algérie, de la Tunisie et de la Libye actuelles. L’exposition replace cette puissante entité au centre des réseaux diplomatiques et commerciaux qui furent les siens, des confins subsahariens jusqu’aux cités commerçantes de l’Italie médiévale, des royaumes chrétiens du nord de l’Espagne jusqu’au sultanat mamelouk d’Egypte. Elle permet aussi de rappeler qu’historiquement le Maroc fût un créateur d’empires.

Astrolabe planisphérique. Musée du Batha, inv. 764. (1362-1363). Fès, musée Dar Batha.
 © La Fondation nationale des musées du Maroc

Dinar, Almohades. Or moulé et frappé ; Rabat, Musée numismatique de la Bank al-Maghrib. 
Musée numismatique de la Bank al-Maghrib

La mosquée al-Qarawiyin de Fès, Maroc. © La Fondation nationale des musées du Maroc
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samedi 17 mai 2014

20ème Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde

Gustavo Simoni (1846-1926), Arab Musicians
Musiques Sacrées du Monde
20ème Edition du Festival de Fès
Sous le thème: Conférences des oiseaux
du 13 au 21 juin 2014

  Dans un conte mystique du 13ème siècle Farid Ud-Din Attar nous rapporte comment la huppe a un jour décidé de réunir tous les oiseaux pour les inviter à un long voyage à l’issue duquel ils doivent rencontrer le Simurgh, le roi des oiseaux.
  Cette aventure les amène à traverser sept vallées, sept lieux spirituels, dans lesquels s’engagent chaque fois divers plaidoyers ; celui du perroquet, du paon, de la perdrix, du rossignol, de l’épervier… faut-il poursuivre ce difficile et périlleux voyage ou se contenter de ce qui est acquis et qui nourrit déjà désirs et aspirations? Faut-il brider ses peurs et se lancer vers l’inconnu? Renoncer à ce que l’on possède déjà, si modeste soit-il, pour briguer un sens spirituel majeur qui suscite doutes et incertitude?
  Nous avons voulu cette année nous inspirer de ce conte d’Attar pour évoquer l’aventure humaine de la rencontre, des échanges, des conflits, des influences… du voyage des cultures.
  Une aventure qui est celle de l’histoire de l’humanité, une quête de sens dans des langages multiples qui s’éclaire parfois de quelques percées universelles pour s’abîmer le plus souvent dans une profusion babylonienne de langues, d’interprétations ou de visions du monde.
Ces dernières peuvent-elles être invitées à cheminer ensemble? Peuvent-elles converger chacune dans sa singularité vers un même horizon?
  Cet appel est toute l’aventure du Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde, depuis maintenant une vingtaine d’années, et de son Forum: « Une âme pour la mondialisation ».
Il faut, disait Faulkner, que notre rêve soit assez grand pour que nous ne le perdions pas de vue en cours de route.
  Le dialogue des cultures ne peut être une fin en soi. Comme pour les conférences des oiseaux en chacune de leurs étapes, c’est un cheminement vers un point focal, un Simurgh.
Celui-ci peut il être atteint un jour ? Le chemin ici est aussi important que le but. La conscience de faire partie du même voyage favorise la curiosité, le désir de mieux comprendre, de mieux connaître.
  Il s’agit d’une connaissance dynamique où chaque culture est appelée à se transformer, se dépouiller, évoluer, se confronter à elle-même, à son propre miroir, à la recherche de ce qu’elle porte en elle de plus précieux, à cheminer, pour évoquer Senghor, dans sa nuit pour atteindre l’aube de l’universel.
Faouzi Skali, Directeur Général de la Fondation Esprit de Fès



«Trois opérations : Voir, opération de l’œil. Observer, opération de l’esprit. Contempler, opération de l’âme. Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l’art.» Emile Bernard