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samedi 12 janvier 2013

Françoise Sagan, ma mère, Denis Westhoff

Mot de l'Editeur
  Célèbre à dix-neuf ans, Françoise Sagan n'est pas seulement un écrivain populaire et un personnage qui hante les nuits parisiennes. Elle est l'image de l'après-guerre, d'une France libérée, d'une nouvelle vague brûlant les interdits, au style littéraire épuré et tranchant. Mais c'est au fils des succès en librairie que se construit le «mythe Sagan». Une légende sulfureuse et réductrice ...

  Denis Westhoff, son fils, nous ouvre son album personnel et nous propose de découvrir le vrai visage de cette femme moderne et insaisissable. De souvenirs en analyses, il décrit au plus juste celle qui disait de lui : « Avec Denis, c'est la première fois que j'ai le sentiment de me trouver devant quelqu'un qui a le droit de me juger. » 

« Au-delà de la légende, au-delà des récits et des bavardages, les bruits et les expressions que je connais si bien de ma mère transparaissent derrière les photographies de ce livre. J'y retrouve intacte une femme – et une mère – aimante, attentive, généreuse et éprise de liberté, une femme que j'ai si bien connue et avec qui, en fouillant dans ce passé peuplé d'images de toutes sortes, je m'aperçois que j'ai partagé infiniment plus de choses que je ne le croyais. » Denis Westhoff

mardi 5 juin 2012

Sagan et fils, Denis Westhoff

Quatrième de couverture
  Françoise Sagan est morte le 24 septembre 2004, laissant une dette fiscale de plus d’un million d’euros et une œuvre, composée d’une trentaine de romans et d’une dizaine de pièces de théâtre, sur le point d’être purement et simplement liquidée. Denis Westhoff, son fils unique, décide, en 2006, d’accepter cette succession empoisonnée, hors norme.
  Il réalise alors que la femme publique, celle que tout le monde croit connaître, prodigue avec son argent, aimant vivre dangereusement et de préférence à cent à l’heure, lui est longtemps restée inconnue. Lui a été aimé et élevé par une mère qui a pris soin de le protéger des éclats de sa légende.
  L’envie de remettre les points sur certains i, de dire les choses telles qu’il les a vues, entendues, et non pas telles qu’on a bien voulu les interpréter, grandit peu à peu en lui. En repassant par certains lieux, en se remémorant des anecdotes, des moments forts, gais ou douloureux, des conversations intimes, en dessinant les portraits de ceux qui ont vraiment fait partie du cercle Sagan, il éclaire d’une lumière totalement inédite l’une des figures majeures de la littérature française.
  Ce livre n’a pas pour ambition de dire la vérité sur Sagan, mais une vérité. Celle d’un fils qui ose dire enfin, avec bonheur et liberté, ce qu’il a vécu auprès d’une mère pas tout à fait comme les autres.

Denis Westhoff est photographe. Il signe chez Stock son premier livre.

Françoise Sagan, (c) Jacques Rouchon 1954
Extrait
   Après un été parisien passé à lire Sartre, Camus, Cocteau, elle sera admise au couvent des Oiseaux, puis renvoyée pour « manque de spiritualité ». Il faut dire qu'elle y récitait Prévert: « Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y. Et nous resterons sur la terre qui est si jolie. » Ce qui, dans un couvent, était très mal vu. Ma mère passe finalement ses deux bachots dont un à la session de rattrapage d'octobre, et s'inscrit à la Sorbonne en propédeutique. Mais les amphi-théâtres sont le plus souvent bondés et l'essentiel des cours se transforme bien vite en virées avec des amis dans le quartier Saint-Michel. Dans les conversations, il est beaucoup question de Dieu, de métaphysique et de politique. Et lorsqu'on a dix-sept ans en 1953 et que l'on s'intéresse à la littérature, les références sont Sartre et Camus, les deux écrivains qui occupent presque tout l'espace littéraire de l'époque.
  Qu'elle ait dix-sept ans, se sente sûrement plus proche de Sartre que de Camus et soit un peu mythomane ne suffit cependant pas à expliquer qu'elle se mette en tête d'écrire un roman. L'écriture est une envie dont elle est saisie, une vocation, et elle sait déjà qu'elle veut en faire son métier, je dirais même sa vie. «J'avais toujours pensé devenir écrivain. » Bonjour tristesse n'est pas le fruit d'un hasard, ni d'une lubie. Bonjour tristesse est la réalisation de cet amour vrai pour l'écriture, pour les mots et pour la littérature. Ma mère fait partie de ces écrivains qui ont beaucoup lu, des écrivains cultivés. Elle, qui justifie sa mythomanie comme naturelle à son âge, va prétendre auprès de ses amis et de ses proches qu'elle écrit un roman. Et à force de le dire - et parce que je suppose que l'on devait lui demander régulièrement des nouvelles de son texte -, elle finit par le faire. Bonjour tristesse naquit ainsi de sa passion pour la littérature et de cette « obligation » de devenir écrivain. La parution du roman fut une surprise qui éblouit tout le monde, elle la première. STOCK
«Trois opérations : Voir, opération de l’œil. Observer, opération de l’esprit. Contempler, opération de l’âme. Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l’art.» Emile Bernard