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   <title>Neuroland-Art</title>
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   <description>Neuroland-Art : a bridge between Neurology and Art

Neuroland-Art : rencontres de la Neurologie et des Arts</description>
   <language>fr</language>
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   <managingEditor>docteur.benoit.kullmann@wanadoo.fr (Benoit Kullmann)</managingEditor>
   <webMaster>docteur.benoit.kullmann@wanadoo.fr (Benoit Kullmann)</webMaster>
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     <title>Craquelures - par Benoit Kullmann le 21/01/2016 : 07:45</title>
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     <description>  	 		 		 	 	 		 			 				 					 						De notre nouveau correspondant itin&#233;rant, abonn&#233; de la ligne Berne - Canton : Kurt Pe&#239; ; celui qui prit comme devise : plus mon style sera ampoul&#233;,&amp;amp;nbsp; mieux mes propos seront &#233;clair&#233;s. Le rayon des invendusNdW : du temps qu'il &#233;tait coursier chez un libraire, il y a plus d'un demi si&#232;cle, le Webmestre, sillonnant &#224; v&#233;lo les cinqui&#232;me et sixi&#232;me arrondissements, calculait le trajet optimal permettant de r&#233;unir &#233;conomiquement les maisons d'&#233;dition. Dans sa sacoche pesaient tristement les invendus, qu'il avait la charge de retourner. La collision de la lugubre p&#233;riode des retours, avec un texte plus r&#233;cent, dont le commanditaire a oubli&#233; qu'il en avait valid&#233; la livraison, a raviv&#233; le chagrin des promesses d&#233;convenues, et la piti&#233; inspir&#233;e par les r&#233;cus&#233;s. D&#233;sormais les &#233;tag&#232;res de Neuroland-Art seront offertes aux textes oubli&#233;s, aux manuscrits d&#233;sol&#233;s, jusqu'aux essais manqu&#233;s dont Pavu Paprika aura &#233;t&#233; le t&#233;moin navr&#233;.&amp;amp;nbsp; aujourd'hui : CraqueluresEmilio Campari et Eva PerolCraquelures( en attendant The Big One )&amp;amp;nbsp;1Elle re&#231;ut en h&#233;ritage une sc&#232;ne champ&#234;tre que son oncle d&#233;signait encore quelques semaines avant son tr&#233;pas comme le Watteau. Si l’on s’&#233;tait emp&#234;tr&#233; dans les difficult&#233;s bancaires, si le loyer de la maison de retraite avait d&#233;pass&#233; les possibilit&#233;s de soutien de sa famille fort r&#233;duite et gu&#232;re solvable, on aurait recours au Watteau, baptis&#233; ainsi parce qu’il appartenait &#224; ces sc&#232;nes de genre qui connurent un succ&#232;s certain en France dans la seconde moiti&#233; du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, portant la signature prestigieuse de Watteau (1684-1721), ou plus modestement celle de ses suiveurs Nicolas Lancret (1690-1743) ou Jean Baptiste Pater (1695-1736). Tous peintres de f&#234;tes galantes, comme le furent apr&#232;s eux mais dans leur style propre, d&#233;tach&#233; de celui du ma&#238;tre, Fran&#231;ois Boucher (1703-1770) et Jean-Honor&#233; Fragonard (1732-1806).&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Une oeuvre de Lancret, intitul&#233;e danse pr&#232;s d’une fontaine, dat&#233;e approximativement de 1724, est expos&#233;e au Getty Center de Los Angeles. On pourrait d&#233;fendre qu’un peintre m&#233;connu se soit inspir&#233; de la partir gauche du tableau, qu’il ait fait l’&#233;conomie d’un effort de composition pour sa propre production, moins pr&#233;cise, tenant plus de l’esquisse que du travail men&#233; &#224; son terme. Il aurait de surcro&#238;t oubli&#233; un personnage sur deux, simplifi&#233; les postures. En poursuivant les analogies, un Concert dans le Parc du m&#234;me artiste dat&#233; d’apr&#232;s 1720 expos&#233; au mus&#233;e de l’Ermitage &#224; Saint Petersbourg aurait aussi bien servi de mod&#232;le. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; L’oncle n’avait pas pris la peine de demander l’avis d’un sp&#233;cialiste - il connaissait, ayant lui-m&#234;me tenu une galerie (il ajoutait rarement qu’il avait fait faillite en moins de deux ans) des amateurs tr&#232;s &#233;clair&#233;s qui sans oser le d&#233;cevoir, lui conseill&#232;rent de le faire expertiser avant de se lancer dans une restauration. Ce qui ne fut jamais mis en pratique et la ni&#232;ce accrocha un jour triste le tableau qui prit la lumi&#232;re d’une mani&#232;re telle qu’apparut sa surface fendill&#233;e, &#224; la fois sombre et ab&#238;m&#233;e. D&#232;s lors le temps changea de statut, les aiguilles des horloges auraient pu tourner &#224; l’envers, ce qui avait pris la forme d’une assurance chez l’oncle se mua en esp&#233;rance chez la ni&#232;ce. Au point qu’elle affirma un jour, que si elle le faisait expertiser, et que l’on confirmait son authenticit&#233;, cela changerait le cours de sa vie. Il ne s’agissait pas d’une cascade d’anticipations croissantes telles que celles auxquelles nous a pr&#233;par&#233; l’histoire de Pierrette et de son pot-au-lait : mais d’un changement radical de condition, de rapport au temps : s’il s’av&#233;rait qu’elle poss&#233;dait un vrai Watteau, alors elle s’en d&#233;poss&#233;derait aussit&#244;t, et mettrait un terme &#224; son&amp;amp;nbsp; activit&#233; professionnelle qu’elle poursuivait par pure n&#233;cessit&#233;. &#192; elle la retraite anticip&#233;e, les voyages, les mus&#233;es du monde entier auxquels elle n’avait pu encore acc&#233;der. La r&#233;flexion de son miroir lui sugg&#233;ra quelques travaux de r&#233;novation, de ses dents abim&#233;es et de ses rides. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Alors, en d&#233;pit de la logique qui avait pr&#233;sid&#233; &#224; la d&#233;marche de son oncle, et tenant compte des avis convergents de relations dont les yeux s’&#233;carquillaient, incapables de saisir l’action dans son ensemble tant les d&#233;tails en &#233;taient alt&#233;r&#233;s, elle d&#233;cida dans un premier mouvement de le faire non pas expertiser, mais restaurer. L’oncle n’avait jamais song&#233; une seconde &#224; se s&#233;parer ce qui constituait son assurance sur la vie, une sorte de document eschatologique qu’il porterait sous le bras le jour du jugement dernier ; tandis qu’elle &#233;tait pr&#234;te dans l’hypoth&#232;se o&#249; sa valeur r&#233;alis&#233;e aurait boulevers&#233; sa vie &#224; s’en d&#233;sister sans l’ombre d’un regret et encore moins selon l’expression consacr&#233;e d’un remord. Elle ne se sentait pas la d&#233;positaire d’un tr&#233;sor familial dont elle devrait assurer la transmission, elle pensait au contraire qu’il &#233;tait temps de lever le myst&#232;re.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Cela passait par une op&#233;ration de d&#233;poussi&#233;rage, puis de traitement du vernis obscurci par plus de deux si&#232;cles de n&#233;gligence et de transformation chimique in&#233;luctable, enfin d’une pr&#233;vention de l’extension de l’&#233;caillage de la peinture. Elle confia le tableau - de dimensions relativement modestes : quarante centim&#232;tres sur trente-cinq - &#224; une restauratrice de r&#233;putation locale. Le devis se situait dans des limites raisonnable, les d&#233;lais &#233;taient d’environ huit semaines, pendant lesquelles le temps se ralentit et devint pesant. Promesse avait &#233;t&#233; faite d’en toucher un mot &#224; des amis qui connaissaient un expert italien. Les restaurateurs de tableaux et les accordeurs de pianos sont des artisans de l’ombre, m&#233;ticuleux, m&#233;thodiques, d&#233;pourvus de la moindre fantaisie, et &#224; ce titre beaucoup plus fiables dans leurs pr&#233;visions et dans leurs engagements que les artistes qu’ils assistent. Mais comment &#233;valuer un expert ?&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;2&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; La restauratrice qui n’avait qu’une parole appela les interm&#233;diaires qu’Emilio Campari, qui poss&#233;dait le sens de la carte de visite et du curriculum vitae, appelait ses agents. Ce journaliste &#233;clectique, critique d’art &#224; ses heures, francophone, avait une devise plac&#233;e en exergue de chacune de ses publications : sa plume tremp&#233;e dans l'&#233;thanol n'&#233;pargne personne et n'engage que lui. On (qui aurait volontiers accept&#233; d’&#234;tre l’agent de quiconque l’aurait r&#233;tribu&#233; en cons&#233;quence) allait r&#233;pondre que l’on &#233;tait sans nouvelle de Monsieur Campari depuis des semaines au point que l’on envisageait s&#233;rieusement d’alerter tous les services d’alcoologie de la p&#233;ninsule, lorsque l’on re&#231;ut la chronique suivante, exp&#233;di&#233;e de Venise&amp;amp;nbsp; le Samedi 17 Mai 2008 : &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &#171; D&#233;j&#224; six ans que je n'avais gravi les escaliers de la Ca Rezzonico. Depuis ma premi&#232;re visite, il y a une bonne trentaine d'ann&#233;es, je tente de p&#233;renniser la d&#233;lectation &#233;prouv&#233;e lors de la d&#233;couverte du perroquet de Tiepolo perch&#233; sur l'encoignure d'une porte, et de la s&#233;rie des sc&#232;nes de genre de Pietro Longhi. Pour me mettre en condition, je passe Campo Santa Margherita, boire les deux premiers de mes six Spritz quotidiens au Caffe rosso, le caf&#233; rouge, mon bistro v&#233;nitien pr&#233;f&#233;r&#233;.&#187;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pour une raison qui lui est propre, idiosyncrasique lui expliqua-t-on un jour lors d’une expertise neuronale en milieu universitaire, la sensibilit&#233; picturale d’Emilio Campari est directement proportionnelle &#224; son taux d’alcool&#233;mie exprim&#233; en grammes par litre. &#192; jeun, il pourrait traverser sans la moindre manifestation physique d’&#233;moi la Frick Collection. Ce qui demeure une pure hypoth&#232;se, car l’on imagine mal Emilio Campari sobre &#224; dix heures du matin, horaire d’ouverture du c&#233;l&#232;bre h&#244;tel particulier de la cinqui&#232;me avenue.&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&#171; Il y a trois ans, le palais &#233;tait en travaux, en restructuration, et les galeries ferm&#233;es au public. Samedi dernier donc, bien d&#233;cid&#233; &#224; rattraper ce plaisir manqu&#233;, je m'accordai un surcroit de tension en gagnant directement le troisi&#232;me &#233;tage, qui abrite d&#233;sormais une collection dite exceptionnelle, la pinacoth&#232;que d'Egidio Martini, critique d'art et expert reconnu. D&#233;calant d'une petite heure mes retrouvailles avec quelques-uns de mes peintres v&#233;nitiens de pr&#233;dilection. &#187;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Cette retenue dans la rencontre renouvel&#233;e est le propre des sinc&#232;res amateurs d’art en particulier et des amoureux authentiques en g&#233;n&#233;ral : l’aptitude &#224; retarder l’instant des retrouvailles serait-elle directement proportionnelle &#224; l’intensit&#233; du sentiment &#233;prouv&#233; pour l’objet du d&#233;sir, ce qui n’est pas sans poser probl&#232;me aux partisans des th&#233;ories de Ren&#233; Girard. Comment si l’on croit avec ce dernier que l’on ne d&#233;sire un objet qu’en tant qu’il est d&#233;j&#224; d&#233;sir&#233; par autrui expliquer la r&#232;gle du d&#233;lectable d&#233;lai ici &#233;nonc&#233;e arithm&#233;tiquement ? &#192; cette objection Emilio aurait oppos&#233; que l’objet du d&#233;sir n’&#233;tait pour pas grand chose dans cette mise en sc&#232;ne ; que les &#233;l&#233;ments importants en &#233;taient le sentiment et non la perception de l’objet ; et ni celui-ci, ni le sujet p&#226;lot qu’il pouvait tout juste pr&#233;tendre &#234;tre ; mais leur rencontre.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &#171; Le seuil de l'Ingresso &#224; peine franchi, le visiteur devine un d&#233;dale d'espaces incompl&#232;tement clos, constitu&#233; non pas de salles mais d'un labyrinthe de cloisons qui mieux encore qu'une combinaison de miroirs accentue l'effet de profusion voulu par les concepteurs du lieu. Le leg d'Egidio Martini est effectivement partout soulign&#233; comme imposant : exceptionnel, par le nombre comme par la qualit&#233; des oeuvres. Lesquelles sont dispos&#233;es dans un ordre chronologique. Je remarquais par l'ajour laiss&#233; entre deux cloisons une toile de Carpioni, version d'un R&#232;gne d'Hypnos d&#233;j&#224; rencontr&#233; par deux fois, &#224; Vienne et &#224; Budapest, lorsque j'&#233;tais chasseur d'arcs-en-ciel.&#187; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Emilio Campari manqua d’abuser de l’amiti&#233; qu’il suscitait naturellement, ayant h&#233;rit&#233;, comme l’enfant arriv&#233; le dernier par la faute d’un p&#232;re n&#233;gligent &#224; la distribution des dons des f&#233;es d&#233;crite par Baudelaire, de celui de plaire. Mais il avait harcel&#233; ses proches &#224; propos de ce qui lui tint lieu de marotte pendant un lustre et demi : une passion soudaine pour les arcs-en-ciels, tellement envahissante qu’il exigea de chacun qui lui portait de l’affection de lui d&#233;nicher tout ce que la peinture occidentale avait produit en choisissant ce m&#233;t&#233;ore comme motif.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &#171; Plein de bonnes dispositions j'attaquais les murs de l'entr&#233;e, par un Jacopo Amigoni dont j'ai dans le temps comment&#233; Junon et Argus, puis un Venere e Adone de Schiavone, et trois bambins jouant avec un L&#233;opard. Trois putti grassouillets, plus vilains que les J&#233;sus de Michele Giambono, l'un exposant tout de son post&#233;rieur et rien de son visage, tous issus du lourd pinceau de Gaspare Diziani. &#187;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&#171; Et soudain, un sentiment terrible me vrilla l’esprit : pire qu'une illusion des sosies de Capgras, mieux qu'une paramn&#233;sie reduplicative, la conviction d'&#234;tre confront&#233; &#224; une galerie de faux, pas un tableau ne r&#233;sistant &#224; un examen &#224; peine approfondi : juste le temps de rep&#233;rer la similitude des regards plus louches les uns que les autres, la platitude des fonds, la grossi&#232;ret&#233; des formes. Un soi-disant Bernardino Licinio me parait plus piteux que le pire des pr&#233;-rapha&#233;lites, un Paris Bordone - l'un de mes peintres pr&#233;f&#233;r&#233;s - campe un Daniel aux proportions que la nature m&#234;me dans ses productions les plus monstrueuses ne saurait inventer, un Lambert Sustris - que j'appr&#233;cie entre tous - nous inflige une Flore fan&#233;e, et que dire des pr&#233;tendus Schiavone, Carpioni, Cariani, du Padovanino ... Le pire &#233;tait la certitude que ces oeuvres d’artistes si diff&#233;rents &#233;taient soudain dans une relation de ressemblance inflig&#233;e de l’ext&#233;rieur qui l’emportait sur leurs singularit&#233;s stylistiques.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&#171; Seul un Bernardo Strozzi me semble r&#233;sister au doute, &#224; c&#244;t&#233; d'un pseudo-Palma le Jeune. Je parcourus la galerie jusqu'&#224; la lie : d&#233;rout&#233;, n'en croyant pas mes yeux. Je croisais un autre &#233;gar&#233; que l’incr&#233;dulit&#233; faisait courir en tous sens les bras ballants, la t&#234;te projet&#233;e vers l’avant, l&#232;vres entre-ouvertes au bord de laisser &#233;chapper un hurlement, la protrusion stup&#233;faite de ses globes oculaires contrastant avec le froncement de ses sourcils et la contraction sceptique des muscles peauciers du front. Un peu plus tard, circulant abasourdi dans les salles du deuxi&#232;me &#233;tage, je me demandais pourquoi j'avais attach&#233; tant de prix tant d'ann&#233;es aux petites toiles de Pietro Longhi qui me parurent fades ; il faut pr&#233;ciser que je n'en vis que deux ou trois, et de biais, la salle qui leur est d&#233;volue &#233;tant encore en travaux, exclue de la visite mais accessible &#224; un coup d'oeil par l’entreb&#226;illement d’une porte &#187;.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &#171; Je ruminais une r&#233;torsion &#224; la mesure du pr&#233;judice esth&#233;tique subi et demandai sans m&#233;nagement au vendeur de la librairie si l'ensemble des toiles expos&#233;es au troisi&#232;me &#233;tage n'&#233;taient pas qu'un ramassis de vulgaires copies. Le pauvre pr&#233;pos&#233; faillit s'&#233;touffer d'indignation lorsque je r&#233;p&#233;tai ma question de telle sorte qu'aucun doute ne persist&#226;t concernant ma ma&#238;trise de la langue de Dante. Le catalogue de l'exposition est con&#231;u comme un pan&#233;gyrique du g&#233;n&#233;reux donateur. A l'h&#244;tel, je me pr&#233;cipitai sur Internet : Egidio Martini est d&#233;crit unanimement comme un personnage majeur du monde l'art v&#233;nitien, dont les certificats d'authenticit&#233; font autorit&#233; lors des ventes organis&#233;es chez Christies ou Sotheby. Certaines rubriques frisent l'idol&#226;trie. Aucun site ne remet en question la valeur de la collection &#187;. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &#171; Pour ma part, je fiche mon billet qu'Egidio Martini est encore de ce monde(1). L'aura-t-il quitt&#233; depuis trois jours, qu'une nu&#233;e d'experts s'abattra sur le troisi&#232;me &#233;tage de la Ca Rezzonico, et r&#233;duira en confetti les attributions invraisemblables de cette galerie de cro&#251;tes dont la moindre imperfection inflig&#233;e par Chronos a disparu, chaque visage, chaque d&#233;tail, paraissant fra&#238;chement produit de la veille. En attendant, courez &#224; Venise, Canal Grande, 3136, Fondamenta Rezzonico,Dorsoduro - si vous aimez les impostures vous serez servis. &#192; ce propos, cameriere, remettez-moi donc un Spritz &#187;. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Emilio Campari a l’imp&#233;tuosit&#233; de son &#226;ge - pensez, il est n&#233; au lendemain de la seconde guerre mondiale. Chez lui l’intuition a valeur de preuve - en r&#233;alit&#233;, a plus de valeur qu’une preuve - il est m&#234;me l’auteur d’un trait&#233; de neurologie fond&#233; sur l’aperception, qui e&#251;t autant de lecteurs qu’il comporte de pages, c’est-&#224; dire fort peu. Par exemple, il est convaincu que le breuvage dont par ailleurs il s’est entich&#233; pour ne pas &#233;crire intoxiqu&#233; n’est pas authentiquement v&#233;nitien, qu’il est un reliquat, un vestige de l’occupation autrichienne. Ses arguments se r&#233;sument &#224; l’occasion qu’il e&#251;t de boire un spritz &#224; la pomme &#224; Munich et &#224; la certitude que le caff&#233; Rosso - dont il b&#233;nit par ailleurs le propri&#233;taire de l’avoir laiss&#233; en l’&#233;tat, de ne pas avoir modifi&#233; quoi que ce soit de son d&#233;corum vieillot et r&#233;volutionnaire - devait &#234;tre un rep&#232;re d’agents doubles, d’agitateurs, d’oreilles trainant aux extr&#233;mit&#233;s des comptoirs et de doigts v&#233;loces griffonnant des billets de d&#233;nonciation. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Nous lui avons demand&#233; de jeter un coup d’oeil sur le tableau en cours de restauration. C’est tout juste, vautr&#233; sur un canap&#233;, s’il l’a regard&#233; - l’instant d’apr&#232;s qu’il s’en soit saisi, il s’endormit et nous d&#251;mes retirer le tableau de ses mains mollement agripp&#233;es au cadre. La th&#233;orie de Campari est qu’Egidio Martini &#233;tait convaincu &#224; la fois de l’alt&#233;ration in&#233;luctable des oeuvres dont il &#233;tait le conservateur, et de son talent. Qui d’autre mieux que lui, expert autant qu’artiste, r&#233;unissant deux qualit&#233;s d’exception, e&#251;t &#233;t&#233; mieux plac&#233; pour juger qui valait d’&#234;tre sauv&#233; ? Ce fut d’une part, le catalogue des peintres dont l’oeuvre m&#233;ritait d’&#234;tre pr&#233;serv&#233;e ; d’autre part, ce qui devait &#234;tre effac&#233; des effets d&#233;l&#233;t&#232;res de l’usure ; Egidio Martini &#224; peine avait-il pans&#233; une plaie, fut-elle r&#233;duite &#224; une fissure minuscule seulement visible &#224; la loupe, cette simple intervention lui donnait le pouvoir d’infliger &#224; l’oeuvre enti&#232;re une am&#233;lioration. C’est en cr&#233;ateur qu’il agissait d&#233;sormais sur la toile o&#249; Egidio se substituait &#224; l’auteur comme un ma&#238;tre d’atelier &#224; son apprenti. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Il suffisait d’offrir quelques verres de plus &#224; Emilio Campari pour qu’il exprim&#226;t le fond de sa pens&#233;e : pour Egidio Martini et tous les sp&#233;culateurs, le monde de l’art est le seul domaine ou puisse encore se maintenir l’id&#233;e de transcendance : cher Monsieur ces Iris vous d&#233;passent tellement qu’elles valent cent cinquante millions de dollars. Pourquoi ? parce que lorsque vous aurez disparu depuis des millions d’ann&#233;es sans avoir eu plus d’importance qu’une arch&#233;obact&#233;rie, ces Iris perdureront dans des enceintes blind&#233;es pour l’&#233;ternit&#233;. Fussent-elles embaum&#233;es par des imposteurs et abstraites de tout regard comme un pharaon dans son sarcophage.&amp;amp;nbsp; 3&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;La restauration &#233;tait en cours. N’y tenant plus, telle une belle-m&#232;re tourment&#233;e par la premi&#232;re grossesse de sa bru, la ni&#232;ce t&#233;l&#233;phonait une fois par semaine pour tenter d’obtenir quelques informations : peine perdu, les travaux se poursuivaient dans leur minutie, simplement on put lui dire &#224; la quatri&#232;me semaine qu’un monogramme avait &#233;merg&#233; de la crasse, encha&#238;nant un A et un W majuscules, ce qui occasionna une tachycardie nocturne et la mobilisation d’un m&#233;decin urgentiste dont les convictions profond&#233;ment ancr&#233;es dans la pratique du sport en salle ne lui permirent pas de comprendre qu’on puisse &#233;prouver autant de passion pour apr&#232;s tous ce qui n’&#233;tait probablement qu’une peinture sans grande valeur. Se rendre malade pour un pur fantasme voil&#224; qui le d&#233;passait. La restauratrice inform&#233;e de la morgue du m&#233;dicastre se mordit les doigts de sa confidence pr&#233;matur&#233;e, d’autant plus que le monogramme le plus caract&#233;ristique du peintre combinait en fait un W majuscule et un a minuscule.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sit&#244;t qu’elle r&#233;cup&#233;rerait son pr&#233;cieux h&#233;ritage, il serait confi&#233; &#224; un expert. La ni&#232;ce s’&#233;tait convaincue qu’un rafra&#238;chissement de la surface, une abrasion d&#233;licate des irr&#233;gularit&#233;s, un maquillage du r&#233;seau des f&#234;lures, contribueraient &#224; &#233;tablir enfin l’authenticit&#233; de l’oeuvre. Elle connut des moments de doute - et si la restauratrice n’&#233;tait pas &#224; la hauteur, ou pire, de m&#232;che avec un gang de marchands d’art sans scrupules, capables de fomenter un plan machiav&#233;lique pour la gruger, comment se prot&#233;gerait-elle d’un abus de confiance ? L’avertissement concernant la signification du monogramme - parfois les ateliers, ou les marchands soucieux d’&#233;couler une marchandise frelat&#233;e, n’h&#233;sitaient pas &#224; rajouter un monogramme, - devint suspect. Elle se voyait pr&#233;cipit&#233;e dans des proc&#233;dures sans fin, auxquelles faute de moyens elle finirait par renoncer. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Jamais elle ne lut autant sur la question de l’histoire de la restauration iconographique, dont elle crut comprendre qu’elle n’&#233;tait d&#233;j&#224; pas sur le plan technique l’objet d’un consensus ; elle aurait pu s’interroger sur ce qui lie les &#233;l&#233;ments de la surface entre eux, et sur ce qui attache cette surface au support. Au dix-huiti&#232;me si&#232;cle, alors que l’on d&#233;couvrait les plans dont la peau &#233;tait constitu&#233;e comme on &#233;pluchait un oignon depuis la nuit des temps, on distingua, avant que l’on identifi&#226;t les cellules, la peau de la surpeau. Mais l’histologie naissante, motiv&#233;e essentiellement par la justification des vari&#233;t&#233;s de couleur de la peau, et la probl&#233;matique de la coh&#233;sion ne poss&#233;daient aucun pouvoir de s&#233;duction. Elle se pr&#233;cipita dans la lecture des r&#233;cits d’escroqueries, de combinazione si bien ficel&#233;es sous leurs apparences hasardeuses que les propri&#233;taires perdaient tout de leurs droits et de leurs attentes. Une criminalit&#233; sp&#233;cialis&#233;e s’&#233;tait d&#233;velopp&#233;e, suscitant un sous-genre de litt&#233;rature polici&#232;re &#233;rudite, associant histoire de l’art et enqu&#234;tes impliquant le monde des assurances et le tr&#232;s singulier milieu du march&#233; r&#233;gulant les &#233;changes entre salles des ventes et mus&#233;es ou particuliers, port&#233; par des investissements gigantesques qui l’emmen&#232;rent au terme de ses lectures jusqu’&#224; Hong-Kong. Elle perdit pied rapidement, submerg&#233;e par tant d’intrigues et d’astuces d’initi&#233;s. 4&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Dans le cabinet d’aisance d’une maison qui n’&#233;tait pas la sienne elle se surprit &#224; peler un mur dont la peinture bon march&#233; se d&#233;collait ; il aurait fallu, &#224; peine l’&#233;caille disparue, passer un enduit de lissage, poncer, repeindre. Ce qu’autrefois elle grattait machinalement, devint l’objet d’une attention, d’une fascination : depuis la cro&#251;te de la baguette &#224; l’ancienne jusqu’&#224; la moindre excoriation cutan&#233;e cons&#233;cutive &#224; une blessure minime - une griffure de chat, ou ce que sa dermatologue, consult&#233;e pour un &#233;paississement f&#226;cheux de l’&#233;piderme, appelait avec un sourire une hyperk&#233;ratose banale, en &#233;vitant le terme peu &#233;l&#233;gant de t&#226;che de vieillesse. Elle se jeta dans la lecture des dictionnaires m&#233;dicaux dont le site Gallica procure gracieusement les fac-simile.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Parfois la peau desquame, un terme d&#233;signe cette d&#233;sagr&#233;gation, l’ichtyose, la peau de serpent, comme les pr&#233;misses d’une mue. Parmi les dermatoses ichtyosiques, la pellagre est d&#233;sormais une curiosit&#233; nosographique - alors qu’autrefois elle &#233;tait une pathologie carentielle courante, se manifestant par des l&#233;sion cutan&#233;es, des troubles digestifs essentiellement domin&#233;s par une diarrh&#233;e, enfin des troubles neurologiques aboutissant parfois &#224; une d&#233;mence. Elle fut d&#233;crite pour la premi&#232;re fois en 1735 en Espagne, dans la r&#233;gion d’Oviedo, par Gaspar Casal, le m&#233;decin de Philippe V ; observation reprise par un fran&#231;ais, Fran&#231;ois Thierry, en 1755. Elle fut rapproch&#233;e du scorbut, puis de la podagre, d&#233;crite dans de multiples r&#233;gions fran&#231;aises puis europ&#233;ennes de mani&#232;re dispers&#233;e avant les travaux d’unification de Th&#233;ophile Roussel. Aux &#201;tats Unis, on en observait dans les milieux asilaires des &#233;pid&#233;mies avec des taux de mortalit&#233; impressionnants dans les ann&#233;es 1910. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; L’interpr&#233;tation du syndrome fit appel &#224; la consommation du ma&#239;s, &#224; l’exposition au soleil, &#224; l’ergotisme, mais aussi au climat, &#224; la constitution de l’air, &#224; l’alcoolisme, &#224; une toxine, &#224; l’h&#233;r&#233;dit&#233;... Chacun se croyant tr&#232;s savant illustrait du mieux qu’il pouvait le principe fondamental du fonctionnement c&#233;r&#233;bral humain le plus idiot au sens du philosophe Cl&#233;ment Rosset : post hoc, propter hoc. Le probl&#232;me &#233;tant la multiplicit&#233; des hi, (post hibus, propter hoc) et leur distribution selon un carr&#233; s&#233;miotique de Greimas (causes internes, constitutionnelles, g&#233;n&#233;tiques vs causes externes, environnementales ; accumulations toxiques vs carences pernicieuses), lequel fonctionne comme une matrice g&#233;n&#233;ratrice d’un tourbillon mental provoquant un d&#233;sordre bien connu des sp&#233;cialistes de l’oreille interne : un vertige. Une nouvelle analogie s’av&#233;ra plus contributive : celle du b&#233;ri-b&#233;ri dont l’origine fut d&#233;couverte en 1912.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; En 1913 Funk sugg&#233;ra que la pellagre &#233;tait cons&#233;cutive &#224; une carence vitaminique provoqu&#233;e par les techniques des minoteries modernes qui privent le grain de son enveloppe et du germe : carence d’origine environnementale. Furent maintenues cependant par quelques sceptiques - il faut pour comprendre cela saisir la parent&#233; entre le choix d’une th&#233;orie scientifique et le pari mutuel urbain - les hypoth&#232;ses concurrentes infectieuse et toxique. Joseph Golberger fit une &#233;tude &#233;pid&#233;miologique solide d&#233;montrant qu’il s’agissait d’une carence, ne touchant pas dans la m&#234;me proportion le personnel de service des &#233;tablissements de sant&#233; relativement &#233;pargn&#233;, et les malades hospitalis&#233;s dans les h&#244;pitaux et les orphelinats ; il reproduisit exp&#233;rimentalement la maladie chez des prisonniers, volontaires sains qu’il soumit plusieurs mois &#224; un r&#233;gime carenc&#233;, les gu&#233;rissant en r&#233;tablissant un r&#233;gime &#233;quilibr&#233;. Tandis qu’il fit absorber des croutes et des excr&#233;ments de pellagreux &#224; des personnes saines, dont sa femme, sans que personne n’en tomb&#226;t malade, ce qui &#233;liminait une infection. Puis il passa &#224; l’exp&#233;rimentation animale chez le chien et d&#233;montra l’action efficace d’une levure appel&#233;e vtamine G aux USA et B3 en Angleterre, - ou vitamine PP, Pellagra pr&#233;ventive factor : la Niacine, puis le Tryptophane, pr&#233;curseur de celle-ci. Afin de pr&#233;server la disponibilit&#233; de la Niacine, il suffit de cuire le Ma&#239;s dans un milieu tr&#232;s alcalin, ainsi que le font traditionnellement les Am&#233;rindiens. La pellagre est devenue une affection tr&#232;s rare en dehors de pays pauvres, en &#233;tat de pr&#233;carit&#233; alimentaire, et chez des patients &#233;thyliques chroniques tr&#232;s d&#233;nutris.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; On aura saisi le mouvement : analogie avec une carence reconnue ; implication des techniques industrielles d&#233;naturantes ; apparition en grande pompe de la sociologie qui souligne la diff&#233;rence de r&#233;gimen selon le statut social ; exp&#233;rimentation humaine, chez le prisonnier volontaire puis chez la propre &#233;pouse de l’homme de science pr&#234;t &#224; tous les sacrifices sur l’autel de la connaissance ; participation du chien, fid&#232;le ami de l’homme, au progr&#232;s de celle-ci ; constat in fine de la sagesse des peuples qui ont su rester &#224; l’&#226;ge de pierre et des d&#233;g&#226;ts de l’&#233;thylisme chronique.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;En neurologie, la pellagre est &#233;voqu&#233;e devant un tableau de polyneuropathie associ&#233;e &#224; une peau &#233;cailleuse. Cette peau de serpent, fragile, parfois fissur&#233;e, est &#224; distinguer de l’ex&#233;ma craquel&#233;. Une amie parla d’un docteur B. qui pratiquait des gommages - ce terme &#224; la fois technique et vulgaire comme peut r&#233;sonner le mot de soin entendu dans les salons d’esth&#233;tique - Jos&#233;phine, un soin pour madame Chantegreil, je vous prie -, n’avait d’autre fonction que de nommer un geste d’une grande banalit&#233; mais fort co&#251;teux. Salons, je vous prie, soins : le vocabulaire des ambulances de campagne conduites par les baronnes infirmi&#232;res a &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233; par les techniciens de la cosm&#233;tologie. Le gommage consistait &#224; &#233;liminer les cellules mortes de l’&#233;piderme - au lieu de les laisser l&#224;, qui sait, pourrir leurs voisines encore saines. Laisse-t-on sinon dans un sous-bois mal entretenu s’entasser les feuilles mortes ? Est-ce-qu’au moins son petit g&#233;n&#233;raliste lui avait fait faire le bilan - le dosage des vitamines, des sels min&#233;raux, des oligo-&#233;l&#233;ments - qui auraient pu t&#233;moigner d’une carence ? Fallait-il attendre l’apparition de l’ichtyose pour r&#233;agir ?&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Un anthropologue est quelqu’un qui d’une part estime que l’humanit&#233; vaut d’&#234;tre &#233;tudi&#233;e afin soit d’en d&#233;celer en de&#231;&#224; des caract&#232;res communs ce qui en fonde la diversit&#233;, soit ce qui en fonde l’unit&#233; derri&#232;re la vari&#233;t&#233; des apparences ; d’autre part envisage s&#233;rieusement de vivre de ce savoir, d’en faire son m&#233;tier, bref d’apprendre aux autres anthropo&#239;des ce que signifie l’appartenance &#224; cette cat&#233;gorie zoologique. La proto-m&#233;decine a ceci de formidable, qu’elle offre un panorama de tout ce qui poss&#232;de le pouvoir d’affecter anthropos, ne serait-ce qu’une petite cro&#251;te apparue au bout de son nez : des poisons &#233;manant de l’environnement ou &#233;mis par l’organisme, des &#233;puisements internes ou des carences externes, et la constellation tournoyante de leurs combinaisons. 5Huit semaines pass&#232;rent, le cahier des charges fut respect&#233; : nul retard, ni surcro&#238;t d’attente anxieuse qui aurait signifi&#233; une ambiguit&#233;, une chance encore d’acc&#233;der &#224; une aisance de plus en plus improbable. Le tableau a repris des couleurs. On distingue les personnages de cette f&#234;te galante, moins pr&#233;cis, moins expressifs, moins d&#233;licatement mis en sc&#232;ne qu’on ne s’y serait attendu. Un tableau quasiment fait &#224; la va-vite. Avec une singularit&#233; cependant, qui fut remarqu&#233;e imm&#233;diatement par sa propri&#233;taire : les dents apparaissaient d&#233;sormais, d’une blancheur insolite lorsque les &#233;ventails cachaient les sourires g&#226;t&#233;s. Le monogramme a confirm&#233; sa banalit&#233; et son absence de sp&#233;cificit&#233;. Un Watteau ? La restauratrice est franchement dubitative ; un Lancret, un Pater, tr&#232;s peu probables. Un petit ma&#238;tre qui vendait des petits formats &#224; la mani&#232;re de ... oui, sans doute. En tout cas rien qui procure le vertige, qui vaille d’&#234;tre propos&#233; &#224; une salle des ventes prestigieuses. Une expertise malgr&#233; tout ? Pourquoi pas.... Mais l’esp&#233;rance s’&#233;tait consum&#233;e. La ni&#232;ce ne conserva de cette actualisation manqu&#233;e qu’une attirance irr&#233;pressible pour les fissures de cloisons, les travers de carrelages, les irr&#233;gularit&#233;s des jointures. Parfois elle sursautait, s’&#233;tant surprise &#224; fixer la peau de la terre lors des p&#233;riodes de s&#233;cheresse.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Le tableau que l’on continuera ironiquement &#224; nommer le Watteau, conservera sa place. Il a perdu de sa fragilit&#233;, sa valeur s’est effondr&#233;e. Il n’est plus l’objet dont on se serait d&#233;fait parce que ce renoncement aurait signifi&#233; un changement radical d’existence pour sa d&#233;positaire &#233;ph&#233;m&#232;re. Il est un souvenir attachant, un objet anim&#233; d’une double fonction contradictoire : elle peut dire qu’elle le poss&#232;de, trace d’une br&#232;ve liaison avec plus fortun&#233; que soi qui n’allait pas s’attarder, et qui vous a laiss&#233; son portrait dont on ne fera pas un drame s’il s’&#233;corne ou jaunit. Paradoxalement, si elle devait s’en d&#233;partir, ou qu’il disparaissait dans un cambriolage, elle n’en &#233;prouverait pas un chagrin immense - alors que si elle avait &#233;gar&#233; un billet de loterie c’e&#251;t &#233;t&#233; un d&#233;sastre. Peu &#224; peu, le bouleversement de son rapport au temps qui avait marqu&#233; les huit semaines d’attente - bien que ce ne fusse pas une v&#233;ritable expertise - s’estompa. L’oncle avait toujours consid&#233;r&#233; sa sc&#232;ne galante assombrie et floue comme une oeuvre d’une grande valeur potentielle, sans en douter une seconde puisqu’il n’e&#251;t jamais l’intention de s’en d&#233;prendre. L’image dans son cadre se d&#233;gageant peu &#224; peu du mur le matin, disparaissant dans la p&#233;nombre le soir, &#233;tait &#224; la fois transcendante et famili&#232;re comme un dieu que l’on prie &#224; plusieurs heures du jour et de la nuit. Elle lui survivrait, craquel&#233;e ou fissur&#233;e, autant que les fresques v&#233;nitiennes en cours de r&#233;novation, couvertes de pansements comme un crucifix fatigu&#233; d’&#233;chardes oubli&#233; dans une chapelle d’arri&#232;re-pays. Sa ni&#232;ce aper&#231;ut dans les craquelures ce qui masquait peut-&#234;tre la fa&#231;on d’un grand peintre et la signature d’une oeuvre singuli&#232;re dont la c&#244;te appara&#238;trait flatteuse. L’objet r&#233;nov&#233; se donna dans sa banalit&#233; de chose que le temps alt&#232;re, repris par la menace d’une disparition &#224; la mesure de nous-m&#234;me, de l’effritement de nos tissus et de nos os, en d&#233;pit des pommades et des injections de collag&#232;ne ; de l’&#233;rosion du monde, auxquels les plus beaux et les plus pr&#233;cieux objets ont tant de difficult&#233; &#224; survivre. Au triomphe peu glorieux des propri&#233;t&#233;s immanentes des artefacts, qui ne survivent que peu &#224; leurs cr&#233;ateurs, m&#234;me si ces derniers en ont fait des traces d’une production inspir&#233;es par des idoles d’arri&#232;re-monde pr&#233;tendument &#233;ternels.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Bien entendu - au sens o&#249; jamais le cahier des charges n’avait pr&#233;tendu le contraire - les craquelures demeur&#232;rent. Pour peu que l’on ait esp&#233;r&#233; leur disparition, on ne voyait plus qu’elles.6&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; En 1994 un tremblement de terre effondra les autoroutes des &#233;changeurs de Los Angeles les unes sur les autres en quelques secondes, le laps de temps qui suffit &#224; renverser un carton &#224; g&#226;teau contenant un mille-feuilles. Sur internet on peut suivre jour apr&#232;s jour la carte sismique de la Californie, enrichie de milliers de secousses chaque seconde. Les efforts de Jasper Jones dessinant inlassablement les fronti&#232;res des &#233;tats de l’Union n’y changeront rien. En attendant la survenue prochaine d’un &#233;v&#232;nement comparable au d&#233;sastre de San Francisco en 1906, les californiens &#233;corchent des crustac&#233;s dans les bars mexicains de Santa Monica, &#233;pluchent des l&#233;gumes en inventant des &#233;conomes &#224; usage unique, injectent du collag&#232;ne et de la toxine botulique pour colmater les rides et les affaissements d’&#233;paves octog&#233;naires aux agonies diff&#233;r&#233;es. Certains exposent, dans des lieux d&#233;serts tel le mus&#233;e d’art contemporain downtown, des oeuvres confidentielles. Des sardines jaillissent des entrailles du bitume &#233;clat&#233; par les forces telluriques et par la volont&#233; de l’artiste n&#233;erlandais Ger van Elk (1941-2004).&amp;amp;nbsp; Venise, le 17 mai 2008 -Los Angeles, le 17 juin 2015</description>
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     <title>Les fatigu&#233;s de la vie - par Benoit Kullmann le 21/01/2016 : 07:44</title>
     <link>http://www.bkneuroland.fr/articles.php?lng=fr&amp;pg=19062</link>
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     <description>  	 		 		 	 	 		 			 				 					 						De notre nouveau correspondant itin&#233;rant, abonn&#233; de la ligne Berne - Canton : Kurt Pe&#239; ; celui qui prit comme devise : plus mon style sera ampoul&#233;,&amp;amp;nbsp; mieux mes propos seront &#233;clair&#233;s. Le rayon des invendusNdW : du temps qu'il &#233;tait coursier chez un libraire, il y a plus d'un demi si&#232;cle, le Webmestre, sillonnant &#224; v&#233;lo les cinqui&#232;me et sixi&#232;me arrondissements, calculait le trajet optimal permettant de r&#233;unir &#233;conomiquement les maisons d'&#233;dition. Dans sa sacoche pesaient tristement les invendus, qu'il avait la charge de retourner. La collision de la lugubre p&#233;riode des retours, avec un texte plus r&#233;cent, dont le commanditaire a oubli&#233; qu'il en avait valid&#233; la livraison, a raviv&#233; le chagrin des promesses d&#233;convenues, et la piti&#233; inspir&#233;e par les r&#233;cus&#233;s. D&#233;sormais les &#233;tag&#232;res de Neuroland-Art seront offertes aux textes oubli&#233;s, aux manuscrits d&#233;sol&#233;s, jusqu'aux essais manqu&#233;s dont Pavu Paprika aura &#233;t&#233; le t&#233;moin navr&#233;.&amp;amp;nbsp; aujourd'hui : les fatigu&#233;s de la vie Introduction&amp;amp;nbsp;Ce qui suit est extrait d’un texte plus abouti, intitul&#233; le Reposoir, faisant suite au Souffroir &#233;crit en 2011, et dont la dimension exc&#232;de le format d’un m&#233;moire de ph&#233;nom&#233;nologie. Lequel, id&#233;alement, devrait comporter trois parties : la description pr&#233;cise d’un cas, son analyse existentielle &#224; partir de la propre exp&#233;rience v&#233;cue du r&#233;dacteur, enfin l’analyse psychopathologique-clinique, effectuant un changement de point de vue d&#233;bouchant sur une perspective g&#233;n&#233;raliste. Notre sujet, la fatigue, ou plus pr&#233;cis&#233;ment, le fatigu&#233;, ne traite pas de patients en particulier (sinon que nous nous sommes livr&#233;s &#224; un exercice de style consistant &#224; r&#233;ins&#233;rer dans le Reposoir les citations des malades qu’Alfred Binet utilise au chapitre traitant de la fatigue dans de l’Angoisse &#224; l’Extase paru en 1927). Cependant le troisi&#232;me chapitre de notre travail, &amp;amp;#8223;la ph&#233;nom&#233;nologie du fatigu&#233;&amp;amp;#8223;, d&#233;bute par la rencontre non pas d’un individu afflig&#233; par la fatigue, mais de l’oeuvre d’un peintre dont nous ignorions tout lors de notre premi&#232;re visite, il y a fort longtemps, de la Neue Pinakothek de Munich - peu apr&#232;s l’ouverture du b&#226;timent actuel. Tableau singulier par ses dimensions, plus de trois m&#232;tres sur un m&#232;tre cinquante ; par son titre : les fatigu&#233;s de la vie ; et par le temps pass&#233;, sans doute comme beaucoup d’autres visiteurs, en sa compagnie. Les diverses interventions que nous avons pu faire sur le th&#232;me de la fatigue pathologique, l’asth&#233;nie, sont depuis cette rencontre toujours illustr&#233;es, souvent d&#232;s l’introduction, parfois lors d’une inflexion cruciale de notre expos&#233;, par ce tableau. Il nous est devenu familier, et comme toute chose que l’on c&#244;toie de mani&#232;re routini&#232;re, sa signification est devenue &#224; la fois &#233;vidente et floue. &#201;vidente parce qu’aucune des rares mises en sc&#232;ne picturales de la fatigue ne peut rivaliser avec elle et qu’il n’est jamais question de la remplacer par une autre plus ad&#233;quate. Floue parce que tout en la consid&#233;rant comme un recours syst&#233;matique nous ne la regardions plus, nous ne r&#233;actualisions pas ce que nous avions &#233;prouv&#233; la premi&#232;re fois que nous l’avons vue.&amp;amp;nbsp; Jusqu’au jour o&#249; nous avons d&#233;cid&#233; de mettre en forme nos r&#233;flexions sur la fatigue. Cet opuscule n'en retiendra que la ph&#233;nom&#233;nologie du fatigu&#233;.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; De la fatigue au fatigu&#233; :&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Changer de point de vue est le pr&#233;alable n&#233;cessaire &#224; l'approche ph&#233;nom&#233;nologique : ici, transposer le conseil de notre mentor Dominique Pringuey du champ de la fibromyalgie &#224; celui de la fatigue : comme il a fallu il y a quelques ann&#233;es passer de la douleur au douloureux il faudra passer de la fatigue au fatigu&#233;. Aucun d'entre nous qui participons &#224; ce dipl&#244;me universitaire n'aborde na&#239;vement le monde, les uns viennent des professions m&#233;dicales, quelques-uns sont des travailleurs sociaux,&amp;amp;nbsp; des enseignants, d'autres encore appartiennent au milieu associatif... Nous disposons tous d'une construction mentale qu'il nous faut non pas abandonner, mais laisser de c&#244;t&#233; le temps d'une rencontre d'un autre ordre, dont le but est d'acc&#233;der &#224; l'essence de la fa&#231;on de vivre de la personne fatigu&#233;e, pour paraphraser le titre d'une synth&#232;se lumineuse de Michel Poncet1&#224; propos de l'&#234;tre-d&#233;ment. Arthur Tatossian cit&#233; par le pr&#233;c&#233;dent insiste sur la n&#233;cessit&#233; de passer d'une d&#233;finition en extension - ici le catalogue des alt&#233;rations caract&#233;risant l'&#233;tat de fatigue - &#224; une d&#233;finition en compr&#233;hension : une d&#233;finition qui donne l’essence de la fa&#231;on de vivre, du style global de v&#233;cu et de comportement des fatigu&#233;s.2 (Nous avons substitu&#233; fatigu&#233;s &#224; d&#233;ments). Le vivre transcende, en les int&#233;grant, et la distinction, et en m&#234;me temps la liaison, du v&#233;cu et du comportement. Un temps de r&#233;flexion encore &#224; propos du sympt&#244;me asth&#233;nie. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les psychiatres se disent entre eux et depuis longtemps que les somaticiens consid&#232;rent le sympt&#244;me comme la premi&#232;re &#233;tape d'un processus explicatif, destin&#233; &#224; &#233;voluer, &#224; s'agr&#233;ger &#224; d'autres sympt&#244;mes ou signes, &#224; s'int&#233;grer dans un syndrome puis dans la confirmation d'une maladie ; bien qu'il prenne son sens dans ce devenir, le sympt&#244;me poss&#232;de d&#232;s le d&#233;part une d&#233;finition pr&#233;cise, pouvant r&#233;sumer la pathologie, et demeure d'un seul tenant au cours de l'&#233;volution du diagnostic. En revanche le sympt&#244;me psychiatrique ne se donnerait pas tel quel, il ne prendrait son sens qu'au sein d'une structure, d'un contexte, et n'aurait pas une valeur constante : sa signification, son interpr&#233;tation, ne sera pas la m&#234;me d'un patient &#224; l'autre 3. L'opposition entre un sympt&#244;me somatique univoque et un sympt&#244;me psychiatrique a priori ambigu est-elle si franche, ne forcerait-on pas une diff&#233;rence moins outr&#233;e que nous venons de la d&#233;crire ? Le sympt&#244;me ne serait-il pas dans le champ somatique soumis aux m&#234;mes contraintes que dans le champ psychique ? Nous soup&#231;onnons que l'on fasse mine de croire, du haut de ce dernier, que le sympt&#244;me physique ne serait pas l'expression d'une r&#233;organisation, que sa signification lui serait chevill&#233;e au corps, pour ainsi dire, par un lien de causalit&#233; indiscutable : s'il para&#238;t ainsi, c'est par une &#233;conomie f&#226;cheuse, par un raccourci de la pens&#233;e, octroyant au sympt&#244;me plus de consistance qu'il n'en poss&#232;de, et oubliant qu'il n'est que la manifestation rapport&#233;e sinon mesurable de processus ob&#233;issant &#224; une causalit&#233; autrement plus complexe, stochastique. Les processus sous-jacents sont probablement de nature diff&#233;rente dans les deux disciplines : cependant on peut parvenir &#224; d&#233;crire la modification du syst&#232;me dans sa complexit&#233;. Par exemple, la pr&#233;sence d'un virus alt&#232;re la production de certaines prot&#233;ines du syst&#232;me immunitaire, provoquant une baisse des interleukines lesquelles modulent dans les r&#233;gions insulaires le sentiment de fatigue. La simplification du raisonnement, c'est dire que le virus fatigue. Ce qui fait un peu court.En revanche rep&#233;rer que souvent le sympt&#244;me existe seulement dans l'exp&#233;rience v&#233;cue du m&#233;decin somaticien sonne juste, et surtout la valeur du sympt&#244;me dans la communication n'est pas semblable : le sympt&#244;me m&#233;dical poss&#232;de une grande valeur informative par lui-m&#234;me, tandis que le sympt&#244;me psychiatrique, tenant lieu, puisque si l'on en est l&#224; c'est que la communication a &#233;chou&#233;, d'un autre signifiant qui reste &#224; d&#233;couvrir, est souvent abscons, &#233;nigmatique. Quoiqu'il en soit, la fatigue pathologique (asth&#233;nie en langue fran&#231;aise, fatigue en langue anglaise), dans le champ de la m&#233;decine somatique, est curieusement un sympt&#244;me dont la d&#233;finition est approximative, floue, et d'un poids secondaire lors de l'authentification d'une entit&#233; pathologique ou le choix d'une strat&#233;gie th&#233;rapeutique. Plusieurs niveaux d'explication de la fatigue coexistent sans s'articuler pleinement : le niveau biochimique, le niveau neurophysiologique, le niveau neuropsychologique. La d&#233;composition contemporaine de la fatigue selon les trois cat&#233;gories, physique, cognitive et &#233;motionnelle, telle que nous l'avons d&#233;crite dans le Reposoir, est elle transposable dans le domaine de la ph&#233;nom&#233;nologie ?Notre projet, dans l’espace de ce m&#233;moire, est le suivant : nous d&#233;crirons un neurologue rencontrant successivement un tableau, puis un ensemble de tableaux qui font s&#233;rie, enfin &#224; l’occasion d’une autre s&#233;quence, le peintre qui a r&#233;alis&#233; ces tableaux.&amp;amp;nbsp; Premier mouvement, un neurologue rencontre un tableau : il est difficile de mettre entre parenth&#232;se ce qui modifie depuis tant d’ann&#233;es notre regard et notre d&#233;marche analytique. La rencontre est ce moment&amp;amp;nbsp; d'apparition &#224; la conscience d'une nouveaut&#233; (nous pr&#233;f&#233;rons ce terme au classique donn&#233;, teint&#233; de th&#233;ologisme sinon de transcendental), laquelle occupe, envahit, r&#233;sume la totalit&#233; du champ conscient, avant que celui-ci ne devienne un th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations apposant un sujet &#233;prouvant et percevant &#224; un objet d&#232;s lors anim&#233;. N&#233;anmoins, dans ce duel le tableau subjuguant le spectateur l’emportera rapidement, et la neurologie se fera discr&#232;te. L’observation clinique, ici, devient l’errance du regard sur la toile, les d&#233;tours, les accidents, les pauses, les &#224;-coups de l’examen afin que le lecteur puisse comprendre le parcours visuel du spectateur, clinicien ou non, son exploration telle quelle, exprim&#233;e sous l’angle du mouvement ressenti : la sc&#232;ne que nous croyons fig&#233;e est en v&#233;rit&#233; mue par l’effet du regard du spectateur. Le nom du peintre est retenu &#224; peu pr&#232;s : Hodler, Holder...Dans un second temps une autre rencontre a lieu avec un grand nombre d’oeuvres de ce peintre suisse - pr&#233;cis&#233;ment au mus&#233;e des Beaux-Arts de Gen&#232;ve. C’est une d&#233;ception. Mais peu apr&#232;s, nous apprenons que notre4 tableau est le pendant d’une oeuvre expos&#233;e au mus&#233;e des Beaux arts de Berne. Et dans ce m&#234;me mus&#233;e, puis dans un second de cette ville, d’autres oeuvres s’inscrivent dans une logique qui nous permet de construire, d’organiser cette s&#233;rie comme une diachronie s&#233;quentielle tout en conservant quasi intact l’essentiel de la premi&#232;re rencontre. La dimension temporelle du tableau s’&#233;toffe, sous l’impulsion de notre propre exp&#233;rience.&amp;amp;nbsp; Enfin et alors que nous nous tenions &#224; distance du peintre suite &#224; la d&#233;convenue de Gen&#232;ve, nous prenons contact avec sa biographie. Nous d&#233;couvrons alors qu’il exprime une philosophie esth&#233;tique originale, bien qu’ancr&#233;e dans la tradition, et surtout, qu’il a construit l’ultime partie de son travail autour d’une exp&#233;rience d’une port&#233;e universelle, en ce sens que nombreux sont ceux qui l’ont partag&#233;e ; mais personne &#224; notre connaissance n’avait transcrit sur la toile, sinon fugitivement, tels le Tintoret peignant sa fille morte5, ou Claude Monet son &#233;pouse, la disparition - c’est ainsi que comme beaucoup Hodler nomme la mort - ici progressive d’un &#234;tre, en l’occurrence celle qui lui &#233;tait le plus proche.Ferdinand Hodler (1853-1918) La nuit (1889), d&#233;tail ; Mus&#233;e des Beaux-Arts de Berne&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Ces trois moments correspondent approximativement &#224; trois niveaux d’existence du peintre du point de vue du spectateur du tableau. D’abord symbolique : le nom du peintre ; le peintre comme vari&#233;t&#233; d’artiste, artisan expert en maniement de pinceaux et choix de coloris. Cette oeuvre particuli&#232;re en est le repr&#233;sentant. Nous ignorons encore quel lien l’unit &#224; celui qu’elle repr&#233;sente, et nous proposons de nommer ce dernier le fantomatique dans la mesure o&#249; un lien existe mais o&#249; le repr&#233;sent&#233; inconsistant n’a pas de visage. Puis incarn&#233;e, autour d’un premier visage : le peintre prend forme, le temps d’une pose. Nous en identifierons imm&#233;diatement l’expression terroris&#233;e qui nous renvoie &#224; la cause de cette terreur, ici proche du monstre install&#233; dans le cauchemar de F&#252;ssli, le fantomatique &#233;tant d&#233;plac&#233; du peintre au spectre effrayant. Enfin, beaucoup plus dense et prenant corps dans une dimension existentielle, Ferdinand Hodler, dont l’oeuvre est nourrie des &#233;v&#232;nements de sa vie, devient le h&#233;ros d’une narration picturale o&#249; il tenterait au moyen de son art de raconter la transformation in&#233;luctable du corps-objet de la m&#232;re de son enfant, tout en maintenant &#224; flot son amour pour cette femme en cours de d&#233;sincarnation. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; On peut y voir encore l’&#233;volution philosophique d’un peintre : son ma&#238;tre concept esth&#233;tique, le parall&#233;lisme, qui lui est propre, est d’abord illustr&#233; par la coexistence des personnages - l’id&#233;e de Hodler est perceptible d&#232;s le premier contact visuel : la juxtaposition verticale ( la mise en parall&#232;le ) de ces individus &#233;voque l’organisation qui les rassemble. Puis nous d&#233;couvrons plusieurs oeuvres compl&#233;mentaires expos&#233;es dans la m&#234;me salle du mus&#233;e de Berne, qui rel&#232;vent &#233;galement du parall&#233;lisme, mais simultan&#233;ment sugg&#232;rent une organisation diachronique s&#233;quentielle, livr&#233;e ici dans le d&#233;sordre. Enfin le parall&#233;lisme est transpos&#233; radicalement du domaine spatial au temporel, de la juxtaposition des formes &#224; leur succession, la transformation lente du visage du peintre, grand producteur d’autoportraits, s’opposant &#224; la d&#233;gradation rapide du corps de son &#233;pouse malade. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Lors de la d&#233;sincarc&#233;ration d&#233;licate de ce m&#233;moire &#224; partir du texte initial, le Reposoir, nous fr&#233;quentions de pr&#232;s un th&#233;rapeuthe d’un genre inhabituel, le Professeur Friedrich Nietzsche, que nous avons convoqu&#233; plusieurs fois en cours d’intervention.Ferdinand Hodler (1853–1918) Die Lebensm&#252;den 1892149,7 &#215; 294 cmNeue Pinakothek, MunichPh&#233;nom&#233;nologie du fatigu&#233; (1) : relation d’une rencontre&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Une fatigue heureuse atteste l'accomplissement de l'effort et annonce le d&#233;lice d'un repos m&#233;rit&#233; : de ce moment pr&#233;sent o&#249; cette fatigue d&#233;tendue embrasse le pass&#233; et le futur, jaillit un sentiment de pl&#233;nitude - chacun qui non pas travaille sous la contrainte mais exerce son art &#224; son rythme s'enivre de cette joie libre de tout regret et de toute appr&#233;hension. &#192; l’oppos&#233; une asth&#233;nie sans motif, ou l'&#233;reintement du t&#226;cheron, redoubl&#233;s d'une lassitude &#224; l'&#233;gard du monde, modifient la perception de celui-ci et de soi, au point de rendre palpable dans les muscles et tra&#231;ables selon les rides de la peau la tension que provoque&amp;amp;nbsp; la mise en &#233;quivalence du pass&#233; et du futur ; un m&#234;me harassement qu'aucune nuit n'efface uniformise la veille au soir et le lendemain matin. La perception du monde du trimardeur est monochrome, telle la grisaille naturaliste d'un peintre de la condition humaine, et a perdu toute perspective autre qu’une ext&#233;nuante r&#233;p&#233;tition.Les fatigu&#233;s de la vie&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Les Fatigu&#233;s de la vie (1892) du Suisse Ferdinand Hodler (1853-1918) sont expos&#233;s &#224; la Nouvelle Pinacoth&#232;que de Munich. Une vaste toile, pr&#232;s de trois m&#232;tres de largeur, un m&#232;tre cinquante de hauteur, que l'on peut analyser &#224; loisir dans la qui&#233;tude du mus&#233;e. Cinq hommes sont assis sur un banc, devant un mur born&#233; de chaque c&#244;t&#233; par un tronc d'arbre maigrelet, limogeant l’horizon. La part du ciel est r&#233;duite &#224; deux coins permettant de constater que derri&#232;re le mur est dress&#233; un autre mur. Aucun indice ne permet d'identifier la nature du lieu de leur r&#233;union : on peut supposer qu'il s'agit d'un hospice, d'un asile, d'un monast&#232;re v&#233;tuste, d'une maison de retraite. &#201;voquer un sanatorium, ou un &#233;tablissement de cure, serait faire preuve d’optimisme, supposerait un possibilit&#233; d’inversion du cours du temps. Ce sont des vieillards, d'&#226;ges divers cependant ce dont t&#233;moigne la vari&#233;t&#233; du coloris des cheveux et des barbes. Silencieux, fig&#233;s, ils sont indiff&#233;rents les uns aux autres, nul b&#226;illement ni pandiculation ne signalant la fatigue de l’un &#224; l’autre. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Le personnage central, le seul dont le visage soit glabre, est affaibli au point qu'il n'a pas m&#234;me la force de joindre les doigts, d'&#233;baucher un geste de pri&#232;re. C’est trop dire : contentons-nous de constater que ses mains sont vides, rien n’indiquant qu’il soit d&#233;sormais en mesure d’&#233;prouver une quelconque action sur le monde. Ses compagnons hirsutes ne valent gu&#232;re mieux, qui bient&#244;t enfouiront leurs visages dans leurs mains inutiles. Ses genoux sont d&#233;port&#233;s sur sa droite, augurant une scoliose ou quelque d&#233;formation dolente et irr&#233;ductible de la colonne vert&#233;brale. Ses &#233;paules tombantes sont nues, un drap nou&#233; autour du torse retient la saillie de l'abdomen tandis que ses voisins portent des camisoles longues comme des soutanes ; ses pieds ne sont pas chauss&#233;s. Il est le seul dont on ne puisse saisir m&#234;me indirectement le regard, plong&#233; vers le sol, vide de toute vis&#233;e sur le monde. Autant dans cette posture sans tenue, que dans ce regard sans objet, dans ce corps en somme d&#233;pourvu d'intention, nous reconnaissons celui que l'esp&#233;rance a oubli&#233; dans l’antichambre d’un arri&#232;re-monde. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Tant&#244;t nous appara&#238;t la similitude de la condition de ces avachis sur terre battue, tant&#244;t la singularit&#233; de chacun prend le pas, comme si l'id&#233;e du peintre avait &#233;t&#233; de provoquer une oscillation entre l'&#233;bauche d'une exhaustion de l'&#233;tiolement et la dramaturgie collective et immobile de l'accablement. Les visages portent effectivement des regards diff&#233;rents. Ils nous permettent de construire une matrice selon deux axes, celui des ressemblances - ces fatigu&#233;s sont tous v&#234;tus de blanc, assis sur le m&#234;me banc, dans le m&#234;me asile ; et des diff&#233;rences : leurs visages, leurs phan&#232;res, leurs regards sont divers, nous y verrons le triste, l'inquiet, le maussade, le d&#233;sabus&#233;, le d&#233;prim&#233;... Et pour revenir un instant &#224; notre m&#233;tier, de rep&#233;rer, &#224; droite outre le parall&#233;lisme de Hodler, la nosologie de la fatigue, s'il est possible d'en dresser une ; &#224; gauche, une fois la g&#233;n&#233;ralit&#233; abandonn&#233;e pour la particularit&#233;, la ph&#233;nom&#233;nologie du fatigu&#233;. Menac&#233;s par la contamination, les deux personnages aux extr&#233;mit&#233;s du banc h&#233;sitent entre imploration muette et r&#233;signation. Du visage au corps&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Dans la h&#226;te du premier jet d’une description nous pourrions conclure que ces personnages sont inexpressifs. Ce serait une double erreur : d’une part, il semble difficile de pr&#233;senter un visage sans expression ; qu’on (le peintre, ou nous) le veuille ou non, un visage est certes une collection de traits mais aussi le support d’une &#233;motion, de la m&#234;me mani&#232;re qu’il semble jeune ou vieux, homme ou femme, lapon ou trobriandais. Ce que nous attendons d’un visage peint, est une possibilit&#233; d’identification : par la ressemblance, par les crit&#232;res cat&#233;goriques, par l’expression caract&#233;ristique d’une &#233;motion. Il nous est ici facile d’avancer qu’il s’agit de personnages caucasiens, masculins, &#226;g&#233;s. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Nous sommes peut-&#234;tre h&#233;sitants devant le vocabulaire &#233;motionnel qui nous est propos&#233; ; mais ne pas identifier du premier coup d’oeil l’&#233;tat civil ou une mimique caract&#233;ristique, par exemple devant un portrait de Jawlensky6, ne signifie pas que nous ne sommes pas en qu&#234;te d’une expression et d’une identit&#233; ; nous serions enclins &#224; rep&#233;rer chez nos fatigu&#233;s de la tristesse, ou de la col&#232;re. &#192; cette &#233;poque il existait encore une relation fiable entre le titre du tableau et ce dernier, or on a bien lu sur l’&#233;tiquette qui nous permet d’identifier l’auteur, la p&#233;riode, le lieu de fabrication de cet objet particulier : les fatigu&#233;s de la vie. En d&#233;pit donc de cette invitation du peintre et de la direction du mus&#233;e nous ne sommes pas pr&#233;par&#233;s &#224; la rencontre de l’expression faciale de la fatigue sur une toile et dans ce lieu. Dans la vie, oui, et tr&#232;s banalement : &#171; tu as l’air fatigu&#233; &#187;, combien de fois l’avons-nous chacun dit et entendu. Mais la fatigue ne figure pas au catalogue des &#233;motions mus&#233;ales. Une question surgit : qu’est-ce qui nous permet d’affirmer que la fatigue est une &#233;motion ? Avant de r&#233;pondre, poussons notre r&#233;flexion en nous arrachant &#224; la fascination qu’exercent les visages.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; L’autre erreur en effet serait de limiter notre &#233;valuation au seul visage. C’est pourtant ce qu’enseignaient Charles Lebrun ou m&#234;me Charles Bell lorsqu’ils r&#233;digeaient la mani&#232;re de dessiner les passions, sans oublier les physiognomonistes, Lavater et son petit trait&#233; que l’on emportait en voyage pour l’ouvrir discr&#232;tement dans une diligence et savoir si l’on p&#233;r&#233;grinait dans la compagnie d’un coquin ou d’une personne de confiance... Georget demande &#224; G&#233;ricault le portrait de dix monomanes, convaincu que ce g&#233;nie saura rendre lisibles les traits caract&#233;ristiques d’une joueuse pathologique, d’un kleptomane ou d’un voleur d’enfants. Les fatigu&#233;s de la vie sont la d&#233;monstration de&amp;amp;nbsp; la vanit&#233; des projets de Lavater ou de Georget, et de l’importance de la posture dans l’identification de la fatigue : les visages des fatigu&#233;s assis c&#244;te &#224; c&#244;te peuvent &#234;tre dit neutres, indiff&#233;rents, ou ind&#233;chiffrables, comme il pourraient &#233;voquer une &#233;motion interm&#233;diaire entre la tristesse, et le d&#233;go&#251;t. Mais le fatigu&#233; se r&#233;v&#232;le par sa posture. Quand donc a-t-on commenc&#233; &#224; se pr&#233;occuper de pr&#233;senter un fatigu&#233; sur un tableau ? Ils ne sont pas l&#233;gion, ceux qui ont abord&#233; ce th&#232;me peu avenant : la jeune fille italienne de C&#233;zanne, les lassitudes de Toulouse-Lautrec et de Tamara de Lempicka, Christina’s world d’Andrew Wyeth, &amp;quot;Big Sue&amp;quot; Tilley de Lucian Freud, le Fat Man de Ron Mueck... &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Appel&#233; en renfort, le nuage s&#233;mantique de la fatigue autant que l’observation du tableau rectifient nos crit&#232;res d’&#233;valuation de l’expression de la fatigue : celle-ci se lit non pas sur le visage mais sur le corps. La fatigue est souvent m&#233;taphore, porteuse d'un sens emprunt&#233;. Nous disposons d'outils tr&#232;s puissants pour analyser les ph&#233;nom&#232;nes de prox&#233;mie linguistique, gr&#226;ce &#224; l'Universit&#233; de Caen. Ci-dessous figure le nuage s&#233;mantique de la fatigue : l'on ne s'&#233;tonnera pas du voisinage de l'asth&#233;nie et de la lassitude ; d'autres termes renvoient &#224; la pesanteur, au fait d'abattre, &#233;ventuellement &#224; l'aide de cordes ; la prostration d&#233;signe l'aboutissement de se prosterner ; l'&#233;puisement poss&#232;de une connotation &#233;nerg&#233;tique. &#192; l'autre bout de la n&#233;buleuse se trouve le travail. Et pas tr&#232;s loin de lui l'ennui. Mais pas la douleur, curieusement pour nous qui rencontrons souvent les deux notions, fatigue et douleur, entrelac&#233;es 7.Le corps fatigu&#233;Dans son journal, Kierkegaard en 1845 &#233;crit : &amp;quot;tel un invalide impatient d'&#244;ter ses bandages, mon esprit en pleine sant&#233; languit de se d&#233;faire de la fatigue du corps. Tel le g&#233;n&#233;ral victorieux r&#233;clamant alors que sa monture a &#233;t&#233; tu&#233;e sous lui, un nouveau cheval, mon esprit plein de vaillance pourrait crier : un nouveau cheval, un nouveau corps !&amp;quot; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quel corps la fatigue envahit-elle et fait ployer ? Le corps &#224; la tra&#238;ne dont se plaint Kierkegaard est le corps objet, celui qu'il poss&#232;de, qu'il a, qui p&#232;se une tonne comme le cheval mort sous le g&#233;n&#233;ral victorieux, enfin celui qu'il tient r&#233;solument &#224; distance de son esprit vaillant - le g&#233;n&#233;ral juch&#233; sur un cadavre8. En revanche le philosophe du Trait&#233; du D&#233;sespoir est incarn&#233; dans cet esprit, qu'il est, par lequel il est au monde plus que par son &amp;quot;&#233;touffant manteau d'inconsistance&amp;quot;. Le dualisme de Kierkegaard lui permet de conserver l'illusion d'un lieu s&#251;r, l'esprit dans lequel il est chez lui, dont il n'a pas &#224; craindre l'abandon m&#234;me au plus fort de l'angoisse, tandis que le corps que nous sommes, par lequel nous faisons l'exp&#233;rience du monde, manque lui faire d&#233;faut &#224; chaque instant. Puisqu'il est de notre condition de pr&#233;c&#233;der le destin, d'en accepter, d'en assumer d'&#234;tre non pas la victime mais l'acteur, chacun est pr&#233;cipit&#233;, propuls&#233; &#224; la rencontre de soi-m&#234;me. Or, l'attitude du fatigu&#233; n’est pas une r&#233;tropulsion, tendance &#224; la chute en arri&#232;re ; ni une ant&#233;pulsion, projection vers l'avant de la t&#234;te et du corps ; mais un flessum, affaissement des membres inf&#233;rieurs, amorce d’une flexion de la cuisse sur le bassin et des jambes sur les cuisses, annon&#231;ant que l’on se laissera choir sur place - Dickens d&#233;crit un vieillard se rasseyant sur sa chaise comme &#171; un vaisseau coulant &#224; pic&#187; 9- tandis que des mains ouvertes et vides achevant les bras inertes s'&#233;chappent toute vell&#233;it&#233; de r&#233;sistance au sens d’action sur le monde. La trahison du corps sonne la retraite d'une bataille perdue d'avance.La fatigue, sentiment corporel&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Nous souhaiterions pour commencer nous d&#233;faire de l’id&#233;e commune selon laquelle la fatigue serait une sensation. La fatigue pathologique est un sympt&#244;me sans domicile fixe : bien s&#251;r peuvent mon bras peser, mes paupi&#232;res tomber, ma t&#234;te mal tenue s'incliner, ma jambe d&#233;faillir au cours d'une marche. Mais l'asth&#233;nie est diffuse, non d&#233;finie par une topographie. Elle n'est donc pas fatigue du corps anatomique, corps-objet des chirurgiens et des pathologistes, der K&#246;rper des ph&#233;nom&#233;nologues allemands ; mais fatigue du corps vivant, du corps sujet, der Leib d'outre-Rhin, le corps propre dans et par lequel chacun d'entre nous est incarn&#233;. Un corps ins&#233;parable, dont la chair est fatigu&#233;e non pas ici ou l&#224; mais globalement, comme le d&#233;montrerait une oeuvre de Lucian Freud : &amp;quot;Big Sue&amp;quot; Tilley bien en chair repose &#233;chou&#233;e sur un canap&#233;, la fatigue unit ce que nous donne r&#233;ellement &#224; voir le peintre et l'envers de la toile. Par l'incarnation de la fatigue, &amp;quot;Big Sue&amp;quot; Tilley est fatigu&#233;e. De m&#234;me Christina rampant vers sa lointaine maison.10&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Les sentiments cart&#233;siens, la faim, la soif, et avec pr&#232;s de quatre si&#232;cles d'avance sur sa d&#233;finition contemporaine, la douleur, augment&#233;s de la fatigue depuis Kierkegaard, seraient d&#233;sormais des sentiments corporels, lesquels sont distingu&#233;s des sentiments g&#233;n&#233;raux, non corporels (l'amour, la haine, la joie, la tristesse et bien d'autres, soit le catalogue des passions cart&#233;siennes, et quelques sentiments kierkegaardiens : l'ennui, la souffrance, l'angoisse, les deux premiers &#233;tant partag&#233;s par Schopenhauer). Toutefois Descartes s'il ne la situe pas dans le Trait&#233; des Passions envisage tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment la question de la fatigue dans sa correspondance avec la princesse Elisabeth de Boh&#234;me (la fille du roi Fr&#233;d&#233;ric de Boh&#234;me) dat&#233;e du 6 Octobre 164511 :&amp;amp;nbsp; &#224; propos des exercices du corps, agr&#233;ables tout en &#233;tant parfois forts p&#233;nibles, il note que &amp;quot;souvent c'est la fatigue et la peine qui en augmentent le plaisir&amp;quot;. Un peu plus loin une expression heureuse surgit, qui nous enseigne le rapport cart&#233;sien entre le sentir, l'&#233;mouvoir et la passion : &amp;quot;elle (l'&#226;me,) se plait &#224; sentir &#233;mouvoir en soi des passions.&amp;quot; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Nous comprenons que ces sentiments qualifient le corps par le truchement duquel proc&#232;de l'exp&#233;rience du monde. Un corps selon qu'il est affam&#233;, assoiff&#233;, douloureux, asth&#233;nique, d&#233;roulera singuli&#232;rement son exp&#233;rience du monde. La fatigue modifie notre rapport pratique au monde et notre interpr&#233;tation, notre compr&#233;hension de celui-ci,12 sans&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; en modifier l'explication. Un corps fatigu&#233; construira un monde, un temps, un espace, une relation &#224; autrui &#224; l'aune de cette fatigue. Un monde lent et r&#233;tr&#233;ci, un monde &#233;puisant. Se dessine une &#233;conomie de la fatigue, et se d&#233;gagent deux interpr&#233;tations : celle du sportif - je suis &#233;puis&#233;, noy&#233; d'endorphine et nageant dans le bonheur, puisque demain, reconstitu&#233;, r&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, je me serai refait une sant&#233; et je pourrai recommencer ; contre celle de l'asth&#233;nique : je suis &#233;puis&#233;, parce que je n'ai plus de ressource, et que toute ma vie je vivrai chichement des restes d'une &#233;nergie non renouvelable sans rien pouvoir entreprendre.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Mais avant cela, pr&#233;existe le rapport &#224; notre corps, notre &#234;tre-au-corps pour reprendre l'expression de Georges Charbonneau13, sentiment a priori, qui pr&#233;c&#232;de l'exp&#233;rience : le sentiment corporel est un senti du corps, un donn&#233;, un impos&#233;. Cet &#234;tre-au-corps aboutit &#224; une appropriation dans le meilleur des cas : celui o&#249; le corps par son bon fonctionnement, sa congruit&#233;, le plaisir auquel il permet d'acc&#233;der sinon le silence de ses organes, autorise une exp&#233;rience du monde sereine voire exaltante et l'amor fati, l'acceptation des fluctuations de nos performances et de leurs cons&#233;quences. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Une rencontre d’un autre type - un article lu dans une revue incontournable, en 2002 - a modifi&#233; radicalement notre conception de la douleur, plus exactement nous a conduit &#224; accepter la d&#233;finition consensuelle actuelle de la douleur comme exp&#233;rience &#233;motionnelle14. Passion, sentiment corporel, &#233;motion&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Soit une d&#233;finition de l’&#233;motion qu’il nous faut expliciter : un sentiment (un ressenti), coupl&#233; avec un mouvement, (un comportement). Ce qui correspond tout-&#224;-fait au vivre d’Arthur Tatossian int&#233;grant v&#233;cu et comportement. Il n’est peut-&#234;tre pas trop tard, peut-&#234;tre m&#234;me le moment est-il justement venu, alors que nous venons de pointer la pr&#233;pond&#233;rance du corps sur le visage dans l’expression de la fatigue, pour pr&#233;ciser l’usage du terme &#233;motion l&#224; o&#249; certains eussent choisi passion, et d’autres contemporains le sentiment voire, pire, la sensation. Le choix de ce terme n’est pas l’effet d’un caprice mais d’une longue r&#233;flexion que nous exposons ailleurs15. Pour r&#233;sumer : l’&#233;motion est un concept dont la signification est l’une des plus confuses de la philosophie comme de la psychologie. Du point de vue synchronique elle est partie indissociable d’un syst&#232;me, pl&#233;iade de fonctions mises en place il y a quelques mill&#233;naires, s&#233;parant l’entendement de l’action. Ce syst&#232;me une fois install&#233; a &#233;t&#233; soumis &#224; la question aristot&#233;licienne le sommant de justifier comment l’on pense ainsi, et pourquoi l’on fait cela. On en trouve chez Platon une description robuste dans le Ph&#232;dre : c’est l’epithumia. Puis il a &#233;volu&#233; de telle sorte que l’&#233;motion a chez certains perdu sa r&#233;f&#233;rence premi&#232;re au mouvement, &#224; l’action, &#224; l’initiation de l’action, physique ou, m&#233;taphoriquement, psychique. Les neurosciences en l’instaurant objet de leur savoir ont contribu&#233; &#224; sa r&#233;ification tout en r&#233;affirmant l’intrication de l’&#233;motion avec la cognition et l’action. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Du point de vue diachronique l’&#233;motion s’est d&#233;gag&#233;e de la passion selon deux processus : l’un est une la&#239;cisation de la passion, selon la th&#232;se de Thomas S. Dixon, rep&#233;rable &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle chez Thomas Brown16. Elle permettra &#224; Darwin d’universaliser l’expression des &#233;motions, chez l’homme et chez l’animal. L’autre est s&#233;miologique : l’&#233;motion, variation br&#232;ve, phasique, s’exprimant dans les deux registres physique et psychique est distingu&#233;e de la passion, modification durable, tonique. Chez Descartes - de mani&#232;re absolument originale - sont distingu&#233;es les passions, mouvements de l’&#226;me, et les sentiments, modes de sensation particuliers, internes, signalant un besoin : la soif, la faim, et avec quatre si&#232;cles d’avance la douleur. En germe, l’id&#233;e que le sentiment provoque un mouvement. Il faudra attendre Sherrington pour inventer l’int&#233;roception, ensemble des sensations internes &#233;manant des organes et int&#233;gr&#233;es par le cerveau. Bud Craig d&#233;finira l’&#233;motion comme la combinaison d’un sentiment corporel et d’un comportement dont la finalit&#233; est le maintien de l’hom&#233;ostasie17. Aux sentiments cart&#233;siens, &#224; l’int&#233;roception de Sherrington, et aux sentiments corporels de Craig (temp&#233;rature, d&#233;mangeaison, douleur, toucher sensuel, sensations musculaires et visc&#233;rales, activit&#233; vasomotrice, faim, soif, manque d’air...),&amp;amp;nbsp; nous avons propos&#233; dans le Reposoir d’ajouter la fatigue : ce qui signifie que nous consid&#233;rons celle-ci non plus seulement comme un sentiment corporel isol&#233;, mais comme la partenaire indissociable d’un comportement d&#233;finissant une &#233;motion hom&#233;ostasique. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Bien qu’il ne soit pas fait mention &#224; Munich de ce lien, les fatigu&#233;s de la vie sont ou peuvent pr&#233;tendre &#234;tre le pendant des &#194;mes perdues, r&#233;alis&#233;es la m&#234;me ann&#233;e 1892, expos&#233;es au Mus&#233;e des Beaux-Arts de Berne. Les dimensions sont analogues, la construction parall&#233;lique est identique. Les regards ne sont plus accessibles, les pieds nus d&#233;passent des aubes noires. Un remord sid&#233;rant alourdit les t&#234;tes et courbe les &#233;chines. Le mur a disparu, la prostration des cinq protagonistes est major&#233;e, l'effet de sym&#233;trie accentu&#233;. Hodler parcourt la d&#233;cr&#233;pitude en deux courtes s&#233;ries convergentes dont la derni&#232;re &#233;tape, centr&#233;e sur un personnage recroquevill&#233;, aux poignets crois&#233;s, au teint cireux,&amp;amp;nbsp; indique la fin prochaine. Nous identifions du d&#233;sespoir dans la posture de ses deux voisins imm&#233;diats aux visages enfouis dans leurs mains inutiles sinon &#224; soutenir leurs t&#234;tes pesantes, incapables d’une pri&#232;re. La terre caillouteuse des fatigu&#233;s de la vie a fait place &#224; une herbe rare mais parsem&#233;e de t&#226;ches color&#233;es, des fleurs sans aucun doute, accentuant le contraste entre les victimes de Chronos, implacable administrateur des fins derni&#232;res et la gaiet&#233; bruissante de l'A&#239;on, &#233;ternel retour des saisons et des astres. Ferdinand Hodler (1853–1918)&amp;amp;nbsp; Die entt&#228;uschten Seelen, 1892,&#214;l auf Leinwand, 120 x 299 cm Kunstmuseum,&amp;amp;nbsp; BernLa spatialit&#233; fatigu&#233;e&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; L’horizon des fatigu&#233;s de la vie et des &#226;mes perdues est terriblement bas. Le ciel est r&#233;duit ici &#224; deux petits rectangles bleus, l&#224; &#224; une mince bande irr&#233;guli&#232;re. La pesanteur du corps - la disparition du paradigme lourd/l&#233;ger au profit d’une lourdeur continue, de plus ou moins de lourdeur, sans jamais plus &#233;voquer la l&#233;g&#232;ret&#233; - contamine l'espace lui-m&#234;me : le ciel est lourd, les regards riv&#233;s au sol l’ont r&#233;tr&#233;ci. Erwin Straus pr&#233;figure remarquablement la pens&#233;e d’Alain Berthoz lorsqu'il distingue l'espace du paysage et l'espace g&#233;ographique : soit le point de vue egocentr&#233; et le point de vue h&#233;t&#233;rocentr&#233;. Comment s'&#233;lever et concevoir une vue d'aigle lorsque l'on est soi-m&#234;me accabl&#233; comme Gulliver entrav&#233; &#224; Lilliput 1819 ? La colline ch&#233;tive &#224; l’arri&#232;re-plan, autrefois accessible parce que d’un coup d’oeil nous mesurions la distance qui nous en s&#233;parait et l’effort qu’il e&#251;t fallu produire pour la gravir, ne sera l’objet d’aucune ascension. L'espace, distingu&#233; d’ordinaire entre lieux &#224; port&#233;e et d'autres hors d'atteinte, n'est plus constitu&#233; que d'objets et de lieux contamin&#233;s par la fatigue, intangibles, et que l’on ne peut d&#233;placer. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Nous avons tent&#233; de rep&#233;rer des indices permettant d'identifier chez les fatigu&#233;s de la vie une dislocation de l'imbrication des espaces v&#233;cus (espace du corps, espace p&#233;ri-corporel, espace hors de port&#233;e de main mais &#224; port&#233;e de vue, espace hors de port&#233;e) : nul n'op&#232;re cette distinction s'il n'est familier de Sommer20 ou de Berthoz. Ou simplement fatigu&#233; : dont l'&#233;valuation de la quantit&#233; d'&#233;nergie n&#233;cessaire &#224; la r&#233;alisation d'une t&#226;che occupe une grande part de l'activit&#233; mentale, et ajoute le prix du calcul mental &#224; la fatigue.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; En contemplant les vieillards dans leur station inconfortable sourd une autre id&#233;e terrible : ces fatigu&#233;s attendaient-ils de pouvoir enfin se reposer ? Leur en a-t-on fait la promesse, ou se sont-ils berc&#233;s d’illusions ? En ce cas quelle doit &#234;tre leur d&#233;ception ! Comment se d&#233;lasser sur un banc aussi peu accueillant, le bois rude au contact de la peau et la peau sur les os ! Nous entrevoyons que se reposer n’est pas simplement interrompre l’action en cours, mais suppose qu’on lui substitue une autre activit&#233; : trouver un lieu ad&#233;quat, b&#226;iller, se livrer &#224; quelques &#233;tirements et mouvements d’approche du coin o&#249; l’on d&#233;cide de s’allonger, t&#226;tant le sol, si possible herbeux, pla&#231;ant un v&#234;tement en guise de coussin, v&#233;rifiant qu’aucun caillou ne risquera de nous rentrer dans les c&#244;tes ou la hanche ; avant de s’y reprendre &#224; plusieurs fois pour enfin adopter une posture o&#249; le rel&#226;chement musculaire n’est pas contredit par une tension douloureuse. Se reposer est tout un art, et certainement pas le simple arr&#234;t de l’action. Nos fatigu&#233;s de la vie n’en peuvent plus de ne pouvoir acc&#233;der au repos.Ferdinand Hodler (1853–1918)&amp;amp;nbsp; Die entt&#228;uschte Seele, 1892&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Cette mise en sc&#232;ne d’un accablement contagieux, dans un d&#233;cor d&#233;sol&#233; qui n’a rien de pittoresque, est farcie d’intentions que nous d&#233;couvrons peu &#224; peu. L’ultime que nous d&#233;voilons en cette fin de chapitre, est qu’il r&#232;gne ici une atmosph&#232;re d’un champ de bataille, mais d’une bataille perdue sans livrer combat. Le fatigu&#233; aspirerait &#224; se retrancher, il voudrait tant se prot&#233;ger du monde et de son rythme insoutenable, et simultan&#233;ment cacher sa honte de ne pas &#234;tre dans le tempo21 comune. Hodler expose &#224; tous, au propre et au figur&#233;, la quasi nudit&#233; du fatigu&#233; dans un contexte o&#249; nulle part il ne peut s’&#233;chapper ni se terrer, fig&#233; dans un d&#233;sert au point de fuite inaccessible. Les diff&#233;rentes fatigues de Peter Handke&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Parfois un texte et un tableau entrent en conjonction : ainsi avons-nous &#233;tabli une affinit&#233; entre Peter Handke22 et Ferdinand Hodler. Le texte d&#233;bute par une d&#233;claration d'intention prometteuse en m&#234;me temps qu'une r&#233;sonance avec le tableau : Je veux raconter les diff&#233;rentes visions du monde des diff&#233;rentes fatigues. Une phrase tr&#232;s ph&#233;nom&#233;nologique : si l'exp&#233;rience du monde est entreprise avec un corps fatigu&#233;, ou douloureux, ou meurtri, ou amput&#233;, le monde que l'on construira avec ce corps en portera la marque, s'en ressentira. Puis : Gr&#226;ce &#224; ma fatigue, le monde &#233;tait grand et d&#233;barrass&#233; de ses noms. Que n'e&#251;t-il &#233;crit umfassend au lieu de gross ! De l'immense monotonie des plaintes des asth&#233;niques, &#233;merge en effet l'exp&#233;rience v&#233;cue d'un monde non pas &amp;quot;grand&amp;quot; mais &#233;triqu&#233; comme une peau mal ajust&#233;e ; exp&#233;rience d&#233;sins&#233;r&#233;e, dessertie d'un monde vaste tel une steppe dont l'id&#233;e seule de la parcourir serait &#233;puisante. Non pas d&#233;barrass&#233; de ses noms mais embarrass&#233; d'objets parfaitement orthographi&#233;s, si pesants qu'ils sont ind&#233;pla&#231;ables et forment autant d'obstacles &#224; toute progression. Les fatigu&#233;s sont si mal &#224; l'aise devant un espace encombr&#233; de lourds objets qu'ils n'ont de cesse de trouver un endroit o&#249; s'allonger. S'&#233;crouler presque s'il n'&#233;tait un banc, comme pour les curistes de Hodler. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Nous sont famili&#232;res en revanche les ambiances particuli&#232;res, les atmosph&#232;res oppos&#233;es par l'auteur soucieux d'&#233;voquer chez chacun la fatigue hautement personnelle : d'un c&#244;t&#233; celle, heureuse - le nuage de fatigue, une fatigue esth&#233;tique &#233;crit-il, unifiante et pacifiante - partag&#233;e silencieusement avec les moissonneurs de son enfance lorsque le vacarme de la batteuse s'arr&#234;te en fin d'apr&#232;s-midi et que tous acc&#232;dent au repos, chacun &#224; sa place ; de l'autre, la corv&#233;e que fut sa participation &#224; la construction de la maison familiale, cet accroupissement, ni couch&#233;, ni debout, d'un enfant post&#233; &#224; la fabrication du ciment, incapable de manger ni de parler, qui se l&#232;vera plus fatigu&#233; que lorsqu'il s'est endormi abruti par le labeur. Plus tard l’increvable dichotomie entre le corps et l'esprit autorisera la mise en correspondance de la prostration et de la paralysie avec l'aboulie et l'insomnie.23 L'effet d'&#233;loignement de l'autre, renvoy&#233; &#224; sa propre fatigue, est contre-balanc&#233; par les rares instants d'extase &#233;rotique - stupeur et joie de rencontrer des &#234;tres qui souffrent comme vous24. Une sorte de transmutation grisante appara&#238;t alors, accord&#233;e seulement aux guetteurs que la culpabilit&#233; tient &#233;veill&#233;s et non aux brutes &amp;quot;sans-fatigue&amp;quot; qu'aucun remord n'emp&#234;che de dormir. Handke apprivoise la fatigue devenue son alli&#233;e, sa seulfatigue acclimat&#233;e. La fatigue est la compagne de l'ivresse, celle-ci est provoqu&#233;e par le manque de sommeil, l'ivresse insomniaque est teint&#233;e par la fatigue pouss&#233;e &#224; son paroxysme, et par une op&#233;ration alambiqu&#233;e la fatigue devient l'ivresse. Il pr&#233;f&#232;re &amp;quot;lutter contre la fatigue&amp;quot; comme on lutte avec l'ange, s'enivrer paradoxalement d'un effort qui le tient &#233;veill&#233; contre ce qui menace de l'an&#233;antir et lui procure une jouissance ; au lieu d'utiliser l'expression conventionnelle qui est, en allemand comme en anglais ou en fran&#231;ais : lutter contre le sommeil, fight against sleep, Kampf gegen den Schlaf - titre d'un livre &#233;sot&#233;rique de Gurdjieff que Handke ne d&#233;sirait peut-&#234;tre pas vraiment exhumer de ses oubliettes intimes. Les le&#231;ons de Pierre Janet sur le sommeil comme activit&#233; co&#251;teuse nous reviennent &#224; l'esprit.25Les &#226;mes perdues et les corps de la nuit&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Le noir des soutanes des &#226;mes perdues renvoie &#224; celui du tissu qui recouvre plus ou moins les corps de la Nuit, oeuvre centr&#233;e sur l'autoportrait multiple de Hodler en proie au pire des cauchemars, seul &#233;veill&#233; parmi ses avatars endormis. Lesquels sont entass&#233;s sur l'espace de la toile d'o&#249; a presque disparu le souci de la perspective d&#233;compos&#233;e par l'obscurit&#233;, tels des strates g&#233;ologiques ou une toile de son ma&#238;tre Puvis de Chavanne. Nous revient alors un paragraphe de la G&#233;n&#233;alogie de la morale : &#171; Faire sortir l’&#226;me humaine de tous ses gonds, la plonger dans la terreur, le froid, l’ardeur et le ravissement, de sorte qu’elle &#233;chappe comme par enchantement &#224; toutes les petites mis&#232;res de son malaise, de son ennui, de son d&#233;go&#251;t : quelles voies conduisent &#224; ce but&amp;amp;nbsp;? Et lesquelles y conduisent plus s&#251;rement ?… Au fond, toutes les grandes passions peuvent servir &#224; cela, pour peu qu’elles se d&#233;chargent subitement&amp;amp;nbsp;: la col&#232;re, la peur, la volupt&#233;, la vengeance, l’espoir, le triomphe, le d&#233;sespoir, la cruaut&#233; &#187;26Ferdinand Hodler (1853-1918) La nuit (1889) Mus&#233;e des Beaux-Arts de Berne&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Hodler, omnipr&#233;sent sur cette toile, est certes tourment&#233; par sa situation ambig&#252;e - la dormeuse de gauche, Augustine Dupin, lui a donn&#233; un fils, tandis qu’il &#233;pousera sa ma&#238;tresse Bertha Stucki allong&#233;e &#224; ses c&#244;t&#233;s &#224; droite - mais c'est le fant&#244;me de la mort qui est assis sur sa poitrine tel le d&#233;mon du Nightmare de F&#252;ssli27 : son visage exprime l'effroi le plus extr&#234;me selon les canons &#233;tablis par Charles Le Brun deux si&#232;cles plus t&#244;t dans sa M&#233;thode pour apprendre &#224; dessiner les passions (1698) ou le st&#233;r&#233;otype impos&#233; par Ekman en 1972 (voir ci-apr&#232;s).John Henry Fuseli - The Nightmare 1981&amp;amp;nbsp;La fatigue ne figurant pas au catalogue des passions, il faudra &#224; chaque peintre qui s’aventure &#224; la mettre en sc&#232;ne d&#233;couvrir un proc&#233;d&#233; efficace : Hodler appartient &#224; cette poign&#233;e d’artistes qui ont d&#233;couvert non pas les traits mais les postures de la fatigue et de son comble, l’&#233;puisement. Les fatigu&#233;s de la vie et les &#226;mes perdues, les uns comme les autres, n'ont plus qu'un sentiment &#224; leur r&#233;pertoire, le sentiment d'&#233;puisement chez les premiers, de d&#233;sespoir chez les seconds, d&#233;faits des articulations avec l'action qui permettraient d'annuler ces tensions ultimes et de restaurer, ici la force de vivre, l&#224; l'esp&#233;rance.Ferdinand Hodler (1853-1918) Eurythmie (1995) Mus&#233;e des Beaux-Arts de BernePh&#233;nom&#233;nologie du fatigu&#233; (2) : d&#233;couverte d’une chronologie&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Ferdinand Hodler peint trois ann&#233;es plus tard le m&#234;me quintette, cette fois-ci pi&#233;tons, debout, de profil, en courte procession, foulant de leurs pieds nus le m&#234;me sol pierreux que celui des &#226;mes perdues. Leur trajectoire commune est born&#233;e par les deux arbrisseaux rachitiques entre lesquels il avait &#233;t&#233; construit un muret masquant l'horizon des fatigu&#233;s de la vie. Eurythmie est le pr&#233;lude d'un mouvement dernier que l'on pourrait d&#233;composer en trois temps : d'abord un quart de tour sur place, dans notre direction - les spectateurs. Puis la construction du mur et l'installation du banc. L'effondrement des protagonistes enfin, comme peut l'imaginer chacun qui a observ&#233; un marathonien &#224; bout de force s'&#233;crouler sans c&#233;r&#233;monie. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Eurythmie signifie le bon rythme, et selon Rudolf Steiner l’harmonie entre geste, parole, et chant. Ici Hodler tourne en d&#233;rision la synchronisation de l'allure, l'uniformisation des tenues, la communaut&#233; de la direction et des attitudes : ses marcheurs sont muets. Les t&#234;tes sont fl&#233;chies, les enjamb&#233;es raccourcies par les plis des tuniques trop longues. Les regards attentifs aux asp&#233;rit&#233;s du sol parviennent encore &#224; &#233;viter de tr&#233;bucher. Il persiste la trace d'une hi&#233;rarchie d&#233;liquescente parmi cette poign&#233;e d'hommes :&amp;amp;nbsp; le personnage central des fatigu&#233;s de la vie et des &#226;mes perdues avait attir&#233; notre vigilance comme le plus atterr&#233;, le plus proche de l'an&#233;antissement confirm&#233; par sa posture. Il occupe ici la quatri&#232;me position &#224; partir de la gauche : nous reconnaissons la chevelure &#233;bouriff&#233;e, le visage anguleux ; son v&#234;tement n'a pas gliss&#233; et le drape encore d'un semblant de dignit&#233;. Celui qui ferme la marche, t&#234;te fl&#233;chie, se tient l&#233;g&#232;rement en retrait, marquant un reste de d&#233;f&#233;rence. Ses pas sont compt&#233;s, il arpente l’espace minimal que lui autorise l’adynamie de la fatigue : laquelle t&#244;t ou tard le confinera, tel Molloy, &#224; l'immobilit&#233;28. Le personnage central, la t&#234;te inclin&#233;e et les bras ballants n'incarne aucune autorit&#233;. Les deux premiers post&#233;s en avant-garde sans avoir cherch&#233; &#224; occuper cette position sont en conversation, ce qui ralentit leur rythme et les d&#233;solidarisera des suiveurs. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; La perception, &#233;crit Merleau Ponty, affirme plus de choses qu'elle ne saisit, et toujours inachev&#233;e renvoie &#224; un au del&#224; de ce qui est donn&#233;29. D&#233;j&#224; nos commentaires ont d&#233;bord&#233; des cadres, &#233;chafaudant des hypoth&#232;ses &#224; propos de ce qui s’est pass&#233; peu avant la saisie de la situation par Hodler, voire anticipant une bribe d’avenir. Une protension en direction de l’avenir, une r&#233;tention du pass&#233;, arriment chaque moment &#224; la course du temps. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Nous savons d&#233;sormais que ces futures &#226;mes perdues, ces damn&#233;s de la colline d&#233;catie, acc&#232;dent &#224; la conscience de leur finitude, dont une premi&#232;re r&#233;percussion est d'en &#233;prouver physiquement, corporellement, la pesanteur. Comme un enfant rangeant des images qu’on lui a pr&#233;sent&#233;es dans le d&#233;sordre avec la consigne de reconstituer une histoire coh&#233;rente, nous pouvons &#233;tablir la s&#233;quence suivante : Eurythmie (1895) devance les fatigu&#233;s de la vie (1892) lesquels eux-m&#234;mes annoncent les &#226;mes perdues (1892). La s&#233;quence embrouill&#233;e de leur effondrement, propos&#233;e dans la confusion par Hodler, nous permettra d’acc&#233;der &#224; la dimension ph&#233;nom&#233;nologique fondamentale, le rapport au temps. Eurythmie accorde &#224; chaque protagoniste une position qui n’a pas de raison d’&#233;voluer sinon par hasard : si l’un tr&#233;buche, si la discussion des deux avant-gardistes les am&#232;ne &#224; se figer, si l’exc&#232;s de fatigue de l’un le contraint &#224; marquer le pas. Mais lequel chercherait &#224; d&#233;passer l’autre ? Nulle trace de h&#226;te, au contraire, rien ne semble propulser les marcheurs, soumis &#224; une force qui les clouerait plut&#244;t sur place, une pesanteur qui deviendra insupportable comme leurs t&#234;tes &#233;cras&#233;es par le fatum et que leurs mains ne suffisent &#224; soutenir. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Le spectateur, v&#233;hicul&#233; de Munich &#224; Berne et l&#224; d’un mur &#224; l’autre de la salle o&#249; sont expos&#233;es les oeuvres de Ferdinand Hodler, &#233;prouve l’illusion d’avancer dans le temps puis d’en remonter le cours, effectuant une synth&#232;se chaotique qui a lieu d’&#234;tre mais &#233;parpill&#233;e. Cette exp&#233;rience de la diachronie s&#233;quentielle recompos&#233;e nous permet de comprendre, parce que rien ne s’embo&#238;te parfaitement d’une phase &#224; l’autre de cette s&#233;rie, l’inachev&#233; de chaque oeuvre, laquelle renvoie &#224; un moment autre que celui qui est pr&#233;sent&#233;. Nous &#233;voquerons ce qui a pr&#233;c&#233;d&#233; la d&#233;ch&#233;ance, puis ce qui l’a pr&#233;cipit&#233;e.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Avant, pendant, apr&#232;s la chuteFerdinand Hodler Aufstieg und Absturz (1894) fragments Mus&#233;e Alpin de Berne&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Les fatigu&#233;s de la vie parvenus &#224; la conscience de l'&#234;tre sont &#233;cras&#233;s sous le poids de leur finitude. Comment les &#233;puis&#233;s de l'existence en sont-ils arriv&#233;s l&#224;, est une probl&#233;matique que le peintre aborda indirectement dans une oeuvre monumentale en deux tableaux immenses. Aufstieg und Absturz (1894), l'ascension et la chute, illustrent la pr&#233;somption prom&#233;th&#233;enne et l'impr&#233;visible mais in&#233;luctable catastrophe &#224; laquelle condamne l'hubris, la d&#233;mesure de celui qui pr&#233;tend fr&#233;quenter le domaine r&#233;serv&#233; des dieux : les plus hautes cimes, les nuages ennemis de Nietzsche30, l’azur ensoleill&#233; fatal &#224; Icare. ((Faute d'acqu&#233;reurs ces oeuvres parall&#232;les furent d&#233;coup&#233;es en fragments, dont les survivants sont actuellement r&#233;unis au mus&#233;e alpin de Berne.)Or c'est une hubris permanente que pr&#234;che un philosophe, pr&#233;cis&#233;ment Nietzsche, pour son propre et seul usage il est vrai, tant est grande sa fatigue de l'humanit&#233;. Le berlinois d’origine cor&#233;enne Byung Chun Han31 rappelle que Prom&#233;th&#233;e en d&#233;robant le feu a condamn&#233; l’humanit&#233; au travail, autrement dit, &#224; la fatigue, celle des encyclop&#233;distes comme celle des bagnards. Toutefois, nous fait-il remarquer, la valeur du travail a &#233;t&#233; boulevers&#233;e, la performance a supplant&#233; l’ob&#233;issance, et les salles de sport et autres centres d’auto-discipline ont remplac&#233; les lieux de surveillance et de punition, installant de nouveaux cultes et &#233;levant des statues &#224; l’Effort et &#224; la Fatigue. Un tour de force rh&#233;torique a transform&#233; il n'y a pas deux si&#232;cles la condition de l'esclave en pr&#233;requis de la r&#233;alisation du soi de l'homo faber. L'instant d'avant ce bouleversement axiologique, le Dictionnaire de l'Encyclop&#233;die traitait l'entr&#233;e Fatigue en cinq lignes &#233;loquentes : &amp;quot;FATIGUE, s. f. (Gramm.) c’est l’effet d’un travail consid&#233;rable. Il se dit du corps &amp;amp;amp; de l’esprit, &amp;amp;amp; il se prend quelquefois pour le travail m&#234;me : on dit indiff&#233;remment les travaux &amp;amp;amp; les fatigues de la guerre ; cependant l’un est la cause, &amp;amp;amp; l’autre l’effet. Il faut encore remarquer que dans l’exemple que nous venons d’apporter, le mot travaux peut avoir deux acceptions, l’une relative &#224; la personne, &amp;amp;amp; l’autre &#224; l’ouvrage&amp;quot;. Dans le jargon des for&#231;ats, l'activit&#233; &#233;tait nomm&#233;e grande ou petite fatigue, selon qu'elle se d&#233;roulait en milieu ouvert ou ferm&#233;32. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pour entendre la religion de la fatigue33, il nous restait &#224; comprendre le comportement de la fatigue (physiologique, non pathologique) compl&#233;tant le sentiment de fatigue pour qu’elle fut enfin partie prenante d'une &#233;motion. Le comportement, l’action de la fatigue, ont &#233;t&#233; particuli&#232;rement &#233;tudi&#233;s par Pierre Janet34, et de mani&#232;re exemplaire &#224; propos d’un texte de Philippe Tissi&#233;, sp&#233;cialiste oubli&#233; de l’hygi&#232;ne du v&#233;locip&#233;diste 35. Les cyclistes de Monsieur Tissi&#233; : &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Soit un groupe de cyclistes, qui apr&#232;s avoir bataill&#233; pendant des heures, sont gagn&#233;s par la fatigue : ils ne descendent par pour autant de leur b&#233;cane, ils continuent &#224; rouler m&#234;me s'ils s'endorment sur leur guidon... On pourrait penser que l'action se poursuit, mais, finesse de l'analyse de Tissi&#233;, ils ne roulent plus de la m&#234;me fa&#231;on : lentement, sans chercher &#224; se d&#233;passer l'un l'autre ou soi-m&#234;me, ce qui reviendrait presque au m&#234;me pour Paul Ricoeur. On est pass&#233; de la course &#224; la promenade. &amp;quot;L'acte qui subsiste est identique &#224; celui de conserver ses gros souliers lors de la halte en montagne, c'est la conservation d'une partie de l'activit&#233;.&amp;quot; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Tissi&#233; observe l'attitude et le langage du coureur, qui se modifient au fur et &#224; mesure du d&#233;roulement de l'&#233;preuve, passant de la fiert&#233; voire&amp;amp;nbsp; de la vantardise, &amp;quot;paradant dans son costume sur sa machine&amp;quot;, donnant toute sa valeur &#224; la r&#233;compense accord&#233;e au vainqueur. Pass&#233;e la ligne d'arriv&#233;e, la plupart auront chang&#233; de posture et de ton, pour un laisser-aller et un &amp;quot;&#224; quoi bon&amp;quot; r&#233;trospectif : &#171; Les prix sont mesquins et c'est se donner bien de la peine pour rien. &#187; Cette modification du jugement constitue un v&#233;ritable r&#233;tr&#233;cissement, avec une tonalit&#233; de renoncement, l'abandon annonc&#233;. Par exemple, le champ visuel du coureur s'&#233;lan&#231;ant sur la ligne de d&#233;part embrasse le paysage, les spectateurs, les asp&#233;rit&#233;s de la route ; des heures plus tard, les d&#233;tails sont ignor&#233;s, &#171; il ne voit plus que la route comme une ligne devant lui &#187;. L'exp&#233;rience du montagnard est analogue. L'acte primaire lui-m&#234;me, courir ou grimper, perd de sa puissance, de sa pr&#233;cision et pour finir, de la signification, lorsque s'installe la fatigue : disparus le challenge, le d&#233;passement de soi qui donnent des ailes. La m&#234;me perte de sens guette le lecteur assomm&#233; par des heures de concentration. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; La physiologie normale est souvent opulente : tels une maison dont l'&#233;clairage demeure allum&#233; toute la nuit, un repas au d&#233;cours duquel la moiti&#233; des victuailles finira dans la poubelle... Dans le domaine de l'action, nous ne serions pas plus &#233;conomes. Nos r&#233;serves nous paraissent sans limites, et nous d&#233;pensons sans compter. Nous bougeons, nous parlons, nous &#233;crivons trop ! Le concept d'hom&#233;ostasie n'a pas encore de sens au moment o&#249; Janet &#233;crit ces lignes ; cependant&amp;amp;nbsp; nous saisissons tout ce qui d&#233;borde du cadre n&#233;cessaire mais &#233;troit de la stricte pers&#233;v&#233;ration dans notre &#234;tre, de l'activit&#233; autonome n&#233;cessaire &#224; l'entretien de la vie : la frivolit&#233; du vivant en somme. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Il y aurait donc dans le repos des actes positifs : cela commence par l'action nouvelle qui remplace l'action interrompue ; certains au moment de leur pause marchent ou m&#234;me font du sport, nagent ou courent. Chacun son astuce : le mot crois&#233;, la ballade, grignoter, bouquiner... Chacun s'accommode &#224; sa mani&#232;re, met en place son propre rituel du repos ou du sommeil. Dans le monde animal, m&#234;me le chat &#224; l'abri de tout danger demeure sur le qui-vive, un rien l'&#233;veille et t&#233;moigne de la persistance de l'effort qui accroche la chauve-souris &#224; une paroi rocheuse, le singe au creux de l'arbre, l'hym&#233;nopt&#232;re &#224; sa brindille. Pour l'entomologiste Fabre, &#171; en r&#233;alit&#233;, de repos, il n'y en a point, hors celui qui met fin &#224; la vie. La lutte ne cesse point, toujours quelque muscle peine, quelque tendon tiraille, le sommeil qui semble un retour au calme du n&#233;ant est comme la veille un effort, ici par la patte, le bout de la queue roul&#233;e, l&#224; par la griffe, la m&#226;choire. &#187;36 &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Penser le rapport entre la partie positive et la partie n&#233;gative de l'acte de repos n'est pas une t&#226;che facile : Janet sugg&#232;re sans pouvoir les d&#233;montrer des processus d'inhibition et d'excitation, des tendances au repos et au sommeil qui tant&#244;t fonctionnent, tant&#244;t se rechargent, alternativement. Le r&#244;le de l'activit&#233; de luxe est trouv&#233; : les actions de distraction maintiennent une excitation g&#233;n&#233;rale pendant que l'activit&#233; primaire est interrompue. En d&#233;finitive elles s'av&#232;rent peu co&#251;teuses et avantageuses ; la m&#233;taphore &#233;lectrique s'&#233;panouit, &amp;quot;les tendances fortement charg&#233;es am&#232;nent par d&#233;rivation une augmentation de la force mobilis&#233;e au service de la personnalit&#233;&amp;quot;. Cette nouvelle vari&#233;t&#233; d'action qu'est le repos n'est pas d&#233;clench&#233;e par une stimulation externe pr&#233;cise. Janet donne deux exemples : manger et se gratter. Deux vari&#233;t&#233;s de comportements hom&#233;ostasiques compl&#233;tant la faim et la d&#233;mangeaison, deux parmi la s&#233;rie de sentiments corporels, bodily feelings &#233;tudi&#233;s par Bud Craig37. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Un mot autour duquel tourne Janet sans l'&#233;crire r&#233;sumerait maintenant l'&#233;tape du raisonnement : la d&#233;cision. Quel est le signal &#224; partir duquel le coureur change de braquet, le marcheur d&#233;cr&#232;te sa halte, le manoeuvre sa pause, tandis que le clerc assis &#224; son bureau se r&#233;sout &#224; se lever pour effectuer quelques pas. Janet d'apr&#232;s Tissi&#233; cherche d'abord dans le paysage de la randonn&#233;e ou du coureur une raison de s'arr&#234;ter. Arr&#234;t provisoire, l'activation n'est pas compl&#232;tement &#233;puis&#233;e, baisser les bras ne signifie pas &#234;tre paralys&#233;, la plupart de ceux qui marquent la pause auraient pu continuer. Une alerte quelconque nous fait repartir. Mlle Joteyko, sp&#233;cialiste de la physiologie de l'effort, a constat&#233; que le sujet le plus &#233;puis&#233; &#224; l'ergographe n'a perdu en r&#233;alit&#233; qu'un cinqui&#232;me de son &#233;nergie38. Voil&#224; de quoi expliquer le sursaut d'&#233;nergie, le ressaisissement, et les manifestations motrices stup&#233;fiantes des convulsions &#233;pileptiques ou de certaines crises conversives ; et distinguer la tranquillit&#233; du repos, de l'inertie de l'&#233;puisement. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Alors pourquoi s’arr&#234;te-t-on ? &amp;quot;On sait vaguement qu'on en a assez.&amp;quot; La lassitude conviendrait pour d&#233;signer ce sentiment signalant l'heure du repos, si elle n'&#233;tait par l'usage devenue synonyme de langueur. Intervient alors dans la d&#233;monstration, sans suite, la pathologie : de ceux qui ne sentent aucune fatigue alors qu'ils sont &#224; l'&#233;vidence &#233;puis&#233;s, de ceux qui interrompent l'effort imm&#233;diatement sans signe d'&#233;puisement r&#233;el39. Rapidement est envisag&#233;e la r&#233;ponse ordinaire : l'action du repos est la th&#233;rapeutique appliqu&#233;e raisonnablement &#224; un d&#233;but d'&#233;puisement. Consciemment. D&#233;lib&#233;r&#233;ment. Surgit la question que Janet br&#251;lait d'aborder : l'acte de repos ne pourrait-il pas &#234;tre primitif avant toute recherche volontaire ? Certes nous nous croyons capables de nous opposer &#224; l'acte de repos, de r&#233;sister, de poursuivre l'action en cours. Illusion de pouvoir avertit Janet : la conduite du repos existe d&#232;s le d&#233;but de la fatigue : ralentissement, r&#233;tr&#233;cissement, r&#233;duction d'int&#233;r&#234;t, maladresses d'ex&#233;cution sont des actes de repos. Comme toutes les actions elle peut &#234;tre inhib&#233;e dans son d&#233;veloppement par l'&#233;veil et l'activation d'une tendance contraire, en particulier par l'effort. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; R&#233;sumons-nous : l'acte du repos n'est pas d&#233;termin&#233; par les circonstances, ni l'expression d'un &#233;puisement r&#233;el, ni provoqu&#233; directement par la volont&#233;. La (r&#233;)action de freinage qu'est le repos est cependant organis&#233;e depuis longtemps, dans l'ensemble du r&#232;gne animal, et doit r&#233;pondre &#224; des stimulations internes, forc&#233;ment variables (il n’est fait nulle part allusion aux p&#233;riodes altern&#233;es d'anabolisme et de catabolisme). Un individu peut se d&#233;clarer fatigu&#233; pour de multiples raisons : l'apparition d'une douleur, d'une maladresse, d'une difficult&#233; de parole, d'un b&#226;illement. Le freinage peut-il d&#233;buter encore &#224; l'occasion de stimulations int&#233;rieures, visc&#233;rales, (l'int&#233;roception a &#233;t&#233; d&#233;finie en 1906 par Sherrington, non cit&#233;), de modifications des fonctions physiologiques ? C'&#233;tait peu vraisemblable pour Janet.Effort, Action, Fatigue, Repos&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Un acte primaire n'est pas obligatoirement, tant s'en faut, accompagn&#233; d'un effort. Il faut maintenant penser l'intrication de l'acte de l'effort et de l'acte du repos, dont l’analogie est affirm&#233;e au fil des pages. Action de l'effort, action de la fatigue, r&#233;gulent l'activit&#233;, alternent en p&#233;riodes de dur&#233;e variable, luttent perp&#233;tuellement l'une contre l'autre et parfois se m&#233;langent. &amp;quot;Les stimulations de la fatigue sont analogues aux stimulations de d&#233;part de l'effort. L'effort se m&#234;le tr&#232;s souvent avec la fatigue et ces deux r&#233;actions luttent perp&#233;tuellement l'une contre l'autre.&amp;quot;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Tous les actes ne sont pas effectu&#233;s avec effort. Cependant, &amp;quot;les sentiments (sic) de l'int&#233;r&#234;t et du r&#233;el&amp;quot; qui durent pendant tout l'&#233;tat de veille d&#233;montrent que nous ajoutons presque toujours &#224; nos actes une certaine action d'effort : rappelons que pour Janet le r&#233;el est l'organisation de l'esprit la plus &#233;lev&#233;e, ce que nous d&#233;finirions comme un engagement &#233;nerg&#233;tique maximal. La fatigue, action de freinage, appara&#238;trait alors lorsque l'action d'effort n'a pas abouti,&amp;amp;nbsp; &amp;quot;ne fait pas dispara&#238;tre les troubles de l'action qui &#233;taient son point de d&#233;part&amp;quot; : Janet lance alors l'une des id&#233;es les plus &#233;nigmatiques de son ouvrage: &amp;quot;la plus importante stimulation de la fatigue est l'&#233;chec de l'effort&amp;quot;. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; La pens&#233;e de Janet est le d&#233;veloppement d'une matrice complexe dont nous avons tent&#233; de rep&#233;rer les cat&#233;gories. L'action est r&#233;gul&#233;e par deux grands principes modulateurs, perfectionnements de l'action : l'acc&#233;l&#233;ration qu'est l'effort, le freinage qu'est la fatigue, qu'il faut comprendre comme des actes ajout&#233;s &#224; l'acte &#233;l&#233;mentaire. La fatigue est une fonction de pr&#233;servation. La (r&#233;)action de freinage peut faire d&#233;faut, ou &#234;tre pr&#233;sente en exc&#232;s, voire s'&#233;puiser. Pour nous r&#233;sumer : au d&#233;but &#233;tait l'action, et jusqu'&#224; la fin allons-nous ajouter. La vie c'est l'action, celle &#224; laquelle Magendie d&#233;j&#224; subordonnait la sensation. L'agir du fatigu&#233;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Parvenir &#224; se r&#233;veiller est aussi laborieux qu'un accouchement, si l'on en croit Henri Michaux40. La question qui nous br&#251;le les l&#232;vres, d&#232;s lors que nous affrontons un fatigu&#233; chronique, est d'une banalit&#233;&amp;amp;nbsp; accusatrice : mais qu'est ce que vous faites, pour &#234;tre si fatigu&#233; ? La fatigue chez Michaux agit comme un principe de dislocation, nous fait remarquer son commentateur Jean-Pierre Martin41 : le sujet fatigu&#233; s'&#233;puise en efforts pour maintenir son unit&#233;, laquelle est toujours incertaine, menac&#233;e de d&#233;composition et d'&#233;croulement. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Je suis fatigu&#233; parce que je remue, ou peut-&#234;tre parce qu'on remue. Alors je ne bouge plus. Je suis devenu kin&#233;siophobe. Or bouger est indispensable si l'on veut sentir42 : cette fonction de l'activit&#233;, qui s'oppose radicalement au &amp;quot;bouger parce que l'on ressent&amp;quot;, est parfaitement illustr&#233;e par l'haptique, &#224; propos du toucher, &#233;tendue &#224; la vision et m&#234;me &#224; l'audition ; chacun sait qu'il lui faut, priv&#233; de la vue, explorer avec sa main un objet pos&#233; dans sa main s'il veut en pr&#233;ciser les qualit&#233;s et l'identifier43. Par ce geste, je per&#231;ois simultan&#233;ment l'objet et les mouvements de ma main. Cependant mon corps n'est pas per&#231;u comme objet. De la m&#234;me mani&#232;re, lorsque ma main touche une autre main, elle ne se sent pas touch&#233;e elle-m&#234;me. Le geste constitue l'objet. Illusion remarquable, puisque l'objet est d'abord le mouvement de ma main et ne pourrait bien n'&#234;tre que lui44. De m&#234;me, mon regard me coconstitue avec l'espace vu, par exemple autrui, c'est l'apr&#233;sentation husserlienne. Mais mon corps, mes yeux que pourtant je remue, ne sont pas per&#231;us comme objets. D&#233;j&#224; Maine de Biran notait que pour conna&#238;tre il faut d'abord agir45 : mouvoir la main pour identifier l'objet, mouvoir les yeux pour percevoir l'objet. Pour les autres organes des sens, &amp;quot;un organe peu mobile, qui, s'il &#233;tait isol&#233;, ne comporterait que des impressions plus ou moins passives et confuses, peut acqu&#233;rir l'activit&#233; qui lui manque par son association ou sa correspondance avec un organe sup&#233;rieur en mobilit&#233;.&amp;quot;46 Voici r&#233;solu, m&#234;me en l'absence d'oreilles &#224; g&#233;om&#233;trie variable, le probl&#232;me de l'audition comme activit&#233;. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Ces mouvements sont le moyen d'explorer le monde, d'en constituer les objets, de me constituer moi-m&#234;me en m&#234;me temps que je les constitue, et cela vaut pour autrui, que je constitue et qui me constitue. C'est par l'exp&#233;rience v&#233;cue du mouvement qu’au sens propre je prendrai connaissance de la multiplicit&#233; des points de vue tels qu'Alain Berthoz les a d&#233;crits : egocentr&#233;, allocentr&#233;, h&#233;t&#233;rocentr&#233;. Ainsi constituons-nous une libert&#233;, comme multiplicit&#233; des points de vue, et une normalit&#233;, comme partage des points de vue.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; La fatigue est pr&#233;texte &#224; ne rien entreprendre. Un non-faire permanent, un non-agir, qui d&#233;courage toute construction d'un projet ; un rapport &#224; l'autre qui serait une injonction sinon une pri&#232;re de ne rien faire (est-ce ainsi qu’il faut interpr&#233;ter les mains jointes des fatigu&#233;s situ&#233;s aux deux extr&#233;mit&#233;s du banc : surtout ne me sollicitez pas !) ; le seul acte serait de produire une fatigue signifiant le non-agir. Une autre caract&#233;ristique de cette fatigue est la distance qu'elle instaure entre Soi et elle-m&#234;me, entre Soi et les autres. La libert&#233; du fatigu&#233; est an&#233;antie. Sans issue, sa situation est un retranchement dans un r&#233;duit dont il r&#233;clame la clef au m&#233;decin, ou &#224; qui voudra l'entendre ; un pur ici et maintenant, v&#233;cu imm&#233;diat sans ancrage temporel, sans possibilit&#233; de prise de distance, de perspective, sans voyage, sans ailleurs, dans le calendrier ni dans l'espace. Un effondrement du dasein.La retraite du fatigu&#233;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &#201;cras&#233; par les d&#233;terminations, soumis &#224; un corps qui lui &#233;chappe, menac&#233; par un autrui hostile, et sans plus d'idole &#224; qui se raccrocher, le fatigu&#233; n'a d'autre choix que de battre en retraite - obtenir sa r&#233;forme et se retirer dans un rez-de-jardin &#233;triqu&#233; sans horloge bruyante, avec pour livre de chevet le Trait&#233; de Kierkegaard qu'il n'ouvrira jamais puisque le mode d'emploi de ce qui lui reste d'existence se r&#233;sume &#224; un principe : &#233;viter toute invasion, tout risque de se voir arracher la part infime du monde qu'il est parvenu &#224; soustraire au partage. Nous faisons mine de nous &#233;tonner du comportement du fatigu&#233; 47 mais l'ambiguit&#233; de cette incompr&#233;hension vient de ce que nous-m&#234;mes nous avons t&#244;t quasiment tous, et tard certains d'entre nous, jou&#233; la fatigue. Quoiqu’il en soit sit&#244;t rep&#233;r&#233; le fatigu&#233; sera au plus vite cong&#233;di&#233; : la perte de confiance en soi qui &#233;mane du fatigu&#233; est tellement contagieuse que son isolement doit &#234;tre pr&#233;cipit&#233;, activement. Vous avez l'air fatigu&#233; pr&#233;c&#232;de de peu : vous devriez aller vous reposer. Sous entendu, si vous n’&#234;tes plus capable d’&#233;prouver le sentiment r&#233;gulateur de l’action, vous &#234;tes menac&#233; d’&#233;puisement : partez loin d'ici, loin des regards, loin des contacts, car personne n'a de temps &#224; perdre &#224; attendre un fatigu&#233;, compris comme celui qui nous retarde et comme spectre du renoncement. Il faut le confiner aux actes gratuits : hors valeur marchande, valables pour lui seul, pour sa seule survie, hors &#233;change. Condamn&#233; &#224; agir pour rien. Amor fati, ou exclusion ?&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quelle force, si t&#233;nue et vacillante soit-elle, a conduit ces hommes&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; en ce lieu ?&amp;amp;nbsp; Existe-t-il une disposition intrins&#232;que qui dans notre esp&#232;ce presserait des vieillards r&#233;sign&#233;s &#224; quitter leurs chaussures et &#224; emprunter des chemins dont le terme est tout sauf un lieu de repos ? Ne seraient-ils pas encourag&#233;s au nom d’un sursaut de dignit&#233; et de biens&#233;ance &#224; se soustraire au contact de leurs semblables, puisque la volont&#233; de vivre les a abandonn&#233;, et que par dessus tout leur fatigue est contagieuse?&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Zarathoustra d&#233;cline de m&#234;me que le soleil ou les hommes se couchent. La premi&#232;re occurrence de la fatigue est positive, ce sera la seule bienveillante parmi les quatre-vingt huit que nous avons identifi&#233;es dans ce texte : &amp;quot; Ce n’est pas une petite chose que de savoir dormir : il faut savoir veiller tout le jour pour pouvoir bien dormir. Dix fois dans la journ&#233;e il faut que tu te surmontes toi-m&#234;me : c’est la preuve d’une bonne fatigue et c’est un pavot pour l’&#226;me.&amp;quot; Nous retrouverons l'ivresse de la fatigue chez Handke. Bient&#244;t surgissent les impr&#233;cations : &amp;quot;la sagesse fatigue&amp;quot;, &amp;quot;les fatigu&#233;s du monde sont amoureux de leur propre fatigue&amp;quot;; les fatigu&#233;s sont malades, r&#233;pugnants, tristes, paresseux, ici ils ne peuvent ni mourir48 ni vivre, l&#224; ils entament leur agonie&amp;quot;49; ils sont fatigu&#233;s d'eux-m&#234;mes, du jour et du monde ; cette fatigue finit par d&#233;teindre, par l'effet d'un regard port&#233; sur un monde o&#249; m&#234;me la poussi&#232;re, le papillon, une barque, la terre sont fatigu&#233;s. Elle gagne le philosophe fatigu&#233; dans les hauteurs ou par les langues anciennes, fatigu&#233; du bien et du mal, fatigu&#233; des po&#232;tes, et pour finir, fatigu&#233; des hommes, si fatigants que la fatigue le poursuit jusque dans la solitude. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Ainsi parlait Zarathoustra est l'articulation d'une longue litanie de la fatigue et de la non moins longue litanie des idoles que les hommes fatigu&#233;s ont fa&#231;onn&#233;es tout en se convainquant de leur provenance d'un au-del&#224;. La fatigue pauvre et ignorante a cr&#233;&#233; tous les dieux et tous les arri&#232;res-mondes : alli&#233;e au renoncement, elle a fabriqu&#233; ces idoles dont Nietzsche annoncera le cr&#233;puscule trois ans plus tard en 1888, un an avant de sombrer dans la d&#233;mence sth&#233;nique puis apathique. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; La grande fatigue, die grosse M&#252;digkeit d&#233;signait-elle il y a un si&#232;cle la m&#234;me morosit&#233; banale qui empeste notre quotidien ? Elle inspira l'impr&#233;cateur d’un caf&#233; turinois dont l'activit&#233; mentale s'&#233;puisait &#224; ressasser une gamme r&#233;pulsive couvrant l'ennui, la d&#233;ception, le ressentiment, l'aversion, le d&#233;gout, la r&#233;pugnance, l'ex&#233;cration. Le christianisme est la religion de la fatigue, v&#233;hiculant les valeurs des &#233;puis&#233;s. La Naissance de la trag&#233;die se voulait une tentative de rem&#232;de. &amp;quot;Je cherche les causes de l'extr&#234;me &#233;puisement qu'apporte l'art de Wagner,&amp;quot; ass&#232;ne-t-il en pleine exaltation, &#233;coeur&#233; par l'ouverture de Parsifal. Pourquoi chez Nietzsche la fatigue (M&#252;digkeit) &#233;triqu&#233;e l'a-t-elle emport&#233; non tant sur la lassitude (Mattigkeit) que sur la peine (M&#252;hsal) ?&amp;amp;nbsp; Dans la Naissance de la trag&#233;die, Sil&#232;ne m&#233;prisant s'adresse &#224; Midas, roi d'Arcadie : &#171; Mis&#233;rable race d'&#233;ph&#233;m&#232;res, enfants du hasard et de la peine, pourquoi m'obliger &#224; te dire ce que tu as le moins int&#233;r&#234;t &#224; entendre ? Le bien supr&#234;me, il t'est absolument inaccessible : c'est de ne pas &#234;tre n&#233;, de ne pas &#234;tre, de n'&#234;tre rien. En revanche, le second des biens, il est pour toi : c'est de mourir sous peu. &#187;.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Dure sentence, mais qui n'est rien &#224; c&#244;t&#233; de ce que l'on d&#233;couvrira dans la G&#233;n&#233;alogie de la morale (1887) : &#171; Les malades sont un danger extr&#234;me pour les bien-portants ; ce ne sont pas les plus forts qui causent les malheurs des forts, mais les plus faibles. Le plus grand danger pour l’homme, ce sont les maladifs : et non les m&#233;chants, non les&amp;amp;#8223;b&#234;tes de proie”. Les disgraci&#233;s, les vaincus, les impotents de nature, ce sont eux, ce sont les plus d&#233;biles qui, parmi les hommes, minent surtout la vie, qui empoisonnent et mettent en question notre confiance en la vie, en l’homme, en nous-m&#234;mes.&#187; Nos marcheurs asth&#233;niques, selon le professeur Nietzsche et ses turif&#233;raires, nous mettent en grand danger. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Si l'on suit - plus volontiers - Ren&#233; Girard, la monotonie d'Eurythmie ne pr&#233;sage rien de bon : certes nous avons per&#231;u les traces d’une hi&#233;rarchie sociale au sein du petit groupe mais elle est en cours de d&#233;litement. Or la disparition des diff&#233;rences est la garantie de l'&#233;mergence de la violence. L'indiff&#233;rence axiologique, la disparition des marques de la valeur pr&#233;figurent le chaos et appellent la crise, puis la victime expiatoire, enfin le sacrifice au terme duquel est instaur&#233; un nouvel ordre. Une quinte de boucs &#233;missaires serait-elle en d&#233;sordre de marche ? Hodler n&#233; en 1853 a-t-il lu la G&#233;n&#233;alogie de la Morale, o&#249; d&#233;j&#224; est affirm&#233; le danger de l'uniformisation, rien ne nous permet de l'affirmer. L'effort, sentiment corporel &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; La diminution de la puissance d'agir nous convie &#224; relire un philosophe qui fut, comme Nietzsche, tout au long de sa vie la proie des maux les plus divers. Partant de l'hypoth&#232;se que nos opinions d&#233;pendent de l'&#233;tat de notre corps, Maine de Biran &#233;tablit d'une part que nos id&#233;es fluctuent &#224; la mesure de notre sentiment fondamental d'exister ; d'autre part, bondissant du je pense de Descartes, sentiment intime de notre pouvoir penser, au j'agis, sentiment intime de notre pouvoir agir, il ancre sa philosophie de l'&#234;tre dans l'exp&#233;rience du corps, lequel n'est plus con&#231;u comme une substance modifi&#233;e par les accidents (soit la position cart&#233;sienne) mais comme le sentiment d'une action ou d'un effort voulus (sur la diff&#233;rence entre action et effort, voir infra). Notre corps est l'ensemble des pouvoirs que nous avons sur le monde. Ce changement radical de point de vue - de la certitude de penser &#224; l'exp&#233;rience du corps comme domination d'une r&#233;sistance - a plusieurs cons&#233;quences capitales : il est parmi les origines de la pens&#233;e de Merleau-Ponty comme de celle de Michel Henry. &amp;quot;L'exp&#233;rience que nous faisons de notre corps dans le sentiment de l'effort n'est pas une simple exp&#233;rience qui r&#233;v&#232;lerait un objet dont l'&#234;tre serait en dehors d'elle-m&#234;me, de sorte que le corps pourrait &#234;tre d&#233;voil&#233; autrement, par exemple de l'ext&#233;rieur : cette exp&#233;rience est l'&#234;tre r&#233;el du corps&amp;quot; &#233;crit Renaud Barbaras50 dans un essai sur ces deux philosophes, pr&#233;cisant que &amp;quot;le mouvement n'est pas un interm&#233;diaire entre l'ego et le monde, le corps n'est pas un instrument, il est l'ego lui-m&#234;me en tant que son &#234;tre est effort. Et c'est pourquoi nous accomplissons nos mouvements sans y penser &amp;quot;51.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Quelle id&#233;e le fatigu&#233; chronique se fait-il de l'effort ? Nous distinguons l’action simple, effectu&#233;e sans effort, de l’action accompagn&#233;e du sentiment de vaincre une r&#233;sistance, et que l’on appelle un effort. Pour Maine de Biran, ce qui caract&#233;rise l’effort est l’exp&#233;rience d’une action contre r&#233;sistance. Pour Descartes, Pierre Janet et les triathl&#232;tes, la performance est un effort agr&#233;ablement pouss&#233; &#224; sa limite, la fatigue est une r&#233;compense de l’action d’autant plus que celle-ci est augment&#233;e d’un effort. Pour les fatigu&#233;s de la vie elle est au contraire une punition de l’action, assimil&#233;e quelle qu’elle soit &#224; un effort ; leurs journ&#233;es sont diss&#233;qu&#233;es en moments qui chacun co&#251;tent. Il y a un rapport &#224; l'effort physique - ne parlons m&#234;me pas d'effort intellectuel, les troubles de l'attention, de la concentration, de la m&#233;moire sont syst&#233;matiquement rapport&#233;s par les fatigu&#233;s de la vie - et une relation au travail comme obligation sociale particuliers. Le travail est per&#231;u comme une corv&#233;e au sens m&#233;di&#233;val du terme : une activit&#233; exig&#233;e par autrui contre la volont&#233; du serf, qui n'a pas demand&#233; &#224; &#234;tre l&#224; et dont on obtient par la contrainte qu'il s'acquitte d'une t&#226;che. La r&#233;bellion est cependant moins palpable dans la foule peu organis&#233;e des fatigu&#233;s chroniques que dans les blogs des fibromyalgiques52, au fil desquels s’&#233;panouit un discours prolixe et m&#233;taphorique sur l'effort et ses cons&#233;quences. Le fatigu&#233; chronique occupe une situation inconfortable, pris entre deux courants id&#233;ologiques puissants. L’un est l’ob&#233;issance, le fatigu&#233; d&#233;sob&#233;it, se soustrait &#224; ses obligations en produisant une justification discutable. L’autre, qui s’est substitu&#233; r&#233;cemment &#224; l’ob&#233;issance, est la performance : la capacit&#233; d’exiger de soi-m&#234;me le meilleur. Le fatigu&#233; est incapable d’acc&#233;der au d&#233;passement de soi d&#233;sormais banal, alors que seuls les h&#233;ros l’incarnaient jusqu’&#224; peu53.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; L’effort du fatigu&#233; est &#233;galement per&#231;u sans nuance, d’un bloc, telle une montagne qu’il n’est pas possible de d&#233;placer. Un triathlonien nous confiait que quoiqu’il lui arrive, en dehors d’une chute ou d’une blessure, il avait appris &#224; faire confiance &#224; ses aptitudes, &#224; se convaincre qu’&#224; une baisse de r&#233;gime &#224; tel moment de la course succ&#233;derait un deuxi&#232;me souffle qui lui permettrait &#233;ventuellement de remonter quatre-vingt concurrents dans les derniers kilom&#232;tres et d’obtenir son meilleur temps sur l’&#233;preuve ; que jamais il n’avait &#224; craindre de se sentir &#233;puis&#233;, m&#234;me s’il lui arrivait de s’effondrer quelques m&#232;tres &#224; peine apr&#232;s la ligne d’arriv&#233;e d’une &#233;preuve de dix heures. En revanche, commentant une course compos&#233;e de trois tours d’un m&#234;me circuit, lequel comportait une pente tr&#232;s raide, cette portion du circuit fut la premi&#232;re fois d&#233;couverte avec surprise, la seconde fois anticip&#233;e, la troisi&#232;me fois redout&#233;e. Le fatigu&#233; est &#233;cras&#233; par l’espace, il ne fera pas un pas de plus ; le triathl&#232;te fait fi de l’espace et jouit des nuances du temps.La valeur de l'effort&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Dire d'autrui qu'il y est arriv&#233; sans effort, en accompagnant ce commentaire malveillant d'un haussement d'&#233;paule et d'un demi sourire, disqualifie en partie un bon r&#233;sultat obtenu avec trop de facilit&#233;. La quantit&#233; d'effort &#224; fournir diff&#232;re consid&#233;rablement d'un sujet &#224; l'autre, et ce qui est accompli par l'un sans le moindre effort exigera une &#233;nergie titanesque chez un autre. Parcourir une distance d'une centaine de m&#232;tres pour une patiente atteinte de scl&#233;rose en plaques dont le handicap est c&#244;t&#233; &#224; 6 est l'&#233;quivalent d'une course de demi-fond pour une personne en sant&#233;, comme on dit &#224; Montr&#233;al. Le peintre Andrew Wyeth 54 abandonne sa voisine handicap&#233;e par la poliomy&#233;lite au milieu d’un champ pentu, dans une posture tendue vers une maison dont il nous semble qu’elle lui est inaccessible. De m&#234;me jugera-t-on l'effort intellectuel, et nous avons le souvenir de ces premiers de la classe que l’on d&#233;consid&#233;rait d’un &#171; il a des facilit&#233;s &#187;, comme s’ils incarnaient l’injustice de la distribution al&#233;atoire des dons d&#233;crite par Baudelaire55. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; La fatigue est une aggravation des limites impos&#233;es aux exploits du corps ou de l’esprit, telles, en premier lieu, la pesanteur, mais aussi et surtout l'endurance propre &#224; chacun. Plus g&#233;n&#233;ralement, et en paraphrasant Bachelard, la fatigue r&#233;duit le champ des possibles. &#192; la question du possible de l'action est reli&#233;e celle de la valeur de l'action : cette action si je peux la faire, vaut-elle d'&#234;tre faite ? Si l’on demeure dans le domaine de la physiologie, pouvoir faire quelque chose n'est pas donner du sens &#224; ce quelque chose, en revanche, que la chose vaille d'&#234;tre faite, suppose qu'on lui donne un sens, et que l'on g&#233;n&#232;re une hi&#233;rarchie des choses &#224; faire, selon leur valeur. Dans le domaine de la pathologie, il en va tout autrement.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Un je ne peux pas compl&#232;te le j'ai mal partout comme le je suis fatigu&#233;. Concernant l'agir ou plut&#244;t le non-agir du fatigu&#233; chronique, il consiste &#224; se conformer &#224; l'id&#233;e que le sujet se fait de la fatigue et de ses cons&#233;quences. La croyance du fatigu&#233; chronique se d&#233;crypte dans le syst&#232;me organis&#233; autour de sa fatigue. La valeur de l'effort est sa signification dans le syst&#232;me de croyance de celui qui le produit. On peut y distinguer plusieurs composantes. D'abord, la croyance que toute fatigue est pathologique, autrement dit la disparition de toute possibilit&#233; de saine fatigue. Puis, la perte de la signification de la fatigue, qui en temps normal nous indique qu'il est l'heure de r&#233;duire l'effort, ou de pr&#233;voir son interruption &#224; court terme : dans l'aboutissement de l'effort qu'est la fatigue, nous savons &#224; l'instant quelle est la raison de cette fatigue, et quelle conduite adopter pour la r&#233;soudre. Enfin, en ayant rappel&#233; que r&#233;tention et protention, nous l’avons &#233;crit plus haut, nous permettent de nous ins&#233;rer dans le flux temporel : si ma fatigue n'a plus le sens d'un signal, &#224; la fois d’une accumulation d'effort (r&#233;tention) et de la n&#233;cessit&#233; de l'interrompre sous peu (protention), si elle a perdu sa valeur symbolique, si elle n'est plus ce sentiment corporel assorti d'un lien &#224; un comportement d&#233;finissant selon Craig une &#233;motion hom&#233;ostasique, permettant d'&#233;viter une d&#233;faillance catastrophique de l'organisme, alors d&#233;pourvue de cause comme de r&#233;solution elle est une sorte d'errance, intemporelle, &#233;ternelle, sans devenir. Pour qui ces roses ?Ph&#233;nom&#233;nologie du fatigu&#233; (3) : rencontre de Ferdinand Hodler&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Ferdinand Hodler, en quelques quarante ann&#233;es de carri&#232;re, r&#233;alisa une centaine d’autoportraits (Rembrandt en peignit une soixantaine) dont l’expression est tr&#232;s fluctuante. Inqui&#232;te, horrifi&#233;e, interrogative, myst&#233;rieuse... En m&#234;me temps se lisent les modifications ordinaires induites par le cours d’un temps r&#233;gulier comme le rythme des saisons et le cycle des existences. En 1914 il se pr&#233;sente de trois quart, les yeux &#233;carquill&#233;s, les sourcils relev&#233;s, les rides du front accentu&#233;es par l'interrogation, le regard fixant toutefois le spectateur, lequel averti croit reconna&#238;tre un m&#233;lange de surprise et d’incr&#233;dulit&#233;. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;Il a crois&#233; la route de Valentine God&#233;-Darel en 1908. Alors &#226;g&#233; de 55 ans, c’est un artiste confirm&#233; et respect&#233;. Valentine a vingt ans de moins que lui. Elle est peintre sur porcelaine, chante l’op&#233;rette, est divorc&#233;e. Ferdinand prend Valentine comme mod&#232;le, et entre 1909 et 1911, la figure comme une femme joyeuse. Cinq ans apr&#232;s leur rencontre, Valentine &#226;g&#233;e de quarante ans attend un enfant, Pauline, venue au monde en octobre 1913 ; pendant la grossesse un cancer des ovaires est diagnostiqu&#233;. L’intervention effectu&#233;e trois mois apr&#232;s son accouchement &#233;choue. Surprise et incr&#233;dulit&#233; : une fillette est n&#233;e, de mani&#232;re inesp&#233;r&#233;e ; simultan&#233;ment celle qui l'a port&#233;e est atteinte d’une maladie incurable et d’&#233;volution rapide.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Au fil de la vingtaine de peintures &#224; l'huile, des cent trente dessins et deux cents croquis de l'artiste, il serait possible de suivre l'avanc&#233;e inexorable de la maladie de Valentine, si les oeuvres n’&#233;taient dispers&#233;es entre les mus&#233;es de B&#226;le, de Berne, de Zurich, de Solothurn, de Frankfort, de Paris... Le dernier portrait est une tradition moins r&#233;pandue que l’imago56 ou le masque mortuaire, mais Hodler a fait de chaque jour qu’a dur&#233; l’agonie de Valentine un ultime portrait : et si c’&#233;tait le dernier jour de la vie de Valentine... Alors que l’on peut interpr&#233;ter cette s&#233;rie comme le projet de retracer le parcours douloureux de sa femme en terme de progr&#232;s de la maladie,&amp;amp;nbsp; nous y avons per&#231;u d’abord le souci d’un homme que l’espoir a abandonn&#233;, vivant jour apr&#232;s jour avec la m&#234;me appr&#233;hension l’hypoth&#232;se d’une ultime pr&#233;sence de Valentine. Le rapport au temps n’est pas ici celui d’un compte &#224; rebours, lequel est une construction apr&#232;s-coup de quelque critique d’art, rep&#233;rant dans la succession des prises de vue une &#233;tude du processus de d&#233;composition&amp;amp;nbsp; in vivo de Valentine. Chaque tableau est-il peint dans l’intention mise en avant par le critique, ou bien dans celle non pas de produire une s&#233;rie, effet anticip&#233;, a priori, mais de capturer ce qui pourrait se r&#233;v&#233;ler a posteriori &#234;tre le dernier regard et le dernier souffle ? L’ambivalence est confirm&#233;e lorsque nous consid&#233;rons et la s&#233;rie des auto-portraits de Hodler, et le tableau dat&#233; de 1909 - un an apr&#232;s la rencontre de Valentine - figurant Augustine Dupin, la m&#232;re de son fils, sur son lit de mort. Hodler appr&#233;hende &#224; la fois la victoire in&#233;luctable de la mort et saisit toute occasion d’en pi&#233;ger les traits.Ferdinand Hodler (1853-1918) Augustine Dupin sur son lit de mort 1909Kunstmuseum Solothurne (Soleure) (Suisse)&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Pour appuyer cette id&#233;e de capture attentive nous dirons un mot de la technique de Hodler, parfaitement d&#233;crite par celle qui fut sa seule &#233;l&#232;ve f&#233;minine, de 1914 &#224; 1917, St&#233;phanie Guerzoni (1887-1970). Il travaillait d’abord sur une vitre, &#224; la gouache, tentant de saisir le mouvement du mod&#232;le. Puis l’esquisse &#233;tait calqu&#233;e sur un support opaque et Hodler poursuivait le travail toujours d’apr&#232;s le mod&#232;le. Il reprenait inlassablement le m&#234;me projet jusqu’&#224; estimer l’id&#233;e incarn&#233;e. Sa peinture &#233;tait tout sauf spontan&#233;e et aux antipodes de l’impressionnisme57. Ce qui domine la technique (telle que relat&#233;e par son &#233;l&#232;ve) et la th&#233;matique de Ferdinand Hodler est le sens du &amp;amp;#954;&amp;amp;#945;&amp;amp;#953;&amp;amp;#961;&amp;amp;#972;&amp;amp;#962;, de l’occasion saisie.Valentine God&#233;-Darel disparut le 26 Janvier 1915. Ferdinand Hodler, dont on dit qu’il &#233;tait rong&#233; par le chagrin et la maladie, suicidaire, est mort le 19 Mai 1918 &#224; Gen&#232;ve. Peu apr&#232;s la mort de Valentine, il captura l’instant fugitif d’un coucher de soleil sur le Lac L&#233;man, tr&#232;s lumineux, depuis la fen&#234;tre de la chambre de Valentine. Dans la partie sup&#233;rieure de Valentine sur son lit de mort, comme sur son double pr&#233;c&#233;dent, Augustine Dupin sur son lit de mort, Hodler a trac&#233; trois lignes horizontales parall&#232;les qui signifieraient l’&#226;me, flottante, d&#233;tach&#233;e du corps. L’essentiel des derni&#232;res oeuvres de Hodler sont des paysages avec une nette inflexion vers l’abstraction, et ces lignes horizontales contrastent avec les verticales du parall&#233;lisme. Le coucher de soleil sur le lac L&#233;man est une juxtaposition l&#226;che de l’ordre respect&#233; des couleurs d’un arc-en-ciel dont il aurait rectifi&#233; l’incurvation, et dont les couleurs disjointes seraient dilu&#233;es dans un espace o&#249; ciel et terre et lac se confondent. C’est aussi une exp&#233;rience particuli&#232;re de la temporalit&#233;, qui rentre en r&#233;sonance avec l’id&#233;e de derniers instants. Derniers instants du jour, derniers instants de la vie, les premiers promettent l’aube, rel&#232;vent de l’Aion, les seconds sont sans retour, soumis &#224; Chronos. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Paul Ricoeur cite les Confessions d'Augustin : la distinction entre l'instant, pure interruption du temps, et le pr&#233;sent o&#249; convergent la m&#233;moire (le pr&#233;sent du pass&#233;), l'attente (le pr&#233;sent du futur), l'attention (le pr&#233;sent du pr&#233;sent). Le seul pouvoir d’un artiste est de capturer les derniers instants du jour, mais saisir d’un coup de pinceau l’instant o&#249; la vie s’ach&#232;ve est pr&#233;somptueux. Nous avons rappel&#233; plus haut que l’&#233;motion se pouvait penser comme la coexistence d’un sentiment corporel et d’un comportement. Comprendre l’&#233;motion de Hodler comme le sentiment de tristesse voire de d&#233;sespoir, de r&#233;volte, associ&#233; &#224; l’acte de peindre, voil&#224; ce &#224; quoi cet itin&#233;raire ph&#233;nom&#233;nologique nous a permis d’acc&#233;der. Si nous rajoutons l’aspect neurophysiologique, c’est-&#224;-dire la fonction hom&#233;ostasique de l’&#233;motion, nous parvenons au seuil d’une interpr&#233;tation de l’oeuvre d’art, rapport&#233;e &#224; l’exp&#233;rience v&#233;cue de l’artiste, comme tentative d’apaisement de la tension entre deux temporalit&#233;s, celle de l’&#233;ternel retour, l’A&#239;on, et celle de l’eschatologie, symbolis&#233;e par Chronos, au moyen de l’occasion saisie, &amp;amp;#954;&amp;amp;#945;&amp;amp;#953;&amp;amp;#961;&amp;amp;#972;&amp;amp;#962;. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Nietzsche lui susurre &#224; l’oreille : &#171; Si vous aviez plus de foi en la vie, vous vous abandonneriez moins au moment &#187;58. Quelle est la croyance dans la vie de Ferdinand Hodler endeuill&#233;, trouvant la force de nous faire partager son &#233;merveillement devant un coucher de soleil unique dont il a su saisir la fugacit&#233; ? Le soupirComment lui &#233;chapper, &#224; ce regard fatal qui vous laisse une profonde tristesse ? ce regard rentr&#233; des mal venus d&#232;s l’origine qui nous r&#233;v&#232;le le langage qu’un tel homme se tient &#224; lui-m&#234;me, - ce regard qui est un soupir.Nietzsche, G&#233;n&#233;alogie de la morale (1887)&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Valentine s’adressa pour la derni&#232;re fois &#224; Ferdinand Hodler le 19 janvier 1915, sept jours avant sa mort. Le moment capt&#233; par l’artiste qu’un confr&#232;re oncologue (cf infra) commentant la s&#233;rie des figurations de Valentine d&#233;clinante d&#233;signe comme exhaustion est dat&#233; du 2 janvier. Lui fait suite la douleur. Nous ignorons quelles furent ces derni&#232;res paroles. La parole est une action sur le monde59. Autant la litt&#233;rature descriptive naturaliste ou po&#233;tique de la fatigue d’autrui est riche, autant la parole du fatigu&#233; est pauvre, t&#233;nue, r&#233;serv&#233;e. Hypophonique, elle est &#224; l’exacte mesure de la perte du pouvoir sur les choses.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Par d&#233;finition la fatigue est extinction de voix : il lui dit, dans un dernier souffle ... ainsi s'exprime un mourant. &#192; la derni&#232;re extr&#233;mit&#233; elle permet d'exprimer les volont&#233;s ultimes que l'on se devra de respecter. Le : je voudrais dormir, sous entendu d'un sommeil enfin r&#233;parateur, et si possible d&#233;finitif, de l'asth&#233;nique est une invitation &#224; l'aider dans sa qu&#234;te. Ce n'est pas seulement le constat de sa situation d'insomniaque informant son entourage qu'il est priv&#233; de sommeil profond. En ce sens c'est un acte illocutoire. Le soupir aussi - m&#234;me si d&#233;contextualis&#233;, il est ambigu : on peut soupirer d'aise. Comme pleurer de joie.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Tu as une petite voix. Au t&#233;l&#233;phone, une mani&#232;re de signaler sa fatigue est d'adopter un timbre particulier, de limiter la prosodie au minimum exigible, et de r&#233;duire l'intensit&#233; afin d'obtenir une phonation situ&#233;e entre le murmure et le chuchotement. Ajoutez un ou deux soupirs par phrase. Le soupir est &#224; la fatigue ce que le cri est &#224; la douleur. Le g&#233;missement compromet les deux. Enfin laissez d&#233;river de longs silences entre deux phrases. Toute cette mise en sc&#232;ne, tr&#232;s conventionnelle, place l’interlocuteur dans l’obligation de reconna&#238;tre votre fatigue, et d’adapter son comportement &#224; cette nouvelle donne. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Dire je suis fatigu&#233; est tr&#232;s peu descriptif et beaucoup illocutoire : cela signifie surtout laissez-moi tranquille, je suis fatigu&#233; de vous entendre. Vos paroles v&#233;hiculent une multitude potentielle de significations, aucune ne me concerne plus, votre polys&#233;mie envahissante m'incommode, abandonnez-moi &#224; ma monotonie. Ce n'est pas que le monde n'ait pas de sens : c'est qu'il n'en a plus qu'un seul.La fatigue comme souffrance&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Comment vous sentez-vous, Wie ist Ihr Befinden en allemand, est la phrase que nous adressons &#224; une personne souffrante comme &#224; une autre avec laquelle nous venons de partager une exp&#233;rience v&#233;cue agr&#233;able. Elle invite &#224; une prise de conscience de la Befindlichkeit (dont la traduction r&#233;put&#233;e impossible doit &#233;voquer cependant le sentiment de soi, l'&#233;prouv&#233;) non pas comme pens&#233;e r&#233;flexive mais comme senti, et &#224; son partage. Par exemple la fatigue qui conclue les &#233;bats amoureux ou le travail cr&#233;atif n'est pas malheureuse, elle annonce le sommeil et ses d&#233;lices. Elle affecte le corps propre avec lequel il est si bon de ne faire qu'un, au point que l'on en douterait du dualisme tant est enviable la tonalit&#233; affective (Stimmung, l'atmosph&#232;re, l'ambiance) d&#233;gag&#233;e par l'idiotie60 heureuse. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Or, ce corps idyllique sera pour la plupart des vivants, occasionnellement ou chroniquement un fardeau. Ce peut &#234;tre l'affaire d'une journ&#233;e ou d'une vie. Un corps presque mort qu'il faudra tra&#238;ner. La fatigue annonce la pesanteur, la lenteur, l'&#233;triqu&#233; ; la lourdeur du corps, le ralentissement du mouvement du corps, la limitation de l'espace parcouru. La fatigue, ce carcan, ne peut qu'&#234;tre support&#233;e : le sens premier du verbe souffrir est pr&#233;cis&#233;ment endurer. Voil&#224; pourquoi, en d&#233;pit de l'usage qui emploie indiff&#233;remment la douleur et la souffrance, la souffrance signifie plus que la douleur, et pas n&#233;cessairement celle-ci. La fatigue est une souffrance, laquelle, en paraphrasant Charbonneau, implique une inscription de la fatigue dans un temps d'existence qu'elle va affecter61. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Si le monde est per&#231;u &#224; partir d'un corps fatigu&#233; : la fatigue pr&#233;c&#232;de l'exp&#233;rience du monde et d'autrui. La fatigue est alors un d&#233;sagr&#233;ment et une inaptitude : un refus d'adh&#233;rer au mouvement du monde et une incapacit&#233; &#224; y agir. Le corps douloureux est envahi par la douleur, et source d'une abondante parole ; &#224; l’oppos&#233; la fatigue &#233;mane, transpire, suinte, d'un corps peu loquace. La fatigue est invasive, contamine autrui, diffuse et modifie l'espace et les objets qui le constituent, autrui qui les partage, alt&#233;rant au passage la chair du fatigu&#233;, sa peau, ses traits - elle se lit sur la peau et les rides du visage, dans les gestes, l'attitude, s'entend dans les alt&#233;rations de la voix. Induisant une vari&#233;t&#233; non d&#233;crite de trouble du rythme elle ralentit l'action, s'insinue dans les rouages de la machinerie que nous appelons Chronologie, qui orchestre et subordonne les rythmes de tous, et en d&#233;synchronise le fatigu&#233;. Alors celui-ci est harcel&#233; par le doute de soi, et parfois s'invente un rythme propre, un petit rythme, de ceux qu'a si pr&#233;cis&#233;ment d&#233;crits Pierre Janet62, l'inventeur de la psychasth&#233;nie. La fatigue pire que la maladie&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Il nous reste &#224; penser en quoi cette &#233;motion b&#233;n&#233;fique qu’est la saine fatigue est radicalement alt&#233;r&#233;e lors de la fatigue pathologique, l’asth&#233;nie qui interdit d’acc&#233;der au repos nous a enseign&#233; Pierre Janet. Imaginons qu’un matin Valentine re&#231;oive la visite du docteur Nietzsche, m&#233;decin de soi-m&#234;me et auteur de quelques ouvrages &#224; vocation th&#233;rapeutique. Ouvrons le mieux adapt&#233; &#224; la circonstance, le Cr&#233;puscule des idoles (1888) : &#171; Le malade est un parasite de la Soci&#233;t&#233;. Arriv&#233; &#224; un certain &#233;tat il est inconvenant de vivre plus longtemps. L’obstination &#224; v&#233;g&#233;ter l&#226;chement, esclave des m&#233;decins et des pratiques m&#233;dicales, apr&#232;s que l’on a perdu le sens de la vie, le droit &#224; la vie, devrait entra&#238;ner, de la part de la Soci&#233;t&#233;, un m&#233;pris profond. Les m&#233;decins, de leur c&#244;t&#233;, seraient charg&#233;s d’&#234;tre les interm&#233;diaires de ce m&#233;pris, - ils ne feraient plus d’ordonnances, mais apporteraient chaque jour &#224; leurs malades une nouvelle dose de d&#233;go&#251;t… Cr&#233;er une nouvelle responsabilit&#233;, celle du m&#233;decin, pour tous les cas o&#249; le plus haut int&#233;r&#234;t de la vie, de la vie ascendante, exige que l’on &#233;carte et que l’on refoule sans piti&#233; la vie d&#233;g&#233;n&#233;rescente - par exemple en faveur du droit de vivre… &#187;63.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; La fatigue, pire que la maladie64, appellera plus encore que celle-ci le m&#233;pris et le d&#233;go&#251;t, deux des sept &#233;motions fondamentales universelles identifi&#233;es par Ekman. Nietzsche avant l'heure en a identifi&#233; &#224; toute fin utile la puissance d&#233;vastatrice sur autrui 65. Quant aux m&#233;decins, ils se montreront sensibles &#224; la promotion qui leur est offerte. Nous avons crois&#233; il y a quelques pages un oncologue italien 66 empathique et certifi&#233; par la facult&#233; qui a analys&#233; la s&#233;rie des portraits de Valentine. Il y distingue la succession des &#233;tapes in&#233;luctables d’une fin de vie : depuis la pleine sant&#233; de la femme joyeuse, jusqu’au lit de mort, ce sont la maladie, l’&#233;puisement (exhaustion), la douleur, l’agonie. Notre confr&#232;re &#233;voque non pas le processus de la maladie, mais, plus existentielle, la progression de la mort.Ferdinand au chevet, Hodler au chevalet ?&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; La rencontre avec le fatigu&#233; doit surmonter un obstacle majeur : si nous consid&#233;rons avec Merleau Ponty que mon monde est attir&#233; et comme aspir&#233; par autrui, quel risque prend-on d'&#234;tre englouti dans la fatigue d'autrui, non pas contamin&#233; mais effectivement an&#233;anti &#224; son contact ! Ferdinand Hodler aurait donc relev&#233; ce d&#233;fi, et tel un h&#233;ros antique saisi par l’hubris, tel Ascl&#233;pios fils d’Apollon foudroy&#233; par Zeus pour avoir ressuscit&#233; des cadavres, il se serait jet&#233; dans une entreprise sacril&#232;ge, vou&#233;e &#224; l’&#233;chec et in&#233;luctablement sanctionn&#233;e.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Il semble qu’il faille renoncer &#224; cette belle histoire. Certes presque chaque jour l’artiste rendit visite &#224; Valentine et en fit une toile ou un croquis. Mais l’autoportrait qu’il r&#233;alisa en 1913, alors qu’il venait d’apprendre la maladie de sa compagne, avait une destination bien pr&#233;cise : l’on a cru &#224; la stupeur et l’incr&#233;dulit&#233; ; il faut d&#233;sormais y reconna&#238;tre le regard d’un quinquag&#233;naire s&#233;ducteur, pour ainsi dire &#233;grillard, qui adressa son propre portrait enjoliv&#233; de trois roses &#224; une jeune femme qu’il courtisait alors, Gertrud M&#252;ller. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Alors lib&#233;r&#233; de la fable, et nanti d’une confidence du peintre qui nous instruit de sa familiarit&#233; avec la mort (&amp;quot;Dans ma famille, on mourait tout le temps. J'ai fini par avoir l'impression qu'il y avait toujours un mort dans la maison et qu'il devait en &#234;tre ainsi&amp;quot;67) nous pouvons retourner dans la chambre de Valentine. Et nous appliquer &#224; d&#233;crire au plus pr&#232;s l’atmosph&#232;re de ce lieu. Valentine est allong&#233;e, probablement lui est-il impossible de se lever en raison de sa lassitude et des douleurs pelviennes. Se mouvoir dans l’espace du lit, ne serait-ce que se tourner, devait &#234;tre un supplice. Sur les premiers des dix-huit tableaux consacr&#233;s &#224; sa ma&#238;tresse malade, Hodler l'installe demi-assise, la nuque relev&#233;e sur un traversin. D&#233;but janvier, la t&#234;te est fl&#233;chie sur le c&#244;t&#233;, et bient&#244;t enfouie dans les oreillers. Les l&#232;vres entre-ouvertes signalent les difficult&#233;s respiratoires, hal&#232;tement, suffocation, autant que les g&#233;missements de douleur, les soupirs d’&#233;puisement et de lassitude, les appels &#224; l’aide pour redresser un coussin, boire prudemment.... Les paupi&#232;res entre ouvertes, le regard plafonnant, cr&#233;pusculaire, les orbites creus&#233;es disent la cachexie, la d&#233;shydratation. La p&#226;leur, puis le teint gris&#226;tre signent les alt&#233;rations tissulaires irr&#233;versibles.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Nous ignorons les dimensions de la pi&#232;ce o&#249; &#233;tait install&#233;e Valentine qui demeurait &#224; Vevey, au bord du lac L&#233;man, dont l’air est r&#233;put&#233; pour sa qualit&#233;, sa fra&#238;cheur, sa puret&#233;. Mais nous sommes au mois de janvier, les fen&#234;tres sont closes. Les m&#233;decins et en particulier les anatomistes, dont nous f&#251;mes, ont une exp&#233;rience particuli&#232;re de l’atmosph&#232;re qui entoure un mourant ou un cadavre. La respiration suspendue ; la disparition irr&#233;elle de tout mouvement si bien que l’on croit voir le drap se soulever. Et les odeurs de la maladie et de la mort. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Nous voici presque en mesure d’observer Hodler, interposant son portillon de D&#252;rer68 entre Valentine et lui-m&#234;me, agen&#231;ant pinceaux, tubes de peinture, chiffons imbib&#233;s d’essence de t&#233;r&#233;benthine, dont les effluves installent une ambiance olfactive masquant les miasmes de la chambre. Toutes distances prises, il s’affaire &#224; figer sur la toile non pas Valentine incarn&#233;e, souffrante et &#233;puis&#233;e, mais les &#233;tapes du d&#233;litement d’un corps-objet d&#233;vor&#233; de l’int&#233;rieur. L’un des portraits de Valentine, dat&#233; de 1912, alors qu’elle &#233;tait encore en pleine sant&#233;, ressemble de mani&#232;re &#233;tonnante &#224; un portrait du Fayoum dont la signification est d&#233;sormais bien &#233;tablie : entre le premier et le quatri&#232;me si&#232;cle, ces portraits grandeur nature ex&#233;cut&#233;s sous influence romaine furent r&#233;alis&#233;s dans la province du Fayoum en &#201;gypte, dans l’intention de les placer, en regard des visages des cadavres entour&#233;s de bandelettes. En un sens ce portrait aurait pu remplir une fonction analogue dans l’imaginaire de son amant, occup&#233; &#224; faire coexister une image intemporelle de la beaut&#233; de Valentine et la description fr&#233;n&#233;tique jour apr&#232;s jour de sa d&#233;ch&#233;ance.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &#192; nous lire Ferdinand Hodler nous apparaitrait dor&#233;navant comme un individu &#233;gocentrique, dont l’app&#233;tit de s&#233;duction l’emporterait sur toute consid&#233;ration biens&#233;ante. Ce qui serait tr&#232;s plausible, mais la question que nous traitons n’est pas celle-ci. Nous sommes ici plus int&#233;ress&#233;s par la mani&#232;re dont il proc&#232;de pour ne pas &#234;tre gagn&#233; par la fatigue ; par son hyperactivit&#233; alors qu’il n’est pas press&#233; par le temps, oppos&#233;e &#224; l’alentissement de celle pour qui les heures sont compt&#233;es ; par l’attachement aux d&#233;tails de la d&#233;composition oppos&#233; au d&#233;tachement du corps propre de Valentine ; en bref aux artifices auxquels il recourt pour affronter la progression de la mort, m&#234;lant le souci et la d&#233;robade avec une bravoure apparente. Hodler saisit toutes les occasions permettant de raccrocher l’une &#224; l’autre les temporalit&#233;s antagonistes qui inexorablement &#233;loignent les mourants des survivants.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Ferdinand Hodler agissait beaucoup mais parlait peu. L’une des rares r&#233;flexions qu’il laissa en h&#233;ritage fut : &#171; accepter la mort, en pleine conscience, et avec toute sa volont&#233;, - peut donner naissance &#224; de grandes oeuvres d’art &#187;.69 Sans doute lui &#233;tait-il difficile, voire impossible, d’acc&#233;der autrement que par sa peinture inlassable &#224; ce que le po&#232;te Rainer Maria Rilke exprima si bien :Il nous faut accepter notre existence aussi loin qu'elle peut aller; tout et m&#234;me l'inou&#239; doit y &#234;tre possible. C'est au fond le seul courage qu'on exige de nous; &#234;tre courageux face &#224; ce que nous pouvons rencontrer de plus insolite, de plus merveilleux, de plus inexplicable.&amp;amp;#8232;&amp;amp;#8232;Que les hommes aient, en ce sens l&#224;, &#233;t&#233; l&#226;ches a inflig&#233; un dommage irr&#233;parable &#224; la vie. La Mort, le Monde des Esprits, toutes ces choses qui nous sont si proches ont &#233;t&#233; &#224; ce point en butte &#224; une r&#233;sistance quotidienne qui les a expuls&#233;s de la vie que les sens qui nous eussent permis de les appr&#233;hender se sont atrophi&#233;s. Or la peur de l'inexplicable n'a pas appauvri seulement l'existence de l'individu, elle a &#233;galement restreint les relations entre les hommes. Ce n'est pas, en effet, la paresse seule qui est responsable du fait que les rapports humains se r&#233;p&#232;tent sans innovation, c'est plut&#244;t la crainte d'une quelconque exp&#233;rience in&#233;dite et impr&#233;visible qu'on s'imagine ne pas &#234;tre de taille &#224; &#233;prouver. Seul celui qui est pr&#234;t &#224; tout, celui qui n'exclut rien, pas m&#234;me ce qui est le plus &#233;nigmatique, vivra la&amp;amp;nbsp; relation &#224; l'autre comme si elle &#233;tait quelque chose de vivant, et y jettera m&#234;me toute son existence70.&amp;amp;nbsp; Berne, le 31.XII.2012, Canton, le 1.I.2013  					 				 			 		 	 </description>
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     <title>Le divan &#233;jectable - par Benoit Kullmann le 27/11/2015 : 10:38</title>
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     <description>Celle qui emprunta pour devise : le sympt&#244;me est la solutionLydia Procusto, fondatrice de l'interpr&#233;tation rapide, laquelle est &#224; la psychanalyse ce que le fast-food est &#224; la restauration. Ce jour : comment j'ai invent&#233; le divan &#233;jectableNdW : d&#233;posez votre r&#234;ve dans la bo&#238;te aux lettres ci-dessous, Lydia Procusto , vous en livrera les secrets dans les meilleurs d&#233;lais, cl&#233; des songes en main.</description>
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     <title>Un oeil au beurre noir te Kirkegaard - par Benoit Kullmann le 27/11/2015 : 08:34</title>
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     <description>  	 		 		 	 	 		 			 				 					 						De notre nouveau correspondant itin&#233;rant, abonn&#233; de la ligne Berne - Canton : Kurt Pe&#239; ; celui qui prit comme devise : plus mon style sera ampoul&#233;,&amp;amp;nbsp; mieux mes propos seront &#233;clair&#233;s. Le rayon des invendusNdW : du temps qu'il &#233;tait coursier chez un libraire, il y a plus d'un demi si&#232;cle, le Webmestre, sillonnant &#224; v&#233;lo les cinqui&#232;me et sixi&#232;me arrondissements, calculait le trajet optimal permettant de r&#233;unir &#233;conomiquement les maisons d'&#233;dition. Dans sa sacoche pesaient tristement les invendus, qu'il avait la charge de retourner. La collision de la lugubre p&#233;riode des retours, avec un texte plus r&#233;cent, dont le commanditaire a oubli&#233; qu'il en avait valid&#233; la livraison, a raviv&#233; le chagrin des promesses d&#233;convenues, et la piti&#233; inspir&#233;e par les r&#233;cus&#233;s. D&#233;sormais les &#233;tag&#232;res de Neuroland-Art seront offertes aux textes oubli&#233;s, aux manuscrits d&#233;sol&#233;s, jusqu'aux essais manqu&#233;s dont Pavu Paprika aura &#233;t&#233; le t&#233;moin navr&#233;.&amp;amp;nbsp; aujourd'hui : Un oeil au beurre noir te Kirkegaard.  					 				 				 					 						&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Attendrait-on qu'un neurologue enracine la se&amp;amp;#769;duction dans la substance neuronale, avec le me&amp;amp;#770;me entrain qu’un endocrinologue - un exemple de&amp;amp;#769;robe&amp;amp;#769; au hasard - la riverait a&amp;amp;#768; l’hypothalamus ? Si je posse&amp;amp;#768;de en effet quelques rudiments de cette logique, je les garderai par-devers moi, n'e&amp;amp;#769;tant pas dote&amp;amp;#769; d'assez de cruaute&amp;amp;#769; pour infliger a&amp;amp;#768; mon prochain la brutalite&amp;amp;#769; des assauts sans nombre qui se passent de pre&amp;amp;#769;liminaire, et re&amp;amp;#769;duisent la se&amp;amp;#769;duction a&amp;amp;#768; un mode retors de reproduction, alors que le proce&amp;amp;#769;de&amp;amp;#769; pourrait e&amp;amp;#770;tre tellement simple. Mais force est de reconnai&amp;amp;#770;tre qu’un tout-puissant ale&amp;amp;#769;atoire a ge&amp;amp;#769;ne&amp;amp;#769;re&amp;amp;#769; une ne&amp;amp;#769;cessite&amp;amp;#769; aveugle se&amp;amp;#769;lectionnant quantite&amp;amp;#769; de stratage&amp;amp;#768;mes, pie&amp;amp;#768;ges et chausses-trappes dont la complexite&amp;amp;#769; contribue a&amp;amp;#768; un renouvellement de l’espe&amp;amp;#768;ce suffisamment approximatif pour laisser place a&amp;amp;#768; l’erreur. Ce que je puis re&amp;amp;#769;ve&amp;amp;#769;ler sans risquer d’endommager l’illusion fragile que la se&amp;amp;#769;duction vaut la peine que l’on se donne, suppose la rupture de secrets que l’on m’a pourtant confie&amp;amp;#769; comme au locataire d’un tombeau. Cette confidence emprunte la forme d’une construction gigogne assez vaste pour accueillir un peu de la diversite&amp;amp;#769; du vivant, dont celle de l’humain, en remarquant que se&amp;amp;#769;duire est pour certains l’affaire d’un instant, pour d’autres une entreprise laborieuse a&amp;amp;#768; l’e&amp;amp;#769;che&amp;amp;#769;ance incertaine, et pour tous une conduite dont le sens profond n’apparai&amp;amp;#770;t que rarement et toujours trop tard.  						La r&#233;p&#233;tition  						&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sous un auvent de branches feuillues il entasse des fleurs rouges qu'il coupe d'un coup sec a&amp;amp;#768; l’aide de son bec semblable a&amp;amp;#768; celui de l’un des pinsons que Darwin scruta aux i&amp;amp;#770;les Galapagos. A&amp;amp;#768; co&amp;amp;#770;te&amp;amp;#769; des fleurs, il a de&amp;amp;#769;ja&amp;amp;#768; dispose&amp;amp;#769; des amas de baies bleues, de champignons oranges, des brindilles moisies d’un teint violace&amp;amp;#769;, empile&amp;amp;#769; des coquilles grises de limac&amp;amp;#807;ons, des bouchons rouges de bouteilles en matie&amp;amp;#768;re plastique, les plumes e&amp;amp;#769;chappe&amp;amp;#769;es du croupion d’un cousin volatile. Si le trombone vert perdu entre deux agre&amp;amp;#769;gats nous semble insolite, il est gratifie&amp;amp;#769; de quelques mouvements de bec dans l’hypothe&amp;amp;#768;se qu’un semblable l’avoisine, et deux trombones verts ce serait de&amp;amp;#769;ja&amp;amp;#768; une amorce de tas. Il ne sera pas simple de naturaliser le concept de me&amp;amp;#770;me dans la cervelle minuscule de ce collectionneur compulsif illustrant parfaitement la notion anglaise de punding, un comportement de re&amp;amp;#769;pe&amp;amp;#769;tition, se manifestant parfois par une accumulation irre&amp;amp;#769;pressible d’objets, qui affecte certains patients parkinsoniens.  						&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; L’oiseau-jardinier de Nouvelle-Guine&amp;amp;#769;e1 (Amblyornis inornatus) travaille seul, parfois pendant trois ans ; ignorant qu'autour de lui, dans un pe&amp;amp;#769;rime&amp;amp;#768;tre d'un hectare environ, une douzaine de ses conge&amp;amp;#769;ne&amp;amp;#768;res ont chacun de leur co&amp;amp;#770;te&amp;amp;#769; construit une hutte semblable, chacune de&amp;amp;#769;core&amp;amp;#769;e d’une manie&amp;amp;#768;re originale. Une femelle vient le visiter. Elle sautille d'un amoncellement a&amp;amp;#768; l'autre. Pour une raison qui n'est pour l'instant pas mesurable, tandis que le ma&amp;amp;#770;le auteur de ce traquenard colore&amp;amp;#769; effectue une danse ridicule et tente quelques vocalises te&amp;amp;#769;moignant de son excitation, elle s'envole, poursuit sa tourne&amp;amp;#769;e de gite en gite jusqu'a&amp;amp;#768; ce qu'un signal phe&amp;amp;#769;romonal plus saillant que la dizaine d’e&amp;amp;#769;manations qui coexistent a&amp;amp;#768; ce moment-la&amp;amp;#768; dans ce territoire-ci, la retienne le temps d’un accouplement. Trois ans d’effort pour un contact de quelques secondes dont nous ignorons s’il est source de plaisir. Et beaucoup resteront seuls devant leur habitat comme un agent immobilier en temps de crise. Nous pouvons seulement infe&amp;amp;#769;rer qu’une tension majeure maintient la continuite&amp;amp;#769; de l’entreprise de l’oiseau-jardinier, alors qu’il n’a probablement pas la  moindre ide&amp;amp;#769;e de qui viendra visiter son oeuvre. Magritte, dont la seule  pre&amp;amp;#769;tention e&amp;amp;#769;tait que ses productions retinssent l’attention d’un  visiteur de galerie, re&amp;amp;#769;cusant toute velle&amp;amp;#769;ite&amp;amp;#769; d’interpre&amp;amp;#769;tation,  disposait ses pie&amp;amp;#768;ges sur des murs, ajoutant a&amp;amp;#768; l’attraction d’images  d’objets dont la coexistence insolite feraient apparai&amp;amp;#770;tre  l’e&amp;amp;#769;trangete&amp;amp;#769;, le vertige d’une signification souterraine.  				 				 			 						&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Le Vogelkop bowerbird - c’est ainsi que l’on doit nommer ces oiseaux-la&amp;amp;#768; lorsque l’on pre&amp;amp;#769;tend les connai&amp;amp;#770;tre un peu2 - n’est pas e&amp;amp;#769;quipe&amp;amp;#769; pour plaire. D’une couleur bruna&amp;amp;#770;tre ou oliva&amp;amp;#770;tre, il est de&amp;amp;#769;pourvu de tout plumage ornemental. On laissera la responsabilite&amp;amp;#769; d’une interpre&amp;amp;#769;tation directement inspire&amp;amp;#769;e par la Providence, aux lecteurs presse&amp;amp;#769;s de penser que les installations colore&amp;amp;#769;es de son logis compenseraient la banalite&amp;amp;#769; de son apparence. 1 1) Borgia, G. 1986. Sexual selection in bowerbirds. Scientific American 254: 92-101. 2) Borgia, G. 1985. Bower quality, number of decorations and mating success of male satin bowerbirds (Ptilonorhynchus violaceus) : an experimental analysis. Animal Behavior 33: 266-271. 3) Borgia, G &amp;amp;amp; Albert, J. C. U. 2000. Sexual selection drives rapid divergence in bowerbird display traits. Evolution 54: 273-278. 4) “Life – the Vogelkop Bowerbird: nature’s great seducer – BBC one,” by BBC. Youtube, 5 November 2009 2 il est de bon ton de pr&#233;ciser qu’ils habitent la pe&amp;amp;#769;ninsule de Doberai, e&amp;amp;#769;galement connue sous le nom de Vogelkop, ce qui signifie te&amp;amp;#770;te d'oiseau en ne&amp;amp;#769;erlandais.  						 								&#201;tapes sur le chemin de la vie 						&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Qatu le de&amp;amp;#769;nicheur a re&amp;amp;#769;ussi a&amp;amp;#768; capturer un Paradisier de Raggi dans les montagnes Arfak. Un repre&amp;amp;#769;sentant de l'une des trois cents soixante-quatre espe&amp;amp;#768;ces d'oiseaux que le naturaliste Ernst Mayr a  caracte&amp;amp;#769;rise&amp;amp;#769;es, entre 1928 et 1930, et dont l’e&amp;amp;#769;tude lui a permis  d’acce&amp;amp;#769;der a&amp;amp;#768; la notion de spe&amp;amp;#769;ciation. Notion dont se passent assez  bien les papous, qui distinguent sans rien connai&amp;amp;#770;tre de la taxinomie  ornithologique trois cent soixante-trois varie&amp;amp;#769;te&amp;amp;#769;s3. Qatu a pre&amp;amp;#769;leve&amp;amp;#769; trois plumes, les plus longues, aux couleurs les plus vives ; il en a complique&amp;amp;#769; le couvre-chef  qui lui permettra de parai&amp;amp;#770;tre au congre&amp;amp;#768;s de sa tribu. Il faut  pre&amp;amp;#769;ciser : de parai&amp;amp;#770;tre semblable aux autres, qui participent a&amp;amp;#768; la  ce&amp;amp;#769;re&amp;amp;#769;monie. D’un clan a&amp;amp;#768; l’autre, les parures nuptiales varient : ici  les plumes colore&amp;amp;#769;es couronnent la te&amp;amp;#770;te, associe&amp;amp;#769;es aux peintures  rituelles du visage ; la&amp;amp;#768; des colliers de dents de cochon recourbe&amp;amp;#769;es,  ou de dents de chien dont le nombre indique combien on en a mange&amp;amp;#769; ;  ailleurs de petits coquillages blancs, les cauris, servant aussi de  monnaie, enfile&amp;amp;#769;s comme des perles, ou de larges pendentifs de nacre ;  plus loin des os d'ailes de chauve-souris, ou des mandibules d'insectes  traversant la cloison nasale. Au cours des danses rituelles, hommes et  femmes seront re&amp;amp;#769;unis, selon des re&amp;amp;#768;gles de combinaison clanique  pre&amp;amp;#769;cises, telles qu’aucune me&amp;amp;#769;salliance ne survienne. Cela a-t-il un  sens de souhaiter que la femme a&amp;amp;#768; laquelle Qatu sera lie&amp;amp;#769; ne soit pas  convoite&amp;amp;#769;e par un autre, ni que la femme qu'il convoite ne soit  attribue&amp;amp;#769;e a&amp;amp;#768; un autre ? Combien de ces papous, hommes et femmes,  demeurent-ils seuls a&amp;amp;#768; l’issue de la ce&amp;amp;#769;re&amp;amp;#769;monie ? Aucun ethnographe ne  le mentionne, tous les re&amp;amp;#769;cits se bornent a&amp;amp;#768; de&amp;amp;#769;crire le rituel du  mariage collectif. Si l’on suit l’anthropologue Cordrington4, les moeurs sont assez libres en Papouasie, au point que l’on y tole&amp;amp;#768;re sans pourtant l'approuver officiellement le commerce intime entre les jeunes gens des deux sexes, dans les limites ou&amp;amp;#768; le mariage est permis : hors de la&amp;amp;#768;, il y a une faute grave, il y a inceste. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; En Papouasie, une femme ne doit pas e&amp;amp;#770;tre du me&amp;amp;#770;me co&amp;amp;#770;te&amp;amp;#769; de la maison que son mari. Elle doit e&amp;amp;#770;tre a&amp;amp;#768; la porte. Ces phrases e&amp;amp;#769;crites sans guillemets nous paraissent e&amp;amp;#769;tranges. Qatu, une fois marie&amp;amp;#769;, amena a&amp;amp;#768; sa femme deux petits fre&amp;amp;#768;res jumeaux, enfants de sa sœur. La femme de Qatu demanda alors a&amp;amp;#768; son mari : Sont-ce mes enfants ou mes maris ? A quoi Qatu re&amp;amp;#769;pondit aussito&amp;amp;#770;t : ce sont su&amp;amp;#770;rement vos maris, puisque ce sont les enfants de ma sœur.  						&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; J’espe&amp;amp;#768;re avoir re&amp;amp;#769;ussi a retenir votre attention : non que cette re&amp;amp;#769;plique soit surre&amp;amp;#769;aliste, elle est d’une logique implacable dans la The&amp;amp;#769;orie de l’esprit des papous. Ce qui signifie : Entre vous et ces petits garc&amp;amp;#807;ons, il n'y a aucune consanguinite&amp;amp;#769; ute&amp;amp;#769;rine ; ils appartiennent donc a&amp;amp;#768; un groupe dans lequel vous aviez le droit de prendre un mari. En vertu de ce syste&amp;amp;#768;me de parente&amp;amp;#769;, toutes les femmes - au moins celles de sa ge&amp;amp;#769;ne&amp;amp;#769;ration - sont, pour un Papou, ou des sœurs ou des femmes &#187; ; et re&amp;amp;#769;ciproquement, pour une Papoue, tous les hommes sont ou des me&amp;amp;#768;res ou des maris. J’ai  entendu parler de quelqu’un que l’on l’appelait l’homme aux sept femmes  : il e&amp;amp;#769;tait convaincu qu’il posse&amp;amp;#769;dait une sorte de droit de commerce  intime avec toutes les femmes non marie&amp;amp;#769;es ; c’est-a&amp;amp;#768;-dire,  qui auraient pu e&amp;amp;#770;tre ses femmes. D’autres, des acteurs ou des peintres  par exemple, sont convaincus qu’ils peuvent jouir du me&amp;amp;#770;me commerce  intime avec toutes les femmes qu’elles soient marie&amp;amp;#769;es ou non a&amp;amp;#768; la  condition qu’elles ne soient pas leurs soeurs, en vertu du principe de  potentialite&amp;amp;#769;. On comprend mieux le comportement de son prochain lorsque  l’on connai&amp;amp;#770;t les lointaines structures e&amp;amp;#769;le&amp;amp;#769;mentaires de la parente&amp;amp;#769;.  						 						3 actuellement on distingue 851 espe&amp;amp;#768;ces re&amp;amp;#769;sidentes ou de passage 4 Codrington. Me&amp;amp;#769;lanesians, (Anthropology) ; toutes les citations en italiques sont extraites de son ouvrage  					 				 				 			 		 		 			 				 					 						 						Crainte et tremblement&amp;amp;nbsp;  						&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Les neveux de Qatu furent adopte&amp;amp;#769;s par un couple d’australiens presbyte&amp;amp;#769;riens qui les acculture&amp;amp;#768;rent activement en commenc&amp;amp;#807;ant par les rebaptiser Hezron et Hamul. Tous deux entreprirent des e&amp;amp;#769;tudes de me&amp;amp;#769;decine. Le patron d’Hezron a&amp;amp;#768; l’universite&amp;amp;#769; de Perth lui raconta plusieurs fois, non qu’il ignora l’avoir de&amp;amp;#769;ja&amp;amp;#768; narre&amp;amp;#769;e, mais il e&amp;amp;#769;tait tre&amp;amp;#768;s satisfait de sa fac&amp;amp;#807;on de la dire, l'histoire de Banting, le de&amp;amp;#769;couvreur de l'Insuline : tout au moins sa version de l’histoire, car jamais Hezron ne put ve&amp;amp;#769;rifier l’authenticite&amp;amp;#769; des faits. Amoureux de la fille du directeur de son universite&amp;amp;#769;, Banting se serait fait e&amp;amp;#769;conduire par celui la&amp;amp;#768; me&amp;amp;#770;me dont il re&amp;amp;#770;vait d’e&amp;amp;#769;pouser la proge&amp;amp;#769;niture, au motif de sa plus que modeste extraction. Aiguillonne&amp;amp;#769; par le refus plus encore que par la passion, pris dans les rets d’une varie&amp;amp;#769;te&amp;amp;#769; atypique ce que Rene&amp;amp;#769; Girard appelle le de&amp;amp;#769;sir mime&amp;amp;#769;tique, et sans doute soutenu par un me&amp;amp;#769;lange subtilement dose&amp;amp;#769; de dopamine et de testoste&amp;amp;#769;rone baignant un re&amp;amp;#769;seau neuronal relativement fringant, Banting eu&amp;amp;#770;t raison des re&amp;amp;#769;sistances de la science avant de briser celles de son futur beau-pe&amp;amp;#768;re et re&amp;amp;#769;ussit la synthe&amp;amp;#768;se de l’insuline. Ayant rec&amp;amp;#807;u le prix Nobel, il e&amp;amp;#769;pousa la fille du recteur, mais sur ce genre de revanches sociales se construisent des relations conjugales pre&amp;amp;#769;caires, et la fille fait les frais de l’affront que le pe&amp;amp;#768;re vous infligea&amp;amp;#770;t. Un divorce conclut cette histoire moins de deux ans apre&amp;amp;#768;s le jour des noces. C'est entre vingt et trente ans, commenta le patron a&amp;amp;#768; l’intention d’Hezron - alors a&amp;amp;#770;ge&amp;amp;#769; de trente-et-un ans -, qu'ont lieu les plus grandes de&amp;amp;#769;couvertes scientifiques.  						&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Hezron se jeta a&amp;amp;#768; te&amp;amp;#770;te perdue dans la re&amp;amp;#769;daction de sa the&amp;amp;#768;se. Son travail portait sur les ence&amp;amp;#769;phalopathies spongiformes subaigu&amp;amp;#776;es, une manie&amp;amp;#768;re distingue&amp;amp;#769;e et globalisante d'e&amp;amp;#769;voquer des maladies de&amp;amp;#769;sormais comprises comme contagieuses alors que l’on pensait lorsque les premiers cas en furent rapporte&amp;amp;#769;s qu’elles e&amp;amp;#769;taient de&amp;amp;#769;ge&amp;amp;#769;ne&amp;amp;#769;ratives : les plus connues e&amp;amp;#769;taient la maladie de Creutzfeldt-Jakob, l’ence&amp;amp;#769;phalopathie du vison, laquelle anticipait la maladie de la vache folle avec une vingtaine d’anne&amp;amp;#769;es d’avance, et le Kuru, mot qui signifie trembler dans l’un du millier de dialectes de Papouasie. Il consacra un long chapitre au mode de transmission de ce dernier, lors du cannibalisme rituel que de&amp;amp;#769;crivirent les premiers de&amp;amp;#769;couvreurs des Fore, un peuple vivant a&amp;amp;#768; l'a&amp;amp;#770;ge de pierre dans les plateaux de Haute Guine&amp;amp;#769;e. Les Fore sont perdus au milieu d’autres tribus avec lesquels ils entretiennent des relations souvent hostiles mais qui ne sont pas affecte&amp;amp;#769;es par le Kuru. Ces anthropophages l'intriguaient au dela&amp;amp;#768; de leur pathologie pour une raison particulie&amp;amp;#768;re : les ethnologues qui adorent les explications tourmente&amp;amp;#769;es - et celle du Kuru en est un excellent exemple - ont eu beau chercher dans les moindres recoins de la culture Fore, ils n’ont trouve&amp;amp;#769; d’autre argument a&amp;amp;#768; cette inclination gastronomique que pre&amp;amp;#769;cise&amp;amp;#769;ment la raison du gou&amp;amp;#770;t. Aucune trace d’un rituel sophistique&amp;amp;#769;, d’une croyance a&amp;amp;#768; propos de l’acquisition de telle force ou de telle vertu par le truchement de l’ingestion d’autrui, pas d’utilitarisme - manger ses morts e&amp;amp;#769;tant un moyen comme un autre de se de&amp;amp;#769;barrasser des cadavres. Sauf si l’on ajoute la locution adverbiale : pour de bon. S’en de&amp;amp;#769;barrasser pour de bon : autrement dit, le seul motif justifiant de manger sa grand-me&amp;amp;#768;re est que sa chair est savoureuse. En outre, lorsqu’il y avait ple&amp;amp;#769;thore de de&amp;amp;#769;ce&amp;amp;#768;s par exemple, un clan pouvait faire cadeau - dans l’espe&amp;amp;#769;rance d’un retour sur investissement - d’un cadavre appe&amp;amp;#769;tissant a&amp;amp;#768; un clan allie&amp;amp;#769;. Or une rumeur se re&amp;amp;#769;pandit5 :  la chair des papous emporte&amp;amp;#769;s par le Kuru avait une saveur  particulie&amp;amp;#768;rement de&amp;amp;#769;licieuse. Je laisse l’imagination du lecteur  calculer la raison ge&amp;amp;#769;ome&amp;amp;#769;trique de la progression de la maladie de&amp;amp;#768;s  lors que la nouvelle se re&amp;amp;#769;pandit a&amp;amp;#768; la vitesse d’un cochon sauvage  pourchasse&amp;amp;#769;.  					 				 			 		 		 			 						&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Hezron consacra trois anne&amp;amp;#769;es a&amp;amp;#768; la re&amp;amp;#769;daction de ce travail. Lorsqu’il rec&amp;amp;#807;ut le prix de the&amp;amp;#768;se, une me&amp;amp;#769;daille dore&amp;amp;#769;e grave&amp;amp;#769;e a&amp;amp;#768; son nom, celle pour laquelle il avait conc&amp;amp;#807;u une de&amp;amp;#769;dicace enflamme&amp;amp;#769;e et projete&amp;amp;#769; de lui offrir sa re&amp;amp;#769;compense e&amp;amp;#769;tait depuis longtemps partie vivre avec son fre&amp;amp;#768;re jumeau. Celui-ci appartenant au groupe des maris possibles de celle-la, lui fit comprendre quelque chose de tre&amp;amp;#768;s banal au sujet de leur relation dans la mesure ou&amp;amp;#768; l’un prit pour objet de son de&amp;amp;#769;sir celui de l’autre. C’est donc a&amp;amp;#768; sa rancoeur qu’il fit violence puisque la fraternite&amp;amp;#769;, c’est sacre&amp;amp;#769;, m&#234;me &#224; titre posthume si l'on s'appelle Ca&#239;n ou Romulus. 5 Glasse Robert. Cannibalisme et Kuru chez les Fore de Nouvelle Guine&amp;amp;#769;e. In : L'Homme, 1968, tome 8 n&#176;3. pp. 22-36. 						Traite&amp;amp;#769; du de&amp;amp;#769;sespoir &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Une nuit de fe&amp;amp;#769;vrier a&amp;amp;#768; Copenhague, au sortir d’un symposium, Hamul - qui se faisait de&amp;amp;#769;sormais appeler Samuel - a&amp;amp;#768; la limite de la conge&amp;amp;#769;lation se trouva projete&amp;amp;#769; dans un taxi en compagnie de l'homme a&amp;amp;#768; la cervelle d'or, celui dont Alphonse Allais raconta l’histoire. Ainsi Samuel surnommait-il vingt anne&amp;amp;#769;es plus to&amp;amp;#770;t son mentor. Lequel ayant englouti une demie- bouteille d’aquavit thermoge&amp;amp;#768;ne avant de monter a&amp;amp;#768; la tribune, s’e&amp;amp;#769;tait effondre&amp;amp;#769; sur le pupitre mis a&amp;amp;#768; disposition du confe&amp;amp;#769;rencier, un cocard pe&amp;amp;#769;riorbitaire droit d’un noir de suie se de&amp;amp;#769;veloppant inexorablement tandis qu’il bredouillait sa communication. Son ancien e&amp;amp;#769;le&amp;amp;#768;ve feignit de ne pas le reconnai&amp;amp;#770;tre afin de ne pas froisser la vanite&amp;amp;#769; qui l'enveloppait d'un drape&amp;amp;#769; impeccable. Entre eux le portier avait pre&amp;amp;#769;cipite&amp;amp;#769; une jeune femme, dont le vieillard martelait le genou gauche avec un exemplaire e&amp;amp;#769;corne&amp;amp;#769; du journal d’un se&amp;amp;#769;ducteur tout en de&amp;amp;#769;versant a&amp;amp;#768; son intention un flot de paroles e&amp;amp;#769;brieuses. La jeune femme demeurait tre&amp;amp;#768;s polie sous l’outrage et sans trop tourner la te&amp;amp;#770;te imposait une tension constante a&amp;amp;#768; son regard, vers la gauche. Samuel - lequel e&amp;amp;#769;tait assis a&amp;amp;#768; sa droite - ne percevait que le blanc nacre&amp;amp;#769; de ses conjonctives.  						&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Samuel tentait d’e&amp;amp;#769;valuer la re&amp;amp;#769;sultante des forces en pre&amp;amp;#769;sence, en leur affectant une valence e&amp;amp;#769;motionnelle, si tant est que soit provisionne&amp;amp;#769;e de sens la comparaison d’un ring surchauffe&amp;amp;#769; et de l’inte&amp;amp;#769;rieur frigorifie&amp;amp;#769; d’un taxi danois bringuebalant sur une chausse&amp;amp;#769;e enneige&amp;amp;#769;e depuis le tre&amp;amp;#768;s excentre&amp;amp;#769; palais des congre&amp;amp;#768;s jusqu’au coeur de la ville. A&amp;amp;#768; gauche un pre&amp;amp;#769;dateur e&amp;amp;#769;me&amp;amp;#769;che&amp;amp;#769; rencontre&amp;amp;#769; a&amp;amp;#768; l’occasion d’une confe&amp;amp;#769;rence un quart de sie&amp;amp;#768;cle apre&amp;amp;#768;s une entrevue houleuse, a&amp;amp;#768; l’e&amp;amp;#769;vidence incapable de reconnai&amp;amp;#770;tre son e&amp;amp;#769;le&amp;amp;#768;ve. A&amp;amp;#768; droite un papou neurologue qui n’avait pas ouvert la bouche ni croise&amp;amp;#769; son regard depuis qu’on les avait enfourne&amp;amp;#769;s d’office dans l’automobile, et tendait l’oreille, e&amp;amp;#769;coutant ce de&amp;amp;#769;sormais vieillard qui avait e&amp;amp;#769;te&amp;amp;#769; autrefois son mai&amp;amp;#770;tre tenter de raconter le plus grand nombre possible de conque&amp;amp;#770;tes dans le minimum de temps et, ultime prouesse, dans la langue de Shakespeare en insistant sur la varie&amp;amp;#769;te&amp;amp;#769; des combinaisons posturales. Sa rhe&amp;amp;#769;torique postillonnante s’e&amp;amp;#769;chouait dans la cervelle de leur voisine mitoyenne, telle un banc de veaux marins fourbus et transis sur une gre&amp;amp;#768;ve de la mer Baltique. Il tentait de convaincre la jeune femme de l’influence de&amp;amp;#769;cisive de l’hypothalamus et de quelques mole&amp;amp;#769;cules - la lulibe&amp;amp;#769;rine, la leptine, l’ocytocine, la dopamine - sur son comportement amoureux, se pavanant comme l’un de ces volatiles se&amp;amp;#769;nescents, dont ne demeure que le cri horrible tandis que la perte de leurs plumes a de&amp;amp;#769;voile&amp;amp;#769; leurs pieds monstrueux. Samuel se rappelait les visites le matin dans le service. Le mandarin capturait d’un regard globuleux l’attention de l’un de ses subalternes et l’engageait dans une discussion qui n’avait aucun rapport avec ce dont on aurait du&amp;amp;#770; parler, la radiographie de madame X ou les re&amp;amp;#769;sultats de la ponction lombaire de monsieur Y. La  fascination qu’il exerc&amp;amp;#807;ait alors suscitait chez tous ceux qui  l’approchaient l’admiration, la plus de&amp;amp;#769;testable des passions selon  Rene&amp;amp;#769; Descartes.6  						 					 				 				 			 		 		 			 						&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Samuel remarqua qu’il ne cillait plus, les yeux e&amp;amp;#769;carquille&amp;amp;#769;s, le visage empourpre&amp;amp;#769;, la lippe humide et flappie. S’ils s’e&amp;amp;#769;taient retrouve&amp;amp;#769;s dans un ascenseur e&amp;amp;#769;troit abandonne&amp;amp;#769; a&amp;amp;#768; une chute sans fin, le pet-de-loup lui aurait tourne&amp;amp;#769; le dos, et de sa bedaine aurait e&amp;amp;#769;touffe&amp;amp;#769; son interlocutrice. La diffe&amp;amp;#769;rence d'a&amp;amp;#770;ge, une toute petite trentaine d'anne&amp;amp;#769;es, ne le pre&amp;amp;#769;occupait pas plus que cela. Au contraire, il devenait de plus en plus hardi dans ses propos, a&amp;amp;#768; la fois de&amp;amp;#769;cousus et de&amp;amp;#769;braille&amp;amp;#769;s, et intrusif dans ses questions. And concerning ocytocine, everything works well ? Sans pouvoir le ve&amp;amp;#769;rifier Samuel comprit que son voisin tenait de&amp;amp;#769;sormais le journal du se&amp;amp;#769;ducteur dans sa main gauche et avait pose&amp;amp;#769; sa main droite sur la cuisse de leur voisine. Une contraction tre&amp;amp;#769;mulante de son poing lui rappela la puissance de notre tendance a&amp;amp;#768; re&amp;amp;#769;tablir la syme&amp;amp;#769;trie formelle lorsqu’elle est contrarie&amp;amp;#769;e : l’he&amp;amp;#769;matome oculaire unilate&amp;amp;#769;ral droit appelait une rectification se&amp;amp;#769;nestre urgente. Il de&amp;amp;#769;tourna son regard vers la vitre constelle&amp;amp;#769;e de gouttelettes tremblotantes ; quel accident les avait-il embarque&amp;amp;#769;s dans cette course tarife&amp;amp;#769;e, son e&amp;amp;#769;pouse Tamar qu’il avait subtilise&amp;amp;#769;e a&amp;amp;#768; son fre&amp;amp;#768;re, lui-me&amp;amp;#770;me, et l’homme a&amp;amp;#768; la cervelle d’or gaspillant ses derniers feux ? ( chez les Papous de&amp;amp;#769;penser se dit gaspiller ). L’ide&amp;amp;#769;e perla, fragile comme l’un de ces milliards de flocons qui tournoyaient dans l’obscurite&amp;amp;#769; avant de se fondre dans la chausse&amp;amp;#769;e boueuse, que du point de vue de la stricte e&amp;amp;#769;conomie, se&amp;amp;#769;duire demandait une de&amp;amp;#769;pense d’e&amp;amp;#769;nergie conside&amp;amp;#769;rable pour obtenir en fin de compte tre&amp;amp;#768;s peu de chose, voire rien du tout. Pour l’instant on roulait a&amp;amp;#768; vive allure, et fuyant le vertige il ferma les yeux, attentif aux prodromes de l’angoisse qui d’un moment a&amp;amp;#768; l’autre allait l’e&amp;amp;#769;treindre, lorsqu’il lui faudrait prendre une de&amp;amp;#769;cision.  						&amp;amp;nbsp; Berne, le 31.XII.2012, Canton, le 1.I.2013  					 				 			 		 	 </description>
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     <title>la fatigue &#233;motionnelle - par Benoit Kullmann le 26/11/2015 : 09:19</title>
     <link>http://www.bkneuroland.fr/articles.php?lng=fr&amp;pg=19054</link>
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     <description>       31&#200;ME CONGR&#200;S FRANCO-MAGHR&#201;BIN DE PSYCHIATRIE  &amp;amp;nbsp;  21 au 23 novembre 2012 : Psychiatrie et Neurosciences  &amp;amp;nbsp;  Rencontre des neurologues et des psychiatres autour de la fatigue &amp;quot;&#233;motionnelle&amp;quot;  &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;  &#202;tre fatigu&#233;, c’est &#224; la fois &#233;prouver une incapacit&#233; et s’y abandonner     Henri Ey    L'apparition de l'existence comme d'une charge &#224; assumer, devient particuli&#232;rement poignante dans certaines situations que l'analyse philosophique laissait d'habitude &#224; la psychologie et auxquelles nous allons nous attacher : la fatigue et la paresse. &amp;amp;nbsp;  Emmanuel L&#233;vinas&amp;amp;nbsp; (1947) De l'existence &#224; l'existant&amp;amp;nbsp;  Monsieur le pr&#233;sident, mes chers confr&#232;res, permettez-moi de remercier les organisateurs de ce congr&#232;s pour leur invitation, leur accueil exceptionnellement chaleureux et la qualit&#233; des pr&#233;sentations d&#233;veloppant la th&#233;matique si subtilement choisie par le professeur Youcef Merjhi : la psychiatrie, c'est l'autre moiti&#233; de la m&#233;decine. Le technicien somaticien que je suis, en reprenant l'expression pleine d'humour du Professeur Dominique Pringuey, souhaiterait vous inviter &#224; suivre les m&#233;andres d'une r&#233;flexion autour d'une nouvelle pr&#233;tendante au statut d'entit&#233; nosologique, la fatigue &#233;motionnelle. La tentative de r&#233;ponse que je vous propose n'aurait pu &#234;tre &#233;labor&#233;e sans la fr&#233;quentation r&#233;guli&#232;re d'une part de patients atteints d'une maladie dans laquelle la fatigue occupe une place particuli&#232;re, d'autre part de mes amis psychiatres.Nous utilisons &#224; longueur de temps les notions de fatigue et d'&#233;motion. Or comme le rappelait volontiers Gaston Bachelard &#224; propos des concepts, &#224; force d'&#234;tre utilis&#233;s, ces outils intellectuels s'usent, si bien qu'au bout du compte, nous naviguons dans un brouillard certain, nos paroles deviennent fumeuses. C'est parce que je n'y distinguais plus rien de consistant que je me suis int&#233;ress&#233; &#224; la fatigue.     La fatigue conserve encore de sa connotation m&#233;di&#233;vale d'ac&#233;die, de pigritia, formes de la paresse, l'un des sept p&#233;ch&#233;s capitaux[1]. Dans la perspective m&#233;dicale, elle est une exp&#233;rience v&#233;cue partag&#233;e par tous, qu'elle soit physiologique lorsqu'elle est corrig&#233;e par le repos, ou pathologique lorsque ce dernier n'y peut rien : on la nomme alors asth&#233;nie[2]. Pendant longtemps, celle-ci fut un &#233;tat interm&#233;diaire de vuln&#233;rabilit&#233; entre l'&#233;tat de sant&#233; et l'&#233;tat de maladie, avec et apr&#232;s Hippocrate ; elle devint brutalement la condition m&#234;me de toute maladie, chez Browne, au dix-huiti&#232;me si&#232;cle ; participa un si&#232;cle plus tard &#224; la d&#233;nomination de deux affections de l’esprit fort diff&#233;rentes, la neurasth&#233;nie et la psychasth&#233;nie ; enfin fut r&#233;trograd&#233;e au statut de compagne de la maladie, &#224; d&#233;faut d'en &#234;tre une par soi-m&#234;me. La distinction augustinienne, subordonn&#233;e &#224; la dichotomie soma psych&#233;, le corps d'un c&#244;t&#233; et l'intellect de l'autre, entre fatigue physique et fatigue psychique, perdura jusqu'&#224; peu. Dans la rubrique fatigue physique, le neurologue placera l'asth&#233;nie de l'h&#233;mipl&#233;gique, la myasth&#233;nie, la maladie de Charcot dans sa forme motrice pure... ; dans la rubrique fatigue physique, je citerai la d&#233;g&#233;n&#233;rescence cortico-basale, &#224; la fois syndrome et maladie[3], la maladie de Parkinson, et je vous emprunterai, chers coll&#232;gues psychiatres, la psychasth&#233;nie de Pierre Janet et la d&#233;pression &#233;prouv&#233;e par tant de nos patients afflig&#233;s de maladies neurologiques chroniques. Existe-t-il, dans ma discipline, des conditions dans lesquelles la fatigue serait un sympt&#244;me se manifestant selon les deux modes, physique et psychique ? J'en connais au moins une, dont je vais maintenant vous parler.    Neurologues, nous rencontrons des patients affect&#233;s par une maladie fr&#233;quente et redout&#233;e, la scl&#233;rose en plaques (SEP) ; soixante mille cas en France pour soixante millions d'habitants, dix mille en Alg&#233;rie qui en compte trente-huit millions. La pr&#233;valence diff&#232;re du Nord au Sud, mais quoiqu'il en soit, cette pathologie demeure un fardeau pour qui en est atteint comme pour le syst&#232;me de soin qui le prend en charge. La fatigue pathologique, soit l'asth&#233;nie, est un sympt&#244;me occupant une place capitale et originale dans cette maladie. Soixante-dix pour cent des patients la ressentent soit en permanence, soit &#224; l'occasion des pouss&#233;es ; elle est consid&#233;r&#233;e comme le facteur de handicap majeur par quarante pour cent de ces patients. Elle se manifeste le plus souvent sur le plan physique et psychique, mais parfois seulement selon l'un de ces deux modes : nous connaissons tous des patients paradoxaux qui en fauteuil roulant d&#233;bordent d'&#233;nergie et &#233;puisent leur entourage, et d'autres dont le handicap est mineur mais qui sont ext&#233;nu&#233;s du matin au soir[4]. Cependant la fatigue par elle-m&#234;me ne saurait caract&#233;riser seule une pouss&#233;e - pour l'instant[5].     Une fa&#231;on d'approcher la fatigue est d'&#233;tudier sa relation aux autres sympt&#244;mes rencontr&#233;s dans la SEP. La corr&#233;lation la plus marqu&#233;e est observ&#233;e avec la d&#233;pression[6]. Des liens ont &#233;t&#233; &#233;tablis, plus selon le principe de la comorbidit&#233; que celui de la causalit&#233;,&amp;amp;nbsp; entre la fatigue, la d&#233;pression, et les troubles cognitifs tels que les d&#233;faillances de l'attention, de la m&#233;moire, du langage, des fonctions ex&#233;cutives...[7] &#192; ce propos, je souhaiterais vous rappeler une histoire en trois temps, celle de la d&#233;pression et de la SEP. En 1926, Cottrell et Wilson inventent une notion que j’apprendrai consciencieusement quarante ann&#233;es plus tard, sous la forme de la &amp;quot;triade de Wilson&amp;quot; latinis&#233;e en : euphoria, eutonia, spes scleroticae. Wilson s’&#233;tait &#233;tonn&#233; que nombre de ses patients atteints de scl&#233;rose sous-estimassent leurs troubles au point de faire des projets totalement hors de proportion avec leurs v&#233;ritables potentialit&#233;s. G&#233;n&#233;ralisant cette observation il d&#233;gageait une sorte de trait psychologique commun aux patients SEP, fait d'anosognosie et d'espoir un peu niais, construction renforc&#233;e par la fr&#233;quence du rire et du pleurer spasmodique[8]. La spes sclerotica de mes Ma&#238;tres, je l’avais adopt&#233;e, jusqu’&#224; ce qu’en 1980 un article retentissant parut sign&#233; par Whitlock et Siskind[9], instaurant la d&#233;pression comme dimension majeure de la SEP. Trente ann&#233;es pass&#232;rent &#224; entretenir cette nouvelle conviction, jusqu'&#224; ce qu’en 2009 mes coll&#232;gues hospitaliers ni&#231;ois, Christine Lebrun et Michael Cohen, r&#233;&#233;valuent la fr&#233;quence de la d&#233;pression chez les patients SEP &#224; deux fois celle de la population g&#233;n&#233;rale[10]. Les particularit&#233;s de la pr&#233;sentation de la d&#233;pression de la SEP sur lesquelles insistent le plus r&#233;guli&#232;rement les auteurs explorant ce sujet sont l’&#233;moussement &#233;motionnel, l’anh&#233;donie et dans les formes &#233;volu&#233;es la labilit&#233; &#233;motionnelle [11]. On a propos&#233; un d&#233;pistage de la d&#233;pression chez les patients SEP r&#233;duit &#224; deux questions : avez-vous moins d’int&#233;r&#234;t, &#233;prouvez vous moins de plaisir[12]? &#192; ma connaissance, l’anh&#233;donie, mesur&#233;e par le questionnaire de Chapman par exemple, n’a cependant pas &#233;t&#233; corr&#233;l&#233;e sp&#233;cifiquement au sympt&#244;me fatigue dans la SEP.    D&#232;s lors qu'on la cernait mieux dans ses relations avec les autres sympt&#244;mes et dans ses modalit&#233;s, et &#224; la faveur &#224; la fois des progr&#232;s remarquables de l'imagerie fonctionnelle du syst&#232;me nerveux central, et du bouleversement conceptuel op&#233;r&#233; &#224; la fin des ann&#233;es quatre-vingt-dix par nos coll&#232;gues anatomistes londoniens, la fatigue apparut enfin comme un objet &#224; port&#233;e de mesure. Cette op&#233;ration s'est d&#233;roul&#233;e selon deux axes : d'une part, celui de la psychom&#233;trie, d'autre part, celui de la neuro-anatomie fonctionnelle.     Il existe de nombreuses &#233;chelles de fatigue, mais nous utilisons comme bien d'autres la Fatigue Impact Scale (FIS) mise au point par Fisk et al. en 1994, dans sa version longue canadienne dont les quarante items explorent quatre dimensions : cognitive, physique, r&#244;le social, relation sociale. Cette &#233;chelle a &#233;t&#233; &#233;labor&#233;e par des sp&#233;cialistes de la cognition sociale : rappelons que celle-ci, dans le prolongement de la th&#233;orie de l'esprit, &#233;tudie les processus permettant la production de jugements et la prise de d&#233;cision &#224; partir des informations sociales. Je voudrais insister, dans le cadre de cette communication, sur un point crucial : la cognition sociale est toujours fond&#233;e sur une th&#233;orie des &#233;motions, qu’elle soit discr&#232;te (dans le sillage des &#233;motions de base d'Ekman[13]) ou bidimensionnelle.  &amp;amp;nbsp;   Les scores de fatigue obtenus &#224; partir de ces &#233;chelles ont &#233;t&#233; corr&#233;l&#233;s aux r&#233;sultats de l'imagerie fonctionnelle du syst&#232;me nerveux central. La conception classique de la SEP comme maladie de la my&#233;line a &#233;t&#233; revue et corrig&#233;e depuis les travaux des anatomo-pathologistes britanniques : d&#233;sormais le handicap n'appara&#238;t plus corr&#233;l&#233; &#224; la charge l&#233;sionnelle de la substance blanche mais &#224; l'atteinte de la substance grise, &#233;valu&#233;e par les nouvelles s&#233;quences d'IRM, r&#233;v&#233;lant et l'intensit&#233; de l'atteinte corticale[14] et l'importance de l'atteinte axonale sous-corticale[15], toutes deux corr&#233;l&#233;es au d&#233;ficit cognitif et &#224; la fatigue[16]. Ces observations en imagerie in vivo sont confort&#233;es par les travaux anatomiques contemporains[17] et soutiennent la conception &#233;mergente d'une symptomatologie de la scl&#233;rose en plaques r&#233;sultant de disconnexions multiples inter et intrah&#233;misph&#233;riques. Elles ont conduit &#224; sugg&#233;rer une interpr&#233;tation de la fatigue comme perception d'un effort disproportionn&#233; pour r&#233;aliser une action, en raison de la n&#233;cessit&#233;, lors de la r&#233;alisation d’une t&#226;che, d’un recrutement d’aires corticales plus &#233;tendues cons&#233;cutivement aux l&#233;sions c&#233;r&#233;brales.   &amp;amp;nbsp;   Ainsi, pendant que le paradigme &amp;quot;fatigue physique/fatigue psychique&amp;quot; se complexifiait en int&#233;grant une dimension fatigue sociale dont nous avons vu qu'elle-m&#234;me &#233;manait de la th&#233;orie des &#233;motions, le paradigme anatomique &amp;quot;atteinte sous corticale/atteinte corticale&amp;quot; a &#233;volu&#233; en &amp;quot;atteinte my&#233;linique/atteinte de la substance grise&amp;quot;, le handicap dans ses diverses modalit&#233;s (d&#233;ficit cognitif, fatigue, d&#233;pression), &#233;tant proportionnel &#224; l'intensit&#233; de celle-ci. La fatigue se comprend d&#233;sormais comme la cons&#233;quence d'une r&#233;organisation &amp;quot;dynamophage&amp;quot;, consommatrice d'&#233;nergie.  &amp;amp;nbsp;   Plus r&#233;cemment ont &#233;t&#233; propos&#233;s un Corpus Callosum Index (CCI)[18], &#233;valuant l'atrophie du corps calleux , et sa corr&#233;lation avec l'intensit&#233; de la fatigue[19],[20] . Or, depuis quelques ann&#233;es, l'accent a &#233;t&#233; mis sur le lien entre l'atrophie du corps calleux, la fatigue, et un syndrome qui n'a plus de secret pour vous depuis l'expos&#233; du Docteur Fr&#233;d&#233;ric Jover : l'alexithymie. Je ne rappellerai que la signification litt&#233;rale de ce n&#233;ologisme forg&#233; par Sifn&#233;os : impossibilit&#233; d'exprimer les &#233;motions par des mots ; et la pr&#233;valence de ce trait dans la population g&#233;n&#233;rale : comprise entre 8%, et, vous venez de l'entendre, 23%. Quoiqu'il en soit, plusieurs publications et communications r&#233;centes ont insist&#233; successivement sur : (1) la pr&#233;valence &#233;lev&#233;e de l'alexithymie, de 42 &#224; 47 % selon les auteurs, parmi des patients SEP et son lien avec la d&#233;pression et l'anxi&#233;t&#233;[21], la Toronto Alexithymia Scale (TAS-20) &#233;tant l'outil de mesure r&#233;guli&#232;rement utilis&#233; ; (2) l'ind&#233;pendance de la fatigue comme de l'alexithymie par rapport au handicap mesur&#233; par l'EDSS, et le lien fort unissant fatigue et alexithymie[22]; (3) enfin cette ann&#233;e m&#234;me, aux Journ&#233;es de Neurologie de Langue Fran&#231;aise, l'&#233;quipe de Lille a pr&#233;sent&#233; un travail portant sur la fr&#233;quence de l'alexithymie chez des patients pr&#233;sentant un premier &#233;v&#233;nement d&#233;my&#233;linisant, au tout d&#233;but de leur maladie donc : 47% des patients r&#233;pondent aux crit&#232;res de d&#233;finition de l'alexithymie. L'interpr&#233;tation propos&#233;e &#224; partir d'une double approche neuropsychologique et d'imagerie fonctionnelle est celle d'un d&#233;ficit du transfert h&#233;misph&#233;rique au niveau calleux post&#233;rieur[23].  &amp;amp;nbsp;   Notre pr&#233;sentation du cerveau a &#233;volu&#233; : le mod&#232;le dominant actuel, &#233;labor&#233; par les cognitivistes, a &#233;t&#233; confort&#233; par la neuro-anatomie fonctionnelle. On y distingue trois syst&#232;mes : sensitivo-moteur, cognitif ou associatif, et limbique ou &#233;motionnel[24]. Au paradigme physique/psychique nous avons substitu&#233; le paradigme moteur/cognitif. Nous parlons d&#233;sormais de fatigue motrice et de fatigue cognitive, que nous rattachons aux syst&#232;mes sensitivo-moteur pour la premi&#232;re, cognitif pour la seconde. &#201;voquer une fatigue qui affecterait le syst&#232;me des &#233;motions, le cerveau limbique, a-t-il un sens ? Je viens d'envisager avec vous trois raisons plausibles de reconna&#238;tre une consistance &#224; la notion de fatigue &#233;motionnelle : d'abord, la d&#233;pression de la SEP est domin&#233;e par l'&#233;moussement affectif et l'anh&#233;donie ; ensuite, l'&#233;chelle de fatigue que nous utilisons pour la caract&#233;riser permet de d&#233;gager l'alt&#233;ration de la cognition sociale, laquelle est fond&#233;e sur une th&#233;orie des &#233;motions ; enfin, l'alexithymie, pathologie de l'expression des &#233;motions,&amp;amp;nbsp; nouvelle venue dans le champ de la SEP, apporte la clef de vo&#251;te reliant la dimension neuropsychologique et la neuro-imagerie fonctionnelle.   &amp;amp;nbsp;   Il me faut conclure. Sommes-nous convaincus d'avoir dompt&#233;, ne serait-ce que dans son occurrence particuli&#232;re au cours de la scl&#233;rose en plaques, l'insaisissable fatigue, de l'avoir en quelque sorte naturalis&#233;e, acclimat&#233;e en lui assignant un lieu dans le cerveau hodologique, fait de centres et de routes, que nous proposent les cognitivistes ? Parfois je me suis surpris &#224; penser, en &#233;laborant cet expos&#233;, que la fatigue &#233;motionnelle &#233;tait un leurre, un mirage induit par l'asym&#233;trie d'une construction, celle qui fait d&#233;river la fatigue motrice et la fatigue cognitive du mod&#232;le contemporain des trois syst&#232;mes composant le cerveau, et pose artificiellement la question d'une fatigue du syst&#232;me limbique. Un jeu d'esprit dont aurait raison une conception concurrente de la fatigue comme &#233;motion elle-m&#234;me, avec ses composantes physiologiques, subjective, expressive[25], et dont la fonction hom&#233;ostasique serait d'&#233;viter une d&#233;faillance catastrophique pour l'organisme[26]. Cette compr&#233;hension de la fatigue comme &#233;motion, qui ferait de la locution &amp;quot;fatigue &#233;motionnelle&amp;quot; un pl&#233;onasme, occulte cependant l'aspect existentiel de ce sympt&#244;me, son exp&#233;rience v&#233;cue d'&#234;tre-au-monde fatigu&#233;. Ce dont ont si bien rendu compte en deux phrases plac&#233;es en exergue, Henri Ey, distinguant la d&#233;faillance organique du d&#233;couragement ; et plus avant, tout en renouant avec la connotation m&#233;di&#233;vale de la fatigue, Emmanuel L&#233;vinas[27]. Le professeur Dominique Pringuey, alors que je pr&#233;parais sous sa direction un m&#233;moire sur la douleur, me fit remarquer qu'il serait temps de &amp;quot;passer de la douleur au douloureux&amp;quot;. La m&#234;me r&#233;flexion vaut pour la fatigue : passer de la fatigue sympt&#244;me &#224; l'&#234;tre-fatigu&#233;, et pour ce faire suspendre un temps l'&#233;chafaudage mental que je viens de vous d&#233;crire, ce serait dans une sorte de silence quitter le bruissement neuronal pour le simple &#233;prouv&#233; d'un corps &#233;puis&#233;. Bienvenue en ph&#233;nom&#233;nologie.  &amp;amp;nbsp;  Docteur Beno&#238;t Kullmann  Neurologue  M&#233;decin chercheur attach&#233; au CRIUGM (Universit&#233; de Montr&#233;al)  M&#233;decin attach&#233; au Centre Rainier III (Centre Hospitalier Princesse Grace, Monaco)  docteur.benoit.kullmann@wanadoo.fr  &amp;amp;nbsp;        [1] Catherine K&#246;nig Pralong : aspects de la fatigue dans l'anthropologie m&#233;di&#233;vale ; Revue de Synth&#232;se D&#233;cembre 2008, Volume 129, Issue 4, pp 529-547      [2] &#171; un &#233;tat de fatigue sans cause imm&#233;diate, que le repos n'efface pas &#187; Pierre Bugard, 1960      [3] Benoit Kullmann, la complexit&#233; bien comprise du concept de d&#233;g&#233;n&#233;rescence cortico-basale, 2013       [4] La mesure du handicap &#224; laquelle nous nous r&#233;f&#233;rons est l'&#233;chelle EDSS, Expanded Disability Status Scale, de&amp;amp;nbsp; Kurtzke      [5] allusion &#224; la r&#233;flexion tr&#232;s pertinente du professeur Hamri : les corr&#233;lations &#233;tablies entre fatigue et atteinte de certaines structures anatomiques (cf infra) permettent de penser que l'avanc&#233;e des techniques d'imagerie fonctionnelle pourraient avoir raison de ce dogme.      [6] Kos D, Kerckhofs E, Nagels G, D'hooghe MB, Ilsbroukx S. Origin of fatigue in multiple sclerosis: review of the literature. Neurorehabil Neural Repair. 2008 Jan-Feb;22(1):91-100.      [7] Bradshaw, Jane et al. Cognition, Depression and Fatigue in Multiple Sclerosis. Advances in Clinical Neuroscience &amp;amp;amp; Rehabilitation, Vol. 8, No. 4. Sept/Nov 2008.      [8] Cottrell, S. S. &amp;amp;amp; Wilson, S. A. K. (1926) The affective symptomatology of disseminated sclerosis. Journal of Neurology and Psychopathology, 7, 1      [9] Whitlock FA, Siskind MM Depression as a major symptom of multiple sclerosis. J Neurol Neurosurg Psychiat 1980;43:861-65      [10] C. Lebrun, M. Cohen, D&#233;pression et scl&#233;rose en plaques, Revue Neurologique,Volume 165, Supplement 4, March 2009, Pages S156–S162      [11] Kate Jefferies The neuropsychiatry of multiple sclerosis Advances in Psychiatric Treatment (2006), vol. 12, 214–220      [12] Mohr DC, Hart SL, Julian L, Tasch ES, Screening for depression among patients with multiple scerosis : two questions may be enough Mult Sclero 2007 Mar, 13(2) ; 215-9      [13] Ekman, P. &amp;amp;amp; Friesen, W. V (1969). The repertoire of nonverbal behavior: Categories, origins, usage, and coding. Semiotica, 1, 49–98.      [14] Justin Morris Honce,&amp;amp;nbsp; Cortical lesions in MS on Double Inversion Recovery (DIR). Multiple Sclerosis International 2013       [15]&amp;amp;nbsp; Van Waesberghe JH et al. Ann Neurol 1999;46:747–754      [16] Tartaglia MC, Narayanan S, Francis SJ, Santos AC, De Stefano N, Lapierre Y, Arnold DL. The relationship between diffuse axonal damage and fatigue in multiple sclerosis. Arch Neurol. 2004 Feb;61(2):201-7.      [17] Kutzelnigg A et al. Cortical demyelination and diffuse white matter injury in multiple sclerosis Brain 2005;128:2705-2712      [18] Figueira FFA, Santos VS, Figueira GMA, Silva ACM. Corpus callosum index: a practical method for long-term follow-up in multiple sclerosis. Arq Neuropsiquiatr 2007;65:931-935.      [19] Yaldizli &#214;, Glassl S, Sturm D, Papadopoulou A, Gass A, Tettenborn B, Putzki N. Fatigue and progression of corpus callosum atrophy in multiple sclerosis. J Neurol. 2011 Dec;258(12):2199-205.      [20] Yaldizli &#214; &amp;amp;amp; al. The relationship between total and regional corpus callosum atrophy, cognitive impairment and fatigue in multiple sclerosis patients Mult Scler August 19, 2013      [21]K.Chahraoui &amp;amp;amp; al (2008). Alexithymie et liens avec la d&#233;pression et l’anxi&#233;t&#233; dans la scl&#233;rose en plaques Revue neurologique Vol 164 - N&#176; 3 P. 242-245       [22] Bodini &amp;amp;amp; al (2008). Alexithymia in multiple sclerosis: relationship with fatigue ande depression, Acta Neuro Scand, 118, 18-23.      [23] Caroline Jougleux &amp;amp;amp; al Alexithymie et transfert interh&#233;misph&#233;rique chez les patients pr&#233;sentant un premier &#233;v&#232;nement d&#233;my&#233;linisant, syndrome cliniquement isol&#233; (SCI) Jnlf Montpellier 2013      [24] Mallet L.(2007) Stimulation of subterritories of the subthalamic nucleus reveals its role in the integration of the emotional and motor aspects of behavior PNAS      [25] Mayers D. Theories of emotion (2004)      [26] Noakes TD. Fatigue is a Brain-Derived Emotion that Regulates the Exercise Behavior to Ensure the Protection of Whole Body Homeostasis. Front Physiol. 2012 Apr 11;3:82.      [27] dont la phrase nous renvoie &#224; La fatigue d'&#234;tre soi d'Alain Ehrenberg, cit&#233; lors de la discussion tr&#232;s int&#233;ressante initi&#233;e par madame la Pr Messaouda Bensaida sur la notion de syndrome de fatigue chronique    </description>
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     <title>Between Phenomenology and Neuroscience - par Benoit Kullmann le 09/09/2015 : 13:26</title>
     <link>http://www.bkneuroland.fr/articles.php?lng=fr&amp;pg=19053</link>
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     <description>Between&amp;amp;nbsp; phenomenology and neuroscience :&amp;amp;nbsp; a place for art ?&amp;amp;nbsp;                   Conf&#233;rence le 15.07.2015 La ph&#233;nom&#233;nologie est intelligible&amp;amp;nbsp;: &#224; partir d’un tableau d’Andrew Wyeth Centre Rainier III Monaco      &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Dr Benoit KULLMANN, M.D., Neurologist&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; University Diploma of Psychiatric Phenomenology, Nice&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Between phenomenology and neurosciences, perhaps there is a place for Art. First of all I would like to thank the organizers of this meeting, which will include three presentations : we shall begin with an approach of phenomenology, the challenge being to draw upon the comment of a very famous North American painting. Then Solange Hesse, Research Ingeneer, will present the results of a scientific study of eyes-movements recordings during visual exploration of this same work of art. It's my privilege to work with professor Alain Pesce, M.D., who created a department of eye movement study using eye-tracking technics at center Rainier III in Monaco. At last Kevin Polet, neuropsychologist, trained in eye tracking technics aswell as in theory of mind and social cognition applied to facial recognition of emotions, will tell us about somme preliminary results about what he observes in neurodegenerative diseases.An approach to phenomenologyDr Benoit KULLMANN, M.D., NeurologistUniversity Diploma of Psychiatric Phenomenology, Nice&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; My presentation will be a shortened adaptation of the introductory lecture given each year to the students of the french psychiatric phenomenology diploma which is organized by the University of Nice. Students come from all over France and from very different backgrounds, psychiatrists, neuroscientifics, all kind or therapists, philosophers, teachers, some are social workers caring of prisonners or disabled persons, others are managers of rehabilitation centers... Most of them have no precise idea of what is phenomenology. So I was asked,&amp;amp;nbsp; as being neither psychiatrist nor philosopher - I'm simply a neurologist - to expose a first encounter made easy with phenomenology. Before we really start, I would like to remind us a few generalities.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; The father of phenomenology is the mathematician and philosopher Edmond Husserl (1859-1938), who was born austrian and became prussian because of some changes in Eastern Europe ; he was born jewish, but baptized as a lutheran in 1886 ; nevertheless, he was a victim of the 1933 race law of the Nazis and the five last years of is life were quite a tragic story. One of his favourite philosophers was Ren&#233; Descartes : in his cartesian meditations, in 1931, one can read : &#171; Anyone who seriously intends to become a philosopher must ‘once in his life’ withdraw into himself and attempt, within himself, to overthrow and build anew all the sciences that, up to then, he accepted &#187;. Exactly what did Descartes, turning away from contemporary knowledge and deciding, using a new method of its own, to build a new theory of elements, a new conception of the brain, a new theory of man...&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Husserl was a student of Franz Clemens Brentano (1838, Marienberg - 1917, Zurich), nephew of the romantic poet Clemens Brentano, born in an intellectual environment ; he studied mathematics, poetry, philosophy, theology, and became a specialist of Aristoteles. Then he was ordained catholic priest, became Professor at the University of Wurtzburg in Germany ; he left the priesthood because he disagreed with some catholic dogmas. He wrote Psychology from an empirical point of view, then teached at the university of Vienna, resigned to get married, and wrote in 1911 is main opus : about classification of psychical phenomenons. Brentano and Husserl are mostly known to be the promoters of a new theory of consciousness : consciousness is no more a property of soul or mind or brain, it's no more the temple of subjectivity ; it doesn't exist by itself nor in itself independantly of the object ; consciousness is part of a dynamic process, it's an act, and every act of consciousness is consciousness of something. This is what is meant by intentionnality. It has been a revolution in the way we consider the relationship between subject and object, which, henceforth, reveal themselves,&amp;amp;nbsp; appearing one to the other in the consciousness process. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Amid a lot of very famous students around Brentano, there were Sigmund Freud, the founder of psychoanalysis, and of course Husserl, the founder of phenomenology. Husserl himself will have a very notorious student, Martin Heidegger (1889-1976) who wrote Sein und Zeit, Being and Time, in 1927. I shall insist later on some aspects of its thought, lets say for the moment that the main concept is the Dasein, Being there, Being-in-the-world ; and being aware of being. And the human condition is mainly defined by our relationship to Time.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Ludwig Binswanger (1881-1966), a well known psychiatrist from Switzerland, has read Being and Time in 1930 and found here, as he wrote it,&amp;amp;nbsp; &amp;quot;a new horizon of understanding&amp;quot; : the specific relationship of man and Time, which defines the human condition for Heidegger provides the foundation for understanding normal mind as well as mental illness, previously understood through moral, religious, mimetics causalities, and lately by disorders of passions (Kant and the french school of psychiatry, Pinel and Esquirol until Charcot). &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; So my presentation will be titled : the horizon and the path, a phenomenological encounter. Now you're thrown in front of this painting ; of course you all have seen it, surely you know the name of the author, the year it has been done, the wall on which it hangs in this museum. But let's do as if it this was given at once for the first time, and as if it was now up to you to understand something. One precision only : the dimensions of the canvas, 82 by 121 centimeters.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; What are you watching at first ? my colleagues will explain later how they can predict it except if you are schizophrenic or autistic. Almost everyone looks at the woman lying in the grass in the foreground. This is a painter's trick. Someone is in the foreground, seen from behind, looking the landscape the visitors are also watching. The most famous and one of the first examples of this rear view is the Wanderer above the sea of fog, done by german romantic artist Caspar David Freidrich in 1818 (Kunstalle, Hamburg). This painting is a perfect illustration of a concept, the sublime. Beauty is attractive, relaxing, it doesn't frighten you, you love its company. Sublime is simultaneously fascinating and terrifying : this man is fascinated by the sea of clouds, standing on the top of a rocky and steep mountain ; but if he slips, or goes one step further he will fall and die.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; How works this trick that brings you into the painting was interpreted by Robert Vischer, a professor of Aesthetics, i.e. philosophy of Beauty, in 1876. From the constellation of nine concepts he produced, only one still remains nowadays : die Einf&#252;hlung, which all of you know and use the translation&amp;amp;nbsp; : empathy. There are two varieties of empathy: one is to identify what the other feels: fear, joy, sadness .... That does not mean that we share this feeling. If we share the emotions of the other, then we are in emotional contagion, in sympathy, in compassion. The distance between me and the others disappears. The second variety of empathy concerns the thoughts, the beliefs of others: again, identify does not mean sharing. I can understand what my opponent - my ennemy, my prey - thinks: it is necessary for my victory (and sometimes my lunch). This does not mean that I share his beliefs. Of course one may feels empathy at first and then sympathy, or both together at the same time. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; People say you'd better forget anything you've learnt prior you undertake a journey -even a very short journey - through phenomenology. Easy to say, very difficult to do. See : I stare at this woman. Everyone notices her twisted posture, her skinny arms and forearms, the difficulties to raise on her upper limbs, the fingers grasping grass, grabbing, clutching the ground. Have a look at the skinny fingers, the atrophy of the small muscles, interosseous muscles, thenarian muscles of the thumb, so precise is the artist. The woman who seems to be young even if we don’t see her face is struggling to move the lower part of her body ; her ankles also are abnormaly thin, skinny, moveless. One imagine that she has been dragging her legs. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; If you are a neurologist, how could you avoid identifying a neuromuscular disease ? numerous assumptions were discussed about the disease of that person, but a consensual diagnosis emerges, that of poliomyelitis sequelae, a pathological condition that was not uncommon at the time when this painting was done. Many years later, in 2001, this paper was written : distress in everyday life in people with poliomyelitis sequellae and it reminds me precisely my own experience.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Now let this woman take us inside the painting. What is she looking at ? There is a property of what some of us - among our team -&amp;amp;nbsp; would call the theory of mind. If I look to someone, I look what he's looking at. You can't avoid it, this elementary behaviour depends on a mirror neuron network. From the cognitive empathy view, I am able to understand what she's looking at, but I'm not able to see what she sees. I can oscillate between my own vision, and what I guess she's looking at. Here, probably this farm off the top and right. We note that the horizon is particularly high - usually in a landscape it is situated in the lower third or possibly half of the canvas. This accentuates the upward slope effect that dramatically separates the woman from the farm.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; If we had time for that, we could estimate distances between the woman and the path, the woman and the farmhouse. Probably two hundred meters and four or five hundred meters respectively. The triangulation method is known since antiquity. And we could evaluate the time to reach the house - considering the slope, if we are fit, it should take six to seven minutes ; one could make it in five minutes if he is late and expected for lunch. But the lived experience of space and time in those conditions does not really matter : you dont even notice. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; But what happens if you are in the physical condition of this woman, tired, weak, strengthless ? The lived experience of space, that we call spatiality is that there is a very long distance to cover ; the lived experience of time, that we call temporality is that it will take a very long time to reach the path... There are a fight to sustain, a lot of suffering and despair to come. These lived experiences depend on ability to act, and below, on the power of the body to perform these actions. The french philosopher Maine de Biran (1766-1824)&amp;amp;nbsp; wrote : the body is all the powers we have on the world. While Descartes had said that the only certainty of being, was that we were thinking - cogito, ergo sum - the reality or the illusion of what we think about being ontologically of no importance ; Maine de Biran pretends that the sense of being emerges from the body in action, and especially against resistance, during exertion. All the french philosophers of action refer to Maine de Biran ( Merleau Ponty, Michel Henri, Berthoz). &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; It's time for me to tell you about bodily feelings, that we distinguish from ordinary sensations. Following Sherrington's view, there are three kind of sensations : exteroception through sensors, proprioception from special sensors in joints and muscles that leads to the perception of posture and body movements ; and interoception : sensation from the inside, pain or tension in the guts or the bladder, palpitation of the heart, difficulty breathing. The difference between exteroceptive sensations and bodily feelings is that the first ones are mainly linked to the experience of objects, while the second ones are related to interoception - inner sensations - and to the concept of homeostasy, defined as the constancy of my organism: bodily feelings drive behaviors that tends to restore our physiological balance. For exemple, starting with exteroception : I smell a rose, I see a bird flying, I hear the sound of a violin :&amp;amp;nbsp; it doesn’t affect my homeostatic balance, and I’m not going to destroy the rose, nor eat the bird, nor burn the violin. But, considering now bodily feelings, if I feel thirsty, or if I think it’s too hot here, i’m going to drink fresh water, or try to find a cooler place. Amid the main philosophers and scientists who were interested in bodily feelings, the most involved is surely Bud Craig, a neuroscientist who works in Phoenix, Arizona, and who proposed, in his seminal paper How do you feel written in 2002,&amp;amp;nbsp; a new theory of emotion : emotion is both a bodily feeling and the homeostatic behavior driven by this bodily feeling. In summary, a body as it is hungry, thirsty, sore, asthenic, dizzying, singularly runs his experience of the world. If I die of thirst, I will rush towards the farm, open the door, go straight into the kitchen, open the fridge, and drink a cool beer. No matter who I meet, if anyone calls me or whatever may happen...&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; About spatiality, lived-space, I would like to comment some quotations from Erwin Strauss, a german phenomenologist and neurologist : &#171; The Sensation can not be treated separately from movement theory. &amp;quot; &#187; I must smell to obtain the sensation of a perfume, I must move my fingers to feel the shape or the texture of an object, I must move incessantly my eyes if I want to see something. &#171; Our living space is in fact based on our field of action, that is to say the extent to which we can act &#187; If I'm young and healthy, discovering a landscape, I make projects : tomorrow I shall explore the barn because I think there's something happening next to the roof, next day I shall make a ride beyond the horizon... But our disabled woman will think about the difficulties to access to the next room. &#171; The space of feeling is to the space of perception what the scenery is to geography. &#187; This marvellous sentence means that the upper right part of this slide gives informations&amp;amp;nbsp; with which you can create maps ; while the inferior left one, is closer to a landscape that provokes&amp;amp;nbsp; emotion : I wish I could go here and there.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Of course temporality was essential for Husserl but I have only time to dwell on the design of presentness in Heidegger's thought : presentness is not a fixed point, an in-between,&amp;amp;nbsp; it is a dynamic overlap between the retention of a passing present ; and the protention, of a present open to the immediate future. Once again this painting illustrates these concepts : the character drags or just has dragged her legs on the ground, while she initiates a movement of the trunk and head toward the farm.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; We are always looking for traces, indices of the presence of others, although we intend to avoid them. Here the traces of wheels that marked the path, a ladder maybe forsaken, a plow perhaps outdated, a deserted paddock, a small empty stable.&amp;amp;nbsp; I recently took a closer look at this UFO, unidentified floating object : perhaps a piece of garment, a worker's overalls... However, some windows seem half opened.&amp;amp;nbsp; The same painter, as to dissipate the doubt, did this view of the path from inside the house, through one of those windows half opened ; the raised and swollen curtains evoke the wind blowing from beyond the horizon. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Martin Heidegger wrote a book, in french Tracks which go nowhere, whose title was translated in english : off the beaten track, in which there is an essay about The Origin of the Work of Art (1935): a phenomenological analysis of Van Gogh's Old Shoes with shoelaces - a theme taken at last five times by this artist. This is what prompted me to try an approach of phenomenology from a painting's commentary. But talking about Van Gogh, some of you may have noticed something curious in the background above the barn: look closer: these black shapes are birds, probably crows. It reminds you of something? Here is a painting entitled wheatfield with crows. See the horizon placed very high, and a path. No doubt you know that this is one of the last, if not the last, painting by Van Gogh before his suicide. The ravens have a sinister meaning since antiquity. It symbolizes, among other things, malediction, curse, death. While the horizon symbolizes my freedom, to stay or to go beyond ; and the path, my journey through life. Here is a dead crow painted by the artist we are talking about.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; I would like to comment these words : &#171; Any symptom refers, beyond the somatic condition of the patient, - the fact that from a neurological point of view she suffers from a neuro-muscular disorder - ; beyond the instinctual, oedipian or pre-oedipian, vicissitudes, -&amp;amp;nbsp; what the hell is she doing alone in this posture, in that situation, is there a psychoanalyst here who could explain what is the meaning of this ? - so beyond neurology and psychoanalysis, any symptom refers to the structure of the being-in-the-world, to lived time and lived space, to relationships with body, with others, and with death &#187;.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; We could still use this painting to support very simply some basic concepts of Heidegger's philosophy : das Dasein is the being-there, being in the world; but we are there without asking, thrown into the world (die Geworfenheit means throwness) ; and we know our path ends in death. In the meantime, we experience life as a fall (but not in the christian meaning of the word), with a connotation of lapsing, deterioration, expiration (der Verfall)1. As we become aware of our situation, we fall into worry (die Sorge); anyway we keep on living, we are able to develop projects (der Entwurf) : barbecues and holidays, consultations and conferences. An important concept is that of das Mitsein : being-with: we share the world with others ; from our birth, we are brought up by our parents, relatives, by our institutions, and the &amp;quot;us&amp;quot; preceeds the &amp;quot;I&amp;quot;.&amp;amp;nbsp; Das Mitsein, being with, contains a deep signification : as I have been in the company of others at first, i shall be in my own company&amp;amp;nbsp; ; this is fundamental for the constitution of identity, it may fail and lead to mental illness. Die Befindlichkeit is the answer to the question : how do you feel. Die Stimmung means mood, atmosphere, generated by someone. Imagine you meet someone who is sad, or boring : the first thing you will try to do is to escape and find someone happy, in the vicinity of whom you will feel fine. Das Verstehen is understanding, not explaining, the situation, with the idea of grasping what's going on here ; Die Rede, speech, verbiage, is the mean by which everything is linked, but means also the tendancy to cover everything with words, to escape to silence. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; To summarize - please transpose what I'm going to say to your own field of experience: as a neurologist, I take care of symptoms: headaches, dizziness, memory loss, that I try to explain with the help of a knowledge gradually built for twenty centuries: the method we use is similar to the one described four centuries ago by Francis Bacon who would have defined - the quote is not certain - &amp;quot;Scientific inquiry as putting Nature to the Question (rack) to make it talk &amp;quot; : we get to an explanation by questioning our patients - and with the help of some complementary investigations : MRI and so on. We consider for the moment that the brain has three main functions, sensory motor, which produces actions, cognitive, which produces thoughts, limbic, which produces emotions. The brain is a network of centers and paths, path is said hodos in greek : brain is in its modern conception the product of an hodology.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; I shall now shift from cognitivism to phenomenology, and schematically show the opposition of cognitive and phenomenological views : in phenomenology we are not interested by knowledge but by lived experience, nor by explanation but by understanding, nor by the symptoms but by the being-in-the-world. We are in the world because we are embodied, and this also applies for the voice. By the mean of our body, we experience space and time, we act, we meet others : lived space, time, action, relationship with others, define what we are, and this is the reason why we do not talk about functions but about dimensions ;&amp;amp;nbsp; phenomenology is not a matter of network, of centers and paths that we called hodology, but it is an ontological project. Freedom is to be able to shift from one point of view to the other, both ways.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; The time has come to reveal the name of the painter, Andrew Wyeth, who died in 2009 aged 92; the work, painted in 1948, is called The World of Christina, a beautiful title, which evokes being-in-the-world, and the concept die Welt, the world, so present in the work of Heidegger which distinguished die Umwelt, the environment, die Mitwelt, the contemporaries, and die Eigenwelt, the intimate world, which all three, far from being partitioned, overlap. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Winter is another painting with a highly-positionned horizon. This a picture of the artist, who was part of modern realism movement, together with another painter very famous in Europe, especially in France, Edward Hopper. The farmhouse really exists, here is a photography. of Olson House. Maybe you would like to see the face of Christina Olson. She was not young at all. She was not attractive. Nevertheless this sleeping portrait with the cat has the strenght of some classical masterworks ; and the look here is unfriendly, dissuasive, mistrustful, but it catches you and you don't easily escape. Here are some other watercolor sketches of Christina in her house. I shall end with a sentence by Andrew Wyeth about her, so full of humanity that it could provoke goosebumps : &amp;quot;The challenge to me was to do justice to her extraordinary conquest of a life which most people would consider hopeless.&amp;quot; Sometimes painters they wish to induce more than emotional and/or cognitive empathy. This very fascinating painting carries with it a lot of pathos, we experience not only emotional empathy, but we share the emotional distress of Christina ; this has been defined by Schiller years before Einf&#252;hlung as the pathetic sublime. : fascination, danger, despair. But Andrew Wyeth's message is quite different : the important thing for him is beyond fascination and threatening, admiration. &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Here is the Abbaye of Saint Pons where until last year I used to give lectures for the diploma of psychiatric Phenomenology in Nice ; and here is the Centre Rainier III, in Monaco, where I have the privilege and pleasure to work with professor Alain Pesce and the team that will do the second talk&amp;amp;nbsp; after we take a short break and maybe there will be time left for some questions.&amp;amp;nbsp; I thank you for your patience.Part II : eye-tracking the way we look at works of artHESSE Solange, Research Ingeneer, POLET Kevin, neuropsychologist, LOUCHART de la CHAPELLE Sandrine, M.D., P.D., psychiatrist, KULLMANN Benoit, M.D.,neurologist,&amp;amp;nbsp; PESCE Alain M.D., professor of internal medicine&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Eye Tracker is a non-invasive medical device for eye movements recording by video acquisition (motor electro-oculography process). The pupil illuminated by an infrared light is detected by the software. Its position, as well as its size, speed and gain of amplitude, are recorded. These data are used to identify areas regarded by the subject.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; With this device, and inspired by “Christina's world”, we wonder about how observers explore this landscape. When they see it for the first time. Then for the second time. What emotions induces this work of art ? And how the observers will access to its meaning ? &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; One objective would be to determine whether there is a specific way to explore the work of art, depending from profession, social status, age, genre or pathology.&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Through his skill, did Andrew Wyeth succeeded to guide (lead) all observers in the same way, to provoke a particular emotion among them? And is this emotion the same from an observer to another? &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; As a matter of fact, some psychological profiles or some diseases are frequently associated with psycho-behavioral disorders, suggesting a modification of empathy. Could these psycho-behavioral disorders impact the way one explore a work of art?&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; To answer these questions, a descriptive study is being conducted at the Centre Rainier III (Monaco) since July 2015, by Solange HESSE (Research Engineer), Kevin POLET (neuropsychologist), Benoit KULLMANN (M.D., neurologist), Alain PESCE (M.D.).&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; The aim of the present study consists in analyzing the visual exploration data (obtained from the Eye Tracker) of a broad panel of volunteers who were submitted to a paradigm called &amp;quot;Christina&amp;quot;, specifically built up for this study.The paradigm is divided as follows:- A note indicating to the participant that he will not attempt a memory test, but simply will examine a work of art, asking him to be the most spontaneous and natural as possible, as if he was visiting in a museum of fine arts.- First view : presentation of the picture for 15 seconds.- Check that the participant has never seen it prior the test.- Second view : new presentation of the picture for 15 seconds.- First question : &amp;quot;What has the most caught your attention in this work of art&amp;quot;?According to the subject's response, semi-directed questions are then proposed, to know if he considers the character as being ill, and if so what are his arguments.Third view (15''): the hypothesis here is that cognitive empathy shifts to emotional empathythen informations are given : the name of the subject (Christina), of the painter (Andrew Wyeth), and the quote of the painter about ChristinaFourth view (15'') ; the hypothesis here is that &#233;motional empathy could shift to sympathy or emotional contagion (goosebumps or equivalent)&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; We analyze the paths of observations, how (without seeing the face of Christina) the observers project themselves into the landscape, looking first Christina and then what she watches, or not. We also analyze the kind of perception they have of the character's situation, and if empathy feeling is different from an observer to another.Part III : Social cognition study amid patients with neurodegeneratives diseases : preleminary results after visual exploration analysis by Eye Tracking POLET Kevin, neuropsychologist, HESSE Solange, Research Ingeneer, LOUCHART de la CHAPELLE Sandrine, M.D., P.D., psychiatrist, KULLMANN Benoit, M.D.,neurologist,&amp;amp;nbsp; PESCE Alain M.D., professor of internal medicine&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; I shall only resume the conclusions of the study done by Kevin Polet : starting from the hypothesis that facial emotion recognition deficit and / or allocation of a mental state is caused by a visual exploration deviant behavior, he compared eye-tracking oculomotor performances between control subjects and patients suffering from Alzheimer Type Dementia, Fronto-Temporal Dementia, and Parkinson Disease with and without Dementia, including Lewy Body Dementia understood as a clinical phenotype of alphasynucleopathy with dementia. Questions were : are they specifics among the studied pathologies ? Can we establish correlations with behavior disorders ? Preleminary conclusions are that all clinical groups are in difficulties for the Emotional Empathy. ATD and FTD patients are less efficient in recognizing emotions. Oculomotor behavioral patterns are different depending on the pathology : in FTD : fixation numbers are increased and linked to ocular disinhibition ; in ATD : mouth area becomes too prominent ; in PD : targeted difficulties for fear ans disgust were observed (cf litt&#233;rature). At least correlations between deviant oculomotor behaviors ( leading to less performance in Social Cognition domains) and productive behavioral troubles (shouts, agitation, aggressiveness, wandering) have been found.[to date, only the study of Gregory et al. 2002 showed a correlation between a deficit of social cognition and behavioral disorders NPI Cummings 1]</description>
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     <title>Crise et temporalit&#233; chez les grecs - par Benoit Kullmann le 26/07/2015 : 20:54</title>
     <link>http://www.bkneuroland.fr/articles.php?lng=fr&amp;pg=19052</link>
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     <description>XVIIe Journ&#233;e d'&#233;changes neuro-psychiatriquesr&#233;flexions sur la notion de crise (crise et temporalit&#233; chez les Grecs)Beno&#238;t Kullmann le 29.VI.2013&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; &amp;amp;nbsp;</description>
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     <title>L’Insoutenable L&#233;g&#232;ret&#233; de l’Etre - par Benoit Kullmann le 02/02/2015 : 06:44</title>
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     <description>Ceux qui prirent pour devise : le franc suisseTandem on the Rockscette semaine :                                           L’Insoutenable L&#233;g&#232;ret&#233; de l’Etre  Ou  Le Grand Bazar de&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp; Etre/Avoir, Inn&#233;/Acquis, V&#233;rit&#233;/Mensonge…  &amp;amp;nbsp;  &amp;amp;nbsp;  ERRATUM: Comme dirait Charlie, il y a une erreur &#224; l’impression. Dans notre derni&#232;re chronique, &#167; Zola, la r&#233;habilitation du Capitaine Dreyfus date de 1906 et non de 1999.   &amp;amp;nbsp;  Attention  Ce dessin peut choquer des &#226;mes sensibles&amp;amp;nbsp;: dans ces conditions n’y allez pas, ou changez votre mode de voir le monde, c’est aussi simple que cela&amp;amp;nbsp;! (Ph&#233;nom&#233;nologiquement V&#244;tre&amp;amp;nbsp;? Le Tandem va bien finir par y arriver).  &amp;amp;nbsp;  Autod&#233;rision (pratique ch&#233;rie du Tandem)&amp;amp;nbsp;: Dessin de Mutio paru sur Urtikan.net&amp;amp;nbsp; le 12 Jan 2015 12&amp;amp;nbsp;:02 am – Urtikan&amp;amp;nbsp;? Tiens&amp;amp;nbsp;subtil n&#233;ologisme&amp;amp;nbsp;!   Dessin renomm&#233; &#171;&amp;amp;nbsp;il y a une coquille &#224; l’impression&amp;amp;nbsp;&#187;. Ouf&amp;amp;nbsp;! Le tandem est agnostique/ath&#233;e version rock&amp;amp;amp;roll, cela passera inaper&#231;u&amp;amp;nbsp;!  &amp;amp;nbsp;  Bien&amp;amp;nbsp;! Laissons parler tout le monde ou mieux donnons l’expression libre &#224; tout le monde (c’est d&#233;j&#224; fait&amp;amp;nbsp;!). Sublimons le d&#233;bat et le combat n’en sera que meilleur (on a plus le choix). Pour r&#233;tablir l’&#233;quilibre objectons, aussit&#244;t, &#224; leurs maux nos mots, voire devan&#231;ons, expliquons, argumentons inlassablement, rions&amp;amp;nbsp;!   &amp;amp;nbsp;  Hommages&amp;amp;nbsp;: Sarah Montand t&#233;moigne qu’elle fredonnait avec ses camarades de baraquement &#171;&amp;amp;nbsp;Tant qu’y a d’la vie ya d’l’espoir&amp;amp;nbsp;&#187; de Piaf. Une autre Dame r&#233;pond au journaliste du petit journal&amp;amp;nbsp;: &#171;&amp;amp;nbsp;oui on riait, oui on plaisantait, oui on murmurait la Marseillaise&amp;amp;nbsp;&#187; toujours avec ses camarades et dans ces m&#234;mes camps pour se donner du courage &#171;&amp;amp;nbsp;car un jour de plus &#224; Auschwitz, &#233;tait&amp;amp;nbsp; un jour vie en plus&amp;amp;nbsp;&#187;. Toujours dans ces camps, on y apprenait &#224; aimer la musique classique se confiait Henri Krasucki au micro de Jean-Luc Hees&amp;amp;nbsp;: c’est ainsi qu’il &#233;tait devenu m&#233;lomane, lui le r&#233;sistant d&#233;port&#233; d&#232;s le plus jeune &#226;ge&amp;amp;nbsp;: &#171;&amp;amp;nbsp;J’ai eu de la chance de partager le baraquement avec des musiciens… cela m’a aid&#233; &#224; survivre…&#187;. D’autres ont tent&#233; et r&#233;ussi l’&#233;vasion&amp;amp;nbsp;: les R&#233;volt&#233;s de Sobibor…  &amp;amp;nbsp;  Le Tandem est pr&#233;somptueux (rires), il a l’ambition d’&#234;tre Humaniste ou &#224; tout le moins a rejoint ce courant d&#232;s son berceau.  &amp;amp;nbsp;  Une Amie nous dit&amp;amp;nbsp;: &#171;&amp;amp;nbsp;c’est vrai qu’on peut choquer, m&#234;me moi&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&#187; Elle d’ordinaire tr&#232;s souriante, douce comme de la ouate, mais grave, sensible et m&#233;lancolique &#224; la fois. Puis elle continue &#171;&amp;amp;nbsp;j’ai crois&#233; une personne qui a imit&#233; le cri du cochon en me voyant&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&#187;. Puis, elle accentue son raisonnement par&amp;amp;nbsp;&#171;&amp;amp;nbsp;regardez toutes ces stars de plus en plus d&#233;nud&#233;es&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&#187; Libre choix ou d&#233;sir de choquer ou simplement d’exister&amp;amp;nbsp;ou peut-&#234;tre de vendre + pour gagner +? On n’en sait rien, sauf qu’elles en ont le droit.   Le tandem explique qu’&#224; l’&#233;cole une jeune femme, souvent tr&#232;s court v&#234;tue, trouvait la m&#234;me jupe sur d’autres jeunes filles taill&#233;es fa&#231;on mannequin plus courte encore, et justifiait le viol en rench&#233;rissant&amp;amp;nbsp;: &#171;&amp;amp;nbsp;elles le cherchent bien&amp;amp;nbsp;&#187;&amp;amp;nbsp;? Mais n’est-ce pas l’œil de l’imp&#233;tueux qui est r&#233;prouvable ou plut&#244;t l’intention derri&#232;re cet œil et l’acte r&#233;pr&#233;hensible&amp;amp;nbsp;?  &amp;amp;nbsp;  &#171;&amp;amp;nbsp;Animal Farm&amp;amp;nbsp;&#187; Georges Orwell. Cet ouvrage n’est pas une simple description amusante d’une quelconque ferme&amp;amp;nbsp;: dussions-nous l’avoir expliqu&#233; &#224; une autre copine moins douce. C’est une critique de l’URSS et de ses multiples d&#233;rives, le contexte est &#233;loign&#233; de ce qu’on vit, ici et maintenant&amp;amp;nbsp;? Non il est question de totalitarisme.  &amp;amp;nbsp;  Une autre Amie ch&#232;re nous dit &#171;&amp;amp;nbsp;Charlie Abuse, je ne suis pas croyante mais il exag&#232;re, regardez les dessins sur le Pape Fran&#231;ois, m&#234;me si lui m’a choqu&#233;e parlant de &amp;quot;Lapinage&amp;quot;&amp;amp;nbsp;&#187;. Le Pauvre, peut-&#234;tre qu’il a envie de dire prot&#233;gez-vous, utilisez les pr&#233;servatifs et les autres moyens de contraceptions. Mais le peut-il&amp;amp;nbsp;? D&#233;j&#224; courageux et en passe de voir &#233;clater les merveilles que sont les Mus&#233;es du Vatican par les m&#234;mes tueurs de Charlie. Il faut sans doute voir dans tous ces dessins un encouragement &#224; la fin de la culpabilit&#233;&amp;amp;nbsp;?  &amp;amp;nbsp;  En fait, on appelait simplement cette Amie ch&#232;re qui adore les Etats-Unis, parce qu’en m&#234;me temps il y avait un documentaire sur la Silicon Valley (Canal+ &amp;quot;Les nouveaux explorateurs&amp;quot;).&amp;amp;nbsp; Cette &#171;&amp;amp;nbsp;valley&amp;amp;nbsp;&#187; devient peu &#224; peu ferm&#233;e sur elle-m&#234;me.   Pour ce que le bi-cycle a pu voir de ladite &#233;mission, on y d&#233;crivait ce qu’il ose nommer &amp;quot;un autre appel…&amp;quot;. Salaire d’un d&#233;butant entre 7.000€ et 10.000€&amp;amp;nbsp;; des loyers atteignant 8.500€ pour un 3 pi&#232;ces, soit 25% d’augmentation rien que pour l’ann&#233;e 2013. Les jeunes enr&#244;l&#233;s&amp;amp;nbsp;ne comptant pas leurs heures et engloutissant au bureau.   Au registre droit d’expression un &#171;&amp;amp;nbsp;garde&amp;amp;nbsp;&#187; fait imm&#233;diatement &#233;vacuer le journaliste mais surtout le cameraman (l’Image c’est Cash&amp;amp;nbsp;!). Ici, c’est Clean tout se passe par avocats interpos&#233;s&amp;amp;nbsp;! Autant vous dire que quand ces jeunes recrues sont exsangues, Ils sont remerci&#233;s et c’est une nouvelle migration qui commence&amp;amp;nbsp;: celle des cols-blancs&amp;amp;nbsp;!  C’est aussi l’&#233;vacuation du lien social, car aucun commer&#231;ant ne peut r&#233;sider dans cette &#171;&amp;amp;nbsp;vall&#233;e silicon&#233;e&amp;amp;nbsp;&#187;. Mais le plus trash est que certains jeunes patrons dynamiques veulent moins d’Etat, r&#233;volutionner le syst&#232;me politique&amp;amp;nbsp;! Faire na&#238;tre une nouvelle race&amp;amp;nbsp;? Le cycle s’&#233;crit&amp;amp;nbsp;! &#171;&amp;amp;nbsp;Le Meilleur des Monde&amp;amp;nbsp;&#187; Aldous Huxley.  &amp;amp;nbsp;  Cette vision lui rappelle, celle du &#171;&amp;amp;nbsp;Ma&#238;tre du Monde&amp;amp;nbsp;&#187; de Jacques Attali, que le tandem raille tant elle lui para&#238;t r&#233;ductrice (ne serait-ce que pour &amp;quot;Ze Match&amp;quot; 22 joueurs d’un m&#234;me c&#244;t&#233;, et le ballon… o&#249;?).   &amp;amp;nbsp;  Devons-nous remettre en cause les propos de Pascal Picq au sujet des ces jeunes dynamiques&amp;amp;nbsp;? D&#233;finitivement non&amp;amp;nbsp;! Il argumente sur deux courants de pens&#233;es et analyse leurs r&#233;sultantes pour mieux devenir &#171;&amp;amp;nbsp;Homo Sapiens Sapiens&amp;amp;nbsp;&#187;. Etre raisonnable n’est pas tout avoir, &#224; tout prix. C’est Etre, Echanger…  D’ailleurs les Etats et les politiques de tous les Pays devraient reprendre leur r&#244;le d’arbitre. Il faut redistribuer, relancer l’ascenseur social, repenser les banlieues&amp;amp;nbsp;; plus de mixit&#233; sociale&amp;amp;nbsp;; stopper le processus d’enrichissement des 1% aux d&#233;pens des 99% qui bient&#244;t ne pourront plus se nourrir. Oui le tandem exacerbe ce c&#244;t&#233; apocalyptique, sans&amp;amp;nbsp; vouloir y croire quant aux proportions et aux r&#233;sultats. Apr&#232;s, que chacun mette sa priorit&#233; o&#249; bon lui semble.  &amp;amp;nbsp;  Voyez-vous, en ce d&#233;but d’ann&#233;e*, &#224; l’heure des voeux, le Tandem a attrap&#233; au vol une d&#233;claration parue dans le journal &#171;&amp;amp;nbsp;The Independant&amp;amp;nbsp;&#187; datant du 1er avril 2014*, sur les risques de l’Intelligence Artificielle, sign&#233;e Stephen Hawking&amp;amp;nbsp;: &#171;&amp;amp;nbsp;La r&#233;ussite dans la cr&#233;ation de l’Intelligence Artificielle serait le plus grand &#233;v&#233;nement dans l’histoire humaine… Malheureusement, ce pourrait aussi &#234;tre le dernier, sauf si nous apprenons comment &#233;viter les risques&amp;amp;nbsp;&#187;.(*d&#233;calage horaire de la t&#233;l&#233; en faveur de la presse &#233;crite&amp;amp;nbsp;! – vous savez le &amp;quot;Li&#232;vre et la Tortue&amp;quot; ). L’article entier donne la chair de poule &#224; notre Rubecula d&#233;j&#224; transi par le froid.  &amp;amp;nbsp;  Pour le tandem, Stephen Hawking, est plus encore, une force de caract&#232;re &#224; l’&#233;preuve de tout &#171;&amp;amp;nbsp;du Bing Bang au trou noir&amp;amp;nbsp;&#187;.   Pour Blaise Pascal: &#171;&amp;amp;nbsp;L’Esprit de G&#233;om&#233;trie et l’Esprit de Finesse&amp;amp;nbsp;&#187;&amp;amp;nbsp;?   &#171;&amp;amp;nbsp;Vanit&#233;&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;&#187; crierez-vous&amp;amp;nbsp;? Non &amp;quot;retour vers le Futur&amp;quot; s’exclame le tandem, trop heureux&amp;amp;nbsp;d’&#234;tre rest&#233; fid&#232;le au courant Epicurien, malgr&#233; quelque emb&#251;che, sans pour cela avoir entrain&#233; Stephen et les autres sur le b&#251;cher. Ouf&amp;amp;nbsp;! La D&#233;mocratie vole au secours de ce diablotin de tandem.  &amp;amp;nbsp;  Car au &amp;quot;chat’p&#238;tre&amp;quot;(Richard Galliano, accord&#233;oniste): &#171;&amp;amp;nbsp;Mis&#232;re de l’homme sans Dieu&amp;amp;nbsp;&#187; l’espi&#232;gle cycle avait soulign&#233; une des pens&#233;es de Blaise Pascal&amp;amp;nbsp;&#224; propos de l’homme:&amp;amp;nbsp;&#171;&amp;amp;nbsp;&#233;galement incapable de voir le n&#233;ant d&amp;amp;nbsp;‘o&#249; il est tir&#233;, et l’infini o&#249; il est englouti&amp;amp;nbsp;&#187;.  &amp;amp;nbsp;  En 1981, toujours &#224; contre-courants, le cycle e&#251;t la chance d’aller aux Etats-Unis pour trois mois, gr&#226;ce &#224; cette Amie ch&#232;re. Log&#233; &#224; Marina Del Rey, entre autres, et ne boudant pas son bon plaisir. Bel endroit, mais o&#249; il devait pr&#233;senter &amp;quot;patte blanche&amp;quot;. R&#233;sidence pourvue de tout commerce, restaurant, lieu de d&#233;tente, etc.. mais grillag&#233;e, et assortie de gardes veillant &#224; &amp;quot;&amp;amp;nbsp;sa tranquillit&#233;&amp;quot;. Son H&#244;te d&#233;clama&amp;amp;nbsp;:&amp;amp;nbsp;&#171;&amp;amp;nbsp;Savez-vous ce qu’est ce b&#226;timent en face, de l’autre c&#244;t&#233; du grand boulevard &#224; 10 voies&amp;amp;nbsp;&#187; Non&amp;amp;nbsp;?! &#171; Un bar de rencontres&amp;amp;nbsp;&#187;.&amp;amp;nbsp; Mais pourquoi s’enfermer &#224; ce point et sortir pour rencontrer des gens dans un tel endroit&amp;amp;nbsp;et s’obliger &#224; s’y fabriquer des &amp;quot;amis&amp;quot;? Le cycle les trouvait d&#233;j&#224; &#233;tranges de faire 100 kilom&#232;tres pour boire un Mojito&amp;amp;nbsp;! Mais cela en raison de la taille du pays se disait-il, candide. N&#233;anmoins p&#233;dalant sous un soleil de plomb. Repartant en sens inverse to buy a gelato in the middle of the night. Epuis&#233;, il suait &#224; grosses gouttes, en pensant, qu’il ne pourrait m&#234;me plus faire les 35 heures requises, &#224; ce rythme.  &amp;amp;nbsp;  On ne sait pas par quel artifice on nous dit&amp;amp;nbsp;: &#171;&amp;amp;nbsp;Oui, on sait que les US ne sont pas une d&#233;mocratie&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;&#187; Stop&amp;amp;nbsp;! C’est une Grande D&#233;mocratie. Seul un D&#233;mocrate pouvait Abolir la S&#233;gr&#233;gation (import du vieux continent); Le Washington-Post, Bob Woodward et Carl Bernstein pour d&#233;noncer le Watergate et mener Nixon &#224; &#171;&amp;amp;nbsp;l’Impeachment&amp;amp;nbsp;&#187;&amp;amp;nbsp;; Elire Barack Obama &#224; la Pr&#233;sidence etc… Sur Bill Clinton et la possibilit&#233; d’un proc&#233;dure   d’ &#171;&amp;amp;nbsp;Impeachment&amp;amp;nbsp;&#187;&amp;amp;nbsp; on se r&#233;serve le droit (sauf acte r&#233;pr&#233;hensible) de dire que ce n’est qu’une affaire priv&#233;e, qui ne concerne que Bill, Hilary, et Monica, laquelle, troubl&#233;e, en avait oubli&#233; de faire nettoyer sa robe, l’avait rang&#233;e et sortie pour une autre occasion… Al Gore vilipenda tellement Bill,&amp;amp;nbsp; s’en d&#233;tacha tellement au point que peut-&#234;tre cela lui aura valu son &#233;chec &#224; la course &#224; la Pr&#233;sidence… La France connut pareils &#233;pisodes.  Dans tous les cas de figures, le tandem aurait fui &#224; l’Ouest et s&#251;rement pas &#224; l’Est, pr&#234;tant attention de ne pas r&#233;tro-p&#233;daler sur un oc&#233;an de trop et apercevoir &amp;quot;l’archipel du goulag&amp;quot; Alexandre Soljenitsyne. Aucun des &amp;quot;transfuges&amp;quot; Rudolf Noureev, Mikha&#239;l Barychnikov, Mstislav Rostropovitch, pour les plus connus, n’ont support&#233; ne serait-ce que l’id&#233;e du goulag. D’autres moins chanceux y sont morts&amp;amp;nbsp;: Andre&#239; Sakharov – Prix Nobel de la Paix assign&#233; &#224; r&#233;sidence &#224; Gorki&amp;amp;nbsp;! Mais rendons aussi hommage &#224; Mikha&#239;l Gorbachov assign&#233; un temps &#224; Foros/Yalta – station baln&#233;aire de Crim&#233;e&amp;amp;nbsp;!-. Pour lequel&amp;amp;nbsp; l’occident n’a pas fait assez, alors qu’il se proposait d’entamer un virage &#224; 180&#176;.   &amp;amp;nbsp;  Mais qu’y a-t-il dans nos banlieues qui ne marchent pas&amp;amp;nbsp;? La m&#234;me chose, la rupture du lien social. Et encore, ce que veut bien nous en dire une certaine presse en mal de sensationnel pour vendre.  A contrario, on compte sur les doigts d’une main les documentaires et coups de projecteurs sur les prouesses que certains r&#233;alisent dans les Banlieues, tous ceux qui rendent la vie plus l&#233;g&#232;re&amp;amp;nbsp;: Oscar Niemeyer, Roland Castro, Rudy Ricciotti pour les Architectes&amp;amp;nbsp;; Didier Lockwood, Jean-Claude Casadesus… pour les Musiciens et bien d’autres intellectuels… Mais encore, la majorit&#233; des habitants de ces banlieues, qui veulent vivre tranquilles comme nous tous (enfin &#224; peu pr&#232;s).  &amp;amp;nbsp;  Le Tandem s’est &#233;quip&#233; de la nouvelle boussole et du coup en perd la boule. Tout tombe en m&#234;me temps, une connaissance envoie un mail, comme pour le mettre en garde. Le br&#251;lot est suppos&#233; &#234;tre de la fille a&#238;n&#233;e des Pahlavi, &#233;crit et titr&#233;: &#171;&amp;amp;nbsp;Impossible, un Pr&#233;sident ne peut ignorer ces faits&amp;amp;nbsp;&#187; s’en suivent des inepties telles que m&#234;me un cerveau trait&#233; par M. Le Lay ne peut rester mou et d&#233;tendu.  Le Tandem bien que tr&#232;s jeune (d’esprit) a v&#233;cu cette p&#233;riode. Le shah (pas celui de Philippe Gel&#252;ck)&amp;amp;nbsp;:  &#183;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; 1951: il &#233;pouse Soraya, qu’il r&#233;pudie en 1958, parce qu’elle n’avait pu lui donner un enfant !  &#183;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; 1959&amp;amp;nbsp;: il &#233;pouse Farah Diba laquelle est en faveur de l’&#233;mancipation des femmes&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp; Elle lui donne quatre enfants (seul fait r&#233;el dans ce fatras de d&#233;sinformation)  &#183;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; 1967&amp;amp;nbsp;: est l’ann&#233;e de son couronnement en grandes pompes, lequel signe le d&#233;but de sa perte&amp;amp;nbsp;;  &#183;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; 16 janvier 1979&amp;amp;nbsp;: alors partis en vacances, en famille, ils ne peuvent plus revenir au pays. La Savak ayant r&#233;prim&#233; &#224; grands coups de pompes (mais pas les m&#234;mes) la r&#233;volte des &#233;tudiants&amp;amp;nbsp;;  &#183;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; 1er f&#233;vrier&amp;amp;nbsp;: renvoi &amp;quot;Ad-Pa&#239;s&amp;quot; de Khomeiny&amp;amp;nbsp;;   &#183;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; 1er avril* 1979&amp;amp;nbsp;: il n’a pas le temps de r&#233;aliser un poisson et proclame une nouvelle forme de &amp;quot;r&#233;publique&amp;quot; puis trouve que la savak n’a pas bien fait son boulot, am&#233;nage et continue son &amp;quot;œuvre&amp;quot;. Les 1er avril se suivent et ne se ressemblent pas, pas plus que les pr&#233;noms ont un sens ou d&#233;terminent un caract&#232;re bon ou mauvais&amp;amp;nbsp;: tout cela n’est qu’obscurantisme.  &#183;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Le cycle d&#233;couvre sur FR3 avec horreur, comment une m&#232;re d&#233;nonce son fils,&amp;amp;nbsp; lequel est jug&#233; coupable pour haute trahison (il n’&#233;tait pas d’accord avec les termes du nouveau contrat, il faut dire aussi que ces &#233;tudiants en droit ont de dr&#244;les d’id&#233;es)&amp;amp;nbsp;; Il implore son pardon&amp;amp;nbsp;; elle reste insensible maintenant sa d&#233;position&amp;amp;nbsp;; il est ex&#233;cut&#233; dans la m&#234;me seconde par un de ces tribunaux du style &amp;quot;Ad-Patres&amp;quot;.  &amp;amp;nbsp;  Dans ce grand bouleversement, il n’est aucunement question de &#171;&amp;amp;nbsp;shah embastill&#233; pas plus que d’ovaire &#233;clat&#233; et la liste est longue&amp;amp;nbsp;&#187;. Encore un coup du journaliste de la Fox ayant m&#233;lang&#233; ses fiches et les diverses rubriques&amp;amp;nbsp;?  Il s’agit Tristement de milliers de personnes tortur&#233;es, assassin&#233;es&amp;amp;nbsp;; de deux suicides d’enfants, d’une m&#232;re dont on ne sait comment elle arrive &#224; g&#233;rer tout cela, et d’un p&#232;re disparu qui aurait d&#251; penser un peu plus aux autres, ne serait-ce que pour la tranquillit&#233; des siens.   &amp;amp;nbsp;  Reprends ton sextant et mets les voiles. Punaise&amp;amp;nbsp;!&amp;amp;nbsp;Tu sais bien que c’est tabou, n’est-il pas&amp;amp;nbsp;?! (Prendre l’accent de Pollux du Man&#232;ge enchant&#233; bien s&#251;r).  &amp;amp;nbsp;  Il est une &#233;vidence que le Tandem a associ&#233; &#224; Charlie tous ses autres collaborateurs. Mais aussi Imad Ibn Ziaten et Yoav Hattab&amp;amp;nbsp;: l’&#233;change entre la maman de Imad et le p&#232;re de Yoav fut tr&#232;s &#233;mouvant et atteste de la Fraternit&#233; entre les peuples et au-del&#224; de leurs croyances. Mais aussi toutes les autres victimes, en prenant soin d’y inclure les forces de l’ordre quelles qu’elles soient. Le tandem &#233;tait de passage &#224; Nice, ville dont les soldats de faction, portent des armes effrayantes, se proposant de prot&#233;ger la population tout en traquant les &#233;gar&#233;s du moment.  &amp;amp;nbsp;  Qui pouvait donc bien croire en la tr&#234;ve &#233;ternelle, en toute circonstance ce ne sont pas Hubert Vedrine, ni le cycle, pas plus que beaucoup d’autres… M&#234;me si FOG &#233;tait d’un enthousiasme forcen&#233; en ce Dimanche de d&#233;fil&#233; (pendant que Alain Duhamel plombait l’ambiance avec son pessimisme riv&#233; au corps).  Le motoman quant &#224; lui avait s&#233;vi d&#232;s le 1er jour, se pensant de nouveau aux r&#234;nes du pouvoir et d&#233;sirant que les autres obtemp&#232;rent. Le 7&#232;me jour, &amp;quot;un h&#233;ron emmanch&#233; d’un long cou&amp;quot;, s’&#233;tant ma&#238;tris&#233; tout en se repositionnant, &amp;quot;tenait en son bec&amp;quot; le retrait de la nationalit&#233; (pas si chang&#233; que cela au final).   &amp;amp;nbsp;  Ah La Fontaine&amp;amp;nbsp;! Le cycle fut &#233;tonn&#233; que les sœurs lui firent apprendre &#171;&amp;amp;nbsp;du H&#233;ron aux animaux malades de la peste&amp;amp;nbsp;&#187;&amp;amp;nbsp;: tout y est subversif surtout lorsqu’il s’agit de d&#233;signer un bouc-&#233;missaire…  &amp;amp;nbsp;  Notre Rouge-Gorge s’abreuvant nous susurra &#171;&amp;amp;nbsp;Votre r&#233;veil-matin, toujours &#224; c&#244;t&#233; de la plaque&amp;amp;nbsp;&#187; Puis &#224; peine sortis de cet &#233;trange cauchemar nous f&#251;mes r&#233;veill&#233;s par &#171;&amp;amp;nbsp;A la Claire Fontaine m’en allant promener, j’ai trouv&#233; l’eau si claire que je m’y suis baign&#233;….&amp;amp;nbsp;&#187;. Nous v&#238;mes le Rubecula, voler &#224; tire-d’aile, en pouffant &#171;&amp;amp;nbsp;Attention l’&#233;lectricit&#233; et l’eau… (Bizzzz) c’est pas sans risque&amp;amp;nbsp;!  &amp;amp;nbsp;      </description>
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     <title>Par le petit Dubout de la Lorgnette - par Benoit Kullmann le 18/01/2015 : 01:36</title>
     <link>http://www.bkneuroland.fr/articles.php?lng=fr&amp;pg=18493</link>
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     <description>Ceux qui prirent pour devise : le franc suisseTandem on the Rockscette semaine :                                Par le petit Dubout (1905- 1976)&amp;amp;nbsp; de la Lorgnette on y voit bien mieux que par le gros bout&amp;amp;nbsp;! – Petite entorse volontaire inspir&#233;e par Jacques Martin (1921-2010) -.  ou  On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde – Pierre Desproges (1939-1988)-  &amp;amp;nbsp;  &amp;amp;nbsp;  &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Il y a quelques ann&#233;es d&#233;j&#224;, le Tandem lan&#231;ait, comme un cri de d&#233;sespoir&amp;amp;nbsp;: Les Intellectuels &#224; l’Assaut&amp;amp;nbsp;!   &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Sans pr&#233;juger de la Riposte&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;Id&#233;alistes&amp;amp;nbsp;! On vous parle de l’actualit&#233; pas de Philosophie, ni de Politique. Vous ramenez tout &#224; cela&amp;amp;nbsp;!&amp;quot;  &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Le 11 juillet 2004, le Tandem Implose&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;… A la base le m&#233;tier de TF1 c’est d’aider coca-cola, par exemple, &#224; vendre son produit. Or, pour qu’un message publicitaire soit per&#231;u, il faut que le cerveau du t&#233;l&#233;spectateur soit disponible. Nos &#233;missions ont pour vocation de le rendre disponible&amp;amp;nbsp;: c’est-&#224;-dire de le divertir, de le d&#233;tendre pour le pr&#233;parer entre deux messages. Ce que nous vendons &#224; coca-cola c’est du temps de cerveau humain disponible…&amp;quot; Patrick Lelay (PDG de TF1) L&#233;nifiant&amp;amp;nbsp;!  &amp;amp;nbsp;  &amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp;&amp;amp;nbsp; Le Tandem ne souhaite jamais m&#233;nager ses pignons, m&#234;me au risque d’en perdre son Equilibrio Instabile.   &amp;amp;nbsp;  370/415&amp;amp;nbsp;:  * Hypatie&amp;amp;nbsp;: Math&#233;maticienne, Philosophe Grecque. Elle commenta et &#233;dita les travaux d’Euclide. Elle fut assassin&#233;e par des chr&#233;tiens, &#224; coups et jets de coquilles d’hu&#238;tres. La lapidation &#233;tait d&#233;j&#224; n&#233;e.  &amp;amp;nbsp;  1400/1500&amp;amp;nbsp;:   *&amp;amp;nbsp; Fran&#231;ois de Rabelais/Alcofribas Nasier&amp;amp;nbsp;: (Panatagruel et Gargantua - Panurge) Censur&#233; par la Sorbonne &#171;Mieux est de ris que de larmes &#233;crire&amp;amp;nbsp;&#187;&amp;amp;nbsp;; &#171;&amp;amp;nbsp;Science sans Conscience n’est que ruine de l’&#226;me&amp;amp;nbsp;&#187;&amp;amp;nbsp;;  &amp;amp;nbsp;  * Leonardo da Vinci&amp;amp;nbsp;: Pour avoir pratiqu&#233; la dissection a d&#251; fuir l’Italie pour la France de Fran&#231;ois 1er&amp;amp;nbsp;: &#171;&amp;amp;nbsp;En temps de Paix, je puis &#233;galer, je crois, n’importe qui dans l’Architecture, construire des monuments priv&#233;s et publics, et conduire l’eau d’un endroit &#224; l’autre&amp;amp;nbsp;&#187; N’est-ce pas lui qui utilisait l’&#233;criture sp&#233;culaire&amp;amp;nbsp;?  &amp;amp;nbsp;  Tiens donc 2 m&#233;decins, entre autres activit&#233;s, 1 M&#233;c&#232;ne&amp;amp;nbsp;: 3-0 (traduction libre du 12 juillet 1998 – ou&amp;amp;nbsp;&#171;&amp;amp;nbsp;Jour de Match&amp;amp;nbsp;&#187; Huang Yong Ping - Jour d’&#233;lection d’Hamid Karza&#239; en Afghanistan (subtilis&#233; &#224; BK, &#224; voir absolument sur Neuroland-Art, qui donne aussi des id&#233;es de voyages – Punta della Dogana – Fran&#231;ois Pinault - Venise)   &amp;amp;nbsp;  * Copernic&amp;amp;nbsp;: R&#233;volutions de Sph&#232;res C&#233;lestes, assassin&#233; par un imprimeur de Nuremberg.  &amp;amp;nbsp;  1600/1700&amp;amp;nbsp;:   * Galil&#233;e&amp;amp;nbsp;: et son &#171;&amp;amp;nbsp;E pur si muove&amp;amp;nbsp;&#187;&amp;amp;nbsp;proc&#232;s du 22 juin 1633,&amp;amp;nbsp; &#224; 70 ans, il est condamn&#233; &#224; la prison &#224; vie par la congr&#233;gation du saint office (bras arm&#233; de l’inquisition). Il a &#233;t&#233; oblig&#233; d’abjurer le syst&#232;me h&#233;liocentrique de Copernic.  &amp;amp;nbsp;  * Montesquieu&amp;amp;nbsp;: Dans les &#171;&amp;amp;nbsp;Lettres Persanes – 1721 œuvre anonyme,&#187; il a recours au &amp;quot;Subterfuge&amp;quot; pour d&#233;noncer la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Deux exil&#233;s perses &#224; Paris, Usbek et Rica,&amp;amp;nbsp; entretenant une relation &#233;pistolaire avec leurs amis rest&#233;s au pays. Il est aussi question de la r&#233;volte des femmes et du suicide de la favorite du harem.   Suite &#224; la parution de &#171;&amp;amp;nbsp;L’esprit des lois (1748) le Pape en fait interdire la lecture.  Montesquieu souhaitait amoindrir les taxes… Cela ne vous pla&#238;t toujours pas&amp;amp;nbsp;?  &amp;amp;nbsp;  * Voltaire&amp;amp;nbsp;: Il compose des &#233;crits satiriques, est tour &#224; tour, embastill&#233;, &#171;Oedipe Roi&amp;amp;nbsp;sort de la Bastille&#187;; Il doit se r&#233;fugier dans toute l’Europe, L’Allemagne de Fr&#233;d&#233;rick II, l’Angleterre, puis voyage dans toute l’Europe,&amp;amp;nbsp; dans le style &#171;&amp;amp;nbsp;Salman Rushdie&amp;amp;nbsp;&#187; (le Tandem aime les anachronismes). Comme son pr&#233;d&#233;cesseur, il se penche sur les lois &#233;conomiques et politiques.  Il commente les &#233;crits de Bernard Mandeville (Pauvre BK d&#233;poss&#233;d&#233; du ballon)&amp;amp;nbsp;;   Il intervient dans l’affaire Calas, - commer&#231;ant protestant condamn&#233; au supplice de la roue,&amp;amp;nbsp; parce qu’accus&#233; arbitrairement d’avoir tuer son fils pour l’emp&#234;cher de se convertir au catholicisme.  &amp;quot;Ecrasons l’Inf&#226;me&amp;quot;… Combat contre, la Superstition, l’Injustice, l’Obscurantisme, l’Ignorance…  En conclusion de sa vie il publie &#171;Candide, ou l’Optimisme&#187; ce qui aurait pu &#234;tre son &#233;pitaphe, &amp;quot;il faut cultiver son jardin&amp;quot;.  &amp;amp;nbsp;  En ao&#251;t 1684, Newton rencontrait Halley, &#224; Cambridge, qui venait discuter du probl&#232;me des orbites. Apr&#232;s plusieurs jours de r&#233;flexions, Newton &#233;labora des calculs et prouva&amp;amp;nbsp; qu’il existait des trajectoires elliptiques&amp;amp;nbsp;: ce qui rendit un fier service &#224; la Com&#232;te &#233;ponyme.  &amp;amp;nbsp;  Que retient-on de la R&#233;volution Fran&#231;aise&amp;amp;nbsp;: les Danton, Robespierre, Marat, Saint Just, Desmoulins etc   &amp;amp;nbsp;  Mais qu’est-il advenu des Ma&#238;tres de la R&#233;volution Fran&#231;aise, ceux-l&#224; m&#234;me qui ont r&#233;volutionn&#233; le syst&#232;me des poids et mesures&amp;amp;nbsp;pour plus d’&#233;quit&#233;, de constance et d’&#233;changes, travaux demand&#233;s par Louis XVI&amp;amp;nbsp;, on dit bien Louis 16: -   * Condorcet&amp;amp;nbsp;: suicid&#233; pour &#233;chapper aux tribunaux exp&#233;ditifs;&amp;amp;nbsp;   * Lavoisier&amp;amp;nbsp;: guillotin&#233; par les tribunaux r&#233;volutionnaires plus qu’exp&#233;ditifs. Lorsque&amp;amp;nbsp; le m&#233;decin Hall&#233;&amp;amp;nbsp;remit&amp;amp;nbsp; au pr&#233;sident dudit tribunal les &#233;tats de service de Lavoisier celui-ci s’esclaffa&amp;amp;nbsp;: &#171;&amp;amp;nbsp;La R&#233;publique n’a pas besoin de savants&amp;amp;nbsp;&#187;&amp;amp;nbsp;?!  * Lagrange, Delambre, Laplace, Monge, Borda… exil&#233;s ou rescap&#233;s par l’oubli.   Le lendemain de l’ex&#233;cution&amp;amp;nbsp; de Lavoisier, Lagrange dira &#224; Delambre&amp;amp;nbsp;:  &#171;&amp;amp;nbsp;Il ne leur a fallu qu’un moment pour faire tomber cette t&#234;te et cent ann&#233;es, peut-&#234;tre, ne suffiront pas pour en reproduire une semblable&amp;amp;nbsp;&#187;  &amp;amp;nbsp;  * Olympe de Goujes&amp;amp;nbsp;: dont les seuls crimes auront &#233;t&#233; de favoriser ce foisonnement d’intellectuels dans son salon, et d’avoir &#233;t&#233;&amp;amp;nbsp; contre&amp;amp;nbsp; le r&#233;gicide, f&#251;t aussi d&#233;capit&#233;e.   Lors du trajet en charrette, - transport qui favorise la vindicte populaire et les crachats -, de la Bastille au couperet donc, elle maintint sa t&#234;te droite, alors que sa condition de femme lui eut dict&#233; de la baisser sur tout le parcours.  &amp;amp;nbsp;  &amp;amp;nbsp;  &amp;amp;nbsp;  1800/2015  &amp;amp;nbsp;  Emile Zola&amp;amp;nbsp;: Il dresse un &#233;tat des lieux de la soci&#233;t&#233; Fran&#231;aise de son &#233;poque &amp;quot;L’assommoir&amp;quot;&amp;amp;nbsp;&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;Nana&amp;quot;&amp;amp;nbsp;; &amp;quot;Germinal&amp;quot;...  Dans sa lettre ouverte &amp;quot;j’Accuse&amp;quot; parue dans l’Aurore le 13 janvier 1898, il d&#233;nonce le jugement &#224; huis clos et ses d&#233;rives dans l’affaire Dreyfus. Condamn&#233; pour diffamation, il s’exile &#224; Londres.  Fervent D&#233;fenseur du Capitaine Dreyfus, accus&#233; &#224; tort d’espionnage et d’intelligence avec l’ennemi. Le 22 d&#233;cembre 1894, Alfred Dreyfus est jug&#233; coupable et condamn&#233;&amp;amp;nbsp; &#224; la d&#233;gradation publique, &#224; la r&#233;clusion&amp;amp;nbsp;pour haute trahison, et d&#233;port&#233; &#224; l’&#238;le du diable.   Il fut graci&#233; le 19 septembre 1999 et r&#233;habilit&#233;, le 12 juillet 1906.&amp;amp;nbsp;   Dans la nuit du 28 au 29 septembre 1902, Zola meurt d’intoxication par asphyxie&amp;amp;nbsp;: probablement une obstruction volontaire de sa chemin&#233;e par un d’antidreyfusard.  Mais Victor Hugo, aussi se refugia &#224; Guernesey…  &amp;amp;nbsp;  De Baudelaire, Verlaine, Rimbaud et Tcha&#239;kovski, &#224; Mahler, Chagall et Kafka&amp;amp;nbsp;: Humili&#233;s pour leur vie &amp;quot;dissolue&amp;quot; ou condamn&#233;s &#224; l’errance pour Confession.  &amp;amp;nbsp;  De C&#233;zanne, Modigliani, &#224; Picasso, Kandinsky et les Futuristes&amp;amp;nbsp; : Chass&#233;s de l’Exposition Universelle de Paris 1900 et contraints de se r&#233;fugier au salon des refus&#233;s, ou forc&#233;s &#224; l’exil et d&#233;clar&#233;s d&#233;cadents par un syst&#232;me on ne peut plus odieux.   &amp;amp;nbsp;  Puis, il y a Charlie, comme Daumier (petit rappel&amp;amp;nbsp;: ses caricatures &#224; l’endroit du pouvoir en place &#233;taient bien plus caustiques) et Dubout…   Le Tandem entend par-ci, par-l&#224;, au gr&#233; des routes, qu’il faut lib&#233;rer toutes les paroles. Peut-&#234;tre pas, car il existe des diff&#233;rences fondamentales entre des ignorants sanguinaires et Wolinski, Cabu, Charb, Tignous: ils incarnent la culture et l’humanisme et la d&#233;fense de nos droits et de notre d&#233;mocratie.  &amp;amp;nbsp;  Le tandem a fait une d&#233;couverte chez son coiffeur, lieux plut&#244;t propices aux comm&#233;rages&amp;amp;nbsp;? Fa&#238;tes tomber le Pr&#233;jug&#233;! Si celui-l&#224; pouvait &#234;tre le dernier.  Pascal Picq&amp;amp;nbsp;: Pal&#233;o-Anthropologue (Quelle bonne surprise! D&#233;sol&#233; le Tandem &#233;tait sur une autre Galaxie) &#233;l&#232;ve d’ Yves Coppens (LSD – The Beatles), entour&#233; de Michel Serres (toujours serein) et de Jean-Didier Vincent (toujours rieur, vous savez l’ocytocine)  &amp;amp;nbsp;  Pascal Picq nous explique la diff&#233;rence fondamentale entre Lamarck et Darwin. Mode ou lecture compar&#233;s du raisonnement&amp;amp;nbsp;: &amp;quot;l’Humanit&#233; voit la nature en ennemie. Les hommes doivent comprendre qu’ils font partie de la nature&amp;quot;  &amp;quot;La violence destructrice date au minimum du n&#233;olithique, il y a dix mille ans. Elle a &#233;t&#233; d&#233;multipli&#233;e avec la r&#233;volution industrielle. Mais la culpabilit&#233; ne sert &#224; rien. Il est urgent, en revanche, de devenir de vrais Homo sapiens.&amp;quot;   Repenser le monde dans lequel nous vivons. Mettre l’Homme au centre et l’&#233;conomie &#224; son service. Enfin les bœufs avant la charrue, enrage le Tandem.  &amp;amp;nbsp;  S’en suivent des indications sur le mode de datation des esp&#232;ces, en observant leur r&#233;gime alimentaire, l’&#233;volution de&amp;amp;nbsp; leur m&#226;choire,&amp;amp;nbsp; de leurs dents, et la qualit&#233; de leur &#233;mail, leur station debout, leurs mœurs et le rire qui n’est plus le propre de l’homme.   Le tandem remarque que chez certains singes, le rire peut provoquer l’humiliation et la mortification m&#232;res de tous les dangers. Comme quoi on ne peut r&#233;ellement pas rire avec tout le monde.   &amp;amp;nbsp;  Quand le Tandem lit&amp;amp;nbsp;et soliloque: &amp;quot;&amp;amp;nbsp;la pens&#233;e occidentale et son ontologie dualiste: homme/animal, culture/nature&amp;quot; mais encore, &amp;quot;l’homme &#224; l’image de Dieu&amp;quot;&amp;amp;nbsp;(dont on sait que pour les Cathares l’image fut d&#233;sastreuse et entra&#238;na une s&#233;rie de d&#233;fenestrations). &amp;quot; L’homme perfectible par la raison et la libert&#233;&amp;quot; (les Lumi&#232;res, toutes&amp;amp;nbsp;?)&amp;amp;nbsp; Il poursuit: &amp;quot;la th&#233;orie de Darwin annon&#231;ait la mort de la m&#233;taphysique occidentale. Mais l’inertie est aussi lourde que le poids de nos mythes … Nous Fran&#231;ais sommes tr&#232;s handicap&#233;s avec notre anthropocentrisme exacerb&#233; par le dualisme cart&#233;sien&amp;quot; (ouf le Tandem est soulag&#233;). &amp;quot;Ce fond ontologique, issu de notre m&#233;taphysique, est devenu une id&#233;ologie qui affecte une partie de la th&#233;ologie, de la philosophie et m&#234;me des sciences, ce qui influence la politique&amp;quot;. A l’inverse d’autres Terriens.  &amp;amp;nbsp;  &amp;quot;La force de Darwin&amp;amp;nbsp; fut justement d’expliquer l’innovation par la rencontre entre l’immense variabilit&#233; individuelle et le tri op&#233;r&#233; par la s&#233;lection naturelle&amp;quot;.&amp;amp;nbsp; Pascal Picq est l’invit&#233;, pour la premi&#232;re fois de l’APM (Association progr&#232;s du management), en 1997. Il constate depuis les diff&#233;rences notoires entre l’entreprise fran&#231;aise (Lamarkiste) et l’entreprise anglo-saxonne (Darwinienne).   &amp;amp;nbsp;  En attendant, toujours &#233;pat&#233;s par nos politiques…Tout s’est bien d&#233;roul&#233; le 11 janvier 2015.&amp;amp;nbsp; Le Tandem a aussi d&#233;fil&#233;, il tient &#224; tous ses droits.  &amp;amp;nbsp;  On a revu notre Rubecula, sur le trottoir, c’est aussi d’actualit&#233;&amp;amp;nbsp;: il faut qu’on lui cherche une tente Ushuaia…  &amp;amp;nbsp;  Le R&#233;veil-Matin a chant&#233;:&amp;amp;nbsp;&amp;quot;Au premier coup de Trafalgar, c’est l’amiti&#233; qui prenait le quart… Ses Fluctuat Nec Mergitur, n’&#233;tait pas de la litt&#233;rature, n’en d&#233;plaise aux jeteurs de sort, aux jeteurs de sort… Quand l’un d’entre eux manquait &#224; bord, c’est qu’il &#233;tait mort…  &amp;amp;nbsp;  &amp;amp;nbsp;  Le Tandem non encore remis de toutes ses &#233;motions.      </description>
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     <title>Concert 28 12 2014 : Conclusions &amp;amp; friends - par Benoit Kullmann le 27/12/2014 : 06:19</title>
     <link>http://www.bkneuroland.fr/articles.php?lng=fr&amp;pg=18371</link>
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     <description>Conclusions &amp;amp;amp; Friends </description>
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