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lunes, 7 de noviembre de 2011

DIONNET: "GLÉNAT? OUI, MAIS GLÉNAT ESPAGNE " (13)


                  « La magia de Maga : Desde la nostalgia » de Paco Baena qui est né la même année que  moi il y a longtemps, m’a ému et remué.
 Il a le même âge que moi donc et nous avons en gros la même culture puisqu’il a essentiellement écrit des livres sur le cinéma et ici sur Maga, maison d’édition qui pendant longtemps fit de Valencia (Valence) un des centres de la bande dessinée populaire espagnols.
 Je me souviens que j’allais en camping du côté de Sitges, l’Espagne n’était pas chère pour les petits français alors, il suffisait de travailler un mois chez Kodak à la chaine (et de se couper la main sur les pellicules qu’il fallait trier, mettre dans des petites poubelles, puis les petites poubelles dans des moyennes et les moyennes dans des grandes) pour se payer un mois super.
 Pendant ces vacances ou à un autre moment, peut-être était-ce avec Robert Roquemartine, j’ai rendu visite à un petit libraire de Valence qui s’appelait Antonio Riera et que je n’ai jamais revu.
 Et j’ai découvert chez lui des tonnes de fascicules populaires dont je ne savais rien et qui ressemblaient beaucoup à nos fascicules populaires à nous : dessins approximatifs souvent copiés sur les grands maîtres américains, impression grisâtre, format à l’italienne, des tonnes de merveilles où tous les genres étaient représentés.
 Et c’est cette nostalgie là que nous raconte avec ce beau livre en couleurs, Paco.
 Je ne savais pas alors, Maga c’était comme en France Artima de Tourcoing, que ce petit éditeur publiait avec « El Capitan Trueno » et « El Jabaro » les grands héros de l’Espagne d’alors destinés à la jeunesse.
 Pendant longtemps, j’ai haï ou méprisé ces amateurs de bande dessinée qui voulaient que retrouver leur jeunesse et leur enfance car souvent ils étaient un peu aveugles sur ce qui se passait depuis.  Ils voulaient juste retrouver leurs dix ans.
 Avec le temps j’ai compris que cela n’avait rien de grave, que c’était une manière de voyager dans le temps, et cela l’auteur le fait bien, à côté de sa photo il y a une image du premier comics qu’il a acheté (là-bas ça s’appelle Tebeo) : « Aventuras de boro-kay » dont le héros absurde a un côté absurde, c’est un petit garçon en short avec une chemise rouge, un flingue et des lunettes qui se bat contre des méchants gangsters.  C’est ainsi que j’ai été content de découvrir la première rencontre entre Jorge, le héros de « Pantera Negra » et sa panthère Isabellita !
                              Il y avait des histoires de vikings, de footballeurs, des histoires policières, vaguement inspirées par Alex Raymond et son « Rip Kirby » comme « Hombres de Ley » (« Hommes de loi »), des histoires moyenâgeuses avec des costumes étrangement sciencefictionnesques comme « El Guerrero del Antifaz » et des mises en pages audacieuses qui faisaient un peu penser aux premiers comic books, comme « Rebelion » où le titre venant bousculer les personnages qui se battent, ressemble à du Eisner.
                              Il y a des contes de fée, avec des rois forcément maudits, des histoires d’indiens qui s’appelaient tout simplement « apaches », des histoires exotiques qui s’appelaient « bengala » et des dessins affreux mais qui donnaient envie comme « Piel de Lobo » avec des géants qui attrapaient les héros dans leurs mains pour mieux les écraser.
 C’est un livre qu’on peut lire mais on n’est pas obligé, on peut regarder simplement les images et rêver sur « El acrobata terremoto » où les trapézistes du cirque s’accrochent à des parapluies, « Audaces legionarios » : la mythologie de la légion dans l’Espagne franquiste, était à la mode comme en France, avec ces « salopards » auxquels on ne demandait pas leur passé mais simplement dans l’avenir d’obéir et de se battre, s’inventant une vie nouvelle.
 Il y avait les histoires de Californie, de la Californie de langue espagnole bien sûr, un cousin de « Hercule » dessiné par Lopez Bianco, qui s’appelait tout simplement « Colosso » et qui faisait bien son travail : taper les méchants et les jeter au loin, des histoires liées à l’histoire espagnole et des héros aussi que nous vimes aussi comme chez nous comme « Don Z » qui était, paraît-il, le fils de Zorro, et des histoires plutôt bien dessinées comme « El Espia » (« L’Espion ») dûes à des auteurs dont la carrière dura plus longtemps comme José Ortiz ou Eustaquio Segrelles qui n’a rien à voir avec le grand illustrateur des « 1001 Noches », ni avec le dessinateur du « Mercenaire » plus tard.
                              Il y a eu « Huracan », une espèce de Flash Gordon local qui se bat contre des hommes fourmis dans un monde de space opera : une colonie pénitencière sur la lune et « Pantera Negra », un Tarzan local, la moitié plagiée sur Foster, la moitié plagiée sur Hogarth.
                                Et on découvre quelques imports comme « Le Chevalier Blanc » de Funcken qui apparemment dura pas mal là-bas. Les fascicules étaient minces et le héros avait à peine le temps de rencontrer les méchants qu’il devait déjà les défaire et passer à l’aventure suivante. C’était bien, et ce qui est bien surtout c’est la manière maniaque et extrêmement sérieuse dont Paco décrit ces personnages et leurs aventures comme s’il s’agissait d’œuvres importantes.
 Après tout elles le sont pour lui et comme il sait les raconter, elles le deviennent pour nous.

DIONNET: "GLÉNAT? OUI, MAIS GLÉNAT ESPAGNE" (12)


Toujours chez Glénat Espagne, un livre indispensable, volume 1 du « Patrimonio de la historieta », consacré à Angel Puigmiquel.
 Totalement inconnu en France, Angel Puigmiquel est un extraordinaire dessinateur espagnol que je découvre d’un coup.
 En gros tout ce qu’il a fait en bandes dessinées, publié entre 1941 et 1949, dans un magazine qui s’appelait « Gilsa ».
                                                    C’était des histoires à idiotes comme les indiquent le titre que je traduis littéralement, dans le magnifique recueil qui s’appelle « El Ladron de Pesadillas y otras storias », les titres sont donc « SOS au musée diabolique », « Les Crimes du Gramophone » ou traduction du titre de l’ouvrage « Le voleur de cauchemars ». Ensuite avec sa femme architecte Cristina, il partira vers d’autres domaines et d’autres pays, il ira à Caracas, il fera de l’animation et des photos, selon Antonio Martin, passionnantes. Il sera compagnon de route des grands animateurs de l’époque comme John Hubley, il reviendra en Espagne et repartira, vu le climat politique, au Vénézuela, puis décidera de revenir en Espagne où il fera de l’animation pour la publicité puis se retirera. Il a donc eu une carrière mouvementée et c’est tout jeune, il a dix neuf ans, qu’il réalise les merveilles graphiques incroyables dont je vais vous montrer quelques bouts.
 Imaginez quelqu’un qui ait la magie visuelle d’un Little Nemo revisité « fifties », du Jacovitti première période, des planches du dimanche de Gasoline Alley, du meilleur de Bottaro et quelque chose déjà de ce que sera un peu plus tard le magnifique « Gordo », de l’américain né au Mexique, Gus Ariola. Et bien c’est de cela qu’il s’agit.
 Je découvre ainsi une courte et étonnante carrière pleine de merveilles, terriblement dans l’air du temps d’aujourd’hui, il y a encore quelques décors, quelques arbres, qui font penser à l’avant-guerre, il y a déjà quelques décors minimalistes qui font penser à ce que lui et d’autres feront en animation dans la période « Gérald McBoing » ou « Mister Magoo », il y a des arbres contournés, des bandits costauds avec des mitraillettes, des géants, beaucoup d’enfants, pour cette histoire pour enfants, un gramophone qui pleure son titre au travers de son pavillon, des trappes et des pièges comme chez le « Dr Seuss », des accumulations à la Dubout parfois et un usage de la couleur tout à fait étonnant, souvent des quasi monochromies qui changent totalement d’une case à l’autre. Et déjà dans certaines images du « Voleur de cauchemars », on projette sur un écran des films d’animation, ceux qu’il réalisera plus tard.
                                              Le livre est complété par quelques images en noir et blanc, reproductions d’originaux tout à fait passionnantes car on réalise aussi sec l’importance qu’il a porté à la couleur quasi expressionniste et qui change totalement le sens de son dessin.
 On voit qu’il travaillait vraiment pour la couleur, un peu comme pour Roy Crane et son « Wash Tubs » pour les planches du dimanche.
Pour moi ce n’est pas une découverte, c’est mieux que cela, une révélation.

DIONNET: "GLÉNAT? OUI, MAIS GLÉNAT ESPAGNE" (4)


Le plus beau livre édité par Glenat Espagne, c’est sans doute celui de Fernando Fernandez, un dessinateur que vous avez peut-être croisé dans « Heavy Metal » en Amérique ou chez Glénat quand il faisait « Dracula », un petit maître attachant qui savait tout faire, il naquit à Barcelone en 1940 et qui à quinze ans, commença à être publié, c’est un autodidacte donc qui fera partie du groupe qui, grâce à Josep Toutain sur lequel je reviendrai, car j’ai des choses à dire à ce propos, fut vendu dans le monde entier, en Angleterre, au Mexique et en Espagne, et qui fit de tout : des bandes dessinées quotidiennes, des illustrations, des récits complets.
 Plus tard il alla en Argentine et croisa tous les grands qui y étaient alors comme Breccia ou Solano Lopez et le grand scénariste Osterheld, il travailla énormément comme tous les espagnols pour cette machine à imprimer qu’était la Fleetway et qui n’avait qu’un seul mot d’ordre, beaucoup de pages en noir et blanc, bien défini, puisque l’impression était pourrie, et dans les années 60/70, grande époque pour l’Espagne, il croisa d’autres grands dont il est parlé plus loin, il travailla pour l’Amérique du Nord encore mais aussi pour une collection de romans-photos, Corin Tellado, dont j’ignorais tout.
 En Espagne et en Amérique, il sera publié dans « 1984 » avec des histoires de science fiction et des héroïnes hyper sexy, et dans « Heavy Metal », puisqu’en Amérique c’est comme ça que s’appelait « Metal Hurlant », puis pour « Creepy » mais ça sera repris en France par Glénat, assez joliment car de manière très illustrative, il fit un beau « Dracula ».
 Ensuite, comme il avait beaucoup donné, suite à un incident cardiaque, il abandonna la bande dessinée et il se consacre désormais à la peinture, et il se décida de se raconter.
 Mais il se raconte d’une manière quasi unique qui me fait penser à ce beau roman qu’était les mémoires de Alain Corneau, « Projection Privée », que j’ai lu comme un roman tant il y avait d’envolées et de grâce même si l’histoire était vraie, et si les personnages qu’il rencontrait, Yves Montand ou Simone Signoret ou un jeune acteur qui allait se tourner vers les séries télé et devenir le héros des « Soprano » ont existé. Tous les deux ont une flamme définitivement romanesque.
 Chez Fernando Fernandez, elle est à la fois nostalgique et factuelle car il raconte merveilleusement l’Espagne où il a traversé en gros le franquisme puis son écroulement et son livre est un merveilleux récit où d’ailleurs il aime bien à s’isoler de lui-même, s’appelant « Fernando », se racontant comme s’il était quelqu’un d’autre.  Accessoirement le livre est beau car il est merveilleusement mis en pages, il y a des exemples graphiques de tous les dessinateurs qui l’influencèrent quand il était jeune, certains sont évidents, d’autres seront pour vous des révélations, le livre est beau et grand car il raconte merveilleusement tout. C’était un dessinateur de grand talent, pas un génie. Le problème avec les génies c’est que souvent ils ne parlent que d’eux, de leur génie.
 Il fallait un dessinateur comme lui qui avait tout observé et qui a une mémoire quasi photographique, pour dire tout et se souvenir de tout d’une manière si précise, qu’à chaque fois on a l’impression d’y être et de vivre par procuration, c’est pour cela que je dis que c’est presque un roman.
 La suite demain.

DIONNET: "GLÉNAT? OUI, MAIS GLÉNAT ESPAGNE" (3)


Antonio Martin fait partie de la génération qui précéda la mienne, celle des Moliterni, Couperie, Luis Gasca, Umberto Eco (qu’est-ce qu’il a pondu sur la bande dessinée à une époque : on aimerait bien voir tout cela un jour réuni), Rinaldo Traini, Claudio Bertieri, ils ont donc une approche différente de la mienne. Le défaut, ils étaient presque tous définitivement nostalgiques. La qualité, ils avaient eu entre les mains des choses que nous ne reverrons peut-être plus jamais.
 Et presque tous avaient dans l’ensemble une belle culture générale, c’était l’époque où tout le monde avait une belle culture générale, et pouvaient relier la bande dessinée aux autres arts.
 Antonio Martin a commis plusieurs livres sur le sujet et celui que vous avez entre les mains était déjà paru dans la Revista de Educacion, mais il a corrigé le texte et a rajouté des chapitres entiers. Ca s’appelle toujours « Apuntes para una historia de los Tebeos ». Le livre est en noir et blanc hélas, mais que cela ne vous empêche pas de l’acquérir si vous parlez l’espagnol.
 Il commence tôt, comme on commençait presque toujours à l’époque avec en gros Gutenberg et la manière dont on commença à imprimer au XIXème siècle des caricatures puis des semblants de bandes dessinées.
 Il faudra qu’on arrête un jour de gloser sur « Les Pionniers du 9ème Art » autour de l’absurde problème des bulles : et il y a un très bel exemple ici, une page parue en 1900 en Espagne qui aurait pu paraître dans « L’Assiette au Beurre », superbe, oui le texte est en-dessous, comme dans « Prince Vaillant », mais oui c’est narratif et oui c’est beaucoup plus moderne en vérité que les bandes dessinées des années 80 rejoignant en gros ce que font l’Association et ses clones.
 Il y parle donc des premières bandes dessinées espagnoles et ne rentre pas dans la querelle oiseuse de savoir qui a inventé la bande dessinée, un jour on le saura peut-être et ce ne sera peut-être pas Wilhelm Busch. Un jour à Saint Malo, j’ai découvert un exemplaire trop cher pour moi du premier livre imprimé : ce n’était pas Gutenberg mais un coréen !
 Et puis il en vient à ce qu’il appelle « la civilisation de l’image » les années 1917 à 1936, ces premiers comics qui ressemblaient encore à « L’Assiette au Beurre » ou à « L’Epatant », « Les Aventures de Charlot » forcément, comme partout, et les dessinateurs qui sont entre Rubino pour l’Italie et Saint-Ogan pour la France, et tout de suite derrière l’arrivée des américains autour de « Mickey » et des inévitables bandes de la King Features Syndicate, Raoul, Gaston et les autres et forcément « Flash Gordon ».
 Et puis il en vient au « temps héroïque de la bande dessinée espagnole » : 1936-1947. Il montre des photos d’enfants de l’époque, ou de gens qui lisent des journaux et l’apparition des grands magazines locaux, et des grandes bandes dessinées inspirés de l’Amérique mais qui désormais sont dûs à des espagnols qui d’abord copient le modèle américain, puis inventent et innovent.
 Et comme en Italie, quand les temps deviendront troublés et troublants (en Italie c’était Fellini qui s’était collé au scénario de « Flash Gordon »), il y aura en Espagne aussi un final assez maladroit de « Flash Gordon ». Ensuite apparaît dans un dessin d’abord un peu illustratif mais extraordinairement brillant, puis de plus en plus réaliste et proche d’ailleurs d’Alex Raymond au début, la famille Blasco dont surtout le grand Jess mais les frères parfois n’ont pas démérités. Et le magnifique magazine « Chicos » où Jesus Blasco nous donne des œuvres qui valent « Flash Gordon » ou « Prince Vaillant ». Tout comme en Argentine et en Espagne, Salinas fera l’équivalent de Hal Foster en aussi bien. Il passe ensuite aux années 1947-1963. Ah ! Cette photo d’une petite fille qui se régale avec plein de bandes dessinées comiques, idiotes comme les aurait aimé Charlie Schlingo, et ces touchantes histoires de super héros en une page comme « El Hombre Atomico » et l’influence des pulps reliant « Doc Savage » et le héros de pulp local, « El Coyote » : la mise en page des couvertures est la même. On aperçoit quelques scouts des années 50, des scouts pas des louveteaux, n’oublions pas que les « louveteaux » furent inspirés par le Mowgli de Kipling, là-bas ils sont déjà sous le contrôle de la phalange et donc de Franco.
 Et puis, on voit surgir quelques maîtres modernes comme le formidable Buylla avec « Diego Valor » qui avait un trait très personnel et qu’on découvrit en France dans « Monde Futur » mais qui hélas fut dévoré au sens propre par sa trop grande production et eut une trop courte carrière.
 Puis vient une grande spécialité espagnole, les histoires romantiques à jolies filles dont vont surgir d’innombrables dessinateurs qui vont envahir le monde, aussi bien l’Amérique, voir Longaron sur « Friday Foster », la belle héroïne noire de comic strips des années 60, l’Angleterre (« la Fleetway ») et qui vont tellement marquer les esprits que dans une de ses ultimes bandes dessinées, sa dernière je crois, une histoire de cœur, Jim Steranko retrouvera leur style floral étrange, mélangeant l’illustration américaine de magazines d’alors et style 1900.
 J’ai bien aimé « Super Hombre » avec sa couverture étrange qui fait penser à la fois aux super héros dégénérés américains des débuts mais aussi à « Super Dupont », et on voit surgir les agences de comics en Espagne avec Toutain qui deviendra patron d’agence et arrêtera de dessiner, le grand Freixas et l’école de Barcelone (Carlos Gimenez et les autres). Grâce à Toutain et à « Selectiones Illustradas », ils iront vers un exil doré, trouvant du travail en Argentine, en Angleterre puis en Amérique, je vous en reparlerai à propos de Fernando Fernandez.
 On voit arriver des comic books à l’identique, en couleurs, non pas comme chez Artima où on les remontait : semblables aux comic books américains, des bandes dessinées italiennes, rhabillées, Franco est encore là, et il y a un magnifique exemple avec « La Panthère Blonde » qui est d’ailleurs plus sexy habillée que nue : charmes de la censure, il s’arrête en gros aux années 60 juste avant que, via Burulan, l’éditeur, puis l’exportation au travers de Toutain, d’une nouvelle génération, puis l’implosion / explosion de la Movida qui fera surgir les suivants, la génération Torres, Mariscal, etc… l’Espagne débarrassée du Franquisme et soudain libérée devient un moment en bande dessinée, une plaque tournante.
 Dans les années 70, il y avait cinq / six grands mensuels de bandes dessinées en France, il y en avait tout autant en Espagne, Madrid et Barcelone se tirant la bourre et les merveilles étaient nombreuses.
 Seuls quelques auteurs demeurent aujourd’hui qu’il faudrait d’ailleurs suivre de près, mais avec des tirages moindres et sortant souvent directement en livres comme le toujours formidable Javier de Juan, quand ils ne sont pas devenus des artistes à plein temps avec un grand « A », comme Mariscal ou Ceesepe.
 Beaucoup se retrouvent dans un merveilleux magazine mensuel italien édité par Bonelli en Italie : Brandon.
 Mais ceci est une autre histoire.

JEAN-PIERRE DIONNET: "GLÉNAT ? OUI MAIS GLÉNAT ESPAGNE (2)"


Dans la collection Parapapel, Salvador Vasquez de  Parga a consacré un gros ouvrage de textes aux romans populaires espagnols, « Héroes y Enamoradas », que nous ne connaissons pas, puisqu’ils ne sont pas arrivés chez nous. L’auteur s’y connait et il brasse large, depuis des fascicules populaires qui ressemblent aux nôtres et qui souvent ont été traduits « de l’étranger » comme chez nous, des livres d’aventure de Curwood à Simenon en passant par Edgar Wallace, il y a même quelques pulps, quasi à l’identique dont « The Shadow » qui s’appelle là-bas « La Sombra ». « The Shadow » n’est pas paru chez nous ce qui aurait peut-être changé bien des destins, mais d’un autre côté nous avions « Fantomas »…
Puis on en vient aux auteurs locaux qui ont fait des pulps locaux et très vite dans les années 40, on voit surgir des romans populaires au format de poche, de science fiction, de western, de polar et des espèces de super héros dont un s’appelle tout simplement Hercule, mais aussi des romans sportifs et encore et toujours, Edgar Wallace. N’oublions pas que son règne fut long dans toute l’Europe et même au-delà, et que dans les années 60/70, il fut adapté par exemple avec un énorme succès par le cinéma allemand de l’ouest où il y a là des choses admirables et nombre de ses films mériteraient d’être exhumés.
Puis vient un héros que je connaissais en bande dessinée mais dont je ne connaissais pas la genèse en roman, un peu comme « Zorro », c’était d’ailleurs son concurrent postérieur, il s’appelait « El Coyote ». Il avait un grand chapeau ridicule et provoqua une floppée de concurrents directs à son tour comme « El Alcon ». Comme les aventures de « Zorro », « El Coyote » se déroulait en Californie, à l’époque où elle était encore espagnole, mais l’auteur m’a aussi donné envie de connaitre davantage un autre auteur qu’il encense : Guillermo Lopez Hipkiss et son « El Encapuchado » Il fut apparemment publié dans tous les pays de langue espagnole et ses protagonistes divers, masqués, comme « La Antorcha » ou « Mascara Negra » sont peut-être une des sources de l’iconographie des catcheurs mexicains.
Et puis il y a des histoires de pirates comme « El pirata negro », des histoires de jungle, des westerns encore mais vus désormais du côté indien, et de la science fiction.
 J’ai été un peu malheureux car des couvertures épatantes sont reproduites en noir et blanc d’autant que certaines, surtout pour les romans de cœur, sont très belles. On y parle aussi, à partir du moment où le franquisme commença à s’écrouler, de romans érotiques pseudo-américains mais dûs à des auteurs espagnols.
Avec « Naviatom », je vois qu’ils avaient leur « Brantonne » qui avait l’air aussi bon que le nôtre, il y eut aussi dans les années 70 aussi, libéralisation des mœurs encore, des romans de terreur avec femmes dévêtues face aux monstres, et plein de sous « James Bond » tout à fait croquignolets, comme « Scum » qui me fait penser, en tout cas pour la couverture, à notre « Doberman ». Et curiosité, un nommé « S.O.S » dont les couvertures sont un copier/coller de notre « S.A.S ».
 Salvador Vasquez de Parga a publié une floppée d’ouvrages sur les comics du franquisme, sur le roman policier, sur les espions dans la fiction, sur le roman noir, des monographies sur les auteurs de BD, Alex Raymond, Harold Foster mais aussi le grand auteur espagnol Emilio Frexas, il est extrêmement agréable à lire et tout à fait passionnant.
Et surtout, il m’a laissé rêveur car il y a deux ou trois ans au Portugal j’ai vu quelques romans populaires qui m’avaient l’air étonnants mais je ne parle pas le portugais. Et comme maintenant j’ai fait le tour de presque toute l’Europe, je m’aperçois que partout, en même temps, il y a eu des fascicules puis des romans populaires puis des livres de poche à grand tirage autour des genres précités. Et je rêve d’un regroupement de fous de tous les pays, une espèce d’Unesco ou d’ONU du bis qui trouverait un éditeur, fou lui aussi, qui recenserait tout ça et nous verrions d’étranges correspondances et aussi de bien curieuses différences. Les ressemblances nous en diraient beaucoup sur ce que nous avons de commun, (souvent une influence américaine, plan Marshall aidant), et les différences nous en diraient beaucoup sur la manière dont l’Europe est en fait un groupement d’états heureusement très différents, un peu comme en Amérique du Nord, les gens de Miami et les texans n’ayant pas grand chose à dire à ceux qui habitent Chicago.
Et pour les fous furieux, il y a un bel index à la fin, des collections de romans populaires par ordre alphabétique, la liste des auteurs qui, comme en France dans les années 50, et cela se prolongea en Italie jusqu’aux années 80, prenaient systématiquement des pseudonymes américains pour se vendre : il y a un Fred Williamson, mais ce n’est évidemment pas l’acteur, il s’appelle en vérité Guillermo Garcia Lopez, il y a deux Jack Gray mais l’un s’appelle Juan Llop Selliarez et l’autre Rafael Segovia Ramos. Un geek futur, un jour, se penchera sûrement sur ce grave problème en nous expliquant pourquoi il ne faut jamais les confondre.
Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, ce livre m’ayant fait rêver de son équivalent en couleurs, le même auteur, Salvador Vasquez de Parga a publié en grand format « Las Novelas de Aventuras en 250 portadas » dans la collection Pulpa toujours chez Glénat, avec une mise en page superbe, qui contient une sélection des plus belles couvertures couleurs des grands romans d’aventures espagnoles ou des grands romans d’aventures étrangers parus en Espagne.
Et là encore que de surprises admirables, ils ont un illustrateur de « Fantomas » qui s’appelle C. Daro et qui a fait de belles couvertures différentes de celles françaises de Starace, un merveilleux dessinateur des années 20 qui s’appelle Ribas et qui a fait dans la science fiction comme dans le policier, Arturo Ballester, incontournable, et d’autres illustrateurs dont un formidable pour « Tarzan ». L’auteur nous montre ensuite les grands romans policiers et populaires, Sax Rohmer là-bas aussi incontournable avec « Le Scorpion d’or » (« El scorpion d’oro »), et Victor Aguado m’est apparu immédiatement comme un des meilleurs illustrateurs du créateur de « Fu Manchu ». Comme c’était aussi l’époque où l’Espagne publia des espèces de pulps en reprenant les couvertures américaines, il y en a, puis viennent plein de romans populaires de petits formats dans tous les genres évoqués et j’ai été ébloui par « Agus » au trait quasi photographique. Pendant la guerre civile, les affaires continuant, il y eut par exemple un nommé Cobos qui dessinait déjà très exactement comme Torres le fera dans les années 70/80 en BD.
Et puis on passe au gros morceau, au plus grand éditeur populaire d’alors, aux éditions Molino à la collection La Biblioteca Oro.
 Tous les genres étaient abordés et on revenait aux pulps parfois, « Doc Savage » avec sa couverture américaine, il y a un nommé Bocquet qui fait de beaux avions pour une collection d’aventures aéronautiques, et même un roman de Sheckley que je ne connaissais pas, qui s’appelle « El Agent X Action », la couverture est signée par un nommé Noiket, qui fait penser à l’illustrateur américain Bob Peake.
 Il y a d’innombrables illustrateurs de westerns qui valent ceux de la formidable collection belge « Westerns » aux éditions Dupuis, dont l’épatant Salvador Mestres qui fait auusi penser à certains illustrateurs mexicains. Et puis il y a tous les polars espagnols, le succès de Edgar Wallace dont j’ai déjà parlé était tel, qu’il y eut même une collection « Wallace » mais le roman dont on voit la couverture est signé Tono Hattaway et ressemble aux « giallos » à couvertures jaunes italiens de la même période.
Et puis il y a forcément « El Coyote » avec son chapeau trop grand et mes préférés : un justicier urbain équivalent des super héros des origines, « Doctor Niebla » que je connaissais déjà en bande dessinée et dans la même collection Superhombres, « El fantasma » et le fameux « Encapuchado ». Et qui était Mary Ann qui faisait d’étranges couvertures entre mode et terreur de « Los Enigmas del Inspector Vega » ?
 On finit en beauté avec les pirates et les aventuriers réactionnaires ou révolutionnaires à la manière du « Mouron Rouge », avec de petits fascicules vendus en kiosque à partir des années 50 et édités par Bruguera, où il y a aussi des histoires de guerre, de l’exotisme avec des noirs forcément méchants, forcément féroces, comme « Bwana » et une série appelée « Keeper film », adaptation apparemment de films en romans ou édition de romans qui étaient devenus films, ici : « La Dame de Shanghai » d’Orson Welles avec une jolie image de Batet et évidemment il y a la science fiction avec Parera Ribas et Jose Luiz.
 Un voyage au pays des merveilles ibériques,je reviens donc demain à d’autres livres indispensables de Glénat, Espagne.

JEAN-PIERRE DIONNET: "GLÉNAT? OUI, MAIS GLÉNAT ESPAGNE" (1)



Ca y est, vous allez vous dire que j’ai pété un plomb et que je vais vous raconter que Glénat éditent de la bande dessinée. Si ça continue comme ça, je vous dirais que Larousse publie des dictionnaires. Ce n’est évidemment pas de cela qu’il s’agit puisque je vais vous parler de Glénat Espagne qui n’est pas qu’une déclinaison de Glénat France mais qui a aussi ses particularités et qui publie des livres épatants sur l’histoire de la bande dessinée, sans équivalence chez nous, grâce à l’éditeur Joan Navarro. A commencer par « Los comics gay » de la biblioteca Dr Vertigo de Santi Valdez qui recense les coupables habituels de « Tom de Finland » à « Anarcoma », la magnifique héroïne ou le magnifique héros, comme on voudra, de El Vibora, la grande revue underground barcelonnaise née en pleine Movida et qui est indubitablement le chef-d’œuvre de Nazario et la meilleure bande dessinée transgenre avec ce que fait Baldazzini et en underground américain « Horny Biker Slut » qui d’ailleurs a été publié en France il y a quelques temps dans l’indifférence générale. Il y a bien sûr « Ralph Koenig », quelques BD espagnoles ou américaines underground que ne n’avais jamais vues et évidemment, (mauvais esprit nécessaire), « Batman et Robin » et le « Tarzan » de Hogarth. Mais aussi « Den » de Corben que j’ai publié à son époque. Et j’ai réalisé tout d’un coup que cela se tenait car, même si le « Tarzan » de Hogarth était destiné à un public généraliste, même si le musclor de Corben était destiné aux amateurs d’heroic fantasy, « Den », avec son gros zizi qui balance dans tous les sens a quelque chose de « Tom de Finland ». Petite aparté, à propos de Hogarth ou plutôt d’Edgar Rice Burroughs, certains on fait bien plus fort.
 Voici quelques images extraites du volume 2 numéro 48 et de mes greniers de la revue « Amra », fanzine qui ne parlait en gros que de Edgar Rice Burroughs et de Robert Howard, l’auteur de « Conan » et dont je vous montre quelques images : décidément, pour les amateurs d’héroic fantasy purs et durs, les frontières se brouillent car voici quelques dessins (non, ce ne sont pas des photos mais des dessins après photos) de Paul Gerrior et puis aussi à propos de « Conan », quelques images de Georges Barr. Vous verrez que « Tom de Finland » n’est pas loin et que décidément à partir du moment où on fait dans le musclé, dévêtu ou au contraire à peine, vêtu d’un slip en fourrure ou en cuir, on attire forcément des sensibilités diverses.
C’est à ma connaissance le meilleur ouvrage publié, tous pays confondus, sur la BD homo et ils n’oublient pas par exemple les innombrables comics bishonen japonais sur lesquels je reviendrais un jour. Mon seul regret est que ce livre ne parle pas des comics lesbiens sur lesquels il n’y a pour l’instant, nulle part d’ouvrages de référence conséquent.
Et demain je vous parlerai de deux ouvrages qui se complètent parfaitement et qui sont comme un continent oublié ou comme un coffre aux trésors ou aux souvenirs devenus précieux qu’on découvre au fond d’un débarras, à la cave ou au grenier.