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jeudi 5 juin 2014

revue de presse : conseils de lectures pour l’été, avant le rush de la rentrée littéraire.

L’académie Goncourt, qui fête les 100 ans de son prix cette année, a établi une liste de conseils de lectures pour l’été, avant le rush de la rentrée littéraire.
Avant de prendre ses quartiers d’été, l’académie Goncourt a sélectionné quinze ouvrages parmi les livres parus dans l’année qui sont autant de conseils de lecture à ne pas manquer.
 
Y figure notamment Notre Chanel de Jean Lebrun (Bleu Autour), couronné hier du Goncourt de la biographie.
 
Les académiciens reviendront place Gaillon, chez Drouant, le 4 septembre prochain pour établir la première sélection du Prix Goncourt.
 
Deux autres sélections suivront les 7 et 28 octobre avant le prix Goncourt, proclamé pour la centième fois le mercredi 5 novembre prochain.

livre en coursprochaine lecture : e-bookLes conseils de lecture :

Alain Absire, Mon sommeil sera paisible (Gallimard)
Nicolas Cavaillès, Vie de Monsieur Leguat (LeSonneur)
Eric Fottorino, Chevrotine (Gallimard)
Sylvie Giono, La Provence gourmande de Jean Giono(Belin)
Roger Grenier, Instantanés II (Gallimard)
Maylis de Kerangal, A ce stade de la nuit (Guérin)
Hala Kodmani, La Syrie promise (Actes Sud)
Gilles Lapouge, L’Ane et l’abeille (Albin Michel)
Jean Lebrun, Notre Chanel (Bleu Autour)
Bernard Maris, L’homme dans la guerre: Maurice Genevoix face à Ernst Jünger (Grasset)
Catherine Millet, Une enfance de rêve (Grasset)
Yves Ravey, La fille de mon meilleur ami (Minuit)
Philippe Routier, Noces de verre (Stock)
Emmanuel Ruben, La ligne des glaces (Rivages)
Fréderic Verger, Arden (Gallimard)


Entretien :

«Homme de grand large et de grands sentiments, il n’a pas les mots faciles, surtout quand il faut les coucher sur papier. Lui-même ne sait plus vraiment ce qui l’a poussé à tuer Laura. Ou il le sait trop bien. Mais l’écrire l’obligerait à revivre l’enfer traversé avec la jeune femme à la personnalité double et déconcertante. Quand Laura se présenta à sa cabane pour lui acheter quelques huîtres, l’amour s’imposa de lui-même, simple et tranquille. C’était compter sans l’autre Laura, un être toxique au regard mauve, un animal sauvage et cruel, qu’un soir Chapireau se résigna à abattre d’une décharge de chevrotine.»


Chevrotine, le titre claque comme un titre de polar, mais ce roman est tout autre chose…
En effet, il y a crime, mais pas de suspense. On sait tout de suite qu’un homme, Alcide Chapireau, a tué sa femme, Laura, et que l’enquête policière n’a rien donné. L’affaire est classée. La femme est tenue pour disparue. Mais, vingt ans plus tard, cet homme tente d’écrire une lettre à sa fille Automne. Il voudrait lui expliquer pourquoi il a tué sa mère, mais il n’y parvient pas.

Laura était un personnage plutôt complexe, Alcide un homme simple… Était-ce une rencontre impossible ?
C’était la rencontre de deux univers étrangers l’un à l’autre. Lui était un ancien marin-pêcheur, désormais établi comme boucholeur et ostréiculteur. Elle était une petite-bourgeoise nourrie de lectures. Elle maîtrisait le langage, le vocabulaire, les idées, coupait un peu les cheveux en quatre… Alors que cet homme rustique a toujours eu du mal à exprimer ses sentiments avec des mots.

Selon Freud, la femme peut être la génitrice, la compagne ou la destructrice. Laura était-elle tout cela à la fois ?
Oui, à sa manière. Alcide était veuf, avec deux garçons, il vivait la situation comme un échec, comme si sa vie était terminée. Avec Laura, il a eu le sentiment de renaître, de pouvoir se reconstruire. Elle a d’abord été pour lui une compagne aimante et ils ont eu cette petite fille, Automne. Puis Laura a mené contre Alcide une entreprise systématique et perverse de destruction. Le roman raconte comment un être peut en détruire un autre et comment cet autre, pour ne pas être détruit, le détruit à son tour.

Dans vos romans, vous vous intéressez souvent à des personnalités troublées. Êtes-vous fasciné par ce type de comportements ou, plus généralement, par l’énigme des parents ? 
Compte tenu de mes origines, j’ai le sentiment qu’en écrivant, je réécris mon état civil
en permanence, parce qu’il a été très obscur et fautif au départ. Il ne s’agit pas là d’un texte autobiographique comme j’ai pu en écrire, mais je reste fasciné par le type de relations que peuvent établir deux êtres qui s’aiment passionnément. C’est le cas d’Alcide et de Laura. Je ne porte ni diagnostic ni jugement sur Laura, je décris minutieusement ses actes pour tenter de comprendre comment elle rend la vie de chacun impossible. Si le coup de fusil est une libération pour Alcide, on a aussi l’impression que Laura l’attend, comme si cette mort était voulue, désirée. Ce n’est pas n’importe quelle mort, mais une mort provoquée par l’homme qu’elle aime.

Tout au long du roman, Chapireau tente d’expliquer son geste. Mais explication vaut-elle vérité ?
Je pense qu’il s’agit de deux mondes tout à fait étanches. La vérité, c’est cette agression méthodique, ce pilonnage que Laura va opérer sur Alcide, sur ses enfants, sur sa vie, sur tout ce qu’il aime. L’explication est plus délicate : on se rend compte que Chapireau a oublié pourquoi il l’a tué, qu’il a du mal à rassembler ses souvenirs. Pendant toutes ces années il s’est réinventé le personnage de Laura, dont il a conservé le côté lumineux et il a chassé de sa mémoire le plus sombre, le plus lourd, le plus invivable. C’est pourquoi il a tant de mal à écrire à sa fille.

S’agit-il d’une histoire d’amour ou d’une histoire de solitude ?
Ça commence comme une histoire d’amour qui met un terme à la solitude, et ça continue comme une histoire de solitude qui peut permettre la résurgence d’un amour transcendé par le meilleur du souvenir. 
Oui, c’est une histoire d’amour et de solitude, où la solitude redevient une forme d’amour, mais un amour solitaire, sans place pour le partage. 

Entretien réalisé avec Éric Fottorino à l'occasion de la parution de Chevrotine  dans la collection Blanche en mai 2014.
© Gallimard

lundi 20 janvier 2014

La rue des Rosiers va remettre son premier prix littéraire

revue de presse

Le prix du Café des Psaumes sera remis le 19 janvier, au Café des Psaumes. (Sipa)

Peu à peu vidé peu à peu de ses habitants et commerces traditionnels par la spéculation immobilière, le Pletzel (petite place en yiddish), l’antique quartier juif du Marais, se réduit aujourd’hui à quelques pâtés de maisons serrées au long de la rue Pavée, de la rue des Ecouffes, de la rue Fernand-Duval, de la rue des Hospitalières-Saint-Gervais et, bien évidemment, de la rue des Rosiers, désormais phagocytée par les boutiques de fringues.


De la vie juive d’antan, ne subsistent plus dans cette rue mythique que deux synagogues, sises au n°17 et au n°25, l’excellente Librairie du Temple (on trouve l’autre dernière librairie juive du quartier, la Librairie du Progrès, rue des Ecouffes). Mais, petite consolation, le livre a marqué un point contre le tout-consumériste avec la réouverture, il va y avoir bientôt trois ans, du Café des Psaumes. Un  ancien restaurant devenu un café associatif dont l’animation a été confiée, avec l’appui de la Ville de Paris et de la Mairie du IVe arrondissement, à l’O.S.E. (l’Oeuvre de secours aux enfants), légendaire organisation de bienfaisance fondée  en 1912 à Saint-Pétersbourg par des membres de l’intelligentsia juive pour venir en aide (nourriture, dispensaires, etc) à leurs coreligionnaires, victimes de l’antisémitisme féroce qui régnait alors dans la Russie tsariste.
Après la révolution bolchevique, l’OSE transfèrera son siège à Berlin, puis à Paris dès l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933. Pendant la guerre, cette organisation sauvera  des milliers d’enfants juifs de l’extermination en les évacuant vers le Sud de la France. Depuis la Libération, l’OSE a continué son action en direction de l’enfance (placement familial, maisons d’enfants), poursuivit sa mission d’accueil médical (par le biais de ses centres), tout en prenant de nombreuses initiatives culturelles, dont l’animation du Café des psaumes, qui ainsi devenu un havre de convivialité chaleureuse et de culture pour les personnes âgées du quartier.
Il s’y tient par exemple chaque dimanche à 11h30 un café littéraire animé par Antoine Spire, autour duquel a fini par naître  l’idée d’un prix littéraire. Un cercle de lecture s’est constitué autour d’une sélection de neuf livres qui ont faits l’objet de vifs débats entre les participants, tous d’un âge vénérable. Voici les neuf livres en compétition (les liens renvoient vers les articles parus dans «l'Obs»):
«Ethno-roman», de Tobie Nathan (Grasset)«Entre amis», d’Amoz Oz (Gallimard)«Le Poids du papillon», d’Erri de Luca (Gallimard)«Les Derniers jours de Stefan Zweig», de Laurent Seksik(Flammarion)«Le Problème Spinoza», d’Irvin Yalom (Galaade)«Turquetto», de Metin Arditi (Actes Sud)
«Le Hareng et le saxophone», de Sylvie Weil (Buchet-Chastel)
«L’Aspirateur américain de ma grand-mère», de Meir Shalev(Gallimard)«Fureur», de Chochana Boukhobza (Denoël)
Le nom du lauréat sera révélé le dimanche 19 janvier vers 15h, au Café des Psaumes, annonce qui sera suivie par un concert de musique klezmer.