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jeudi 12 décembre 2013

Dany Laferrière, nouvel académicien à siéger sous la coupole

revue de presse

Les Immortels se sont (enfin) décidés à nommer leur nouveau confrère. L'écrivain Dany Laferrière a remporté la mise, et le fauteuil numéro 2 de la vénérable institution. Se faisant, il devient le premier Québécois à siéger sous la coupole, après un vote en sa faveur de 13 voix sur 23.

L'écrivain Dany Laferrière, au Salon du Livre de Paris 2010 (OkkiCC BY-SA 3.0)


L'Académie française compte 40 membres, mais Dany Laferrière sera le seul, et premier Québécois à s'asseoir dans le siège d'un Immortel. Le dictionnaire que rédige l'Académie comprenait cette année des termes canadiens, ce qui, après cette élection, devient un présage de l'ouverture de l'institution à d'autres territoires.

L'AFP annonce qu'à 60 ans, l'écrivain a emporté l'élection à 13 voix sur 23, dont une était en faveur du candidat âgé de 15 ans. Laferrière reprend le fauteuil de l'écrivain Hector Bianciotti, décédé en juin 2012, fauteuil qui porte le numéro 2.

L'écrivain est né à Port-au-Prince, en Haïti, le 13 avril 1953. Né Windsor Klébert Laferrière, il réside à Miami et Montréal, en alternance. Il a reçu le prix Médicis 2009 et le Grand Prix du livre de Montréal pour son roman L'Enigme du retour, qui raconte son retour en Haïti, à la suite de la mort de son père, exilé lui-même dans les années 1960 par Papa Doc, le père de Jean-Claude Duvalier.

Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuelle et porte-parole de l'Académie, avait souligné son envie « de voir arriver des Canadiens. Et même, j'aimerais bien voir arriver une femme canadienne, québécoise... » C'est désormais chose faite.


lundi 11 novembre 2013

Comment un livre devient-il une œuvre littéraire ?

 Ils reçoivent parfois des prix, pourtant tous les écrivains (même primés) ne font pas de la littérature. Alors qui valide les œuvres : la presse, les lecteurs ou l'université ?

 Benjamain Hénon pour Télérama
Benjamain Hénon pour Télérama
Est-ce une œuvre ? Est-ce, ou non, de la littérature ? Voilà résumée, de façon lapidaire, la question délicate qui se pose face à un roman ou un récit contemporain. Et, découlant naturellement des précédentes, cette autre question : qui détient l'autorité pour en décider ? En théorie, l'artiste est autonome en la matière : lui seul peut s'affirmer comme tel et accréditer sa création comme relevant de l'art. Pourtant, dans les faits, les instances de légitimation d'un texte sont nombreuses. De l'éditeur qui choisit de le publier aux jurés des prix littéraires qui décident de le primer, de la critique qui en parlera, ou non, dans les colonnes des revues spécialisées et de la presse généraliste aux médias audio­visuels qui inviteront l'auteur, du public qui achètera (ou pas) le livre aux lycées et universités qui l'inscriront dans leurs programmes, la liste exhaustive de ces instances est presque impossible à dresser... Et ce n'est pas tout.

La reconnaissance d'un écrivain peut encore venir d'un pair qui l'adoube par le biais d'une préface élogieuse ; de la décision des institutions publiques de lui octroyer bourse ou résidence d'auteur ; des programmateurs de festivals qui l'invitent ; ou des éditeurs étrangers qui décident de le traduire... Toutes ces instances ne pèsent pas le même poids, ne produisent pas les mêmes effets, et interagissent entre elles. Certaines valident l'oeuvre d'un point de vue critique, en lui reconnaissant une valeur esthétique ; les autres en font plutôt un objet culturel au succès commercial potentiel. Symboliquement, une publication sous le label des éditions de Minuit, Verdier ou P.O.L, un long article argumenté dans La Quinzaine littéraire ou dans Art Press, la mise en valeur dans une manifestation aussi prestigieuse que les colloques de Cerisy pèsent plus lourd qu'une apparition sur un plateau de télévision. Il en va tout autrement, bien sûr, si on envisage les répercussions pour le livre et pour l'auteur en termes de ventes et de notoriété !

De quelle valeur parle-t-on ?


De quel côté situer les prix littéraires, notamment le Goncourt et autres prix d'automne, tellement décriés mais tellement vendeurs ? Difficile à dire, répond l'universitaire Sylvie Ducas dans son essai La Littérature à quel(s) prix ? Parce que, d'année en année, des écrivains fort différents se succèdent dans les palmarès. Parce que tous évoluent dans un champ littéraire unique, où « il n'existe pas de séparation radicale entre le bon grain et l'ivraie de la littérature ». Parce qu'« il n'existe pas non plus, en littérature, d'un côté un océan de pureté et, de l'autre, un océan d'intérêts frelatés » et qu'enfin, « qu'on le déplore ou non, la valeur littéraire d'un livre ne s'oppose pas de façon manichéenne à sa valeur ­marchande ». Ainsi Marguerite Duras, dont L'Amant, prix ­Goncourt 1984, s'est vendu depuis sa parution à plus de trois millions d'exemplaires, est-elle également l'écrivain contemporain qui intéresse le plus la recherche doctorale française : pas moins de soixante-huit thèses ont été écrites sur son oeuvre depuis les années 1980 !

Lorsqu'on l'interroge sur l'instance de validation qui lui importe le plus, l'écrivain Philippe Forest commence par s'amuser : « J'ai tendance à tout vouloir ! » Avant de préciser, plus gravement : « A chaque fois que je publie un livre, je doute de moi, de ce que j'ai fait. Donc, je suis très attentif à sa réception. Compte tenu de ce que j'écris, j'ai fait une croix sur la notoriété médiatique. Je ne passe pas à la télé, et mes livres sont trop difficiles, suscitent trop de réticences pour être achetés par un large public. La presse est donc très importante, c'est elle qui fait connaître le livre, lequel a besoin de trouver des lecteurs tout de suite. II y a de bons critiques — il m'arrive d'ailleurs de lire des articles sur mes livres qui me paraissent dire, même brièvement, des choses plus pertinentes que certains articles de critique savante ou certains mémoires mal faits. Mais la critique journalistique est souvent versatile : elle peut aimer un ouvrage d'un auteur et passer les suivants sous silence. C'est comme s'il fallait refaire ses preuves tout le temps ! L'invitation à des rencontres littéraires de qualité, comme à la Villa Gillet à Lyon, peut compenser la désillusion vis-à-vis de la presse. Enfin, si l'on veut durer, la reconnaissance de l'université est importante — même si elle n'offre pas une garantie absolue. »

Critique savante ou journalistique ?


L'idéal, c'est évidemment que la reconnaissance vienne du plus grand nombre d'instances possible. Outre les lecteurs — car un auteur écrit avant tout pour être lu, par des milliers de personnes ou par une communauté plus restreinte, la « poignée d'élus qui me ressemblent, les happy few » que souhaitait Stendhal —, la presse et l'université sont les lieux de légitimation principaux des oeuvres contemporaines. L'université est arrivée récemment dans le jeu : en vingt ans, elle s'est imposée comme cruciale. Auparavant, l'université et la critique savante se consacraient, pour le dire vite et brutalement, aux écrivains morts, à l'histoire littéraire ; et c'est la critique journalistique, dans les quotidiens ou les hebdomadaires, qui s'occupait seule d'estimer les oeuvres contemporaines. D'où cette anecdote, significative et demeurée célèbre dans les départements de littérature : lorsque, en 1985, Claude Simon obtint le prix Nobel, on s'avisa, à la Sorbonne, que la bibliothèque ne possédait ­aucun de ses ouvrages !

« Incarnée au milieu du xxe siècle par des gens comme Emile Henriot, Robert Kanters, Pierre-Henri Simon ou un Bernard Frank débutant, la critique journalistique avait alors toute autorité, rappelle Marc Dambre, professeur de littérature française des XXe et XXIe siècles à la Sorbonne nouvelle. Elle était passionnée et passionnelle, elle avait des partis pris forts. Les écrivains entraient en dialogue ou en opposition avec elle — c'est en quelque sorte contre Emile Henriot, contre la défense d'une littérature trop psychologique, que s'est constitué le mouvement du nouveau roman, et c'est dans les journaux grand public qu'avait lieu le débat esthétique. » Et Dambre d'ajouter : « Aujourd'hui, la critique journalistique n'est pas moins compétente, mais elle a perdu son autorité. »

« Il y a peut-être autant de bons critiques qu'il y a quarante ans, mais les conditions générales sont plus défavorables, prolonge Philippe Forest. Quand je me suis plongé dans la presse de l'époque pour travailler à mon livre sur le mouvement littéraire Tel Quel, j'ai constaté à quel point les journaux consacraient davantage de pages à la littérature et publiaient des textes critiques d'une grande exigence et d'une grande complexité. Le champ littéraire était aussi plus lisible car il était plus conflictuel. Encore aujourd'hui, c'est autour des rares grandes polémiques qu'on voit se dessiner les lignes de force : autour des Particules élémentaires, de Michel ­Houellebecq, autour de l'autofiction (Une semaine de vacances, de Christine Angot) ou de la question littérature et histoire (avec Les Bienveillantes, de Jonathan Littell, ou Ian Karski, de Yannick Haenel, l'an dernier). Quand le débat se cristallise, on entend s'exprimer des points de vue et de vrais jugements de valeur. En temps normal, tout est un peu consensuel, dilué au nom de l'éclectisme. »

Extrêmes contemporains


Le rôle de lieu de discussion sur l'esthétique qu'a cessé de jouer la presse — il est toujours tenu par certaines revues (mais de façon confidentielle) —, l'université se l'est donc attribué à la fin des années 1980 et au début de la décennie suivante, sous l'impulsion de jeunes chercheurs qui ont fait entrer la littérature contemporaine dans les amphis et les séminaires. Un de ces précurseurs, Dominique Viart, professeur de littérature française moderne et contemporaine à l'université de Nanterre, se souvient d'un collègue affirmant « non sans mépris que, en se penchant sur un auteur qui n'était pas mort depuis au moins vingt ans, l'universitaire ne fait pas de la recherche mais du journalisme. J'ai trouvé qu'il y avait là un manque d'engagement ».

Viart et ses amis appliquent à la littérature de leur époque — on emploie, pour la qualifier, l'expression « extrême contemporain » — les méthodes d'analyse textuelle savantes (poétique, narrato­logie, etc.) employées pour l'étude des textes « modernes » — ceux du xxe siècle — par la critique structuraliste (Barthes, Bremond, Genette...). « Notre travail consiste à essayer de repérer, parmi les textes contemporains, ceux qui renouvellent les formes, ceux où il se passe quelque chose d'inattendu, éventuellement de dérangeant, au niveau de la langue, ceux qui n'utilisent pas le langage comme un simple outil mais comme un matériau », explique Dominique Viart, en insistant sur le caractère collégial de ce « travail de légitimation, car personne ne peut s'arroger l'autorité de décréter qu'une oeuvre est valable ou pas : c'est dans l'échange et la discussion que les choses apparaissent ».

Et d'ajouter : « L'instantanéité du jugement, le fait d'envisager des oeuvres en cours et non pas closes, tout cela fait que l'universitaire qui s'attache à l'extrême contemporain travaille dans une zone d'incertitude, quels que soient les outils d'analyse dont il dispose. » Le chercheur n'est pas exempt de subjectivité, ni de sensibilité à l'air du temps, à la mode, « alors il faut être prudent lorsqu'on décrète que telle oeuvre est légitime ou pas. Et il faut ouvrir suffisamment l'angle pour prendre en considération le plus d'oeuvres possible, et ne pas créer une sorte de huis clos en travaillant toujours sur les mêmes auteurs ». « Eviter que le canon se fossilise », résume Philippe Forest, lui-même universitaire, spécialiste du xxe siècle.

Certains écrivains, pourtant, ont la faveur manifeste des doctorants. L'analyse de la recherche française sur la production littéraire contemporaine depuis 1980 place J.M.G. Le ClézioYves BonnefoyPascal QuignardPhilippe JaccottetPatrick ModianoAnnie ErnauxJean Echenoz et Pierre Michon en tête des écrivains vivants ayant suscité le plus grand nombre de thèses (1) . Derrière eux, Patrick ­Chamoiseau, Lorand Gaspar, Milan Kundera ou encore ­Valère Novarina. Si la liste ne recoupe pas les palmarès des meilleures ventes ou des prix littéraires, elle n'en est pas non plus aux antipodes. Et elle rassemble majoritairement une génération née dans les années 1940 et publiant depuis plus de trois décennies. Preuve, peut-être, que même en matière d'« extrême contemporain », le temps n'est pas hors jeu — et que la capacité de durer demeure le critère majeur de la légitimité.
(1) Voir l'article « La littérature française contemporaine à l'épreuve du fichier central des thèses », de Marie-Odile André et al., Revue d'histoire littéraire de la France (3/2011), éd. PUF.

vendredi 1 novembre 2013

Gérard de Villiers, le mercenaire du polar est mort

revue de presse

GERARD de VILLIERS, entouré de SAS Girls. 
Né à Paris le 8 décembre 1929, le roi du best-seller d'espionnage érotique est mort à Paris ce 31 octobre 2013. (Sipa)


L'auteur de "SAS" - 120 millions d'exemplaires vendus - est mort à 83 ans. Au printemps dernier, Jean-Gabriel Fredet avait enquêté sur ce roi du roman de gare érotico-géopolitique.


Ses yeux, «or aux paillettes de jade» comme ceux de SAS, se plissent; les lèvres minces dessinent un sourire ironique ; saisi d'une érection incontrôlée, le menton en trapèze s'élève légèrement. Pas fâché, Gérard de Villiers, de recevoir le représentant d'un très honni «magazine intellectuel de gauche», venu lui demander la recette des talents divinatoires qu'il a essaimés au long de ses 197 livres «de gare» consacrés aux aventures de Son Altesse Sérénissime, le prince Malko Linge.
Ravi de clouer le bec de ses contempteurs parisiens. Car la reconnaissance est venue de la presse étrangère. Fin janvier, le «New York Times Magazine» consacrait cinq pages au«romancier qui en savait trop». Epaté par la prescience de ce Frenchie capable, entre deux scènes de sexe, de lire les cartes du grand jeu international, Robert Worth, spécialiste du Moyen-Orient, scannait avec admiration le double volume du «Chemin de Damas».
Avec la minutie d'un horloger suisse, Gérard de Villiers y raconte le complot ourdi par la CIA pour éliminer Bachar al-Assad et sa famille, et l'assassinat de son remplaçant potentiel par les services syriens. Un vrai «scoop» anticipé par l'auteur: il s'est matérialisé trois mois plus tard. Comme l'assassinat de Rafiq Hariri, conçu par la Syrie et exécuté par le Hezbollah en février 2005, que Villiers avait mis en scène six mois auparavant dans «la Liste Hariri».

pour lire  la suite : bibliobs

Il est notamment l'auteur depuis 1965 des romans d'espionnage érotique S.A.S. qui racontent les aventures du prince autrichien Malko Linge, employé par la CIA. Ses romans étaient en phase avec l'actualité de son époque (guerre civile et autres). Ses romans d'espionnage se caractérisent par une forte dose de violence et d'érotisme. Dans la série S.A.S., il emploie souvent l'expression « un ange passe », à tel point que certains lui en attribuent la paternité.

vendredi 25 octobre 2013

Disparition de l'écrivain Oscar Hijuelos

revue de presse

L'écrivain cubano-américain Oscar Hijuelos s'est éteint à New York à l'âge de 62 ans, victime d'un arrêt cardique alors qu'il jouait au tennis, rapporte l'AFP. Premier auteur hispanique à obtenir le Prix Pulitzer, en 1990 pour son roman The Mambo Kings Play Songs of Love (sorti en français chez 10/18 sous le titre : Les Mambo Kings chantent des chansons d'amour), Hijuelos a toujours été hanté par le thème de l'immigration cubaine.

Pourtant, lui, relevait déjà de la deuxième génération, étant né à New York de parents d'origines cubaines. L'écriture, comme le métier d'écrivain, est loin de relever de l'évidence dans son parcours et, de son propre aveu, ce sont les différentes récompenses qu'il obtint qui contribuèrent à l'assurer de ses talents de romancier.  

dimanche 6 octobre 2013

Barbey d'Aurevilly critique littéraire


La marche vers la gloire littéraire est parfois lente et imprévisible, toujours fascinante, en tout cas, à observer dans le rétroviseur, une fois que la vie a fini de jouer et que la mort remet tout en place. Aucune meilleure occasion de s'en rendre compte que la superbe édition de l'œuvre critique de Barbey d'Aurevilly (1808-1889), qui touche aujourd'hui à sa fin aux éditions Les Belles Lettres, avec un cinquième volume de plus de 1 000 pages. Lecteur redouté et signature de nombreux journaux, du Constitutionnel à Triboulet, l'auteur desDiaboliques fut en effet toute sa vie durant un observateur torrentiel de l'actualité éditoriale et de la vie intellectuelle de son pays. 

COLLECTION YLI/SIPA


«Tout le temps qu'un homme est vivant, il peut y avoir un malentendu ou une illusion dans sa gloire, un malheur dans son obscurité »écrit Barbey dans un article sur la réédition du traité De l'amour, de Stendhal. Quand il meurt en 1842, ce dernier est encore loin d'être le maître du sentiment qu'il sera au XXe siècle. Il ne faudra pas moins de trente ans pour que le public commence ainsi à s'intéresser à cet essai où l'une des plus puissantes théories de l'amour jamais élaborées, celle de la « cristallisation », se voyait exposée. Jusqu'ici, on lui préférait de loin, pour trôner dans les bibliothèques familiales du milieu du XIXe siècle,Physiologie du goût, de Brillat-Savarin, depuis lors tombé dans un puits d'oubli. 

Ce genre de réévaluations-là inspire à Barbey d'Aurevilly des réflexions sans fin, lui qui considère que l'honneur de l'éditeur et du critique, c'est justement d'oser ressusciter ce genre de noms anciens ou mettre en avant des noms nouveaux, plutôt que de jouer « en aveugle obstiné à cette stupide martingale des mêmes noms et des mêmes œuvres, aimés de la foule, et qu'on use comme on crève les meilleurs chevaux de poste sous les aiguillons et sous le fouet ». Où l'on voit que l'abattage éditorial contemporain et son éternel retour des faiseurs de best-sellers blanchis sous le harnois ne datent décidément pas d'Amélie Nothomb et de Jean d'Ormesson. 

Mais la reconnaissance littéraire n'est pas toujours aussi capricieuse à s'offrir. Si Goethe eut longtemps à pâlir de la niaise étoile d'un August Lafontaine, rappelle ici Barbey, si rares furent les Florentins qui manifestèrent la moindre attention à la Divine Comédie, de Dante, autour de 1300, on sait que d'autres, à l'exemple de Nabokov au milieu du XXe siècle, connurent une reconnaissance éclatante quasi immédiate. 

Au détour d'une recension admirative du Traité de la vie élégante, de Balzac, Barbey d'Aurevilly écrit en 1870 : « Dans un siècle et demi ou deux siècles, recherchera-t-on une nouvelle édition de Balzac comme on recherche toujours les éditions du XVIe siècle ? Telle est la question. Il est encore trop tôt pour la résoudre. » Il est toujours trop tôt pour la résoudre. Raison pour laquelle Marc Aurèle déconseillait à tout homme de se passionner pour sa gloire posthume. Un nom peut toujours s'éteindre, ou ne jamais s'embraser, et il ne se trouve pas toujours quelque Barbey pour le faire naître aux autres. 

mercredi 25 septembre 2013

revue de presse : Marek Halter salue le pape aux côtés d'imams

L’écrivain juif a accompagné, mercredi 25 septembre au Vatican, une délégation de responsables musulmans dans une volonté de dialogue interreligieux.

L'écrivain français d'origine juive polonaise Marek Halter a salué mercredi 25 septembre le pape François, à l’occasion de sa traditionnelle audience générale, qui a lieu chaque mercredi sur la place Saint-Pierre, au Vatican, et qui a rassemblé ce matin 40000 pèlerins. 
L’écrivain accompagnait neuf imams de France, dont l’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, aux positions très médiatisées. La délégation a pu faire partie des quelques dizaines de personnes qui peuvent se placer en «prima fila» (au premier rang). Marek Halter a ainsi pu s’entretenir pendant une minute avec le pape.

C’est l'écrivain lui-même qui est à l’origine de ce voyage. Il avait écrit au pape au mois de juin pour lui proposer cette rencontre. La Croix a publié le 24 septembre des extraits de cette lettre, dans laquelle Marek Halter écrit que «les imams qu’(il) souhaite présenter (au pape) sont le reflet de cette écrasante majorité» de «musulmans à travers le monde» qui «rejettent la violence». Il conseille au pape, s’il se rend à Jérusalem, de se faire accompagner «par une cinquantaine de rabbins du monde entier et d’une cinquantaine d’imams représentant la troisième religion monothéiste». Les imams et Marek Halter se sont d’ailleurs rendus à Rome à bord de l'avion d'un ami de l’écrivain, le producteur de cinéma tunisien Tarak Ben Ammar.

Dédiaboliser l'islam
Début août, François avait appelé chrétiens et musulmans au «respect mutuel» entre les deux religions (lire l'actualité). Marek Halter a expliqué le 24 septembre sur France Info, qu’il était urgent de promouvoir le dialogue entre les religions: «Il faut dédiaboliser l'Islam sinon nous aurons une guerre des religions et c'est la pire des guerres qui existe.»

Ce n’est pas la première fois que l’écrivain s’engage pour le dialogue interreligieux. En novembre 2012, il s'était rendu en Israël et dans les territoires palestiniens avec des imams et des responsables d'associations musulmanes de France, à l'initiative de l'imam de Drancy. La délégation s’était rendue au mémorial de la Shoah à Jérusalem, où les imams avaient prononcé une courte prière.

lundi 9 septembre 2013

revue de presse : La première sélection du prix Décembre

Douze titres figurent dans la première sélection du Décembre qui partage quatre ouvrages avec celle du Goncourt
David Bosc, Yann Moix, Thomas B. Reverdy et Frédéric Verger, déjà sélectionnés pour le Goncourt, entrent dans la liste du prix Décembre établie ce jour par les douze jurés.

Les douze titres retenus, publiés par huit différents éditeurs, feront chacun l’objet d’une critique par un des jurés à l’occasion du 15e anniversaire du prix dans un livre qui sera distribué lors de sa proclamation, le 5 novembre.

Une prochaine sélection sera établie le 23 octobre.

La première sélection

Moment d’un couple, Nelly Alard (Gallimard)
La claire fontaine, David Bosc (Verdier)
Faber : le destructeur, Tristan Garcia (Gallimard)
Avoir un corps, Brigitte Giraud (Stock)
Haute époque, Jean-Yves Lacroix (Albin Michel)
Toute la noirceur du monde, Pierre Mérot (Flammarion)
Naissance, Yann Moix (Grasset)
La réforme de l’Opéra de Pékin, Maël Renouard (Rivages)
Les évaporés, Thomas B. Reverdy (Flammarion)
Ormuz, Jean Rolin (P.O.L)
Arden, Frédéric Verger (Gallimard)
Une matière inflammable, Marc Weitzmann (Stock)

mardi 20 août 2013

revue de presse : Décès d'Elmore Leonard, des suites d'une crise cardiaque

C'est un maître du roman noir qui disparaît, auteur d'une quarantaine de romans et d'une dizaine de nouvelles, et à l'origine d'une bonne série d'adaptations cinématographiques. Elmore Leonard est décédé ce mardi des suites d'une crise cardiaque, au domicile familial de Detroit, dans le Michigan. Il y a quelques semaines, l'auteur avait fait part de sa bonne santé après une violente attaque.


Elmore Leonard.

Né en 1925, l'écrivain américain se passionna rapidement pour les gangsters et autres hommes et femmes de mauvaise vie, notamment à la vue des nouvelles concernant le sulfureux couple que formaient Bonnie Parker et Clyde Barrow. Dès le milieu du XXe siècle, « Dutch » se fait un nom en publiant à la chaîne des nouvelles policières ou des westerns dans les magazines bon marché, les fameux pulps.

Rapidement, la renommée est au rendez-vous pour un auteur dont l'écriture plaît particulièrement au cinéma ou au petit écran : sa nouvelle 3h10 pour Yuma est l'un de ses premiers textes a être transposé par un réalisateur, avec le film du même titre de Delmer Daves en 1953, par ailleurs revu par le Hollywood moderne en 2007.

Spécialiste des « crime novels », Leonard s'essaye au genre lorsque l'intérêt pour le western décroît : Hollywood avance 50.000 $ pour les droits d'adaptation de The Big Bounce, qui donnera lieu au passable Une si belle garce, sorti en 1969.

Depuis, Barry Sonnenfeld (Get Shorty, 1995) ou Quentin Tarantino (Jackie Brown, 1997, d'après Rum Punch) sont parmi les dizaines de réalisateurs à s'être mesurés aux mots du romancier, récompensé l'année dernière par un National Book Award pour l'ensemble de son oeuvre. Le style du romancier se caractérise par des dialogues percutants, et des libertés plus ou moins importantes prises avec la grammaire américaine, l'un de ses préceptes étant « Si cela ressemble à de l'écrit, alors je le réécris ».

Figure incontournable de Detroit, respecté par ses pairs au nombre desquels Stephen King ou Martin Amis, Leonard avait subi une violente crise cardiaque le 29 juillet dernier, qui l'avait laissé très affaibli. Sa famille avait alors annoncé sa retraite dans le foyer familial, pour qu'il puisse passer ses derniers jours entouré de visages familiers. -  


Elmore LeonardRomans :
  • 1953 : The Bounty Hunters, publié en France sous le titre Les Chasseurs de primes (Rivages/Noir 2001)
  • 1954 : The Law at Randado, publié en France sous le titre La Loi à Randado (Rivages/Noir 2003)
  • 1956 : Escape from Five Shadows, publié en France sous le titre L'Évasion de Five Shadows (Rivages/Noir 2003)
  • 1959 : Last Stand at Saber River, publié en France sous le titre Retour à Saber River (Rivages/Noir 2005)
  • 1961 : Hombre, publié en France sous le même titre (Librairie des Champs-Élysées coll. Western 1967 ; Rivages/Noir 2004)
  • 1969 : The Big Bounce (actuellement inédit en France ; paraîtra chez Payot & Rivages)
  • 1969 : The Moonshine War, publié en France sous le titre La Guerre du whisky (Payot & Rivages 2010 ; Rivages/Noir 2011)
  • 1970 : Valdez is coming, publié en France d'abord sous le titre Valdez est arrivé ! (Gallimard Super noire 1979 ; Série noire 1992), puis sous le titre Valdez arrive ! (Rivages/Noir 2004)
  • 1972 : Forty Lashes Less One, publié en France sous le titre Le Zoulou de l'Ouest (Rivages/Noir 2002)
  • 1974 : Mr. Majestyk, publié en France sous le titre Monsieur Majestyk (Gallimard Série noire 1989)
  • 1974 : Fifty-Two Pickup, publié en France sous le titre Paiement cash (Presses de la Cité coll. Danger Haute Tension 1987 ; France Loisirs 1989 – dans une anthologie comprenant aussi Le Jeu de la mort et La Brava)
  • 1976 : Swag, publié en France sous le titre Plus gros que le ventre (Gallimard Super noire 1976)
  • 1977 : Unknown Man No. 89, publié en France sous le titre Homme inconnu no 89 (Gallimard Super noire 1977 ; Série noire 1998 & 2004 – couvertures différentes)
  • 1977 : The Hunted, publié en France sous le titre Le Don Quichotte du Sinaï (Gallimard Super noire 1978 ; Série noire 2005)
  • 1978 : The Switch, publié en France sous le titre La Joyeuse Kidnappée (Gallimard Super noire 1979 ; Série noire 1988 & 2005 – couvertures différentes)
  • 1979 : Gunsights, publié en France sous le titre Duel à Sonora (Rivages/Noir 2004)
  • 1980 : City Primeval, publié en France sous le titre La Loi de la cité, Grand Prix de la littérature policière en 1986 (Presses de la Cité coll. Danger Haute Tension 1985 ; France Loisirs 1986 ; Le Livre de poche 1987 ; éditions Belfond 1996 ; Rivages/Noir 2007)
  • 1980 : Gold Coast, publié en France sous le même titre (Presses de la Cité coll. Danger Haute Tension 1986 ; France Loisirs 1987 ; Le Livre de poche 1988 ; Rivages/Noir 2010)
  • 1981 : Split Images, publié en France sous le titre Permis de chasse (Rivages/Noir 2013)
  • 1982 : Cat Chaser, publié en France sous le titre Un drôle de pèlerin (Presses de la Cité coll. Danger Haute Tension 1985 ; France Loisirs 1986 ; Le Livre de poche 1987 ; Rivages/Noir 2012 sous le titre Cat Chaser)
  • 1983 : Stick, publié en France d'abord sous le titre Stick (Presses de la Cité coll. Haute Tension 1984), puis sous le titre Stick, le justicier de Miami (J'ai lu 1985)
  • 1983 : La Brava, publié en France sous le même titre, Prix Edgar du meilleur roman policier en 1984 (Presses de la Cité coll. Danger Haute Tension 1984 ; Le Livre de poche 1989 ; France Loisirs 1989 – dans une anthologie comprenant aussi Le Jeu de la mort et Paiement cash ; éditions Belfond 1996 ; Rivages/Noir 2010)
  • 1985 : Glitz, publié en France d'abord sous le titre Le Jeu de la mort (éditions Belfond 1986 ; Presses de la Cité coll. Danger Haute Tension 1986 ; France Loisirs 1989 – dans une anthologie comprenant aussi Paiement cash etLa Brava), puis sous le titre Glitz (Rivages/Noir 2008)
  • 1987 : Bandits !, publié en France sous le même titre (Presses de la Cité 1988 ; France Loisirs 1988 ; Le Livre de poche 1989 ; Rivages/Noir 2008)
  • 1987 : Touch (actuellement inédit en France)
  • 1988 : Freaky Deaky, publié en France sous le titre Les Fantômes de Detroit (Presses de la Cité 1989 ; Rivages/Noir 2006)
  • 1989 : Killshot, publié en France d'abord sous le titre D'un coup, d'un seul (éditions du Masque 1990 ; Le Livre de poche 1992), puis sous le titre Killshot (Rivages/Noir 2006)
  • 1990 : Get Shorty, publié en France sous le titre ZigZag Movie (Rivages/Thriller 1992, Rivages/Noir 1995 – 2 couvertures différentes)
  • 1991 : Maximum Bob, publié en France sous le même titre (Rivages/Thriller 1993, Rivages/Noir 1996)
  • 1992 : Rum Punch, publié en France sous le titre Punch créole (Rivages/Thriller 1994, Rivages/Noir 1998)
  • 1993 : Pronto, publié en France sous le même titre (Rivages/Thriller 1996, Rivages/Noir 2000)
  • 1995 : Riding the Rap, publié en France sous le titre Beyrouth-Miami (Rivages/Thriller 1998, Rivages/Noir 2001)
  • 1996 : Out of Sight, publié en France sous le titre Loin des yeux (Rivages/Thriller 1998, Rivages/Noir 2002)
  • 1998 : Cuba Libre, publié en France sous le titre Viva Cuba libre ! (Rivages/Thriller 2000, Rivages/Noir 2003)
  • 1999 : Be Cool !, publié en France sous le même titre (Rivages/Thriller 2004, Rivages/Noir 2005)
  • 2000 : Pagan Babies, publié en France sous le titre Dieu reconnaîtra les siens (Rivages/Thriller 2003, Rivages/Noir 2009)
  • 2001 : Fire in the Hole (Livre numérique, First Electronic Edition)
  • 2002 : Tishomingo Blues, publié en France sous le même titre (Rivages/Thriller 2005, Rivages/Noir 2012)
  • 2003 : A Coyote's in the House, publié en France sous le titre Un coyote dans la maison (éditions du Seuil 2005)
  • 2004 : Mr. Paradise, publié en France sous le même titre (Rivages/Thriller 2006 ; Rivages/Noir 2011)
  • 2005 : The Hot Kid, publié en France sous le titre Le Kid de l'Oklahoma (Rivages/Thriller 2008)
  • 2007 : Up in Honey's Room, publié en France sous le titre Hitler's Day (Rivages/Thriller 2009)3
  • 2009 : Road Dogs, publié en France sous le même titre (Rivages/Thriller 2010)4
  • 2011 : Djibouti, publié en France sous le même titre (Rivages/Thriller 2013)
  • 2012 : Raylan