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mardi 24 juin 2014

Joseph Kessel - Makhno et sa juive


98 pages - se laisse lire, sans plus
  • Editeur : Folio; Édition : Folio (2 janvier 2002)
Dans un café parisien, un réfugié russe raconte une étrange histoire : celle du bandit Makhno, célèbre pour sa cruauté et sa soif de sang, qui fut un jour envoûté par la pureté d'une jeune fille juive et la fière résistance qu'elle lui opposait. Séduit par son passé, si proche du sien, et touché par son innocence, le cruel Makhno se laissa aller à l'amour...

 lecture de juin 2014
se laisse lire, sans plus - Fort longtemps que je n'avais lu un Kessel... j'en gardais un bon souvenir. Cette fois ce fut une petite déception, sans compter que je pensais lire un roman historique sur des faits réels, alors qu'il ne s'agit que d'une fiction sur un personnage réel, mal documentée.


Sur les traces de «Makhno l'égorgeur»

En 2001, Gallimard publiait dans sa collection Folio 2 euros, vouée aux textes courts, un récit de Joseph Kessel, Makhno et sa juive. En couverture, le demi-profil d'un visage barbu, l'oeil sombre, portant un bonnet d'astrakan. Patibulaire mais presque. En quatrième de couverture, il est dit que ce court récit met en scène le «bandit Makhno, célèbre pour sa cruauté et sa soif de sang» et «une jeune fille juive» tout en «pureté» qui, lui résistant, finit par faire naître l'amour dans le coeur du «cruel Makhno». L'écrivain journaliste utilise un procédé romanesque habituel : au petit matin, sur une banquette de moleskine d'un café où des émigrés de «la vaste Russie» ont leurs habitudes, l'un d'eux, se présentant comme «l'un de ses lieutenants», raconte Makhno.

Le portrait est impitoyable. L'homme rapporte sa naissance dans le village ukrainien de Champ-la-Noce, sa jeunesse turbulente qui le conduit à faire de «la propagande anarchiste parmi les paysans» et bientôt, du côté de 1905, à diriger une «bande» qui pille les riches. Arrêté, Makhno prend pour dix ans de Sibérie. Jusque-là, tout va bien. Mais en 1917, amnistié, il revient chez lui avec «la haine pour tout, la vengeance qui s'offre, la joie mêlée de rage». Le voici à la tête d'une petite armée, il fait la guerre aux Allemands, à l'armée Blanche, aux Bolcheviks, s'allie avec les uns contre les autres, «trahit et assassine, massacre les juifs, les bourgeois, les officiers, les commissaires, bref, pendant deux années, terrorise l'Ukraine entière par son audace, sa cruauté, sa rapidité de manoeuvre et sa félonie». Et puis ce clou du spectacle : «Makhno n'aimait pas les juifs. Si tuer des orthodoxes lui était un simple plaisir, massacrer les juifs lui apparaissait comme un véritable devoir. Il l'accomplissait avec zèle.» Et le lieutenant d'ajouter : «Combien en avons-nous mis à sac de ces petits villages youpins, passant au fil de l'épée les hommes, éventrant les femmes, brisant les crânes d'enfants contre les murs.».

«GUÉRILLERO ANARCHISTE»

Peu après la sortie du Folio, Hélène Chatelain l'achète et reste stupéfaite. D'ascendance russe, elle est l'auteure d'un film de six heures sur le goulag et d'un autre sur les traces d'un homme qu'elle a recherché en Ukraine : un certain Makhno. Jean-Louis Paul, fondateur des Editions Ressouvenances et éditeur d'un livre signé Makhno, scandalisé, parle à propos de Kessel de «calomnie». C'est que l'histoire du véritable Makhno, grande figure de l'histoire ukrainienne des années 20, est loin du portrait du bandit sanguinaire antisémite qu'en dresse l'auteur des Cavaliers. Or le Folio n'en dit rien.
Qui est donc Nestor Ivanitch Makhno ? Le grand dictionnaire Robert le présente comme un «guérillero anarchiste ukrainien» qui, après octobre 1917, «organisa les masses paysannes du sud de l'Ukraine pour lutter contre les troupes d'occupation allemandes et autrichiennes», mais aussi contre les forces blanches, recevant l'aide de l'armée Rouge de Trotski avant que cette dernière ne se retourne contre les «insurgés anarchistes» dirigés par Makhno. Et le Robert de conclure : «On a pu voir depuis dans la "makhnovchtchina" le type du mouvement indépendant des masses paysannes et la préfiguration de la guerre de guérilla.» Voline, dans la Révolution inconnue (1), et Archinov, auteur de la Makhnovchtchina (2) ­ qui furent l'un et l'autre des compagnons de combat de l'anarchiste ukrainien ­, Makhno lui même dans la Révolution russe en Ukraine, réédité en 2003 en fac-similé (3), et enfin son plus récent biographe, Alexandre Skirda (4), nous en disent plus.

«POINT DE RALLIEMENT DES INSURGÉS»

Makhno est né en 1889 à Gouliaïpole, chef-lieu de canton à l'est de l'Ukraine, dans une famille de paysans pauvres. Son père meurt lorsqu'il a dix mois, sa mère élève seule ses cinq fils. A 14 ans il est placé comme garçon de ferme, puis travaille comme fondeur dans l'une des deux usines de Gouliaïpole. La révolution de 1905 l'éveille à la politique. Un groupe d'anarchistes locaux chasse en Makhno «les derniers restes du moindre esprit de servilité et de soumission à une autorité quelconque». Il devient et restera anarchiste. Le groupe multiplie les «actions terroristes» et les «expropriations» de bourgeois, pour reprendre la future phraséologie soviétique sur Makhno.
En 1908, avec une partie de son groupe, il est arrêté par la police du tsar. Après neuf ans de détention à Boutyrki, la prison centrale de Moscou (et non en Sibérie comme le romance Kessel), on le libère, comme les autres détenus politiques, à la faveur des événements insurrectionnels de 1917. Il revient à Gouliaïpole, y fonde un syndicat des ouvriers agricoles, devient président du soviet local. Au Congrès des soviets de la région, il propose de donner aux propriétaires, aux koulaks (paysans riches) et aux simples paysans une même part de terre et de biens. Proposition adoptée. Cet aspect social et civique de Makhno, à rebours des diktats soviétiques, est passé sous silence par le Robert. Très vite, Makhno et son groupe comprennent que «le mouvement anarchiste des villes» ne convient pas pour la campagne ukrainienne : «Nous ne devions donc compter sur personne, au cours de cette période de la révolution, pour aider la campagne asservie à se diriger.»
Quand les armées austro-allemandes envahissent l'Ukraine, Makhno prend la tête d'un bataillon de paysans et d'ouvriers qui multiplie les coups d'éclat. Il fait fusiller les officiers ennemis mais rend leur liberté aux soldats. Sa réputation grandit. «Bientôt, Makhno devint le point de ralliement de tous les insurgés», écrit Voline. Les forces d'occupation sont repoussées et Makhno triomphe, par ruse, de l'armée de Pietloura, leader d'une bourgeoisie nationaliste ukrainienne.
C'est alors que, six mois durant, jusqu'en juin 1919, Gouliaïpole vit sans pouvoir politique. Une première commune libre est organisée, baptisée «Rosa-Luxembourg», puis une seconde, et une troisième basées sur un principe non-autoritaire. Un temps de grâce où l'utopie prend corps et qui sera évidemment oublié par la dernière édition de la Grande Encyclopédie soviétique (1975), qui admet tout de même «sa grande popularité parmi les paysans», avant de ternir son image : «en 1921, les détachements de Makhno se transforment définitivement en bandes de pillards et de criminels.» Les sources de Kessel seront du même acabit.
L'Encyclopédie soviétique conclut : «Le 26 août 1921, il s'enfuit en Roumanie ; il passe en Pologne en 1922 et se retrouve en France en 1923», ce qui est exact aux dates près (Makhno rejoint sa femme et sa fille à Paris en avril 1925). C'est un homme blessé (physiquement) qui, avant de partir, tient un superbe discours, le 17 juillet 1921 : «Le communisme auquel nous aspirions suppose qu'il y ait la liberté individuelle, l'égalité, l'autogestion, l'initiative, la création, l'abondance [...].» (5)

«POGROMEUR DE JUIFS»

Tandis que Makhno, à la santé chancelante, aidé financièrement par le mouvement libertaire, écrit ses mémoires au 18 rue Jarry, à Vincennes, Kessel, en 1926, publie Makhno et sa juive. La source de l'écrivain d'origine russe et juive : un «document» publié en 1922 par un officier blanc, Guérassimenko, qui sera expulsé de Tchécoslovaquie en 1924 pour espionnage en faveur des bolcheviks. Les amis de Makhno réagissent. Kessel apprend alors que son héros vit à deux pas de chez lui.
Mais persiste. Réunissant en 1927 trois récits, dont celui consacré à Makhno, dans les Coeurs purs (6), Kessel les présente comme «véridiques», précisant de façon ambiguë «selon la lettre ou selon l'esprit.» Il dit avoir appris que Makhno vivrait à Paris et qu'il aurait «paraît-il proféré à [son] égard quelques menaces pour l'avoir osé peindre à vif et, à son avis, faussement». Kessel cite alors une nouvelle source, un article signé Abatov, publié à Berlin en 1922. Le journaliste (monarchiste) décrit la prise d'une ville par Makhno, ce dernier apparaît à la fois généreux et brutal. Kessel, qui aimait pourtant les aventuriers de tous poils, ne semble jamais avoir été curieux de rencontrer «Makhno l'égorgeur» (7), comme il le surnomme dans l'avant-propos des Coeurs purs. Ce dernier, il est vrai, lui répond vertement. Et, dans un «appel aux juifs», demande qu'on lui rapporte les faits exacts qui prouveraient qu'il aurait été «un pogromeur de juifs» et que le mouvement de libération qu'il a dirigé aurait été «antisémite». Certes, Makhno ne fut pas toujours un ange, comme le rapporte Voline, mais sur la question de l'antisémitisme tout ce qu'on lui a reproché relève de la manipulation et de l'intox.
Quand Makhno meurt à l'hôpital Tenon le 27 juillet 1934 (l'urne est au Père-Lachaise), le correspondant du Temps à Moscou ironise : «Les journaux soviétiques n'ont pas trouvé de place pour consacrer au chef anarchiste un article nécrologique, ni même une seule ligne en bas de leur sixième page. Et d'ajouter : Les historiens de l'avenir lui feront la place qui lui revient parmi les artisans de la révolution.»
Informées de toute cette histoire, et se rangeant aux «arguments historiques et littéraires» des défenseurs de la mémoire de Makhno, les Editions Gallimard envisageaient l'ajout d'un avertissement au lecteur à la faveur d'une réimpression. Makhno et sa juive a été réimprimé cette année. Sans le moindre avertissement.
Ajoutons que Makhno n'a pas épousé à l'église une jeune juive convertie à la religion orthodoxe nommée Sonia comme le romance encore Kessel. Il a eu pour compagne Galina, une institutrice révolutionnaire rencontrée à Gouliaïpole. Une fille est née, Hélène. En 1943, le STO envoie Hélène en Allemagne, sa mère la rejoint, les autorités soviétiques les arrêtent en 1945 : huit ans de goulag pour l'une, relégation pour l'autre à Djamboula, au Kazakhstan alors soviétique, où elles finiront par se retrouver. Galina y meurt en 1978 et sa fille en 1993. Jean-Pierre THIBAUDAT - liberation


livre en cours ses romans...
  • La Steppe rouge, Gallimard, 1922
  • L'Équipage, Gallimard, 1923 (nouvelle édition en 1969)
  • Vent de sable, Gallimard, 1929
  • Au camp des vaincus, ou la Critique du 11 mai, Gallimard, 1924 (avecGeorges Suarez)
  • Rencontre au restaurant, À l'Enseigne de la Porte Étroite, 1925
  • Les Rois aveugles, Les Éditions de France, 1925
  • Mary de Cork, Gallimard, 1925
  • Mémoires d'un commissaire du peuple, Champion, 1925
  • Le Triplace, Marcelle Lessage, 1926
  • Makhno et sa Juive, EOS, bnnbn
  • Moisson d'octobre, La Cité des livres, 1926
  • Les Captifs, Gallimard (Grand prix du roman de l'Académie française), 1926
  • Le Thé du capitaine Sogoub, Au Sans Pareil, 1926
  • Naki le kourouma, 1926
  • Terre d'amour, Les Éditions de France, 1927
  • Nuits de princes, Les Éditions de France, 1927
  • La Rage au ventre, EOS, 1927
  • La Coupe fêlée. Un drôle de Noël, éditions Lemarget, 1929
  • En Syrie, Simon Kra, 1927
  • De la rue de Rome au chemin de Paradis., Les Editions du Cadran, 1927
  • La Femme de maison ou Mariette au désert, Simon Kra, 1928
  • Littérature rouge, Société de conférences de la Principauté de Monaco, 1927
  • Dames de Californie, Émile Hazan, 1928
  • Belle de jour, Gallimard, 1928
  • Les Nuits de Sibérie, Flammarion, 1928
  • La Règle de l'homme, Gallimard, 1928
  • Secrets parisiensÉditions des Cahiers Libres, 1928
  • Le Coup de grâce, Les Éditions de France, 1931
  • De la rue de Rome au chemin de Paradis, Editions du Cadran, 1931
  • Fortune carrée, Les Éditions de France, 1932
  • Bas-fonds, Éditions des Portiques, 1932
  • Wagon-lit, Gallimard, 1932
  • Nuits de Montmartre, Les Éditions de France, 1932
  • Les Nuits cruelles, Les Éditions de France, 1932
  • Marchés d'esclaves, Les Éditions de France, 1933
  • Les Cœurs purs, Gallimard, 1934
  • Les Enfants de la chance, Gallimard, 1934
  • Stavisky, l'homme que j'ai connu, Gallimard, 1934
  • Le Repos de l'équipage, Gallimard, 1935
  • Une balle perdue, Les Éditions de France, 1935
  • Hollywood, ville mirage, Gallimard, 1936
  • La Passante du Sans-Souci, Gallimard, 1936
  • La Rose de Java, Gallimard, 1937
  • Comment est mort le maréchal Pétain, France Forever, Executive office, 1942
  • L'Armée des ombres, Charlot, 1943
  • Les Maudru, Julliard-Séquana, 1945
  • Le Bataillon du ciel, Julliard, 1947
  • Le Tour du malheur, Gallimard, 1950
    • La Fontaine Médicis
    • L'Affaire Bernan
    • Les Lauriers roses
    • L'Homme de plâtre
  • La Rage au ventre, La nouvelle société d'édition, 1950
  • La Nagaïka. Trois récits, Julliard, 1951
  • Le Procès des enfants perdus, Julliard, 1951
  • Au Grand Socco, Gallimard, 1952
  • Les Amants du Tage, Éditions du Milieu du monde, 1954
  • La Piste fauve, Gallimard, 1954
  • La Vallée des rubis, Gallimard, 1955
  • Témoin parmi les hommes, Del Duca, 1956
    • Le Temps de l'espérance
    • Les Jours de l'aventure
    • L'Heure des châtiments
    • La Nouvelle Saison
    • Le Jeu du Roi
    • Les Instants de vérité
  • La Petite Démente, Gallimard, 1958
  • Le Lion, Gallimard, 1958
  • Avec les Alcooliques Anonymes, Gallimard, 1960
  • Inde, péninsule des dieux, Hachette, 1960
  • Tous n'étaient pas des anges, Plon, 1963
  • Pour l'honneur, Plon, 1964
  • Les Cavaliers, Gallimard, 1967
  • Un mur à Jérusalem, Éditions Premières, 1968
  • Les Fils de l'impossible, Plon, 1970
  • Des hommes, Gallimard, 1972
  • Le Petit Âne blanc, Gallimard, 1975
  • Les Temps sauvages, Gallimard, 1975
  • Jugements derniers, Christian de Bartillat, 1995
  •   Les mains du miracle - 416 pages - Editeur : Folio (31 décembre 1999)À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Felix Kersten est spécialisé dans les massages thérapeutiques. Parmi sa clientèle huppée figurent les grands d'Europe. Pris entre les principes qui constituent les fondements de sa profession et ses convictions, le docteur Kersten consent à examiner Himmler, le puissant chef de la Gestapo. Affligé d'intolérables douleurs d'estomac, celui-ci en fait bientôt son médecin personnel. C'est le début d'une étonnante lutte, Felix Kersten utilisant la confiance du fanatique bourreau pour arracher des milliers de victimes à l'enfer. Joseph Kessel nous raconte l'incroyable histoire du docteur Kersten et lève le voile sur un épisode méconnu du XXe siècle.

samedi 7 juin 2014

Gérard de Cortanze - L'an prochain à Grenade

421 pages -  excellent
  • Editeur : ALBIN MICHEL (3 janvier 2014)
  • Grenade, 31 décembre 1066 : cinq mille Juifs sont massacrés en une nuit. Échappent à la tuerie la jeune Gâlâh et Halim, son ami. Mémoire vivante de son peuple, Gâlâh traverse les siècles. On la retrouve à Séville, à Tolède, à Lisbonne, à Oran, à Constantinople, à Venise, à Haarlem, à Treblinka, à Sarajevo, à New York, à Grenade à nouveau, à Paris enfin, devant une école, un matin de septembre où un tueur l'attend.

    Grand roman d'amour entre une jeune fille juive et un poète musulman, L'An prochain à Grenade est aussi un roman épique au souffle puissant, traversé par les guerres et les pogroms. Un roman politique, car la nuit noire de 1066 résonne d'échos étrangement actuels. Un conte philosophique enfin, sur la naissance du mal et la persistance de la haine.

    En dénonçant les horreurs de la guerre, Gérard de Cortanze, Prix Renaudot 2002 pour Assam, nous offre une magnifique méditation sur un monde où les mots de fraternité et de tolérance semblent avoir perdu tout sens.
  • photo (15) lecture d'avril 2014
  •  excellent  - Un conte passionnant et terrifiant !  surtout que les faits historiques sont bien réels. Gâlâh, l'immortelle mémoire nous entraîne à travers des siècles de pogroms en massacres du peuple juif, de 1066 à nos jours... et inutile de posez la question du "pourquoi", impossible d'y répondre et encore moins de comprendre cet acharnement à détruire tout un peuple tout au long des siècles.
  • Quand à voir l'espoir que "plus jamais ça", au vu de l'actualité au XXIème, on aimerait bien se dire que tout cela ne reviendra plus, mais nous devons rester vigileants, la haine est toujours aussi présente, aussi infâme.

  • Gâlâh est l’incarnation vivante et attachante du peuple séfarade pourchassé de toutes parts en Europe. Chaque fois, se croyant à l’abri, elle se réinstalle parmi les siens et recommence à vivre au service d’une communauté renaissante, très industrieuse, rêvant de bonté et de tolérance. Mais, chaque fois, le barbarisme de la nature humaine choisit son peuple comme bouc émissaire, le sang coule et elle échappe de justesse à des génocides sans cesse renouvelés. Hélas, on assiste toujours à la victoire de la force brutale sur celle de l’esprit! On se retrouve à New York un certain 11 septembre. Avec un certain Mohamed Merah, à Paris ou à Toulouse ? Un certain 25 mars 2012! - critiqueslibres

  • Gâlâh, dont le nom hébraïque contient la source ou la vague (Gal) et aussi la divinité (Yah), est investie par son père d’une mission qui la mènera jusqu’à ses derniers jours, dans notre troisième millénaire. 
  • Une tâche qu’on pourra appeler devoir de mémoire, ce à quoi s’appliquera Gâlâh au cours du récit en tenant, scrupuleusement, un Livre du Guide. Là tout sera consigné de la souffrance et de la persécution des Juifs. Le père, qui est docteur de la Loi et versé dans les Écritures, lui remet un talisman, une main d’or enfermée dans un coffret au mécanisme secret transmis de père en fils de génération en génération. Cette khomsa ne quittera plus jamais la jeune fille, et lui accordera de vivre infiniment en traversant toute l’Histoire. Mais à l’inverse du zahir maléfique de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges – une référence qui ne manque pas de sauter aux yeux -, ce talisman est bénéfique. Il représente les cinq doigts de la main, conjurateurs et tenant le destin à distance. Ces cinq doigts sont « chez les Juifs associés aux cinq livres de la Torah ». Ce porte-bonheur, pourtant, n’a de valeur que spirituelle, car dans la réalité terrestre, celle de la capitale andalouse, tout n’est que conflit, complot, déchirement et haine. Un horrible gnome – Iblis, qui est l’autre nom de Satan -  prêche l’exclusion des Juifs, des infidèles, et leur massacre. La foule, comme toujours, est sensible aux harangues d’un illuminé, quel que soit le masque qu’il adoptera au cours de l’Histoire. Lorsque l’an 1066 touche à son terme, cinq mille Juifs sont massacrés dans Grenade. C’est le début d’un génocide. Les amants vont devoir fuir, eux qui se savent condamnés, parcourant les routes d’Espagne, ici  Lucena, là Tolède, ou bien Majorque, et partout le mal aux deux visages attaché à la persécution, dans « cette Espagne sanglante, combinaison de croisade chrétienne et de djihad islamique ». Et donc Halim, le bien-aimé, le poète qui compose de si beaux zejels, est retrouvé corps broyé, émasculé, visage éclaté. Sauf qu’il vivra éternellement aux yeux de Gâlâh, par la vertu de cette khomsa, et voilà : « Elle est une pierre silencieuse qui va traverser les siècles et passer à travers les parois du temps ».
  • Avec la jeune Juive, orpheline et veuve, nous allons suivre le peuple juif dans son immense dispersion, nous voilà en Aquitaine, et puis au Portugal, et maintenant à Amsterdam, et cette fois à Livourne, capitale de l’imprimerie hébraïque (nos livres de prière à Alger venaient tous de Livorno), et puis à Istanbul où le sultan Bajazet II a ouvert grand les portes de son pays aux expulsés d’Espagne. Parcours géographique – territoire de Séfarad – et sauvegarde linguistique du ladino. Et nous sommes à Sarajevo où la fameuse Haggadah de Carmona – l’incomparable monument de calligraphie et d’enluminure juive – est sauvée à deux reprises par un Bosniaque, la seconde fois pendant le fameux siège de 1992. Et puis la Terre Sainte et ses pionniers qui déferlent depuis le XIXème siècle – mais l’auteur souligne, fort justement, que la présence juive sur cette terre a été ininterrompue depuis la destruction du Temple par Titus – et l’auteur n’hésite pas à écrire : « Tel est le miracle du Sionisme. Des épaves de la vie, il refait des hommes…, fiers d’être redevenus des êtres libres sur la terre qui leur fut de toute éternité dévolue ». Mais c’est Pierre Benoit, l’écrivain français bien connu, qui parle ici, dans son roman Le puits de Jacob (1925), Pierre Benoit, dont Gérard de Cortanze nous a donné une lumineuse biographie sous le titre : Le romancier paradoxal(prix de l’Académie française 2013). - terredisrael - Albert Bensoussan



  • Interview. Gérard de Cortanze, L’An prochain à Grenade : « N’oubliez jamais ! »

  • La jeune séfarade Gâlâh échappe au massacre de cinq mille Juifs à Grenade en 1066, grâce à Halim, son fiancé et poète musulman. Un peu plus tard, ce dernier meurt poignardé à Tolède, la laissant affronter seule l’Histoire du peuple juif au long des siècles, qu’elle reçoit miraculeusement le don de traverser. Séville, Lisbonne, Oran, Constantinople, Venise, Haarlem, Treblinka, Sarajevo, New-York, entre persécutions, guerres et pogroms, Gâlâh voit et consigne ce qu’il advient de son peuple, avant que de nos jours, à Paris, devant une école, un tueur l’attende…
    A travers cette superbe fresque au souffle romanesque puissant, aussi éclairée qu’éclairante sur les sinistres répétitions de l’Histoire, Gérard de Cortanze nous invite à une réflexion sur le mal et la persistance de la haine dans un monde où les mots « fraternité » et « tolérance » semblent avoir perdu leur sens.

    Pourquoi avoir voulu relater l’errance du peuple juif au fil des siècles ? Quel était votre projet en écrivant ce roman qui tient à la fois du conte philosophique et de l’œuvre engagée politique ?
    Je voulais faire revisiter au lecteur dix siècles de barbarie et de persécutions. Je voulais que ce livre ait une portée universelle. A quoi bon écrire si ce n’est pour tenter de faire bouger les choses, de donner à penser, de rappeler sans cesse l’Histoire afin que ses horreurs ne se reproduisent pas. Regardez ce qui s’est passé avec l’affaire de ce comique antisémite. Comment peut-on banaliser à ce point l’innommable ? Comment peut-on ne pas se rendre compte des répercussions terribles que de tels gestes induisent ? Comment peut-on faire le salut nazi aujourd’hui en 2013 devant une école juive comme cela a eu lieu en France ? Et on ne doit rien dire ? Et on doit laisser faire ? Et toujours ce doigt pointé contre les Juifs. Savez-vous qu’aujourd’hui alors que la Pologne fut il y a bien longtemps une terre d’asile pour les Juifs, on trouve 65% de lycéens qui reconnaissent devoir rejeter leur petite amie s’ils apprenaient qu’elle avait du sang juif ! Je voulais rappeler, quitte à créer un fort malaise que les Juifs furent massacrés par les Musulmans, les Chrétiens, les Protestants. Moi le fis d’Italiens, je me sens le frère de ces Juifs rejetés, humiliés, tués. Je voulais essayer de comprendre pourquoi l’Europe s’est fondée sur ce rejet du Juif. Que ce livre soulève le cœur, qu’il empêche certains de dormir. Un lecteur m’a dit, une fois le livre refermé : je ne savais pas que cela avait été à ce point… Une ligne de sang réunit la nuit de Grenade à l’attentat devant une école juive à Paris sur quoi se clôt le livre. Ce livre doit glacer de stupeur et ne laisser personne indifférent.
    Ecrire un tel livre aujourd’hui n’est pas une entreprise fortuite. J’estimais qu’il y avait urgence à faire entendre ma voix. Je m’intéresse à l’Espagne depuis ma rencontre avec Carlos Fuentes, Alvaro Mutis, Mario Vargas Llosa, et tant d’autres amis de langue hispanique qui m’ont donné le goût d’écrire lorsque, jeune poète, je buvais leurs paroles, lors de nos réunions enfumées, avinées, si intellectuellement stimulantes. Cela fait des années que je voulais écrire sur ce sujet, sur ce thème. Il fallait que je publie des livres, que je travaille, que je sois enfin en mesure de posséder mon sujet pour estimer que je pouvais en parler. Ce roman est un livre de maturité. Il est au centre de mes préoccupations. Il m’a fait comprendre pourquoi j’écrivais. Tout mon travail d’écrivain concourrait sans doute à ce livre unique, si terrible, si intime, si virulent, si tendre, si pleine d’espoir et dans le même temps si désespéré. Oui, il était temps que ma voix entonne cette épopée de sang et de fureur. Ce que je voulais : décrire les horreurs de la guerre pour dire que seule la paix peut nous sauver.

    Quel est l’accueil réservé par la communauté juive, tout particulièrement la communauté séfarade, à votre roman ?
    Excellent, attentif, chaleureux, amical. On me remercie d’avoir écrit sur un sujet si peu décrit, un moment de l’histoire si peu abordé. La presse liée à la communauté juive a immédiatement été réceptive, contrairement d’ailleurs à la presse « parisienne », parfois réticente ou qui n’a pas voulu « lire » ce que disait le livre. La vérité est en général mal acceptée. On la demande, on en chante les louanges mais lorsqu’elle est là, soudain on s’en écarte, on la fuit. L’attachée de presse s’est entendue dire qu’on « parlait trop des Juifs en ce moment », un journaliste dont je tairai le nom, chroniqueur dans un magazine que je ne citerai pas, a vu son papier refusé sous prétexte qu’il était trop « judéophile » ! Etre bien accueilli par la communauté juive dans son ensemble – volontairement, le livre mêle séfarades et ashkénazes – était essentiel. Un couple ami a eu une réaction étonnante. La femme, séfarade, une fois le livre lu, a dit à son mari, ashkénaze : « Tu vois, il n’y a pas que les tiens qui ont soufferts… »

    Votre ouvrage met l’accent sur l’importance de la transmission. Gâlâh cherche par tous les moyens à sauvegarder ses racines juives et sa culture. Sans transmission, pas d’Histoire, et à terme, le risque de la mort d’un peuple, est-ce bien le sens de votre propos ?
    Ce qui m’a immédiatement interpellé quand j’ai commencé à compulser des archives sur le sujet, à me plonger dans la vaste bibliothèque que ce livre impliquait de parcourir, c’est cette nécessité absolue pour qui veut continuer d’exister dans l’exil de conserver coûte que coûte ses traditions. C’est-à-dire sa religion, bien évidemment, avec ses rituels, ses interdits, ses fêtes, etc., mais aussi sa façon de s’habiller, de se nourrir, et bien évidemment sa langue. Un point essentiel du livre, qu’aucun journaliste n’a relevé, c’est la présence du ladino, cette langue venue d’Espagne. Parlée par la communauté en exil : moyen de communication, puis langue plus restreinte des textes liturgiques. On parle beaucoup de la disparition de la flore et de la faune. Une langue qui disparaît m’émeut bien davantage. Et c’est ce qui est en train d’arriver au ladino. Et c’est ce que j’ai voulu signifier aussi par ce roman : la lente extinction d’une langue. Mon professeur d’Espagnol s’appelait Haim Vidal Sephiha, immense spécialiste du ladino dans le monde. Ce livre lui rend hommage. Mais revenons à votre question : sans transmission, pas d’Histoire  - oui. Sans mémoire, pas d’Histoire. Quand des gens se prennent en photo en train de faire le salut nazi devant une école juive, puis mette cette image sur le net, il y a négation de la mémoire, et donc de l’Histoire. A ce moment tout retour aux heures les plus sombres de l’histoire de l’humanité est possible puisque cela signifie qu’on ne veut pas se souvenir que telle ou telle chose s’est passée. L’An prochain à Grenade aurait pu être sous-titré : « n’oubliez jamais ».

    Vous dressez un tableau très sombre mais hélas très réaliste du monde dans lequel nous vivons et des tensions entre communautés, ma dernière question est volontairement provocatrice : les religions, censées promouvoir l’Amour, seraient-elles, à vos yeux, paradoxalement source de conflit et de haine entre les hommes ?
    Le massacre de 5000 Juifs en une nuit en 1066 à Grenade est en permanence passé sous silence ou minimisé. Pourquoi ? Ce qu’on a appelé la « convivencia », cette entente entre les trois religions chrétienne/juive/musulmane dans l’Espagne sous occupation musulmane est un leurre. Qu’il y ait eu ici ou là des « poches » d’entente, certainement. Les femmes et les hommes de bonne volonté on toujours existé mais ils sont tellement minoritaires. D’ailleurs, ce massacre a déclenché deux intégrismes musulmans qui ont conduit à la chute de Grenade en 1492. Ce livre d’histoire n’est pas un livre optimiste, et comment le serait-on ? Les deux pères, l’un musulman l’autre juif, qui tentent un voyage de paix dans la bande de Gaza et en Israël se voient refoulés par la guerre qui reprend. En réalité, ce livre est écrit contre tous les intégrismes, quels qu’ils soient. L’utilisation de la religion à des fins politiques ne peut conduire qu’à la destruction de l’humanité, alors que le questionnement religieux devrait être un moyen formidable de réconciliation.Propos recueillis par Cécilia Dutter (mars 2014)- salon-litteraire
  •  un peu d'Histoire
 La khamsa ou khomsa nom provenant du mot arabe (خمسة) désignant le chiffre cinq, est un symbole utilisé comme amulette, talisman et bijoupar les habitants du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord pour se protéger contre le mauvais œil1.
Il est également appelé couramment main de Fatma ou main de Fatima.
La khamsa est une sorte de « main protectrice ». Mais l'Islam la considère comme contraire à ses principes. Le fait de croire en ses pouvoirs est apparenté à du “ shirk ”, de l'associationnisme qui est un égarement très grave pour la loi islamique. Les musulmans n'adhérent en rien à cette main. Le judaïsme non plus ne trouve pas écho dans ce signe. Les arabes, juifs et bérbéres des pays du maghreb et un peu en Égypte, utilisent ,par tradition, cette main en protection. Elle n'est en aucun cas le signe religieux des musulmans, comme une croix pour les catholiques ou l'étoile de David pour le judaïsme. Des preuves archéologiques suggérant que la khamsa a précédé la naissance des religions monothéiste. En effet, ce symbole existait dans la religion punique où il était associé à la déesse Tanit. Récemment, des promoteurs de la paix au Moyen-Orient ont choisi de porter la khamsa comme symbole d'une communauté d'origines et de traditions entre arabes et juifs.- wikipédia
Iblis (en arabe : إبليس) ou Chaïtan (en arabe : شيطان) est, selon l'Islam, un djinn (créature faite de feu sans fumée) qui a refusé de se prosterner devant Adam par orgueil et a été chassé du Paradis. Il avait tout d'abord été élevé au Paradis, avec les anges, pour le récompenser de son bienfait sur Terre.
Les Anges, eux, obéissent à Dieu et le louent sans s'en lasser donc ne peuvent désobéir à Dieu.
Iblis n'est donc pas un Ange mais un Djinn doté d'un libre arbitre comme les Humains, et a choisi en son âme et conscience de ne pas se prosterner devant Adam par orgueil sous prétexte qu'il a été créé de feu et Adam d'argile. Maudit par Dieu, Iblis ira en enfer alors qu'il avait un statut privilégié auprès du Créateur.
Il a demandé, et obtenu de Dieu, l'existence jusqu'au Jour Dernier pour égarer l'ensemble de l'Humanité.
Associé à l'orgueil, Iblis est alors progressivement assimilé par la tradition musulmane à Satan.- wikipédia

 Le ladino est une langue créée par les rabbins espagnols pour traduire et enseigner les textes sacrés hébreux. Il consiste à traduire un mot hébreu par un mot espagnol et toujours le même à moins que ne s'y opposent des considérations exégétiques, en respectant l'ordre des mots et la syntaxe de l'original hébreu. La langue a donc une syntaxe hébraïque, mais un vocabulaire roman, au contraire du judéo-espagnol qui a lui une syntaxe romane.
Une différence est faite entre le ladino, comme langue sacrée et écrite, et le judéo-espagnol (que l'on appelle aussi djudezmo, djidyo, djudyo, espanyol), comme langue parlée.
Cependant, cette définition du ladino, comme une langue uniquement écrite servant à l'étude de la Torah, ne fait pas l'unanimité. En effet, les descendants des Juifs chassés d'Espagne par les Rois catholiques à la fin du xve siècle revendiquent la pratique du ladino et non du « judéo-espagnol ». Ces Juifs sont ceux qui se réfugièrent, après l'Inquisition, en Turquie, en Grèce et dans la partie « séfarade » de la Bulgarie. Ils désignent donc :
  • par ladino la langue qu'ils parlent, essentiellement composée d'espagnol du xve siècle, de quelques mots d'hébreu (surtout concernant la religion), et d'autres mots provenant des différents pays d'accueil (turcs, grecs ou bulgares) ;
  • par « judéo-espagnol » la langue parlée par les Juifs du Maroc espagnol.
On ne doit pas non plus le confondre avec le ladin, langue rhéto-romane parlée dans les Dolomites italiennes.- wikipédia

La Convivencia (la coexistence) est le terme utilisé pour décrire la période de l'histoire de l'Espagne comprise entre 711 et 1492 (coïncidant avec la Reconquista), quand lesMusulmans, les Chrétiens et les Juifs vivaient dans une relative paix où les idées culturelles s'échangeaient et la tolérance religieuse était respectée. Tolède en est un exemple. La Maison de la Sagesse de Grenade a été crée en 2012 en vue de réactualiser la Convivencia. Elle est une initiative de paix née d'une initiative de Khal Torabully et des citoyens et citoyennes de Grenade, dont le but est de favoriser la culture de paix promue par l'Unesco. - wikipédia