elle traversera les paysages comme une pensée en marche
et dans sa continuité silencieuse elle dira
que tout horizon commence
il n’y a qu’à la suivre
Lionel André / promenades / randonnées / arts / littératures / air du temps
23 avril 2026
Route du Vent
D21
entre Saint-Agrève et Nonières
sur la Route du Vent les pierres murmurent des souvenirs oubliés et les herbes s’inclinent comme pour saluer les voyageurs d’un autre âge Là où le ciel effleure la terre des courants invisibles portent des voix anciennes tissées de magie et de promesses On raconte que ceux qui s’y aventurent ne marchent jamais seuls le vent devient leur guide leur épreuve ou leur destin
24 avril
Route du Doux
entre les Nonières et Tournon sur Rhône
Un regard de prudence sur la route poudreuse
mesure l'abîme
entre
le pas et la trace
7 janvier 2026
Veiller
plutôt que monter
la route
sans sommet
un pas lucide
dormir moins
que le monde
la hauteur
en alerte
la route des sommieux ne mène pas aux sommets
mais à ceux qui veillent
elle serpente à hauteur de fatigue
là où le pas devient attentif
et le regard
intérieur
on n’y avance pas pour arriver mais pour rester éveillé
à ce qui tremble encore
sous l’habitude
la route n’est tracée nulle part
elle apparaît sous le pas
de ceux qui refusent
de dormir dans le sens donné
méditation poétique... promenade sur une petite route de montagne
ici l'espace est maître
et le temps nous octroie le droit d'être lents
le droit d'être parmi
chaque tournant dévoile un secret de lumière un ravin de sapins
ou un cri de rapace
la route est une veine humble et singulière
où l'on marche pour voir comment l'ombre s'efface
on n'y cherche rien d'autre que ce rythme infime
le souffle qui s'accorde
au flanc de la paroi
et cette certitude au pied de chaque cime que le monde
est plus grand plus vaste
que soi
le détour n'est jamais un temps que l'on égare mais le chemin plus long pour mieux s'appartenir c’est l’art de s’écarter de la ligne trop rare pour laisser à l’imprévu le soin de nous nourrir
la ligne droite est sûre mais elle est sans mystère elle ignore la fleur cachée sous le rocher le détour est le souffle le pas de l’homme libre qui préfère l'approche au désir de toucher
c'est en perdant le but que l'on trouve le monde dans l'écart gracieux qui rallonge le jour la vérité souvent n'est jamais plus profonde que lorsqu'elle nous vient par le biais d'un détour
route
dans la lumière mince du seuil là où la solitude devient
un pays
et l’ange
non une figure
mais une exigence de l’espace
on avance à peine comme si chaque pas
ouvrait
un monde
plus large
que le corps qui le porte
la route ne mène nulle part elle s’ouvre
et dans cette
ouverture
quelque chose
veille
immobile
à la hauteur de l’invisible
n’est pas
une fuite ni un dépassement
mais
une figure de
l’attention
l’attente
le regard patient
l’accord profond avec le monde
la route = un espace de résonance
ce n’est pas un chemin qu’on traverse
c’est un chemin qui nous traverse
sur la route des Molliassières
15 novembre
2025
un seuil vers l’invisible
un apprentissage de la solitude
un élargissement intérieur
un mouvement de maturation
un espace de métamorphose
un lieu où le visible et l’invisible se rencontrent
un acte d’arrachement
un désir d’ailleurs
une épreuve de perception
un flux moderne où le monde s’accélère
une dérive existentielle qui ouvre sur l’inconnu
un geste vital qui mène jusqu’à l’extrême
l’espace où il tente d’atteindre
un réel absolu
Rimbaud fait de la route l’emblème même de sa poésie :
quelque chose qui s’avance et se défait en avançant
on the road again
novembre
2025
recommencer à vivre librement
voyager
retrouver le mouvement de la vie et la musique
sur la route du Cormet d'Arêches avec mes amis
André Du Bouchet
avance dans la poussière du monde
la route c’est la page blanche qu’il traverse
le blanc qu’il respire
la marche devient phrase sans fin
elle bute s’interrompt reprend comme la langue haletante du vent
chaque mot posé est un caillou chaque silence une halte
la route n’est pas devant
elle est sous le pied dans le mouvement même d’avancer
le réel s’y défait et se refait dans le souffle du présent
le poète marche et écrit
pour se tenir dans l’air pour être là où rien ne dure
la route est ce qui demeure quand tout s’efface
une trace qui s’éloigne de son propre tracé
Arthur Rimbaud
déjà
marchait dans le feu des routes avec la bouche pleine d’espace
il voulait traverser le monde pour traverser le langage
la route chez lui c’est la brûlure
la fuite
l’éclat d’une vision qui s’échappe
il marche pour sortir de la parole
pour devenir ce qu’il voit et ce qu’il ne voit pas dans la poussière
il jette la poésie comme on jette son nom sur la terre ouverte
André Du Bouchet
lui reprend la marche
non pour fuir mais pour tenir
dans la lumière tremblée là où le mot
s’accorde
à la pierre au souffle
au froid
la route passe entre eux comme une ligne d’air
elle relie la révolte à la patience
Rimbaud déchire Du Bouchet respire
mais l’un et l’autre savent que le monde n’est pas derrière ni devant
qu’il est dans la marche nue
dans le pas qui cherche sans atteindre
dans la parole qui s’efface pour laisser passer la terre
ainsi la route n’est pas voyage
elle est présence
elle ne conduit pas
elle tient le poète dans la tension de l’inachevé
un passage sans fin
où le silence et le vent font signe au lieu des mots
*
chaussures sur la route
le monde danse sous mes pas
rire et vent s’élancent
chemins sans fin s’étirent
le souffle du matin m’accompagne
je vais où je vais
à nouveau sur la route
le ciel et la terre me suivent
mes pas tracent la vie
chaque route
que l'on suit exactement jusqu'au bout
ne conduit exactement
à rien
escaladez
la montagne pour voir si c'est bien
une montagne
quand vous serez
au sommet de la montagne vous ne pourrez plus voir
la montagne
la grandeur est une expérience passagère
jamais elle n'est stable
la profondeur d'un horizon se traduira debout
elle arrive chaque fois de loin
très haut sur la route plate
la route s’empare de qui
un instant
marche à son côté
coller au réel elle flottera
brillantes sont les cimes des pins
brillante la rive du ruisseau
je
me suis assis
sur
un rocher qui ressemble à
un corbeau
comme
un corbeau est ce rocher
comme un corbeau posé sur la terre
poésie du je suis
je suis navigateur habile
je suis ce chemin qui commence avant moi
ce qui me porte en avant ne répond pas à ce qui soudain se retire du vent
immédiatement
le poème se doit à sa date
comme à sa chose ou à sa signature la plus propre
l’homme
ne saurait vivre
sans la confiance en quelque chose
d’indestructible
en soi
cependant
l’indestructible autant que la confiance
peuvent lui demeurer constamment
cachés
la route
ressemble à une chaloupe qui se balance
avec mystère
échouée
dans le marécage du monde
l'horizon camoufle les sombres taches
de la forêt
la nuit tombe
dissout le solide
absorbe la couleur
fait frémir l'immobile
fige le mobile
la vérité
exprimée sans compromis a toujours
des bords déchiquetés
Sisteron
Entrepierres
Saint-Geniez
Authon
Col de Font-Belle commune du Castellard-Melan
Col de l'Hysope commune du Castellard-Melan
Le Castellard-Melan
Thoard
Champtercier
Les Augiers, commune de Digne-les-Bains
Digne-les-Bains
Longueur 52 km
Direction Ouest/Sud
Extrémité ouest Sisteron
Intersections D 951 à Sisteron
D 17 à Le Castellard-Melan
D 17 à Thoard
D 117 à Thoard
N 85 à Digne-les-Bains
Extrémité est Digne-les-Bains
LRDT
LA ROUTE DU TEMPS
un chant et une route sont des choses très différentes mais dans le langage de l'ancienne poésie épique grecque le mot pour dire route et celui pour dire chant oimos et oimê sont presque les mêmes et ont la même racine le chant du poète était simplement
*
Autrefois
il y avait des truites de torrent dans les montagnes.
On pouvait les voir immobiles dressées dans le courant couleur d’ambre où les bordures blanches de leurs nageoires ondulaient doucement au fil de l’eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait dans la main. Lisses et musclées et élastiques. Sur leur dos il y avait des dessins en pointillé qui étaient des cartes du monde en son devenir. Des cartes et des labyrinthes. D’une chose qu’on ne pourrait pas refaire. Ni réparer. Dans les vals profonds qu’elles habitaient toutes les choses étaient plus anciennes que l’homme et leur murmure était de mystère.
CMcC.LR