Le jardin de la Vallée se présente comme une clairière subite, à la fois détachée du monde et reliée à lui par un chemin de terre. En apparence un chemin ordinaire, entouré de champs et de fruitiers alignés, mémoire d'une haie de bocage. En réalité, il constitue la dernière étape d'un paysage organisé. Si l'on vient de la ville et des grands axes routiers, on suit un itinéraire de voies décroissantes dans un ordre logique: autoroute, route nationale, villes, route départementale, villages, chemin vicinal, hameaux, chemin communal, chemin de terre... puis deux bandes de roulement ayant fatigué l'herbe, une descente dans les arbres, un pincement décisif dans l'organisation des vues: il faut traverser cette épaisseur pour oublier ce qui semble avoir été jusqu'en dernière minute un océan ordinaire de civilisation.
"L'innocente beauté des jardins et des jours allait faire à jamais le charme de ma vie" Jean de La Fontaine
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lundi 4 avril 2016
dimanche 20 mars 2016
La Grande Berce + alma nature 2024
Le Jardin en mouvement naît avec l'apparition de la berce du Caucase en 1980. Qui n'a jamais vu la berce au parfum d'angélique, aux hampes dressées dans les prairies, aux inflorescences plates, grandes comme des assiettes de banquet et couvertes d'insectes, se prive d'un spectacle d'enfance: inquiétude et fascination.
Ma première rencontre avec la berce date du jour où dame Pénichaud, d'une voix rogue et tannée de tabac, m'invite à découvrir l'arrière-cour de son magasin. En traversant la salle encombrée d'ustensiles, elle fait l'éloge de ma mère qu'elle admirait tant. Dame Pénichaud ne marche pas sur l'eau mais elle vend, seule et librement, une quincaillerie ordinaire. Sur un matériel en vogue au siècle passé, pendu aux solives en collection, elle demeure évasive. Entre deux nuages de tabac, cheveux lisses et chignon serré, le visage percé de ses yeux noirs électriques, elle sollicite les clients les plus intimes sur la fonction d'un outil ancien dont tout le monde ici a oublié le nom et le possible usage. Elle le propose à l'identification plutôt qu'à la vente.
Mais le plus important se situe derrière, au jardin, venez voir, elles sont énormes, je les ai là depuis quelques années, je ne sais plus quand, venez voir, je ne connais pas leur nom. Si vous voulez je peux vous en donner des graines. Au pied des murs, de part et d'autre de l'enclos, entre un débarras d'objets destinés à être réparés un jour et la maison voisine, les berces occupent l'espace, hampes dressées au-dessus de nos têtes, ombelles ouvertes grouillant de mouches et de cétoines, plantes étrangères au village, uniques en ce lieu, vous vous rendez compte. Elles nous dominent et plongent la cour sans âme dans un monde enchanté et rebelle. Vous savez, je n'en parle à personne, je ne sais pas comment elles sont venues, regardez comme elles font peur.....
Gilles CLEMENT - Le salon des berces
(à lire absolument !PP)
dimanche 16 août 2015
La Chambre des Roches + alma nature 2024
Limitée par les ronciers et les chênes, la chambre des Roches domine l'ensemble du relief. Elle résulte d'une soustraction et non d'un ajout. Pour obtenir la cascade de granit traversée par le sfilons de quartz et disposés en gradins, il a fallu creuser, déplacer l'arène en contrebas, gratter et dégager la surface minérale jusque dans les anfractuosités de la roche mère. D'un point de vue agricole, le pire: un non-sol, un squelette sur lequel s'agrippent d'inexploitables espèces. D'un point de vue du jardin, le plus intrigant: un territoire expérimental d'accueil à une diversité frugale, capable de vivre en substrat quasi stérile où la concurrence des espèces gourmandes n'est pas à craindre. La chambre des Roches, la plus longue à construire, la plus pauvre et la plus sèche, se couvre de mousses et de lichens. Ca et là surgissent les stipes-cheveux d'ange, les fétuques emmêlées, quelques oeillets des montagnes, une androsace claire, un genêt rampant et, profitant d'une fissure, un romneya à feuillage glauque offrant quelques rares fleurs de pavot blanc à coeur jaune de la taille exacte d'un oeuf au plat.
Nous y improvisons des apéritifs. on s'installe alors sur les reliefs de la roche devenus gradins. La vanesse Atalante, un papillon aux couleurs éclatantes, s'y pose régulièrement, sans doute attiré par les sucs des fumets de martre imprégnés à la roche.
Gilles CLEMENT - Le Salon des Berces
jeudi 6 février 2014
Jardins de plume + alma nature 2024
Une glycine libre gagne la charmaie au-dessus d'un couloir en galerie forestière. Elle fleurit dans les hauteurs, occupe une canopée sous laquelle se développent les skimmias, les osmanthes et les houx. Le chemin étroit maintenu par l'émondage discret des seringas et d'une rose liane débouche sur la chambre de l'Ouest. Aux trois quarts formée d'arbustes persistans à l'aise dans le sol acide et frais de ce contrebas, elle marque la limite du jardin, le long du chemin "des mariages et des enterrements". En ce point précis se trouvait la barrière où Sylvain amenai t les vaches à paître. Les lysichitons du Kamtchatka remplacent les ronces dans le limon et la boue. Quelques clethras d'été et corylopsis d'hiver rompent l'ensemble d'azalées et rhododendrons capables d'exubérence entre mai et juin. Le tableau des couleurs varie chaque année. En cas de coïncidence de floraison entre Fannie à pompons roses et Beethoven d'un violet profond, généralement décalés dans le temps, les harmonies anglaises renforcées par Irène Koster et Cocktail s'accroissent jusqu'à concurrencer les chapeaux de la reine. La chambre de l'Ouest, la plus ancienne du jardin, est une concession faite à la tradition des jardins fleuris. Elle ouvre l'un de ses côtés sur le salon des berces.
Gilles CLEMENT - Le salon des berces
mercredi 14 août 2013
Un pommier + alma nature 2024
Le Pommier couché occupe le versant sec du salon des Berces. Son tronc allongé sert de banc. Mais son orientation le prive d'usage: je n'ai jamais vu quelqu'un assis sur le pommier. Ce meuble vivant raconte la puissante histoire des réitérations, mécanismes de régénérescence par lesquels un arbre, alors regardé comme une colonie, assure la survie de son espèce par l'une ou plusieurs de ses nouvelles pousses, Une seule de ces pousses donne aujourd'hui un arbre respectable dont le tronc s'articule à angle droit sur l'axe d'origine, une oeuvre d'art involontaire.
Gilles CLEMENT - Le salon des Berces
vendredi 26 juillet 2013
Bounty au jardin + alma nature 2024
...La demi-maison hors d'eau, au sol de béton brut, reçoit les meubles rescapés de la tente: quatre lits de camp, les restes d'une table, deux garde-manger, un camping-gaz rouillé, un faitout, quelques assiettes et des verres dépareillés mais solides. De quoi tenir en attendant la lente substitution des objets hors d'usage par ceux que l'on choisit avec soin, au risque de se tromper durablement ou, pire encore, de produire un décor convenu dont chaque élément s'accorde à l'autre selon les règles mortifères du bon goût...
Gilles CLEMENT
dimanche 28 avril 2013
JARDINS DE PLUME + alma nature 2024
En descendant le ruisseau, les gunneras aux feuilles géantes modifient les profondeurs et chargent l'ombre de nuances tropicales. En arrière-plan, le katsura - l'arbre au caramel- s'élève jusqu'au ciel et sépare la vallée en deux. Sitôt passé la frondaison tombante et fluide, on accède à la chambre des Fougères, un talus en devers où un parrotia de Perse, aux feuilles de noisetier, déploie des branches animales. Les scilles du printemps succèdent au perce-neige; le sol de cette chambre s'apparente aux tapis où l'on enfonce les pieds avec hésitation, comme si l'épaisseur du tissage souffrait d'un luxe de fabrication par la fragilité des fleurs. Il n'en est rien. Les leucanthèmes, les silènes, les gaillets se laissent piétiner. On longe les fougères par un chemin à mi-pente pour atteindre les bois et la rive du lac. Vers la fin du parcours, un escalier de bois mangé par les mousses traverse l'Arbre à perruques, un arbre-porte.
Gilles CLEMENT - Le salon des berces
mardi 2 avril 2013
Jardins de plume... + alma nature 2024
Le Perchoir est une plate-forme couverte d'un toit dont le pignon ouvert domine le jardin à hauteur d'un étage. On y trouve un matelas, un fauteuil éventré, trois hamacs multicolores, une table bancale, une balançoire et des anneaux. il n'y a pas de garde-corps, le plancher frôle le prunier Mont-Fuji, un rosier inerme passe au travers des lattes et se mêle aux passiflores. L'escalier métallique, ouvrage récent, repose sur une volée de marches de granit en large dalles, longtemps suspendues dans le vise avant de recevoir l'oeuvre du ferronnier. Les ancolies, les campanules et les fougères occupent cette base en profitant des fissures et les lits de mousses. Le Perchoir repose sur des piliers de pierre irrégulières et saillantes, évocation du lointain art des grottes où l'eau suinte sur les stalactites entre les figures mythiques de l'ombre.
lundi 17 octobre 2011
Jardins de plumes + alma nature 2024
Le Potager fait chambre à part. De toutes les pièces de la maison, il constitue celle qui demande le plus d'attention et de ménage: amender, pailler, éloigner les herbes concurrentes, semer, désherber en délicatesse, démarier, éclaircir, tailler, palisser, protéger des lapins, des limaces, de l'excès de soleil; laisser pourtant venir les ancolies et les compagnons blancs accompagnant les tomates et les courges. A force d'essais, je connais la liste des espèces compatibles avec le terrain pauvre et sec de la Vallée, la liste des accommodantes, le liste des impensables: un chou averti d'y être planté meurt à l'avance. Comme tout le monde, j'obtiens des radis de printemps; la laitue accepte d'y développer un feuillage et refuse de pommer, les carottes parviennent à former des racines acceptables et fourchues; navets, betteraves et bettes fabriquent d'immangeables fibres; la roquette se plaît, la sauvage surtout; les haricots verts abondent, les pois rechignent; les poireaux tentent de grossir, passent l'hiver et fleurissent en boules perlées au milieu des cléomes et des tabacs sylvestres; je ne pince plus les tomates, elles se mêlent aux capucines; les années creuses où manque le fumier, les courges produisent des fruits nains pour des dinettes d'enfants; j'arrose au purin d'orties en puisant l'eau dans le bassin carré où les nymphéas blancs et un trèfle d'eau abritent les nèpes, les dityques et les larves de libellules.
Le Potager accueille les p,ates du Jardin en Mouvement mais il s'inscrit dans un motif de neuf carrés statiques séparés par des sentiers tondus. Une haie de charmes taillée en vagues l'isole de la maison. Dans sa partie la plus haute, une porte formée par les troncs veinés des érables de David donne accès au Perchoir.
Gilles CLEMENT - La Salon des Berces
jeudi 6 octobre 2011
Jardins de plumes + alma nature 2024
Gilles CLEMENT - Le Salon des Berces
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