Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le village de Saint-Jacques-de-la-Rive, village comme il existait tant au Québec à cette époque où la vie à la campagne dominait encore le paysage de la province, essaie de retrouver la vie paisible d'avant l'épidémie de grippe espagnole.
Dans le petit village, tout se sait. L'église et le magasin général sont des lieux de rencontres entre les paroissiens. Si des liens privilégiés se tissent, certaines animosités aussi s'expriment et divisent le village. Ernest Veilleux dirige un clan alors qu'Eugène Tremblay lui fait face; au centre des petites disputes, le curé, le maire et le député occupent les sièges convoités par chacun des clans qui souhaitent ainsi accroître son influence dans le village. Mais si les pères se détestent toujours autant, les enfants semblent être attirés les uns vers les autres.
Par ailleurs, le curé Lussier dirige ses ouailles de main de maître alors que Germain, un peu naïf et peu gâté par la nature, se fait piéger par une jeune orpheline, servant au presbytère, qui cherche un mari.
En toile de fond se dessinent les luttes politiques où rouges et bleus se disputent pour obtenir la construction d'un pont promis par le fédéral depuis si longtemps. Bref, un petit monde agité par les passions et les drames où les larmes ne sont jamais bien loin du rire.
Ketchup aux fruits, ketchup vert, confitures de fraises, framboises et citrouille, marinades, cuisine d'été, poêle à bois, sleigh, boghei, le train des vaches, les rangs, les foins, les sucres... Des mots, des traditions, de beaux souvenirs de mon village, de mes grands-mères, je me retrouve dans ce roman. Même si tout se passe dans les années folles (les années 20), la vie de cultivateur a, à peu de choses près, peu changé. Certes, la machinerie lourde, l'électricité et l'eau courante se sont installés depuis, mais on ne peut sauter les étapes sur une ferme. Les poules pondent encore des oeufs et les vaches produisent encore du lait! C'est une vie très difficile qui ne laisse pas le temps pour les loisirs (sauf le dimanche après-midi après la grand messe) pour tous les habitants de la maison.
Les 567 pages de ce premier tome d'une série de quatre livres ont été lues dans un temps record parce que je ne pouvais m'arrêter! C'est un beau rappel de la culture d'antan québécoise. La façon de veiller les morts, les chaperons dans le salon avec la belle et son cavalier, "le manger" préparé par le femmes dans le temps des Fêtes, le sexisme de l'époque, etc. Vraiment, pour avoir trop longtemps boudé les séries québécoises, je commence fort avec un excellent écrivain malheureusement décédé cet été...