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dimanche 3 février 2008

La chambre des officiers, Marc Dugain.

En 1914, tout sourit à Adrien, ingénieur officier. Mais, au début de la guerre, lors d'une reconnaissance sur les bords de la Meuse, un éclat d'obus le défigure. En un instant, il est devenu un monstre, une "gueule cassée". Adrien ne connaîtra ni l'horreur des tranchées ni la boue, le froid, la peur ou les rats. Transféré au Val-de-Grâce, il rejoint une chambre réservée aux officiers. Une pièce sans miroir où l'on ne se voit que dans le regard des autres. Il y restera cinq ans. Cinq ans entre parenthèses. Cinq ans pour penser à l'avenir, à l'après-guerre, à Clémence qui l'a connu avec son visage d'ange. Cinq ans à nouer des amitiés déterminantes pour le reste de son existence...

"La première tâche fut d'éliminer de notre champs de conscience tout ce qui pouvait rappeler que notre vie antérieure s'était normalement organisée autour de nos sens. La seconde, de nous interdire toute projection dans un avenir autre que celui des petits progrès quotidiens de mastication et de prononciation." (p.81)

J'ai ouvert ce livre en pensant que tout comme à une visite dans les montagnes russes, il fallait éviter de manger avant! Mais Marc Dugain a trouvé une façon (même avec une touche d'humour à l'occasion!) de nous décrire cet enfer des défigurés de la première guerre mondiale sans nous écoeurer. Le terme est un peu fort, mais j'avais de grandes appréhensions sur ce livre... Le sujet est difficile, les âmes sont meurtries, le courage est parfois absent et ce que chacun d'eux a vécu est souvent inimaginable et trop marquant! On a moins envie de s'appitoyer sur le sort de ces hommes (et femmes) que de les élever au rang de héros sans perdre de vue leur souffrance quotidienne naturellement. Un roman fort que j'ai apprécié parce que pour une fois on prend conscience des blessés qui doivent poursuivre leur chemin et pas juste des morts, qui eux, n'ont pas à affronter la société avec un visage défiguré pour le reste de leurs jours... Vous comprenez ce que je veux dire? Je ne diminue en rien la perte de ces vies!

lundi 19 novembre 2007

# 15 DU CHALLENGE 2007 "C": Le Prince des marées, Pat Conroy.

Tom, Luke et Savannah ont grandi au paradis, dans le sud faulknérien, sur la petite île de Melrose où leur père pêchait et leur mère régnait par sa beauté. Comment survivre à tant de bonheur et de poésie ? Leur enfance éblouie et perdue préfigure les drames inévitables de l'âge adulte. Parce qu'ils refusent de mûrir, de vieillir, leurs rêves d'art, d'exploits, de justice vont se heurter à la brutalité du monde réel. La géniale et tragique Savannah et ses frères affrontent l'amour, la solitude et la peur de vivre avec une ironie désespérée. De leurs blessures inguérissables naissent des fous rires sans fin et une immense tendresse. Entre l'émotion et la vivifiante intelligence, Le Prince des Marées est un de ces livres magiques qui peuvent vous briser le cœur, un de ceux que l'on n'oublie jamais.

"Notre vie dans la maison au bord du fleuve avait été dangereuse et nocive, pourtant, nous nous accordions à lui trouver des aspects merveilleux. Elle avait en tout cas donné des enfants extraordinaires et vaguement étranges. Notre maison avait été un terreau pour la folie, la poésie, le courage et une loyauté à toute épreuve. Notre enfance avait été dure, mais constamment passionnante. Malgré toutes les accusations terribles que nous pouvions porter contre l'un et l'autre de nos parents, ce qui les rendait différents des autres nous avait vacciné l'âme contre les ravages de l'ennui et de la morosité."
(p.1019)

Le Prince des Marées, c'est tout cela et tout le Sud d'une époque: le football américain, les crevettiers, le racisme, l'homme macho, les fraternités universitaires, les marécages, le moule Sudiste que tout le monde s'empresse d'adopter. Pas de place pour Savannah (féministe et artiste) dans ce monde, pas d'autres choix pour Tom "le coach" qui ne peut se défaire de ses racines et la seule option pour Luke que ses parents croient être le nigaud de la famille et qui nous prouvera le contraire plus d'une fois. C'est une grande saga familiale racontée au Dr. Lowenstein par Tom pour venir en aide à Savannah qui encore une fois a tenté le saut de la mort. Une psychanalyse profonde, une thérapie de groupe, des personnages profonds et un effort de poésie font de ce livre un roman pour lequel (encore une fois!) je regrette les limites de mon talent pour lui rendre justice! Une bonne brique dont on ne se lasse pas...

samedi 17 novembre 2007

Je "challenge" ou pas en 2008?

Question du jour... Comme mon pointage n'est pas très élevé en 2007, je me demandais si c'était raisonnable de penser à refaire le même exercise en 2008... Je n'aime pas beaucoup prendre des engagements d'avance, mais je commence à pouvoir en respecter quelques uns: les clubs La Recrue et Sylire. Voici mon statut: en rouge ceux que j'ai lus ou abandonnés en pleine lecture.

A: Al Aswany Alaa, L’immeuble Yacoubian
B: Stefan Bollmann / Laure Adler, Les femmes qui lisent sont
Dangereuses.
C: Pat Conroy, Le Prince des Marées. (en lecture)
D: Fédor Dostoïevski, Le Joueur.
E: Bret Easton Ellis, Lunar Park
F: Anne François, Bouquiner.
G: Nadine Gordimer, Un amant de fortune.
H: Nancy Huston, Lignes de faille.
I: Kazuo Ishiguro, Auprès de moi toujours.
J: Henry James, Portrait de femme.
K: Yasmina Khadra, Les sirènes de Bagdad.
L: Harper Lee, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur.
M: Anne-Marie MaDonald, Le vol du corbeau.
N: Azar Nafisi, Lire Lolita à Téhéran.
O: Nuala O’Faolain, L’Histoire de Chicago May. (en lecture)
P: Farah Pahlavi, Mémoires.
Q: Yann Queffélec, L’amante
R: Philip Roth, La bête qui meurt
S: Carol Shields, Au même moment.
T: Henri Troyatt, Catherine la Grande.
U: John Updike, Tu chercheras mon visage.
V: Stephen Vizinczey, Éloges des femmes mûres.
W: Tom Wolfe, Le Bûcher des vanités.
X: Xinran, Chinoises (lu en 2006, je triche !)
Y: Marguerite Yourcenar, Le coup de grâce.

Z: Stephen Zweig, Marie-Antoinette.

C'est vrai que j'ai pris un peu plus de vitesse en lecture et que mon nouvel emploi du temps me permettra d'en avaler plus rapidement... J'y songe!

Tranquillement, j'émerge...

Je refais surface à gauche et à droite sur les blogs, dans le quotidien et sa routine parce que depuis mercredi, sous l'effet des médicaments, j'étais un peu à côté de ma voie... Il en résulte que j'ai une pile de lavage à exterminer, des pages et des pages à lire chez vous tous et de la vrai "cuisine" à concocter!

Commençons par le début. Je viens de m'armer d'une cruche de thé (sans biscuits!) pour vous raconter ma première journée au boulot qui était jeudi dernier. C'est assez simple. Une succession de chiffres défilant sur un écran sans que je puisse en saisir le sens, la valeur ou l'utilité! Après une nuit sans sommeil et les pilules pour le rhume anesthésiantes, il ne fallait pas me demander de retenir quoi que ce soit! Entrepôt de données, Cubepaie, P.A.P.A., DSI, DRC, GMO, thérapie VAC, etc. Disons que le jour s'est levé vendredi lorsque j'ai commencé à comprendre (vaguement!) le sens de tout cela. L'hôpital se divise en plusieurs directions. Je ne vous ferai pas le détail de tout l'organigramme (parce que je n'ai pas encore tout retenu!!), mais le poste que j'occupe divise son temps entre deux directions: DRC et DSI (direction des regroupements de clientèle et direction des soins infirmiers). Les tâches consistes à faire des requêtes d'informations pour les directeurs, tenir des tableaux de données à jour, produire des rapports statistiques des dépenses et autres activités, faire du classement de rapport, gérer les courriels des deux directeurs (en passant ce sont deux directrices! Oups!), détacher une multitude de courriels et les classer dans les fichiers réseaux de l'hôpital, et jongler avec des formules dans Excel... Je n'ai jamais vu autant de chiffres et données de toute ma vie! L'équipe est entièrement féminine et un seul homme a la chance de partager ses journées avec nous! Les gens sont accueillants et l'ambiance est assez agréable. J'ai déjà repérer quelques spécimens rares (ultra-grano!!). Le bureau est petit, mais il a une belle vue sur Québec (ce qui n'est pas toujours le cas dans un hôpital où vous pouvez facilement vous retrouver au sous-sol sans fenêtre!). Le premier midi, une discussion intéressante sur les droits de l'homme a eu lieu (ça fait changement du hockey!), La Chine, les enfants, etc. La discussion a très vite tournée vers les musulmans... Comme on dit en bon québécois, j'ai fermé ma trappe et j'ai écouté! Alors, qu'ai-je appris? Que les musulmans battent leurs femmes, mais que, étant donné que c'est culturel et que tout le monde fait cela dans leur pays, ils n'ont pas le choix de le faire! STOP! La tête qu'ils ont fait lorsque je leur ai avoué que j'étais en couple avec un musulman depuis plus de douze ans sans qu'il n'ait jamais levé la main sur moi n'avait pas de prix!!! Empressement général: "Oh! il ne faut pas généralisé! Ah! moi aussi j'ai une copine comme toi où ça marche bien... Alors, y aurait-il deux exceptions à la règle? On n'en sort jamais de ces préjugés, croyez-moi! Pour le reste, l'autobus est toujours bondée le matin et je n'arrive pas à lire, mais pouvoir marcher avant de rentrer au bureau est très agréable! Dès que je ne serai plus en "orientation" (formation), je profiterai un peu plus de ma liberté pour aller faire du lèche-vitrine (sans sortir ma carte) le midi et faire un p'tit coucou chez Pantoute. La prochaine paie étant le 13 décembre... d'ici là, je mangerai du bon beurre de peanut!!!

mardi 24 juillet 2007

# 14 DU CHALLENGE 2007 "I": Ishiguro Kazuo, Auprès de moi toujours.

Jadis, Kathy, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham, une école idyllique nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l'idée qu'ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelle raison les avait-on réunis là? Bien des années plus tard, Kathy s'autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Une histoire d'une extraordinaire puissance, qui ne dévoile tous ses ressorts tragiques que progressivement - mais alors de manière ô combien bouleversante! Au fil du récit, Kathy, Ruth et Tommy prennent peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n'a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d'adultes.




Abandon de lecture à la page 53... Après Les vestiges du jours, j'aurais dû me méfier de cet auteur que je n'apprécie toujours pas! Il nous garde dans l'ombre pour un effet coup de théâtre plus loin? J'ai bien peur que ce moment, tout comme dans l'autre, ne vienne jamais. Et puis, tant d'autres méritent mon attention. Dont deux petits nouveaux aujourd'hui:


L'épouse hollandaise, Éric McCormack.
Piqué chez Anjelica qui n'a pas apprécié, mais la couverture me plaisait énormément...






Poils de Cairote, Paul Fournel.
Depuis que je lis Mahfouz et que j'ai un ami Égyptien,
je m'intéresse beaucoup plus à ce nombril des pays arabes...




dimanche 22 juillet 2007

# 13 CHALLENGE 2007 "E": Jeffrey Eugenides, Middlesex.

A quarante et un ans, intrigué par l’histoire de sa famille fortement consanguine, Cal décide de consigner le gène à l’origine de sa « double » nature. Voyons : Desdémone et son frère Lefty qui fuient Smyrne en 1922, se marient puis gardent le silence sur leur union incestueuse ; Lefty qui ouvre un bar à Détroit, repris dans les années cinquante par son fils Milton, lequel se marie à sa cousine Tessie ; Milton qui fait fortune et envoie sa fille Calliope dans une école pour jeunes filles de bonne famille ; Calliope qui se lie avec l’une d’elles, surnommée « L’Objet Obscur »’ Bref, une saga dingue !



Trois générations et leur culture grecque au centre de l'histoire de la Turquie, de la guerre, de l'industrie automobile de Detroit, de la période "hippie" et de ce qui arrive à Calliope, une hermaphrodite. C'est un roman très instructif en soi sur une variété de sujets. L'auteur nous trimbale sur la route de Calliope à partir de son historique familliale jusqu'à ses 15 ans, entrecoupant les textes avec quelques scènes de sa vie à 41 ans. Moi, ce qui m'aurait intéressé de savoir, c'est comment elle a vécu sa vie entre 15 et 41 ans! Le processus pour arriver à ses 15 ans est un peu lent et sinueux, mais j'ai quand même apprécié certaines histoires parallèles des autres membres de cette communauté très "proche" et peu ennuyante... un oncle prêtre, une tante lesbienne, une cousine qui se marie avec un cousin et même pire! Il ne faut pas oublier que tout commence en 1922 et que rien de tout cela se passe en 2007 où l'ouverture d'esprit n'est pas la même qu'à l'époque.
Si j'avais à mettre une note ce serait certainement 7/10. Pour les détours qui m'ont parfois donné envie d'abandonner et pour le fait qu'on entre peu dans la psychologie de Calliope. Je ne peux imaginer qu'on demeure équilibré et "normal" psychologiquement lorsqu'on découvre qu'on porte en nous les deux sexes... Néanmoins, une lecture que je recommande parce que c'est un sujet très peu traité en littérature de loisir....

mercredi 18 juillet 2007

# 12 DU CHALLENGE 2007 "Q": Yann Queffélec, L'amante.


Paris 1969. Marc Elern a dix-huit ans. Il vient de perdre sa mère. C’est dans un état second qu’il passe le bac, partagé entre la douleur et la passion qu’il éprouve pour Alba, jeune infirmière qu’il épie dans l’immeuble vis-à-vis du sien, fenêtre dans la nuit. Pour elle, il veut quitter l’appartement familial où il vivait avec son père et sa petite sœur Cathy, dix-sept ans, aveugle de naissance. Pardonne-moi, j’ai rencontré l’amour... Mais, éjecté du jardin vital de l’enfance, Marc est perdu. Le deuil va faire de ce jeune homme inachevé un amoureux chronique, hanté par le corps des femmes qui portent la vie, l’amour et la mort, et dont la maladie, parfois, tue la beauté. Après Alba il s’éprend d’Aline, trente-huit ans, divorcée, une jolie maman. Seule la mort doit les séparer. Ils veulent fonder une famille à eux, mais Aline ne tombe pas enceinte, et, détaché d’elle physiquement, Marc finira par la quitter. Il erre ainsi d’une femme à l’autre, d’un âge au suivant, enfant toujours en quête du paradis premier, sa mère disparue sans un mot d’adieu. Toujours en quête du grand amour...



Plus de 175 pages consacrées à Alba sur 201, je ne dirais pas que Marc erre de femmes en femmes! Je n'ai pas ressenti la tristesse de Cathy et de Marc vis à vis la mort de leur mère et si un personnage de ce roman a éveillé quelque chose en moi, c'est bien Tom, l'ami d'enfance de Marc. Malheureusement, il est très peu présent et c'est dommage parce qu'il avait bien quelque chose à raconter du fond du ventre, de vraies émotions... C'est mon premier Queffélec et je m'attendais à autre chose de ce grand amoureux de la mer que j'ai si souvent vu en entrevue et dont je trouvais le discours cohérent et passionnant. Il faut souvent lire entre les lignes, je suis trop terre à terre pour apprécier...



"Elle était la femme de ma vie, nous aurions des enfants, une cabane au Canada, un grand voilier sur les flots bleus, un hamac entre deux cocotiers, une boîte de grains de riz pour chaque fois où l'un tromperait l'autre, et quand nous mourrions dans quelque mille ans la boîte serait vide..."
(p.71)



Le sacré fantasme français de la cabane au Canada! Dites-moi, seriez-vous vraiment prêts à faire 7 heures d'avion pour atterrir au fond de notre belle forêt remplie de bêtes sauvages, de moustiques gros comme des Pékinois, sans eau et sans électricité?! C'est pas joujou et encore moins romantique, le hamac entre deux cocotiers oui! C'est cliché, mais fantasmagorique à 100%. De grâce...

dimanche 18 mars 2007

# 11 DU CHALLENGE 2007: Lettre "D", Dostoïevski, Le joueur.

Le jeu brûle tout. Il est la passion. Il est le rêve. L'enfer et la démesure. Le révélateur des abîmes de l'âme et l'ignoble concentré de la comédie bourgeoise. Il est l'argent! Autour de ses tapis, le général déchu se fait l'esclave du marquis et attend le décès de la richissime Baboulinka, sa tante. Hypothèques... Héritages... Intrigues... Corruption morale sur fond de bonnes manières. Qui donc résistera à ce tourbillon de folie? Dans ce désordre furieux, Alexis succombe à son tour au cancer du jeu. Le jeune précepteur veut séduire l'intraitable Pauline, belle-fille de son employeur. Il est pauvre et doit devenir riche. Il veut surprendre et se tuerait pour ça. Sur Roulettenbourg, ville d'eau paisible, souffle le vent du gâchis. Une tempête frénétique emportant les derniers fétus d'une vieille Europe en lambeaux...
Abandon de lecture. Impossible pour moi d'aller au delà du chapitre 4. Les casinos, la fausse pudeur et les manigances ont eu raison de ma personne...

dimanche 4 mars 2007

# 10 DU CHALLENGE 2007 "S": Carol Shields, Au moment même.

Un concept orignal, un livre en deux parties : le récit de la femme et le récit de l’homme. J’ai commencé par celui de la femme qui nous présente Brenda, mère de famille, début quarantaine, qui aime faire des courtepointes et qui vit de cet artisanat depuis peu. Elle part à Philadelphie présenter ses œuvres dans un congrès, découvre le plaisir de ce commander un petit déjeuner à la chambre et se lie d’amitié avec un inconnu… 290 pages pour tout cela ! Mise à part le fait que je désirais savoir ce que son mari fabriquait pendant ce temps-là, je ne sais pas pourquoi j’ai lu la suite !


Un peu plus de profondeur du côté du récit de l’homme. Jack est un genre d’historien – pseudo-écrivain qui se pose un peu plus de questions existentielles (déformation professionnelle ?), sur sa relation avec sa femme et sur quel type de femme elle est, sur ses amis et pourquoi il n’en a pas plus, etc. Il analyse les voisins, les voisines et sa famille. Il gère les crises autour de lui pendant l’absence de sa femme, sans plus !

Bref, une femme mariée qui prend un peu de bon temps seule et un homme qui se rend compte de ce qu’est la routine d’une femme au foyer…

Si vous tenez vraiment à découvrir Carol Shields avec ce livre parce que quelqu’un vous l’a offert, commencez par le récit de l’homme et vous n’aurez pas à lire la deuxième partie ! De la grande littérature d’épicerie ! Endormant !

jeudi 22 février 2007

# 9 DU CHALLENGE. 2007 "N": Azar Nafisi, Lire Lolita à Téhéran

Après avoir dû démissionner de l'Université de Téhéran sous la pression des autorités iraniennes, Azar Nafisi a réuni chez elle clandestinement pendant près de deux ans sept de ses étudiantes pour découvrir de grandes œuvres de la littérature occidentale. Certaines de ces jeunes filles étaient issues de familles conservatrices et religieuses, d'autres venaient de milieux progressistes et laïcs ; plusieurs avaient même fait de la prison. Cette expérience unique leur a permis à toutes, grâce à la lecture de Lolita de Nabokov ou de Gatsby le Magnifique de Scott Fitzgerald, de remettre en question la situation " révolutionnaire " de leur pays et de mesurer la primauté de l'imagination sur la privation de liberté. Ce livre magnifique, souvent poignant, est le portrait brut et déchirant de la révolution islamique en Iran.

Je ne sais pas par où commencer. J'ai aimé ou je n'ai pas aimé, je n'en sais trop rien. Un parallèle constant entre la vie de femme sous la République Islamique de Téhéran et la vie d'enseignante de littérature sous ce régime ou une analyse de la société iranienne de cette époque et de la littérature occidentale, je ne saurais vous dire. Henry James, Jane Austen, Nabokov, plusieurs auteurs classiques sont cités, étudiés et interdits. Plusieurs femmes sont présentées, réprimées et jugées. La torture, le voile, la milice religieuse, la guerre, la litérature, les relations homme-femme, la censure, une vue d'ensemble de ses années difficiles, c'est un peu la biographie de Madame Nafisi... "Pour moi, comme pour des millions d'Iraniens ordinaires, la guerre est sortie de nulle part, un doux matin de septembre. Imprévue, malvenue et totalement dénuée de sens." p.222

À lire pour en savoir plus sur cette guerre et à lire si vous avez déjà lu ces auteurs classiques... De mon côté, je n'ai pu que sympathiser avec ces femmes privées de liberté sans vraiment pouvoir développer un attachement envers elles.

dimanche 4 février 2007

# 8 DU CHALLENGE 2007 "V": Stephen Vizinczey, Éloge des femmes mûres.

« Ce livre s'adresse aux jeunes gens, mais il est dédié aux femmes mûres – et c'est des rapports entre ceux-ci et celles-là que je me propose de traiter. Je ne suis pas expert en pratique amoureuse, mais j'ai été un bon élève des femmes que j'ai aimées, et je vais essayer d'évoquer ici les expériences heureuses et malheureuses qui ont, je crois, fait de moi un homme. » Récit de l'apprentissage amoureux, Éloge des femmes mûres est un véritable traité de l'érotisme, celui qui se pratique dans la découverte et le respect de l'autre, qui enrichit la connaissance de soi. Avec beaucoup d'humour et d'esprit, Stephen Vizinczey livre ici un classique de la littérature érotique moderne.
Je voudrais écrire une critique "élogieuse" pour ce livre qui le mérite bien, mais seulement quelques mots me viennent à l'esprit: précocité et sans détour. Je pensais retrouver un homme dans la trentaire faisant la conquête de femmes dans la soixantaine, mais c'est plutôt un jeune adolescent qui nous fait part de ses premières aventures. Journal intime d'Andràs ou résumé de son expérience sexuelle, le sujet est toujours traité avec respect de la femme et une certaine sensualité. Nous suivons son évolution et celle de ses relations à travers l'histoire, son quotidien et son exil. Toutes ces femmes ne sont pas qu'un corps pour Andràs, mais il cherche aussi à percer le mystère de chacune. L'érotisme est présent, mais ce n'est pas ce qui en fait un succès, il y a beaucoup plus...
Voici un extrait qui m'a beaucoup fait sourire:
"Avant tout, les Canadiens aiment l'argent. Ça , ça va encore. Mais après, c'est l'alcool, et puis la télé, le hockey, et ensuite la bouffe. La baise vient en dernier. Quand on irait chercher un fille, eux, ils vont se reprendre un verre. Ce pays est plein de types trop gros et de femmes malheureuses." p.256

mardi 23 janvier 2007

Un récipient de céramique...

Je place et replace ce récipient de céramique depuis un petit bout de temps sans trop savoir quoi en faire réellement! J'ai eu l'idée d'y mettre les livres pour le Challenge 2007 que je possède... Il a maintenant trouvé sa place juste à côté du fauteuil de lecture.

samedi 20 janvier 2007

# 7 DU CHALLENGE 2007 "H": Nancy Huston, Lignes de faille.

Entre un jeune Californien du XXIe siècle et une fillette allemande des années 1940, rien de commun si ce n’est le sang. Pourtant, de l’arrière-grand-mère au petit garçon, chaque génération subit les séismes politiques ou intimes déclenchés par la génération précédente. Porté par la parole d’enfants victimes d’événements qui les dépassent et de choix qui leur échappent – qui les marqueront pourtant toute leur vie –, ce roman se construit à rebours, de fils en père et de fille en mère, comme on suit en remontant le fil de sa mémoire. Quel que soit le dieu vers lequel on se tourne, quelle que soit l’époque où l’on vit, l’homme a toujours le dernier mot, et avec lui la barbarie. C’est contre elle pourtant que s’élève ce roman éblouissant où, avec amour, avec rage, Nancy Huston célèbre la mémoire, la fidélité, la résistance et la musique comme alternatives au mensonge.
Nancy Huston se démarque par sa narration. Toujours surprenante! Dieu nous parlait dans "Dolce Agonia" et ici ce sont les personnages des quatre générations d'une famille qui nous racontent, à leur tour, leur vie au moment où ils ont 6 ans. Le premier châpitre, à mon avis, est un peu exagéré. Les propos tenus par Sol, l'enfant de 6 ans, me semblent peu vraisemblables. Cependant, à mesure qu'on avance dans les pages de cet excellent volume, l'histoire prend du sens et nous permet de comprendre un peu mieux le narrateur précédent. C'est comme défaire un tricot ou un puzzle en commençant par la fin... Guy A. Lepage, l'animateur de Tout le monde en parle au Québec, avait dit de Nancy Huston qu'elle était un génie. Je n'aime pas tous ses livres, mais je crois qu'il a peut-être bien raison! Ses histoire sont loin d'être banales.
"Je lis de mieux en mieux et de plus en plus vite, je lis comme si ma vie en dépendait, lire est mon seul et unique talent, si on me disait que je n'ai plus le droit de lire j'aurais une crise d'apoplexie et j'en mourrais. p.323

vendredi 19 janvier 2007

Sur mes tablettes...

Ma PAL!

Pour le Challenge 2007 :

Mémoires, Farah Pahlavi
Catherine la Grande, Henri Troyat
Éloge des femmes mûres, Stephen Vizinczey
Le Bûcher des vanités, Tom Wolfe
Middlesex, Jeffrey Eugenides
Marie-Antoinette, Stefan Zweig
Le Prince des Marées, Pat Conroy
Le vol du corbeau, Ann-Marie MacDonald
Au même moment, Carol Shields
Lire Lolita à Téhéran, Azar Nafisi
Portrait de femme, Henry James
Le joueur, Fédor Dostoïevski
Lignes de faille, Nancy Huston (lecture du moment)

Et les autres :

Jane Eyre + Shirley + Wuthering Heights +Villette + The Professor, Charlotte et Émily Brontë
Toute l’histoire du monde, Jean-Claude Barreau et Guillaume Bigot
Le nègre de l’Amistad, Barbara Chase-Riboud
L’intendant du Bey, Jean Bressot
Un tourbillon de neige et de cendres II, Diana Gabaldon
A la recherche du temps perdu (œuvre complèteen un seul volume), Marcel Proust
Le couloir de la mort, John Grisham
La loi du plus faible, John Grisham
How the Scots invented the modern world, Athur Herman
La Storia I et II, Elsa Morante
Having our say, Sarah et Elizabeth Delany
Great Expectations, Charles Dickens
Sense et Sensibility et Pride & Prejudice, Jane Austen (déjà lu en français…)
Lady Susan, Jane Austen
Intérieurs de Toscane, Taschen
Les dessous des chefs-d’œuvre I et II, Taschen
Napoléon : le chant du départ, Max Gallo
Cesar imperator, Max Gallo
Tous les hommes sont frères, Gandhi
L’Amant de lady Chatterley
Le Vicompte de Bragelonne I, II et III, Alexandre Dumas
Belle du Seigneur, Albert Cohen
Le périple de Baldassare, Amin Maalouf
Léon l’Africain, Amin Maalouf
L’euphorie perpétuelle, Pascal Bruckner (je n’arrive pas à le terminer !)
Les Trois Mousquetaires, Alexandre Dumas
Vingt Ans après, Alexandre Dumas
Le Palais du désir et Le Jardin du passé, Naguib Mahfouz
L’écume des jours, Boris Vian
La Souris Bleue, Kate Atkinson
La Part de L’autre, Éric Emmanuel Scmitt
Le demi-frère, Lars Saabye Christensen
Un secret, Philippe Grimbert
Courir avec des ciseaux, Augusten Burroughs
Madame Bovary, Gustave Flaubert
Bel-Ami, Guy de Maupassant
La Gloire de mon père + La Château de ma mère + Le Temps des amours + Le Temps des secrets, Marcel Pagnol
Romans et Contes, Voltaire (que j’essaie de lire un peu tous les soirs)
Le Guide du Louvre (j’y suis passée trop rapidement et je me suis pris un livre en me disant qu’un jour j’aurais le temps…)
Petit Larousse des vins
Huile d’olive : le guide du connaisseur, Judy Ridgway

Donc, une soixantaine de livres que je possède (ouf ! je me fais peur là !) et que j’espère avoir le temps de lire… cette année ?!

Finalement, ceux que je viens tout juste d’emprunter à la biblio :

Karoo boy, Troy Blacklaws
Un sentiment d’abandon, Christopher Coake
La colère du lac Tome I, Anne Tremblay
Africa Trek, Sonia et Alexandre Poussin

Je vous épargne la LAL, parce qu’elle est encore plus longue !

Par dessus tout cela, je suis aussi abonnée à quelques magazines!
LOULOU
Châtelaine
LIRE
Entre les lignes

vendredi 12 janvier 2007

# 6 DU CHALLENGE 2007 "Y": Marguerite Yourcenar, Le coup de grâce.

En 1919, dans les pays Baltes ravagés par la guerre, la révolution et le désespoir, trois jeunes gens, Eric, Conrad et Sophie, jouent au jeu dangereux de l'amour. Attirance, rejet, faux-semblants, conflits, mensonges et érotisme les pousseront aux confins de la folie. Marguerite Yourcenar renouvelle le thème du triangle amoureux dans cette somptueuse et tragique histoire d'amour.

Se lit, non pas comme une longue lettre d'amour, mais comme une longue plainte amoureuse! Je trouve que la description présentée derrière le livre exagère un peu. Il y a bien un jeu amoureux, celui de Sophie, mais à sens unique... et une relation haine-amour vécue par Éric en période de guerre. Première lecture de Yourcenar, Folio 2 euros (une centaine de pages par histoire) permet d'entrer rapidement dans le vif du sujet et donne à ses histoires une intensité stimulante. Presque entièrement ignorante de l'histoire de cette première guerre, Yourcenar n'en a pas un obstacle majeur pour moi en se concentrant sur quelques faits historiques, laissant la place à la psychologie amoureuse des personnages. La fin ne vous laissera pas indifférents...



mardi 9 janvier 2007

# 5 DU CHALLENGE 2007 "F": Annie François, Bouquiner.

Un remède contre le syndrome de l’obsession du livre (nous ne sommes pas seuls et c’est bien de le savoir !) ?

Livre à offrir à tous ceux et celles qui ne comprennent toujours pas notre « dévouement aux livres » (d’ailleurs il n’y a pas deux semaines, on m’a encore demandé pourquoi j’aimais lire des livres !) ?

Mais, surtout un livre de référence où plusieurs titres sont cités, où le vocabulaire est parfois très spécifique/instructif et où la force de l’auteur réside dans l’habileté à lier toute son expérience de lectrice en un bouquin.


Je lui lève mon chapeau pour avoir réussi à écrire 199 pages sur les habitudes de lecture et tout ce qui l’entoure. Un genre d’hommage aux livres ou un résumé de sa vie de lectrice… Probablement que vous, comme moi, avez aussi de façon inconsciente, votre technique, votre style. Si nous nous mettions à relater toutes nos petites manies, nous aurions certainement l’air aussi maniaques. Ceux qui me connaissent, riront à coup sûr, si je vous dis que mon pouvoir de concentration en lecture, entre autre, se situe dans mes doigts qui tournent et retournent des mèches de cheveux… Impossible de lire sans le faire ! Tout comme l’auteur, j’aime sentir les livres et je n’aime pas les bibliothèques publiques. J’aime les papiers blancs et lisses et je dois aimer la couverture d’un livre pour avoir le goût de le lire. Lisez-le, je suis convaincue que vous y trouverez quelques ressemblances avec vous et, étrangement, c’est réconfortant.

« Tant qu’un lecteur n’a pas reposé son livre de plein gré, c’est un individu potentiellement dangereux » p.74

lundi 8 janvier 2007

# 4 DU CHALLENGE 2007 "G": Nadine Gordimer, Un amant de fortune.

Ces deux-là n'étaient pas faits pour se rencontrer. Et pourtant... quand la voiture de Julie tombe en panne à Johannesburg et que le jeune mécanicien Abdou émerge des entrailles du véhicule qu'il bricole, ce sont deux planètes qui entrent en collision. Elle est femme et blanche, fille rebelle d'un puissant homme d'affaires d'Afrique du Sud. Il est immigré en situation irrégulière, ayant fui la misère. Elle voudrait s'affranchir des valeurs bourgeoises qui l'étouffent; lui, parvenir au monde de l'argent et du pouvoir dont elle est revenue. Elle, s'alléger pour être pardonnée; lui, s'alourdir pour être respecté. Il prend l'inclination de cette femme pour un caprice; elle prend l'attirance de cet homme pour de la passion. "Elle a honte de ses parents; il pense qu'elle a honte de lui. Ils ne se connaissent pas l'un l'autre." Dénoncé, il est chassé. Elle le suit dans son retour au pays, où la famille musulmane d'Abdou doit faire une place à "l'étrangère". Que de malentendus et de drames leur faudra-t-il surmonter pour que chacun, devenu à l'autre la Terre promise - "En elle il se sent lui-même, il n'appartient à personne, elle est le pays où il a émigré" -, accède finalement à son propre destin...

Je dois être honnête, j'étais à deux doigts d’abandonner ce livre, mais à la dernière minute elle est venue me chercher… Ma persévérance a porté fruit… au milieu du livre je m’y suis retrouvée – en partie. Cette étrangère dans le pays arabe de son mari qui se sent parfois déplacée, un peu isolée par la langue et les habitudes, mais qui a envie de faire partie de cette famille et essaie par tous les moyens de se faire accepter et de plaire à tous. Celle qui ne veut pas être l’étrangère qui lève le nez sur tout, mais être celle qui fait les efforts pour comprendre «d’autres façons de faire ». Les frustrations et les découvertes. A travers ce livre, j’étais en terrain connu et je sympathisais avec Julie, cette femme courageuse, qui avait tout dans son pays et que nous n’aurions pas soupçonnée de nous réserver une fin aussi improbable !



J’ai longtemps cherché les mots pour exprimer la sensation du désert, ce que l’on y ressent. Nadine Gordimer, elle, les a trouvés :


« Le désert est muet; au milieu du désert voici pourtant cette netteté infinie: le son pur. » p.228


Je me rappelle encore ma première expérience du désert de Tunisie, parce que comme le mari de Julie, le mien est aussi né aux portes du désert. L’effet paniquant de ne rien entendre, que son propre souffle. Ni lumières artificielles, ni sons artificiels, que soi. J’aime à répéter cette aventure de quelques minutes à dos de dromadaire, parce qu’elle est unique. Je m’éloigne un peu du sujet, mais c’est que cette histoire a éveillé tant de souvenirs... Bref, si je n’avais pas vécu ce que j’ai vécu, j’aurais lu ce livre autrement; comme un roman d’aventure. L’aventure de tous ces humains qui veulent fuir leur pays en quête de mieux et tout le parcours sans fin pour enfin y arriver. Nous n'avons aucune idée de quel pays arabe dont il s'agît ici, mais Madame Gordimer a su généraliser le tout pour que nous puissions imaginer l'histoire dans n'importe lequel de ces pays!

mercredi 3 janvier 2007

# 3 DU CHALLENGE 2007 "L": Harper Lee, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur.

Dans une petite ville d'Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche. Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 - au cœur de la lutte pour les droits civiques -, connut un tel succès. Il ne suffit pas en revanche à comprendre comment ce roman est devenu un livre culte aux Etats-Unis et dans bien d'autres pays. C'est que, tout en situant son sujet en Alabama à une époque bien précise - les années 1930 -, Harper Lee a écrit un roman universel sur l'enfance confrontée aux préjugés, au mensonge, à la bigoterie et au mal. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique. Couronné par le Prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur s'est vendu à plus de 30 millions d'exemplaires dans le monde entier.




Que de patience et de bonté cet Atticus, ce père seul qui essaie d'inculquer de bonnes valeurs à ses deux enfants Jem et Scout. Ce livre est étonnant pour son avant-gardisme. Il ne faut pas oublier que le livre a été écrit au début des années soixante et traite de sujets plutôt tabous à l'époque: la famille monoparentale (surtout sans la mère!) et le racisme. J'aurais aimé avoir eu, dans ma jeunesse, une fraction de la force de caractère et les connaissances que possèdent ces deux enfants à leur si bas âge. Ils ont le courage d'appuyer leur père dans cette situation plus que difficile et d'en comprendre l'enjeu. Une très belle histoire qui ne fait que nous donner un aperçu de la pointe de l'iceberg qu'a été la lutte des droits civiques! À lire sans faute.
Voir aussi critique d'Hervé

mardi 2 janvier 2007

# 2 DU CHALLENGE 2007 "B": Laure Adler & Stefan Bollman, Les femmes qui lisent sont dangereuses.

Les femmes et la lecture dans l'art occidental « Les livres ne sont pas des objets comme les autres pour les femmes ; depuis l'aube du christianisme jusqu'à aujourd'hui, entre nous et eux, circule un courant chaud, une affinité secrète, une relation étrange et singulière tissée d'interdits, d'appropriations, de réincorporations. » Laure Adler L'histoire de la lecture féminine se reflète dans la peinture et la photographie. Les artistes de toutes les époques ont représenté des femmes en train de lire. Pourtant, il aura fallu des siècles avant qu'il soit accordé aux femmes de lire à leur guise. Ce qui leur incombait d'abord, c'était de broder, de prier, de s'occuper des enfants et de cuisiner. Dès l'instant où elles envisagent la lecture comme une possibilité de troquer l'étroitesse du monde domestique contre l'espace illimité de la pensée, de l'imagination, mais aussi du savoir, les femmes deviennent dangereuses. En lisant, elles s'approprient des connaissances et des expériences auxquelles la société ne les avait pas prédestinées. C'est ce chapitre captivant de l'histoire de la lecture féminine que Laure Adler et Stefan Bollmann explorent, avec un soin particulier du détail. Le fil de l'analyse conduit du Moyen Âge au temps présent, en s'attachant plus spécialement à certaines oeuvres de Rembrandt, Vermeer, mais aussi Manet, Matisse ou Hopper, jusqu'à la fameuse photographie d'Eve Arnold montrant Marilyn Monroe en train de lire Ulysse de James Joyce. De courts textes de commentaire accompagnent ce choix de peintures, de dessins et de photographies.


Un livre très romantique représentant les femmes d'abandonnant à leur passion, un peu comme nous, à la différence qu'elles ont été immortalisées pour la vie. Je n'ai pas pu insérer les images, mais si un jour vous avez la chance de tomber sur ce magnifique livre, vous saurez lesquelles ont été mes favorites! J'ai inclus le court texte se rattachant à chacune de ces images.



p.63 Jean-honoré Fragonard (1732-1806)
"Jeune fille lisant - 1770"
...et cet autre regard qui flotte librement dans l'air, jusqu'à se perdre dans les sentiments et les rêveries que la lecture fait naître.




p.72 Franz Eybl (1806-1880)
"Jeune fille lisant - 1850"
Le livre semble lui couper le souffle, est-ce que parce que l'histoire est si palpitante qu'elle veut absolument en connaître la suite?



p.103 Peter Severin Kroyer (1851-1909)
"Roseraie - 1893"
Lire dans la nature, sous le soleil estival, était certainement un plaisir sans égal pour ces habitants du nord qu'accablent des hivers sans fin.


vendredi 29 décembre 2006

#1 DU CHALLENGE 2007 "A": Alaa El Aswany, L'immeuble Yacoubian.

Connaissez-vous Alaa El Aswany ? C'est un véritable phénomène, avec cent mille exemplaires de L'Immeuble Yacoubian vendus en quelques mois, un film en cours de tournage avec une grande mobilisation de moyens et d'acteurs célèbres. Très vite, poussé par la rumeur, le livre s'est répandu dans le monde arabe, a été traduit en anglais, et le voici aujourd'hui en français. L'auteur est un vrai Egyptien, enraciné dans la terre noire du Nil, de la même veine que Naguib Mahfouz. Il pose un regard tendre, affectueux, plein de pitié et de compréhension sur ses personnages qui se débattent tous, riches et pauvres, bons et méchants, dans le même piège. Il ne juge pas, mais préfère nous montrer les espoirs puis la révolte de Taha, le jeune islamiste qui rêvait de devenir policier ; l'amertume et le mal de vivre de Hatem, homosexuel dans une société qui lui permet de jouir mais lui interdit le respect de l'amour ; il nous fait partager la nostalgie d'un passé révolu du vieil aristocrate Zaki ; l'affairisme louche mêlé de bigoterie et de lubricité d'Azzam ; la dérive de la belle et pauvre Boussaïna, tout cela à l'ombre inquiétante du Grand Homme, de ses polices et de ses sbires de haut vol comme l'apparatchik El-Fawli, et à celle non moins inquiétante d'un islam de combat, qui semble être la seule issue pour une jeunesse à qui l'on n'a laissé aucun autre espoir. Alaa El Aswany ne cherche pas le scandale. Il nous dit simplement que le roi est nu. Il nous montre ce que chacun peut voir autour de lui mais que seule la littérature rend vraiment visible. Nous comprenons un peu mieux comment va l'Egypte, certes, mais aussi comment va le monde et - peut-être également - pourquoi explosent les bombes...


Difficile d'en dire plus sur ce livre si bien résumé au verso! Corruption, escroquerie, homosexualité, islamisme, manigances, dévotion religieuse ou familliale, ce "melting pot" de la vie quotidienne des habitants de l'immeuble Yacoubian vous maintiendra en haleine pour quelques bonnes heures! Nous plongeons directement dans la culture égyptienne, qui malheureusement n'équivaut pas seulement à la chicha et aux belles danseuses orientales sur fond de musique entraînante au regard envoûtant et entouré de Khôl... Nous sommes trimballés, d'une page à l'autre, entre le triste, drôle, ridicule, étonnant, décevant et la frustration de ne pouvoir rien faire pour ces pauvres gens qui essaient seulement de vivre "mieux" et gravir les échelons par tous les moyens. Un beau livre qui nous fait réaliser à quel point nous sommes chanceux d'être ici plutôt que là-bas. La caricature de ce peuple est peut-être exagérée, n'empêche que ces problèmes de société existent vraiment et que l'injustice et l'absence de liberté priment encore aujourd'hui. Je lui accorde 8.5/10 parce que certains personnages sont un peu délaissés vers la fin du livre et j'aurais voulu en savoir un peu plus sur leur destinée... Avec impatience j'attends de voir le film, qui au dire de certains, est superficiel.
*Il y eu confusion dans l'ortographe du nom de famille. C'est bien El Aswany et non Al Aswany. Comme il a été publié dans le "A" sur le Challenge 2007, je ne peux rectifier la situation...