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A sauts et à gambades

  • Je commence toujours par le ciel Vie d'Alfred Sisley - Christophe Langlois

    sisley

    En ce moment j’enchaine un peu les livres autour de l’art.
    Je viens de terminer un livre excellent, très émouvant, très poétique, bref très réussit.

    Christophe Langlois nous parle d’Alfred Sisley, bien entendu le nom nous parle mais je me rends compte que je ne sais pas grand-chose sur ce peintre, j’ai en tête quelque uns de ses tableaux mais sans plus.

    Je me suis immergée dans sa vie, j’ai découvert un homme qui toute sa vie courut après la réussite et si aujourd’hui il est une valeur sûre de l’impressionnisme, ce ne fut pas le cas de son vivant.

    sisley

    Le Couple Sisley par Pierre -Auguste Renoir 

    C Langlois nous conte une superbe histoire d’amour car Sisley fut toute sa vie soutenu, porté, encouragé par sa femme Eugénie surtout quand, alors que les Prussiens rentre dans Paris, son atelier est la proie de flammes « Une perte abyssale. Seules dix-sept toiles en ont réchappé. Dix-sept : celles qui ont été vendues juste avant. »

    sisley

    L'abreuvoir de Marly Le Roi


    Aujourd’hui qu’une cinquantaine de ses toiles sont à Orsay cela apparaît comme un peu anecdotique mais à cela s’ajoute la faillite de sa famille qui ne pourra plus l’aider financièrement il quitte Paris et s’installe à Louveciennes.

    sisley

    La Neige à Louveciennes 

    Louveciennes qui lui inspirera des tableaux magnifiques en particulier des paysages de neige que pour ma part j’aime énormément.

    J’ai aimé l’alternance que fait l’auteur entre le récit lui-même et parfois les monologues d’un Sisley souvent découragé et au bout du rouleau.
    Les précisions de C Langlois sont bien argumentées et parfois seulement suggérées ce qui ne leur donne que plus d’importance.
    On peut dire que Langlois nous sert le réel par petites touches comme dans les tableaux de Sisley.

    sisley

    Moret sur Loing au soleil Levant 

    On assiste au début du peintre, à ses différents essais pour rendre la lumière, les effets sur l’eau, il va parfois même chercher cela dans son Angleterre natale car il admire les paysagistes anglais.
    Ce qui fait le malheur de Sisley c’est l’évincement qui le touche, Monet et Renoir sont déjà en partie reconnus, son nom n’apparaît jamais.

    Le marchand d’art Paul Durand-Ruel lui achète des centaines de tableaux mais la situation de Sisley reste précaire et il est parfois obligé de quitter un logis à la cloche de bois ne pouvant faire face à ses créanciers.

    sisley

    L'inondation à Port Marly

    Dans la fin de sa vie il est installé à Moret-sur-loing qui lui inspirera parmi ses tableaux les plus connus.
    Il est atteint d’un cancer et sa femme également ; il confie ses enfants à Monet qui organise une vente pour faire face et le succès, c’est un comble est au rendez-vous : Degas, Renoir, Pissaro, Cézanne, Vuillars, ils sont tous là.

    sisley


    Pourtant il faudra attendre le 20e siècle pour qu'il soit considéré comme l'un des grands paysagistes.

    J’aime beaucoup ses tableaux empreint de sérénité pour la plupart, pleins de douceur, d’une belle lumière qui m’enchante toujours je laisse Christophe Langlois vous convaincre il le fait mille fois mieux que moi

    « Lorsque la peinture de Sisley m’ait vraiment apparue, j’ai été frappé par sa pureté et par sa différence. Moins frontale, moins anecdotique aussi, comme rivée à l’insignifiance possible d’un paysage, mais jamais intimidée, se lançant à corps perdu dans ce mélange de nostalgie et d’élan que suscite un matin de lumière »

    Vous pouvez vous immerger dans l’impressionnisme grâce aux Podcasts Voyage en pays impressionniste

    sisley

    Le livre : Je commence toujours par le ciel. Une vie d’Alfred Sisley – Christophe Langlois – Éditions des Instants

  • Les Bourgeois de Calais - Michel Bernard

    michel bernard

    Il y a des auteurs auxquels je m’attache après lecture de certains de leurs livres, ensuite j’essaie de rattraper mon retard en lisant leurs plus anciens écrits.
    Michel Bernard est parmi eux grâce à Luocine qui la première me l’a fait lire.

    J’ai lu tout autour de Ravel, Jeanne d’arc et la Retraite de Russie. Aujourd’hui retour vers la guerre de cent ans.

     

    michel bernard

    1347 Calais est assiégée par les anglais et capitule.
    Le roi Edouard exige que six notables pieds nus et la corde au cou lui remettent les clés de la ville.
    Ils seront finalement graciés grâce à l’intervention de la reine Philippa de Hainaut.

    Le projet d'un monument en leur hommage est prévu pour 1889 à l'occasion du centenaire de la révolution.

    michel bernard

    L'édile 

    Le maire de Calais Omer Dewavrin fait appel pour le monument à rien moins qu’Auguste Rodin, celui-ci a 44 ans et sa notoriété est encore limitée mais Rodin ne fait rien comme tout le monde. L’édile et l’artiste vont lier amitié.

    michel bernard

    L'artiste 

    Michel Bernard va s’attacher à nous détailler les liens qui vont naitre entre le commanditaire et son maitre d’œuvre.

    Omer Dewavrin se rend à Paris, Rodin lui fait visiter son atelier.

    Quelle apparence donner aux Bourgeois de la Guerre de Cent Ans ? pour Rodin pas question d’en faire un monument conventionnel. Mais le projet qui nait dans sa tête est tout sauf académique et risque de heurter les élus outre qu’il risque de n’être plus dans les clous financièrement.

    Dewavrin est séduit par le projet de Rodin et travaille à son soutien.
     « Il voyait, dans une soudaine accélération du temps, quelque chose qui demeurerait. On viendrait de Paris, des quatre coins du pays pour admirer l’œuvre que Calais allait élever à la mémoire de ses héros ».

    Le projet présenté au conseil municipal est adopté immédiatement et unanimement, c’est sans compter les délais, Rodin est sollicité de toutes parts, le projet prend du retard.

    Les ennuis s’abattent en pluie sur le maire, financiers d’abord mais ensuite c’est le choléra qui sévit et le voilà à la manœuvre pour éviter que l’épidémie s’étende.

    michel bernard

    L’œuvre au musée Rodin 

    Tout cela prend onze ans !!
    La sculpture est inaugurée en 1895.
    J’ai aimé l’écriture de Michel Bernard, l’art qu’il a pour nous introduire auprès de Rodin et de son entourage et l’on croise Monet, Rose Beuret, Camille Claudel et Rainer Maria Rilke.
    La finesse avec laquelle il détaille les relations entre les personnages. C’est un récit élégant et sobre, très bien documenté.
    On voit naitre l’œuvre, évoluer le projet, tâtonner l’artiste, s’interroger le commanditaire.

    Pour finir de vous convaincre faites connaissance avec les six bourgeois si vous ne les connaissez pas déjà
     

    michel bernard

    « Eustache de Saint-Pierre, Pierre de Wissant, Jean d'Aire, Jacques de Wissant, Jean de Fiennes, Andrieu d'Andres »

     

    michel bernard

     

    michel bernard

    Le Livre : Les Bourgeois de Calais – Michel Bernard – Éditions La Table ronde Poche  

  • Persuasion - Jane Austen

    Petite balade au pays des classiques.

    Longtemps après avoir essayé de lire Jane Austen dans des versions plus qu’approximatives j’ai fini par acheter les œuvres en pléiade.

    jane austen

    J’ai recensé ici Mansfield Park et Emma.
    J’ai passé plusieurs mois à lire toute l’œuvre avec délices. J’ai tout aimé mais j’ai quelques préférences : j’aime beaucoup Mansfield Park et Emma mais Persuasion reste mon œuvre préférée.

    jane austen

    J’aime les personnages, l’intrigue, les quiproquos, les critiques de la bonne société, bref j’aime tout.

    jane austen

    Pour faire bonne mesure je l’ai également écouté en version lue par Camille Cobbi et c’est un petit régal 

    Applaudissement aussi pour l’adaptation BBC par contre la dernière avec Dakota Johnson est à fuir.

    jane austen

    Le livre : Jane Austen - Oeuvres complètes T1 et T2 - Gallimard Pléiade

    La Version Audio :  Persuasion - Lu par Camille Cobbi - Editions Thélème

  • Un livre deux tableaux - Les Ciels de Tiepolo

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    Chez Tiepolo la couleur est comme déplacée, par rapport aux propositions de la nature, elle ne dit plus le vert du feuillage, la teinte jaune des fruits, elle a des jaunes acides, des roses, des mauves comme la terre n’en offre guère, et qui suggèrent plutôt de luxueuses étoffes teintes, comme si le Ciel s’était revêtu des parures de la Venise festive qui a commandé nombre de ces peintures."

    Olympe - Musée du Prado - Giovanni Battista Tiepolo

     

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    Persée et Andromède - Frick Collection New York 


    " Si les ciels ne sont pas d’abord lumière, ils ne sont pas les cieux. Toujours cette merveilleuse clarté et cette intense luminosité des plafonds de Giambattista Tiepolo. La profondeur des cieux ne peut être rendue sensible que par un appâlissement des coloris. Des teintes sombres refermeraient l’espace, feraient voûte, barreraient le regard qui n’aurait jamais l’impression de plonger dans l’infini céleste. Au contraire une certaine pastellisassion des couleurs recule l’horizon, ouvre les perspectives."

     

    Le livre :  Les Ciels de Tiepolo - Alain Busine - Gallimard

  • Les Yeux de Mona - Thomas Schlesser

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    Une jolie histoire de transmission entre une petite-fille qui va peut-être perdre la vue et son grand-père passionné de peinture.
    Pour qu’elle garde en tête les peintures qu’elle aura vu il va l’emmener partout.
    Du Louvre à Orsay au Centre Pompidou.

    A 10 ans, Mona n’a jamais couru les musées, il est temps de le faire pour engranger des souvenirs en attendant la nuit. 
    Son grand-père « Dadé » truande un peu, annonçant qu’il l’emmènera chez le psychologue pour l’aider à supporter l’épée de Damoclès au-dessus de sa tête
    En fait pour qu’elle garde en tête les peintures qu’elle aura vu il va l’emmener partout.

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    52 semaine pour l’année, 52 chef-d ’œuvres à découvrir.
    Un peu au hasard :
    Vermeer, Botticelli, Turner, Monet, Manet,Degas, Picasso

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    Comment éveiller la curiosité de Mona, quels mots employés ; comment la guider.
    Un rien érudit le grand-père sait capter son attention.

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    Thomas Schlesser, historien de l’art écrit habituellement des essais pour les amateurs d’art de tout poil.
    Barnes & Noble, lui a décerné son prix « Book of the year », , sorti outre-Atlantique le livre a figuré plusieurs mois au top 10 des ventes du New York Times.

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    Son livre à une forme très classique, si autrefois vous avez lu le Monde de Sophie, on est sur la même veine et la même forme. Un érudit ouvre les portes d’un monde à une novice.

    La première visite se passe au Musée du Louvre, devant Vénus et les trois Grâces offrant des présents à une jeune fille de Botticelli. Jamais je ne suis allée au Louvre sans m’arrêter devant cette fresque qui chaque fois m’émeut.

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    Bienveillance, tendresse et érudition, aptitude à parler de peinture, voilà les secrets de ce duo.
    Laissez-vous tenter et déambulez d’une salle à l’autre, d’un musée à un autre, d’une période à une autre.

    Cicerone pédagogue le grand-père y met du sien, du coup cela est tout aussi accessible à Mona qu’aux lecteurs néophytes en matière d’art quitte parfois à agacer les gardiens.
    C’est intéressant et réussi à une seule condition : répartir les visites sur un temps assez long pour ne pas être victime de ras le bol.
    Ralentir quand il le faut, revenir en arrière, s’attarder si besoin.

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    J’aime la peinture et donc la plupart de ces œuvres m’étaient connues, mais en parler c’est une autre paire de manches.
    Entre regarder même attentivement et décrire ce que l’on voit, exprimer son admiration, j’ai été sensible aux leçons d’observation données, pourquoi nous arrêtons nous devant ce tableau-là ? pourquoi un détail vous reste en mémoire indéfiniment ? pourquoi l’émotion se lève devant tel tableau ?

    Thomas Schlesser a réussi son pari de passeur, il donne envie de se précipiter au musée.
    Un livre qu’il faut mettre dans la bibliothèque de vos enfants et sans rien dire aller grapiller quand l’envie vous en prend.

    Un petit podcast pour compléter la lecture 

     

  • Les Pauvres gens - Fiodor Dostoïevski

     

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    Quand on a lu les principaux romans d’un auteur, il reste ses écrits plus anciens, pas forcément les meilleurs mais l’on a plaisir à découvrir l’auteur un peu balbutiant, un peu maladroit parce qu’on sait ce qu’il adviendra.

     Les Pauvres gens est le premier roman de Dostoïevski, il a obtenu un succès immédiat alors qu’il n’a que 25 ans.

    Le style est déjà là, ce roman épistolaire contient en germe ce que l’on retrouvera plus tard dans son œuvre.

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    Le récit tourne autour de deux personnages : Varvara Dobrossiolova et Makar Dévouchkine.

     Lui est un petit fonctionnaire toujours sur la corde raide question finance, il est plus âgé qu’elle.
    Varenka est une lointaine cousine à la santé précaire, une orpheline qui vit dans une pauvreté terrible et qui a été déshonorée par un riche propriétaire terrien.

    dostoiëvski

    Caricature du fonctionnaire 

    Makar vit dans un logement collectif sans aucun confort, bien qu’en difficulté il tente d’aider Varenka. Il est touché par son courage, il dépense jusqu’à son dernier kopek pour lui faire quelques cadeaux.

     

    Au fil de leur correspondance se dessine une affection sincère et profonde même si elle est faite de non-dits et de silences.
    « L’existence est moins lourde quand on la supporte à deux. »

    Ils font état de leurs craintes, de leurs difficultés, ils se livrent avec sincérité et humilité, Makar se traite d’ignorant, Varenka dit « Ah ! mon ami ! le malheur est une maladie contagieuse. » Chacun devient le confident de l’autre.

    On a au fil du récit le sentiment d'avoir affaire à des personnages aux abois, et cette impression va crescendo.
    Mais Varenka sait ce qu’elle veut ce qu’elle est prête à accepter et le dénouement final n’a rien de glorieux.

     

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    André Markowicz le traducteur 

    A travers leur lettres Dostoïevski dresse un tableau un rien sordide de la vie à la russe, la lutte quotidienne pour manger, se loger, se vêtir, bref vivre.
    Il décrit merveilleusement bien l’univers « des petits, des sans grade » ces êtres pitoyables qui gravitent autour des personnages principaux : un écrivain raté, un commerçant indélicat, une tante qui est un monstre d’égoïsme.

    Son analyse de l’âme humaine présente déjà toutes les contradictions que l’on rencontrera dans ses grands romans. Culpabilité et péché, orgueil ou rédemption.

    L’auteur exagère les émotions, l’amour de Makar est profond et intense,
    « Dès que je vous ai connue, d'abord, j'ai commencé à mieux me connaître moi-même, et je vous ai aimée ; et avant vous, mon petit ange, j'étais solitaire, c'était comme si je dormais, je ne vivais pas au monde. »

    Le rythme des phrases accentue l’impression de tourment qui assaille les personnages et donne cette sensation de percer l’âme humaine ce qui sera le propre de Dostoïevski.

    La traduction de Markowicz rend parfaitement l'esprit torturé de l'écrivain et apporte tout ce qu’il faut au lecteur pour se laisser séduire par ce roman.

     

    Le Livre : Les Pauvres gens - Fiodor Dostoïevski - Traduction André Mar­ko­wicz  -  Actes Sud