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Thursday, November 08, 2012

Citation du 9 novembre 2012



Le nez, pour un Ça [= Inconscient] devenu capricieux et dont l’omnipotence ne connaît plus de limite, est un membre masculin, en conséquence de quoi, il fait le nez gros ou petit, arrondi ou pointu, le place de travers dans le visage, selon qu’il veut révéler tel ou tel penchant.
Groddeck  - Le livre du ça (ch. 23)
- Pourquoi (dist Gargantua) est-ce que Frère Jean a un si beau nez ? […]
- Selon vraye philosophie monastique, c’est parce que ma nourrice avait les tétins moletz : en la laictant, mon nez y enfondroit comme en beurre, et là s’élevoit et croissoit comme paste dedans la met [= le pétrin]. Les durs tétins des nourrices font les enfants camuz. »
Rabelais - Gargantua Chapitre 4
Téléchargez Le Livre du ça de Groddeck et lisez le chapitre 23. Vous y trouverez une extraordinaire description du corps humain, tel que fantasmé par les enfants : pour la circonstance, j’ai choisi le nez.
L’intérêt de ce passage de Groddeck est en effet de nous ramener à la verdeur des curiosités enfantines, quand les petits garçons rêvaient de savoir ce qu’il y a sous les jupes de la maitresse, et que leurs ainés de la communale leur racontaient qu’on peut le savoir à condition d’avoir le code : Comment deviner la taille du zizi de mon Papa? En regardant la forme de son nez.
Bien sûr, les adultes aussi ont leur code de l’amour : j’en avais évoqué un, le jour de la Saint-Valentin, et on peut toujours le consulter ici. Mais si les adultes ont un tel code, c’est bien évidemment  une survivance de l’époque des curiosités enfantines.
Maintenant, faut-il prendre au sérieux ce code qui, selon Groddeck, fait de chaque partie du corps un symbole révélant une caractéristique sexuelle ? La seule façon de le savoir est de chercher s’il y a convergence de ces représentations quand elles nous viennent d’un peu partout.
Bien sûr, Rabelais nous apporte une confirmation des interprétations de Groddeck, avec l’autorité d’un classique de la littérature. Mais il ne faut pas non plus oublier Pinocchio et son nez érectile. Reste que dans ce dessin, Killoffer (1) déplace le symbole; mais après tout c’est une façon de retrouver notre psychanalyste qui dans un autre paragraphe du chapitre 23 évoque la luette comme symbole sexuel.
Bon. Une fois épuisé le charme des interprétations du chapitre 23, passez aux autres chapitres : ce n’est pas triste non plus.
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(1) A voir ici. A noter que ce dessin résout également la question qui vous brûle peut-être les lèvres : comment deviner la forme du sexe de ma maman ?

Tuesday, October 23, 2012

Citation du 23 octobre 2012


Et de même, la bouteille, n’est-ce pas la femme érigée toute droite au moment du spasme, et le rêveur insensible dans le vent et le téton pour la bouche de l’amant et le phallus. Et le porte-plume aussi, obscène et symbolique dans la main du poète, et le chapeau fendu comme un sexe ou rond comme une croupe. Toutes ces images opèrent un nivellement dans l’esprit. Tous ces éléments comparables à un même accessoire ne sont-ils pas égaux ?
Robert Desnos – La liberté ou l'amour ! (1927),


- Une bouteille, ça vous fait penser à quoi ?
Réponse A : à la femme érigée toute droite au moment du spasme
Réponse B : au rêveur insensible dans le vent
Réponse C : au téton pour la bouche de l’amant
Réponse D : au phallus
- Questions subsidiaires pour départager les exæquo :
A quoi vous font penser :
A – Un porte-plume ?
B – Un chapeau fendu ?
C – Un chapeau rond ?
…Les rêveurs en resteront là. Les autres – les cérébraux – chercheront pourquoi Desnos affirme que toutes ces images opèrent un nivellement dans l’esprit.
Notre étonnement ne vient-il pas du fait que Desnos inverse le processus habituel de l’interprétation des symboles ?
En effet, lorsque nous imaginons qu’une bouteille est le symbole de quelque chose, nous allons mentalement de l’image signifiante à la chose signifiée : de la bouteille au corps d’une femme par exemple.
Desnos, lui, fait le trajet retour : après avoir montré le rapport symbolisant-symbolisé, il évoque le rapport symbolisé-symbolisant : si la femme spasmée, le rêveur dans le vent,  le téton dans la bouche de l’amant, le phallus érigé sont tous signifiés par le même objet, alors c’est qu’ils sont « égaux ».
Occasion de jouer autrement avec nos symboles personnels.

Tuesday, July 24, 2007

Citation du 25 juillet 2007

Sont désormais prohibés, dans les établissements d'enseignement public, «les signes ou tenues qui manifestent ostensiblement l'appartenance religieuse des élèves.»

Loi Ferry sur les signes religieux, adoptée le 15 mars 2004

Loin de moi l’intention de rallumer une controverse qui a d’ailleurs fait long feu, peut-être moins par la force de la loi que par le manque de combativité des intéressé(e)s.

Non, ce Post a pour objet la notion de signe, telle que révélée par la formule « signe ostensible ».

Tout le monde en a discuté, proposant de la remplacer par « ostentatoire », « visible », ou autre encore. Pas un seul n’a demandé au philosophe ce qu’il en pensait (1).

Si cela avait été le cas, le philosophe aurait peut-être pris la voix de Socrate pour demander : « Dis-moi mon bon, ce que tu appelles « signe ostensible », est-ce que ce ne serait pas un signe qui se reconnaît de loin, comme une grande croix, alors qu’une petite serait « discrète » ? Et si c’est le cas, est-ce que par hasard tu ne voudrais pas dire que le signe est ostensible quand il fait signe par lui-même sans que personne ne vienne te dire que c’en est un ? »

Et là, plein de suffisance, vous allez répondre : « Bien sûr Socrate, tout le monde la sait : la loi du 15 mars 2004 le dit : « le législateur a précisé la notion d’«ostensible» : elle concerne «les signes et tenues dont le port conduit à se faire reconnaître immédiatement par son appartenance religieuse», comme «le voile islamique», «la kippa» ou «une croix de dimension manifestement excessive». Les signes «discrets» ne sont pas interdits ». (lire)

Mais en réalité vous êtes tombé dans le piège, parce que ce démon de Socrate n’attendait que ça : « Mais par Zeus, ne voudrais-tu pas dire alors qu’il existe des signes qui n’ont pas besoin d’être institués, ni appris, pour signifier quelque chose ? Est-ce que le voile religieux est comme la pâleur du visage quand tu es en colère ? Et dis-moi encore, ta grand-mère, quand elle faisait le ménage, elle ne mettait pas un foulard sur ses cheveux pour les protéger de la poussière ? »

Alors, vous vous mettez en colère contre Socrate qui fait semblant d’ignorer la différence entre le signe et l’objet réel, pris dans sa relation utilitaire avec le reste de la réalité. Mais vous avez perdu d’avance, parce qu’au fond vous le savez déjà, Socrate a raison : ce qui est ostensible, c’est qui s’impose dans l’épaisseur massive de l’être, et que ça c’est l’objet qui le possède, pas le symbole.

(1) Mille excuses : j’oubliais que l’auteur de la loi était justement un philosophe… Comme quoi ça ne sautait pas aux yeux.

Friday, July 20, 2007

Citation du 21 juillet 2007

Le lait est l'essence même de l'intimité maternelle.
Gilbert Durand - Les Structures anthropologiques de l'imaginaire
L’allaitement ne suppose pas seulement la transformation de la nourriture en substance humaine (cf. Post du 17 février 2007). Il crée un lien particulier entre la mère et l’enfant (1). C’est la force de ce lien qui a servi pour la représentation du lien mystique entre Bernard de Clairvaux et la Vierge Marie.


Lactation de saint Bernard de Clairvaux (détail) - Vers 1480 -Musée Notre-Dame - Strasbourg
Voici comment le conservateur du Musée strasbourgeois décrit la scène : « La scène de la lactation de saint Bernard de Clairvaux présente ce chantre réputé de Marie en prière devant la Vierge à l’Enfant. Celle-ci presse son sein découvert d’où jaillit un jet de lait, qui vient atteindre le saint sur la bouche (l’œil ou le front selon d’autres représentations). Cette inscription dans sa parenté spirituelle le désigne comme possible intercesseur entre elle et les hommes. » (2)
Pour ceux qui n’ont pas accès à la dimension symbolique, la scène est choquante (voir le Post du 12 juillet 2007). Pourtant, cette symbolique est si transparente qu’il faudrait beaucoup de naïveté pour espérer y trouver quelque message dissimulé.
Comme le dit si bien notre citation, « Le lait est l'essence même de l'intimité maternelle » ; disons pour faire court, que le lait (maternel) est l’essence de l’essence de la mère (= la Vierge Marie). La représentation du tableau de Strasbourg est originale en ce que l’Enfant Jésus au lieu de faire don du lait de sa Mère (voir la gravure du site mentionné ci-dessous), semble voir avec étonnement cette giclure lui passer au dessus de la tête : qu’en pense-t-il ?
Je vous laisse méditer l’image avec pour dernière remarque que si Saint Bernard est considéré comme possible intercesseur entre [la Vierge] et les hommes, la Vierge quant à elle est considérée comme intercesseur entre les hommes et Jésus. Quant à Jésus Christ il est l’intercesseur entre les hommes et Dieu le Père.
On ne peut pas dire que la communication soit directe.
(1) Ce lien déborde même cette relation puisque des enfants ayant eu la même nourrice sont « frères de lait »
(2) D’autres « lactations » encore plus étonnantes à l’adresse suivante

Thursday, July 12, 2007

Citation du 12 juillet 2007

Couvrez ce sein que je ne saurais voir: - Par de pareils objets les âmes sont blessées, - Et cela fait venir de coupables pensées.

Molière - Tartuffe (1664), III, 2

Ingres - La source (voir ici d’autres habillages de nudités artistiques)


Que pensez-vous de cette transformation de ce célèbre tableau peint par Ingres ? Considérez-vous comme Tartuffe qu’il vaut mieux rhabiller cette jeune femme pour éviter de faire naître de «coupables pensées » ? Ou bien estimez-vous qu’une œuvre d’art n’a pas à être censurée au nom des instincts qu’elle réveillerait, parce qu’ elle est au-delà de ça ? Ou, plus simplement que ce tableau est une allégorie représentant la source, la nudité féminine n’ayant pour rôle que de signifier le jaillissement de la vie, la fécondité, etc..

Je ne vais pas régler ce problème ici, d’ailleurs il l’a été par d’autres. Si je prends cet exemple, c’est pour pointer l’écart entre l’image et le symbole.

L’image est une représentation, elle n’existe que par référence à une réalité (du moins ici). Si le tableau d’Ingres est une image, c’est celle d’une femme nue, dont on admettra qu’à quelques détails près, on ne nous cache rien de son anatomie. Peut-être même y a-t-il de quoi troubler cet obsédé de Tartuffe. La version « rectifiée » est aussi une image, qui nous montre une petite nana d’aujourd’hui, reversant une amphore sur son épaule.

Seulement, dans cette vision, il y a un déficit de sens : à quoi bon la cruche ? En réalité, nous n’avons pas affaire à une imitation (du corps féminin) mais à une substitution (le corps féminin mis à la place de la fécondité de l’eau vive). Le regard ne fait que prendre appui sur la représentation pour rebondir jusqu’au sens. Nous n’avons donc pas une image, mais un symbole. La distinction est ici évidente ; je ne dis pas qu’elle le serait pour le Bain turc du même peintre.

Le problème, et c’est sans doute ce qui est en cause depuis les Iconoclastes, c’est que certains ne parviennent pas à « oublier » l’image dans le symbole. Comment voir le symbole de la fécondité, sans voir la femme à poil ?

Finalement, les âmes blessées, ce sont celles des Bidasses…

Wednesday, July 12, 2006

Citation du 13 juillet 2006

Le premier homme à jeter une insulte plutôt qu'une pierre est le fondateur de la civilisation.
Sigmund Freud
Avertissement - Les personnes sensibles sont informées que ce message contient une apologie de l’insulte.
- Mouloud, viens ici. Qu’est-ce qui t’arrive encore ?
- M’sieur, c’est Kévin. Y m’a foutu un coup d’boule !
- Alors Kévin, c’est vrai, ça ?
- Bah oui, y avait traité ma mère de sale pute !
- Kévin, tu ne dois pas répliquer à l’insulte par la violence physique. Ecoute un peu :
« Le premier homme à jeter une insulte plutôt qu'une pierre est le fondateur de la civilisation. » Tu sais qui a dit ça ? C’est Tonton Sigmund.
- Encore un juif !
- Tais-toi Kévin, écoute moi !
Sigmund n’y va pas par quatre chemins : l’insulte est le premier pas de la Civilisation. Comprends bien, Kévin : l’insulte à la place de la pierre jetée à l’ennemi. Car, voilà : c’est avec ton ennemi que tu dois fonder la civilisation. Il n’y a pas d’autre issue. Si tu comptes sur l’amour pour ça, Kévin, tu arriveras au couple ; pas à la société. Tu sais Kévin qu'il faut être Platon pour imaginer une société humaine - l’armée en l’occurrence ! - constituée d’amants : en réalité chaque couple est refermé sur lui-même et il ne reste rien pour les autres. Pour vivre en société il faut renoncer à la violence envers autrui, violence pourtant consubstantielle à la nature humaine. Tu vois ce que je veux dire Kévin ? La solution est d’accéder à la violence symbolique : l’insulte est bien une violence ; mais elle est symbolique puisqu’elle passe par le langage.
Le symbole blesse ; mais on s’en remet. La pierre tue. Et on ne s’en remet pas.
Tu as compris Kévin ?
- Tout ça pour un petit coup de boule de rien du tout !!!

Wednesday, May 10, 2006

Citation du 11 mai 2006

Quelquefois, un cigare est juste un cigare.

Sigmund Freud

Là, je n’en crois pas mes oreilles ! Que ce soit Bill Clinton qui dise cela, pour se disculper devant le procureur Kenneth Starr, passe encore. C’est un mensonge de plus. Mais toi, Sigmund, où as-tu la tête ? Rappelle-toi toutes tes analyses de rêves, et puis rappelle-toi des Zeppelins, du Concorde, et même de Carmen, la belle cigarière qui roule les feuilles de tabac sur sa cuisse brune… Tiens, est-ce que tu crois que ceux qui lisent ce post (les veinards…) ne sont pas « émus » par cette évocation de Carmen ?

Alors tu me dis que la réalité est au moins parfois juste rien d’autre que ce qu’elle est, que nul fantasme ne vient la recouvrir, la redoubler pour la faire nôtre, pour qu’elle nous dise quelque chose de notre jouissance - ou de notre angoisse - ? Je ne te crois pas, parce que dans ce cas plus rien ne nous interpellerait de l’extérieur, tout serait platement utile, interchangeable, technique.

En réalité la moindre automobile nous en dit beaucoup plus sur nos désirs que sur la manière dont elle fonctionne ; que dis-je ? Plus ça va, plus elle nous en dit sur nos désirs, et moins elle nous montre comment elle fonctionne… C’est donc toi, le Père de la psychanalyse, qui est aussi celui de la société de consommation. Sans toi qui donc aurait su nous manipuler aussi efficacement, pour nous faire consommer encore et encore ? Ce ne sont tout de même pas les publicitaires qui ont inventé la symbolique du désir ; en revanche ils s’en servent assez correctement. A toi, Sigmund, les remerciements de Publicis….

Alors, je comprends que ta remarque est juste ironique. Elle est une concession faite aux critiques de ta théorie ; tu leurs dis « Bon, bien sûr, admettons… Mais la vérité du cigare c’est quant même autre chose que de pouvoir se fumer. » D’ailleurs c’est beaucoup moins cancérigène.

N’est-ce pas Monica ?

(Désolé, je n’ai pas pu m’en empêcher… Encore une pulsion incontrôlable…)