Wednesday, June 19, 2013
Citation du 20 juin 2013
Sunday, May 16, 2010
Citation du 17 mai 2010
En matière de révolte, aucun de nous ne doit avoir besoin d'ancêtres.
André Breton – Second manifeste du surréalisme (1929)
La Révolution peut bien se faire sans nous, elle peut obéir à des règles sociales ou économiques que nous ne maîtrisons pas, être le fait d’une population entière – bref, elle nous échappe toujours par quelque bout.
Mais la révolte quant à elle, est dans son essence individuelle, elle relève de la liberté ou du moins de la nature de l’individu. S’il lui arrive d’être collective, c’est qu’alors une foule s’est formée et qu’elle se rebelle comme un seul homme. Bref, la révolte est de l’ordre de la spontanéité, et c’est pour cela qu’elle n’a pas besoin d’ancêtres (1). La révolte n’a pas d’ancêtre, ça veut dire que, quand elle se déclanche, comme dit la chanson (2), c’est toujours la première fois…
Voilà pourquoi, on peut bien oublier toutes les jacqueries du passé, et voilà pourquoi aucune répression n’a jamais pu les endiguer.
Maintenant quand Breton parle de Révoltes il faut se garder de toute interprétation politique. Les Surréalistes étaient des gentils garçons, pas des fanatiques anarchistes qui lancent des bombes. La provocation du révolté Vaché revendiqué par Breton (braquer un revolver sur le ventre du premier bourgeois rencontré) n’a jamais été qu’une rodomontade. En tout cas, André Breton disait que l’attitude des Surréalistes était de détourner la tête au passage du drapeau français. Surtout pas de se torcher avec (3).
Ce que j’apprécie dans la remarque d’André Breton, c’est qu’elle souligne qu’étant sans ancêtres, la révolte est une manifestation de la jeunesse, et peut-être celle qui résiste le mieux à l’âge. On dit parfois que la faculté d’indignation est un signe de vitalité morale. J’en dirai de même pour la révolte, en ajoutant que c’est un signe de vitalité tout court.
(1) C’est pour cela que les anarchistes sont de mon point de vue des révoltés plus que des révolutionnaires – sauf après coup, quand il faut consolider les acquis, quand le Grand matin a succédé au Grand soir.
(2) Voir l’excellllent Post du 13 mai
(3) Voir photo du concours FNAC (ci-contre). Je note au passage que, selon certains commentaires, cette photo est seulement insolite. Preuve que la provocation est bien difficile à faire entendre aujourd’hui.
Thursday, July 16, 2009
Citation du 17 juillet 2009
Cette évocation de la nuit et du jour me semble douée du pouvoir de nous surprendre et de nous enchanter. J’appelle ce pouvoir la poésie.
René Magritte – Cité par le Musée Magritte de Bruxelles
- Ci-contre : Magritte: L’empire des lumières (1954)
Pour ceux qui croient que peinture figurative et réalisme vont de paire, l’œuvre de Magritte ne peut qu’être salutaire. Si la peinture devait reproduire ce que la réalité nous présente, elle n’aurait réellement aucun intérêt.
Contre cette croyance, Magritte et son fameux secret. La peinture a pour rôle de faire éclater, de rendre évident le secret des choses. Non pas pour le dissiper. Mais bien au contraire pour nous faire prendre conscience de son existence.
Mais souvent, comme ici, ce secret qui recèle la poésie du monde résulte de la juxtaposition de ce qui ne se voit que séparément. Ainsi de la maison plongée dans la nuit sous le ciel de midi.
- De quel secret s’agit-il ? Si on pouvait le dire ce ne serait plus un secret. Et d’ailleurs Magritte refuse obstinément de commenter ses propres toiles (1).
Le philosophe (2) prendra le risque de dire que le secret, c’est la réalité elle-même débarrassée de son vêtement utilitaire. L’artiste est celui qui dira que la porte jaune n’a pas la même taille selon la manière dont elle est éclairée, qu’il voit le dessus de la table vertical sans que la bouteille posée dessus ne tombe ; et que son imagination lui permet de coller ainsi la maison nocturne sous le ciel bleu.
Platon méprisait la peinture la considérant comme le reflet d’une apparence. Le peu de réalité conservé par l’apparence disparaît dans sa représentation. C’est ce que la modernité refuse : il y a dans l’apparence une réalité supérieure qui se donne à voir pour qui sait voir. C’est ce qu’on a appelé la surréalité.
(1) Notez que c’est le propre de la plupart des artistes, qui à l’encontre des romanciers, refusent d’expliquer leurs œuvres, laissant les critiques prendre ce risque.
(2) Nous pensons à Bergson.
Friday, August 10, 2007
Citation du 11 août 2007
La beauté sera convulsive ou ne sera pas.
André Breton - Nadja
André Breton était spécialiste de ces prophéties que personne ne devait contester sous peine d’être « excommunié » du mouvement Surréaliste. Après tout, seul l’usage que nous prouvons en faire aujourd’hui peut nous dire si elles étaient fondées ou pas.
Dans Nadja (voir aussi Post du 10 avril 2006), Breton compare la beauté à une locomotive bondissant surplace à pleine vapeur et les freins serrés dans la gare de La Ciotat : « La beauté sera convulsive ou ne sera pas. »
La convulsion est celle de l’énergie concentré dans la création dont elle ne peut sortir. On pourrait dire aussi qu’elle est celle d’un orgasme qui serait toujours sur le point d’exploser.
Car la beauté pour les surréalistes est toujours liée à quelque puissance vécue. Plus question d’en faire une valeur idéale servant de référence pour évaluer une œuvre d’art. Pas question non plus de voir en elle un équilibre interne de l’œuvre, quelque chose qui en ferait comme un organisme parfaitement et harmonieusement autonome (voir Kant). Non, la beauté est ce qui passe entre le créateur et son œuvre, ou entre l’œuvre et le spectateur. La convulsion est dans l’œuvre parce que l’œuvre n’est pas séparable du geste créateur, ou pas séparable du regard du spectateur.
Alors, voilà une raison d’admirer les surréalistes, malgré leurs prétentions irritantes et leur snobisme parfois ridicule. Il ont été les premiers à faire du spectateur l’équivalent du créateur (1), reléguant du coup l’œuvre d’art au rôle de simple stimulant. Plus d’œuvres immortelles, faites pour éclairer les générations à venir. Voici venue l’ère des installations, fragiles structures destinées à disparaître avec la fin de leur exposition. Voici aussi venue l’ère des ready-mades, ces non-œuvres absolues, qui n’existent que pour prouver que l’œuvre d’art n’a pas à être immortalisée. Le même Duchamp est celui qui s’empare du chef d’œuvre immortel : la Joconde - pour lui dessiner des moustaches (cf. Post du 29 octobre 2006).
Concluons : il ne s’agit bien sûr pas de mettre le feu aux musées… Mais bien :
1 - de remarquer que le beauté convulsive résulte d’un certain regard sur les oeuvres d’art, et non de leur nature intime.
2 - Et d’ajouter que la violence de la beauté exclut qu’elle soit le simple plaisir devant une œuvre (plastique, musicale, peu importe), ce qui en ferait une œuvre kitsch et rien de plus.
(1) Ce qui ouvre une autre thématique que je n’explorerai pas aujourd’hui : celle de la nature du spectateur, et de son rôle dans l’œuvre.
Sunday, July 29, 2007
Citation du 30 juillet 2007
Les mots font l'amour.
André Breton - Les Pas perdus
Oui, je sais : comme moi vous avez cru qu’il s’agissait d‘un aphorisme accompagnant un pochoir de Miss.Tic. Hé bien non, c’est au Pape du Surréalisme en personne que nous devons cette formule. N’empêche : j’aimerais bien voir le pochoir que la Miss inventerait pour l’occasion…
Alors vous croyez que André Breton veut dire que pour séduire il faut baratiner ? Que c’est la tchache qui va faire basculer la minette dans votre lit ? Quel petit bourgeois vous faites ! Heureusement que je suis là pour vous remettre dans le droit chemin.
Je vous l’accorde, votre erreur est excusable. On pourrait dire en effet que les mots sont un élément de séduction indispensable : qu’on songe à Cyrano, prêtant le pouvoir de son verbe à Christian pour séduire la belle Roxane… Mais c’est encore insuffisant pour rendre compte de la formule de Breton.
Pas de doute : Les mots font l'amour, c’est d’abord l’affirmation d’un créateur qui a placé le pouvoir de l’imagination au dessus de tout autre. Les mots créent, ils créent par leur propre puissance, ils enfantent du sens en se culbutant les uns sur les autres. Ce sont bien les surréalistes qui ont inventé l’écriture automatique : est-ce que c’est autre chose que de l’accouplement de mots ? Parce que voyez-vous, les mots, si vous les tenez en captivité, comme des fauves dans une cage de cirque, jamais ils ne vous feront des petits. Il faut les lâcher en liberté, c’est à dire les libérer du contrôle de la raison, pour qu’enfin à leur tour ils libèrent toute leur puissance créatrice.
Encore un exemple ? Voyez le jeu du « cadavre exquis » : le hasard seul est à l’œuvre ; le sens qui en résulte ne doit rien à une intention signifiante.
Dans le jeu de l’opposition entre la philosophie et la poésie, chez les Surréalistes c’est la raison - la rationalité - qui se trouve au banc des accusés. C’est elle qui empêche l’invention et la création, c’est par elle que s’institue la censure quand les mots se mettent à faire l’amour.
Les mots ne feraient donc pas l’amour chez les philosophes ? Lisez plutôt Nietzsche.