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Saturday, December 09, 2017

Citation du 10 décembre 2017

Une chose n'est pas nécessairement vraie parce qu'un homme meurt pour elle.
Oscar Wilde / Le portrait de Mr W. H.
Oscar Wilde VI
Remarquons qu’il y a deux sortes de suicides-manifestes :
- Celui des moines bouddhistes qui s’immolaient par le feu, montrant ainsi que leur vie était moins importante que la cause pour la quelle ils luttaient.


Nous étions au début des années 60 au Vietnam et les bouddhistes protestaient ainsi contre la présence des soldats américains.
Les moines bouddhistes en se faisant brûler montraient que leur vie, si importante fut-elle, l’était beaucoup moins que la cause qu’ils défendaient. Car en périssant, à la différence des kamikazes japonais, ils ne causaient aucun dégât à l’ennemi, si ce n’est le doute quant à la valeur de leur combat. Car le défi était le suivant : « Si votre cause est juste, alors faites comme nous » ; et comme on le sait aucun américain n’a jamais relevé le défi.
Au fond on peut dire que leur sacrifice servait à valider la valeur de leur cause, et nous qui estimons que rien ne vaut la vie, nous sommes obligés d’admettre que certaines  causes qui l’emportent sur elle - pour certains du moins.
- Et puis il y a eu celui des pilotes kamikazes japonais qui, durant les années 1944-1945, se livraient à  des attaques suicides dans le but de détruire la flotte ennemie. Ce terme est resté aujourd’hui pour désigner les terroristes djihadistes qui se font exploser au milieu des gens qu’ils espèrent détruire.
Nous sommes pris de stupeur quand, voyant ces hommes et ces femmes se faire sauter, on se dit qu’ils ont tranquillement appuyé sur le détonateur sachant de l’instant suivant ils ne seraient plus là, même pas pour constater les horribles dégâts produits par leur bombe. Pour eux il s’agit d’héroïsme comme le soldat qui tient une position sa sachant condamné à périr sous les balles ennemies, mais tentant par son sacrifice de ralentir la progression de leurs adversaires.
Toutefois, c’est une façon de banaliser le suicide des terroristes, car, sauf à faire de ce suicide un acte d’allégeance à la religion qui promet une éternelle fornication avec les « vierges d’Allah », ce ne serait plus n’est plus qu'un épisode dans un combat inégal.



Les Houris

Wednesday, July 08, 2015

Citation du 9 juillet 2015

Suicide de Judas ? Par remords ? Ou parce que trahir Dieu, ce n'était donc que cela ?
Marcel Arland – Carnets de Gilbert
La religion est ce qui permet de dominer le doute. Mais encore faut-il douter avant d’éprouver le bienfait de la confiance et de la foi. Tentons l’aventure.
Ainsi du suicide de Judas, raconté par Matthieu (27, 1-10 qu’on lira ici). Car ici, rien n’est opaque ni douteux, rien qui jette le trouble – sauf peut-être le fait que cet argent maudit (= les 30 deniers) soit consacré à l’achat de terre pour la sépulture des étrangers.

- Mais voici Marcel Arland. Et si, nous dit-il, Judas se suicidait par désespoir : trahir Dieu, ce n'était donc que cela ? Judas a voulu affronter Dieu, le défier en faisant que Son Fils soit mis à mort de façon ignominieuse. Il faudrait être Camus pour décrire le désespoir de cet homme qui, porté par une telle haine et une telle soif de Gloire, bombe le torse pour mieux s’exposer à la foudre divine – et s’aperçoit que rien ne se passe, que la crucifixion du Fils de Dieu n’est rien de plus qu’un fait divers, et que Jésus est mort en criant « Mon Dieu ! Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Doute inepte ! Toute l’histoire du christianisme est là pour le dissiper : le crucifixion est l’acte fondateur de la Nouvelle Alliance. Comment un tel événement pourrait-il reposer sur une illusion ? De plus il faudrait pour y céder refuser la foi en Dieu – en un Dieu juste ; en un Dieu d’amour. Cela seul pourrait expliquer son indifférence devant le supplice de Jésus.
Oui, c’est cela : quand Jésus est mort, la terre n’a pas tremblé – c’est un fait. Le ciel ne s’est pas déchiré, le tonnerre n’a pas retentit. Alors, il faut croire que Dieu existe, que Jésus est bien son Fils – mais que les actes des hommes lui indiffèrent totalement, un peu comme les Dieux d’Epicure qui ont bien autre chose à faire que de se préoccuper de l’humanité.
Il y a bien un Dieu. Mais nous sommes comme ces pauvres enfants abandonnés sur les marches de son église : seuls et sans protection.

Ah… vous frissonnez ! Alors, c’est que vous avez compris Judas.

Tuesday, April 07, 2015

Citation du 8 avril 2015

Le jugement n'intervient pas d'un coup ; c'est la procédure qui insensiblement devient jugement.
Kafka – Le Procès
Ecoutez la triste histoire de Jean Germain, sénateur d’Indre-et-Loire
Le Sénateur Germain, qui avait été durant 19 ans maire de Tour, vient de se donner la mort pour ne pas avoir à comparaitre dans un procès où il est accusé, à tort selon lui, de complicité d’escroquerie dans une affaire où était impliquée une proche collaboratrice. Il pouvait bénéficier d’un  non-lieu, mais il estimait qu’il était déjà déshonoré par la suspicion dont il avait été l’objet dans les médias.

Aujourd’hui, les medias se déchainent à présent contre … les medias qui ont décrit les faits supposés à charge de telle sorte que le malheureux sénateur était (selon ses propres termes dans sa lettre d’adieu à la vie) « condamné avant d’avoir été jugé »  comme on dit « Calomniez, il en restera toujours quelque chose. » Le procès auquel Jean Germain, notre malheureux sénateur, n’a pas voulu comparaitre aurait donc été comme celui de Kafka un simulacre ne servant  qu’à confirmer une culpabilité décrétée bien avant.

Seulement, voilà : le message de Kafka est bien plus terrifiant. Chez lui, pas de rumeur, pas de medias, pas d’opinion publique. Rien que le silence feutré des bureaux, et la présence obsédante de dossiers poussiéreux. Le simple fait d’être convoqué à comparaitre devant des magistrats-instructeurs, d’avoir à préparer sa défense (même s’il n’a rien à se reprocher), de se justifier sans savoir de quoi il est exactement accusé, voilà les charges qui le condamnent. Joseph K. ne sait pas ce qui lui est reproché, mais il sait que le simple fonctionnement de l’institution judiciaire suffit à le perdre, que c’est elle qui établit la culpabilité.

Des prétoires de Kafka ou de la vox populi des medias d’aujourd’hui, que faut-il redouter le plus ?
Le livre de Kafka a été publié pour la première fois en 1925, époque où l’on ne connaissait pas encore les procès staliniens ; époque où BFM-TV n’existait pas encore ; ni les Réseaux-sociaux, Facebook, Tweeter, …
Bref : cette liste pour dire que si Kafka n’a pas connu le pire de l’injustice à son époque, rien ne dit que ce que nous soyons plus lucides.

Le dernier cercle de l’Enfer n’est peut-être pas pour aujourd’hui, mais seulement pour demain… ou après-demain !

Monday, December 22, 2014

Citation du 23 décembre 2014

Le plus beau présent de la vie est la liberté qu'elle vous laisse d'en sortir à votre heure.
André Breton – Introduction à Jacques Rigaut dans "Anthologie de l'humour noir"
Retenons le titre de l’ouvrage d’où cette phrase est tirée : humour noir. Parce que, célébrer la vie en faisant l’éloge du suicide, c’est un peu raide quand même…
Essayons toutefois d’en extraire la substantifique moelle en la pressurant fortement.
Remarquons déjà que si on n’avait que le début de la phrase : « Le plus beau présent de la vie est la liberté » il n’est pas sûr qu’on chercherait à la compléter. La liberté, sans ajout ni précision, voilà qui devrait nous suffire. Pourquoi vouloir ajouter quelque chose qui la limite et qui éventuellement la dénature ? La Liberté est-elle plus grande avec cette spécification mortifère ?
Tâchons plutôt de nous concentrer sur la vie, et disons : la vie est plus belle parce qu’on peut en sortir à notre heure. Moi, je trouve ça moins choquant. Après tout, nous pouvons quitter notre vie comme bon nous semble : nous n’avons de comptes à rendre à personne, puisque nous n’avons pas demandé à naitre. Et d’ailleurs, c’est très bien comme ça, sans quoi il faudrait encore se justifier : « Ah ! tu as demandé à vivre parce que tu voulais être un Grand musicien (ou politicien, ou brigand, ou armateur grec, etc.). Tu n’y es pas arrivé : c’est là ta faute ».
En réalité notre naissance a ajouté un être complètement facultatif à l’humanité. Du coup nous n’avons aucune obligation de continuer à en faire partie.

Toutefois, la mort ne doit pas être le symétrique de la naissance, sans quoi elle serait absurde : pour qu’elle ne le soit pas, il faut qu’on puisse partir à notre heure.
A notre heure ? Mais quand allons-nous considérer que notre heure est venue ? A quelle vision de sa vie faut-il parvenir pour pouvoir prononcer une phrase aussi terrible ?
- Mais ça ne se passe pas comme ça – pas du tout. Comme le dit Schopenhauer, nous sommes piégés par l’instinct de l’espèce. Il faut vivre pour se reproduire et pour la perpétuer : c’est cet instinct qui nous fait préférer vivre misérablement plutôt que de mourir héroïquement – comme le Bûcheron de la fable.


- Une anecdote glanée à la télé : une femme atteinte d’un cancer incurable décide d’en finir : elle se fixe une date à l’avance : elle dit « Je partirai le 1er novembre » (c’est dans 2 mois). Au fur et à mesure que la date approche, elle se dit : « Ai-je raison ? Je suis encore heureuse de vivre – et pourtant que je sens que je me détruis de l’intérieur. Que faire ? » On nous dit qu’elle s’est supprimée à la date prévue : qui dira si elle a eu raison ou bien tort ?