Showing posts with label subjectivité. Show all posts
Showing posts with label subjectivité. Show all posts

Sunday, September 10, 2017

Citation du 11 septembre 2017

Objectivité ne signifie pas impartialité mais universalité.
Raymond Aron – Introduction à la philosophie de l'histoire
« Depuis Emmanuel Kant, on définit l'objectivité comme ce qui est valable universellement, c'est-à-dire pour tous les esprits, indépendamment de l'époque et du lieu, et par opposition à ce qui ne vaut que pour un seul ou pour un groupe. L'objectivité se trouve ainsi opposée au relativisme. » - Art. Wiki


Les débats politiques dont nous abreuvent les chaines d’info en continu sont régulièrement l’occasion d’affrontements où chacun prétend dire les choses telles qu’elles sont et reprochent à leurs contradicteurs de les déformer en fonction de leur intérêt. Du coup, l’opposition objectif/subjectif prend toute sa force et les définition en sont ramassées dans le cadre de la polémique de cette façon : « Ce que je dis est objectif (« Tout le monde sait que… ») ; ce que tu dis est faux (c’est une « Fake news ») ».
On en arrive alors à l’idée que ce qui est objectif, c’est ce qui est consensuel. Du coup, nous voilà sur la ligne de la démocratie : quand on se demande ce qui est vrai, disons que c’est ce sur quoi on est tous tombés d’accord.

Suivant Raymond Aron, nous admettrons qu’en matière d’information l’objectivité absolue soit inaccessible, mais qu’il existe en revanche des procédures pour en limiter les effets négatifs : l’information recoupée dont on a vérifié les sources devrait quand même être admise par tous.  On dira alors qu’à défaut de vérité absolue, l’objectivité qui peut en tenir lieu résulte de l’observance de ces procédures. Reste que, dans le domaine scientifique, pour que la vérité soit admise, il faut quand même un peu autre chose : s’il n’y a pas un homme sur 100000 capable de comprendre les lois de la physique quantique et de vérifier leur validité, dirons-nous qu’il est fou quand il nous dit que les photons intriqués réagissent de la même façon dans le même instant à des milliers d’années lumières de distance ? En matière de physique, un seul physicien peut avoir raison contre tous les autres qui ignorent.

Il y aurait donc deux types de vérité : celle de la vie quotidienne, qui répond aux critères de l’objectivité et celle de la science qui nécessite une reconstruction.

Thursday, June 06, 2013

Citation du 7 juin 2013


…il semble que notre attention, toujours attirée sur ce qui nous caractérise, le remarque plus que toute autre chose chez les autres.
M. Proust – A l'ombre des jeunes filles en fleurs (voir le texte en annexe)

Notre jugement sur autrui ne s’articule que sur nous-même. On peut lire la liste des exemples cités par Proust (voir en Annexe) s’il est nécessaire de s’en persuader : notre rencontre des autres se fait à partir d’une table de présence et d’absence d’un certain nombre de qualités, table définie par ce que nous sommes – ou croyons être : le myope repère le regard, le poitrinaire le souffle, le malpropre les mauvaises odeurs (1).
Mais enfin, qu’est-ce que c’est que cette subjectivité ? Est-elle bien faite des caractéristiques présentes en nous comme le suggère Proust ? Est-ce à dire que le semblable attire le semblable ? Et si je remarque systématiquement, moi qui suis un homme, les femmes blondes-à-forte-poitrine, il est évident que ce qui caractérise alors mon jugement, ce qui attire mon regard, ce n’est pas ce que je suis, mais ce que je désire.
Ce n’est donc pas seulement la ressemblance que nous remarquons, mais aussi ce dont l’absence creuse en nous un espace de désir. Et ça change tout.
Car s’il s’agit de retrouver chez les autres ce qui nous intéresse en nous-mêmes, alors c’est nous-mêmes que nous recherchons chez autrui : il s’agit d’un comportement narcissique.
Par contre si nous sommes attirés vers l’autre comme aimantés par un détail comme le timbre de sa voix, ses manières de bouger les mains ou de rejeter sa chevelure en arrière, c’est bien le désir de posséder ce que nous n’avons pas et qui nous manque.
On dira que bien sûr cette subjectivité nous renseigne plus sur ce que nous sommes que sur ce que sont les autres.
Et alors ?
-----------------------------
(1) Là, j’ai comme un doute : y aurait-il un de mes lecteurs qui aurait dans ses relations quelqu’un qui correspondrait à cette description (un grand fils en crise d’adolescence par exemple) afin de confirmer ?
-----------------------------
Annexe
" D'ailleurs il semble que notre attention, toujours attirée sur ce qui nous caractérise, le remarque plus que toute autre chose chez les autres. Un myope dit d'un autre : "Mais il peut à peine ouvrir les yeux" ; un poitrinaire a des doutes sur l'intégrité pulmonaire du plus solide ; un malpropre ne parle que des bains que les autres ne prennent pas ; un malodorant prétend qu'on sent mauvais ; un mari trompé voit partout des maris trompés ; une femme légère, des femmes légères ; le snob, des snobs. Et puis chaque vice, comme chaque profession, exige et développe un savoir spécial qu'on n'est pas fâché d'étaler. L'inverti dépiste les invertis, le couturier invité dans le monde n'a pas encore causé avec vous qu'il a déjà apprécié l'étoffe de votre vêtement et que ses doigts brûlent d'en palper les qualités, et si après quelques instants de conversation vous demandiez sa vraie opinion sur vous à un odontalgiste, il vous dirait le nombre de vos mauvaises dents. Rien ne lui parait plus important, et à vous qui avez remarqué les siennes plus ridicule. Et ce n'est pas seulement quand nous parlons de nous que nous croyons les autres aveugles ; nous agissons comme s'ils l'étaient. Pour chacun de nous, un dieu spécial est là qui lui cache ou lui promet l'invisibilité de son défaut, de même qu'il ferme les yeux et les narines aux gens qui ne se lavent pas, sur la raie de crasse qu'ils portent aux oreilles et l'odeur de transpiration qu'ils gardent au creux des bras, et les persuade qu'ils peuvent impunément promener l'une et l'autre dans le monde qui ne s'apercevra de rien. Et ceux qui portent ou donnent en présent de fausses perles s'imaginent qu'on les prendra pour des vraies. M. Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs, Gallimard, 1954, p. 384. 

Wednesday, September 12, 2007

Citation du 13 septembre 2007

Il n’y a pas de faits, seulement des interprétations.

Nietzsche - Fragments fin 1886 - début 1887

Ceux qui s’en tiennent à l’absolue, à la tranquille certitude des évidences ; ceux que la science a abreuvé de vérités doivent lire ce texte de Nietzsche (1). Ceux qui aiment pardessus tout la simplicité des oppositions binaires doivent aussi le lire.

Que nous dit Nietzsche ? Les faits n’existent pas. L’objectivité non plus. Tout est interprétation. La subjectivité n’est qu’une interprétation parmi d’autres. Entendez : non pas qu’il y a une manière subjective et une manière objective d’interpréter le monde, mais bien que croire en la subjectivité c’est une interprétation de notre rapport au monde, une interprétation parmi d’autres.

Et maintenant, voilà l’essentiel : notre interprétation des choses qui constituent le monde (et le monde n’est rien d’autre que la collection de toutes les choses) est l’œuvre de nos besoins ou pulsions. Ou plutôt, ces besoins étant conflictuels, c’est notre pulsion dominante, la plus forte, celle qui aura triomphé des autres, qui va monopoliser l’interprétation. Tout Nietzsche est là.

- Alors, devons-nous croire ce que dit Nietzsche, simplement parce que c’est beau, simplement parce que c’est dérangeant ?

La seule façon de démontrer que Nietzsche se trompe serait de trouver ne serait-ce qu’un seul cas où notre vision des choses - d’une chose - ne satisferait à aucun besoin, aucune pulsion. C’est à ça qu’on reconnaîtra un fait.

La physique et la cosmologie semblent bien avoir fait le ménage : plus de Providence qui fait tourner le soleil autour de la Terre pour l’éclairer partout également. L’univers est non seulement antérieur à l’homme, mais lorsque celui-ci aura disparu - et la science pronostique son départ au grand déplaisir de l’instinct de conservation - l’univers continuera d’exister. Voilà des faits.

Seulement, Nietzsche n’a pas tout à fait tort, car on sent bien l’énorme résistance qu’il faut vaincre pour faire triompher ces vérités. Même les astrophysiciens, dans leur recherche de l’hypothèse la plus vraisemblable pour expliquer l’apparition et l’évolution de l’univers tiennent compte du scénario qui rend possible, dès l’origine, l’apparition de l’homme. C’est ce qu’ils appellent le « principe anthropique ».

(1) Voici le texte :

« Contre le positivisme, qui en reste au phénomène, « il n’y a que des faits », j’objecterais : non, justement, il n’y a pas de faits, seulement des interprétations. Nous ne pouvons constater aucun factum « en soi » : peut-être est-ce un non-sens de vouloir ce genre de chose. « Tout est subjectif », dites-vous : mais ceci est déjà une interprétation, le « sujet » n’est pas un donné, mais quelque chose d’inventé-en-plus, de placé-par-derrière. – Est-ce finalement nécessaire de poser en plus l’interprète derrière l’interprétation ? Ceci est déjà de l’invention, de l’hypothèse. Dans la mesure exacte où le mot « connaissance » a un sens, le monde est connaissable : mais il est interprétable autrement, il n’a pas un sens par-derrière soi, mais d’innombrables sens « Perspectivisme ». Ce sont nos besoins qui interprètent le monde : nos pulsions et leurs pour et contre. Chaque pulsion est une sorte de recherche de domination, chacune a sa perspective, qu’elle voudrait imposer comme norme à toutes les autres pulsions. »