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Friday, September 22, 2017

Citation du 23 septembre 2017

La misère religieuse est tout à la fois l'expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l'âme d'un monde sans cœur, de même qu'elle est l'esprit d'un état de choses où il n'est point d'esprit. Elle est l'opium du peuple.
Marx – Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel (1843)
La misère a besoin de soupirer et de savoir qu’on entend son soupir. La religion est là pour ça, on dirait même que les soulagements qu’elle peut apporter aux pauvres êtres humains ne sont que cela mais que c’est suffisant. Sinon comment comprendre qu’elle continue a avoir de l’influence, alors qu’aucun résultat concret n’est jamais venu des prières adressées à Dieu ?
Ce genre de réflexions me venait à l’esprit récemment quand le Président Macron de passage à Marseille allait à la rencontre des manifestants qui protestaient dans la rue contre les ordonnances prises pour réformer le droit du travail.

En effet, au milieu de cris et de remontrances, ce qu’il a entendu c’était aussi le « soupir de la créature accablée », celle qui n’écoute pas les réponses parce qu’elle n’émet sa plainte que pour se faire entendre. Et le Président n’est là que comme oreille pour entendre sa souffrance.

Je me disais que pour le dirigeant politique la vie pouvait se diviser ne deux : d’une part, la prise de décision dans la solitude du bureau doré de l’Elysée à coup de paraphe olympien.


 Et puis oreille tendue dans les manifestations pour en recueillir les cris. 



C’est d’ailleurs ce que  la religion catholique a bien compris avec la confession, où l’oreille du confesseur est tout ce qui se devine derrière la grille du confessionnal.





Friday, July 07, 2017

Citation du 8 juillet 2017

Au sommet de la puissance, on ne voit plus rien du tout.
Louis Pauwels – Président Faust
Le roi règne mais ne gouverne pas.
Adolphe Thiers (à propos de Charles X – Voir citation complète en annexe)



Les symboles du discours d’Emmanuel Macron au Louvres. Voir ici
La puissance est toujours relative : on dit bien qu’au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. La France n’est pas l’Amérique ni la Chine, mais quand on y est le plus puissant on conçoit bien que cette puissance soit perçue comme étant sans limites. D’où ce symbolisme grandiloquent d’Emmanuel Macron lors de son discours annonçant sa victoire qu’il faut bien prendre au sérieux : oui, le Président de la République domine la vie politique du pays et ça s’appelle la verticalité.
C’est ce soir-là (le 7 mai) que l’adjectif jupitérien est apparu pour qualifier l’attitude du Président de la république. Mais en même temps, on a eu un peu de mal à imaginer qu’en survolant le peuple, le Président soit resté quand même au contact des gens. Le risque, c’est bien qu’« au sommet de la puissance, on ne voit plus rien du tout »,
… D’autant que le Président règne, mais ne gouverne pas !
Il y a toutefois une logique : si le pouvoir commet des erreurs ou des abus, il risque d’être délégitimé, surtout aujourd’hui où chacun s’estime compétent pour juger immédiatement et radicalement les dirigeants auxquels il a délégué sa capacité de décision politique. Dès lors ce qui importe le plus, n’est-ce pas de se situer le plus haut possible, quitte à dire avec dédain, comme le Général de Gaulle « l’intendance suivra » ?
Autre argument : il est logique également de penser que pour avoir une vue qui porte loin et qui permette d’indiquer le cap, il faille planer très haut et voir au-delà de l’horizon borné des hommes du commun. Ce que le Président a fait récemment lors de son discours au Congrès : pour le coup, le cap désigné allait jusqu’à la transformation des hommes et des femmes en vue de les rendre plus citoyens, c’est à dire plus vertueux et plus ambitieux.
Oui, Pauwels se trompe : de sa hauteur celui qui détient le pouvoir ne cesse pas de voir – simplement s’il cesse de voir plus près c'est parce qu'il voit plus loin. Un peu comme l’albatros de Baudelaire que ses ailes de géant empêchent de marcher.
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Annexe – « Le Roi garde le trône, poste toujours menacé, pour qu’un ambitieux ne s’en empare pas. Le pays se gouverne sous ces yeux avec son assentiment et sa gloire, car on vient tous les ans le féliciter de la prospérité publique qu’il n’a pas faite mais qu’il a suffisamment faite s’il ne l’a pas empêchée. En un mot, il règne et le peuple se gouverne. » Adolphe Thiers (à propos de Charles X)

Monday, January 23, 2017

Citation du 24 janvier 2017

Comme la confiance est la santé des monarchies, ainsi la défiance est la santé des Républiques
Alain – Le culte de la Raison comme fondement de la République (Voir citation complète en annexe – Lire le texte complet ici)

 A un ami chinois qui demandait quel avantage je trouvais à la démocratie, je répondis ceci : « la démocratie donne au peuple le pouvoir de chasser les gouvernants qui lui déplaisent. » Après tout, voilà une vérité qui n’est peut-être pas exhaustive, mais qui n’en reste pas moins authentique.
Toute fois, si je reviens sur la phrase d’Alain, c’est pour souligner que selon lui, cette défiance n’est pas du tout le symptôme d’une maladie de la démocratie, mais au contraire un signe de santé. On ne saurait d’ailleurs oublier que cette défiance est au cœur des débats aujourd’hui même avec le projet de « 49.3 citoyen » (1).

On croit bon de faire de la confiance dans les gouvernants le principe de la démocratie ; mais n’est-ce pas livrer le peuple pieds et poings liés à l’arbitraire du pouvoir ? Ne ferions-nous pas mieux de nous méfier : les règles de la démocratie ne seraient-elles pas justement destinées à empêcher les manifestations d’hostilité : une fois le scrutin terminé, le pouvoir est aux mains des élus, et rien ne doit s’opposer à son exercice – « Rentrez chez vous, il n’y a rien à voir ! »
Mais la défiance dont parle Alain a encore une autre justification, qui remonte à fort loin (2) : le pouvoir souverain ne se divise pas, il est et reste tout entier dans les mains de ceux qui le possèdent légitimement – autrement dit : le peuple. Le fait que celui-ci le délègue par scrutin, n’empêche que cette délégation soit conditionnelle, et que jamais cet exercice du pouvoir ne puisse être entièrement soumis au bon vouloir des gouvernants délégués. Occasion de signaler la différence entre la monarchie et la démocratie : celle-ci ne peut être une monarchie temporaire, comme si le chef démocratique était un roi dont les jours seraient comptés.
D’ailleurs, les Présidents africains l’ont bien compris eux qui refusent de quitter le pouvoir quand les urnes le leur commandent.
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(1) Le 49.3 citoyen qui permet à 1 % des inscrits sur les listes électorales (environ 400 000 personnes) de peser sur les décisions. Comment ? En signant une pétition pour «soumettre un texte à l’examen des deux chambres du Parlement, après avis du Conseil d’Etat», le citoyen pourra «proposer à référendum un projet de loi» et «suspendre la promulgation d’une loi» - Lire ici

(2) Jean Bodin – Les six livres de la république (1576) (On peut lire un abrégé ici)

Thursday, February 11, 2016

Citation du 12 février 2016

La République c'est le droit de tout homme, quelle que soit sa croyance religieuse, à avoir sa part de la souveraineté.
Jean Jaurès
« Quelle que soit sa croyance religieuse » : il faut se souvenir de cette phrase, en particulier aujourd’hui, puisqu’à qu’à présent, aidés en cela par les musulmans radicaux, on a parfois le sentiment que l’appartenance à la communauté musulmane prive ceux qui en font partie de certains droits : par exemple celui d’être considérés comme étant leur égaux par certains citoyens.
On aurait pu ajouter : « Quelle que soit sa race », mais voyez comme vont les choses : à présent la race et la religion c’est du pareil au même. Et qu’importe que les musulmans soient éventuellement kurdes, perses, berbères ou turcs ? Qu’importe qu’il y ait des arabes athées ? Mais surtout : qu’importe que ce soient-là des bêtises ? Car les bêtises ont elles aussi leur poids et parfois elles font très mal.

Bim ! Ça c’est du lourd ! et pourtant ce n’est pas cela que je voulais souligner. Je voulais reprendre un autre passage de la citation – celui-ci : « Tout homme, (…) a droit à sa part de souveraineté ». Car, depuis Jean Bodin on sait que la souveraineté ne se divise pas, parce que la diviser ce serait la réduire en la cantonnant dans un domaine étroit où elle cesserait du même coup d’être « souveraine ». Comment donc se pourrait-il que chacun des français – vous, moi, les autres – en ait un morceau (d’autant plus petit qu’on serait plus nombreux) ? Admettons ce qu’on nous répète : tu es citoyen français parce que tu jouis du droit de vote – en particulier pour élire ton député, au pouvoir législatif, et ton Président au pouvoir exécutif. Bon, mais moi,  j’écoute Jean Bodin et je voudrais que ce morceau soit en même temps le tout ! Etre en même temps la chambre des députés et la Présidence à moi tout seul ! Que ce bout de souveraineté soit la Souveraineté absolue ! Comment faire ?
Rappelons-nous que le suffrage est destiné à désigner les représentants non de monsieur Dumollet ou Tartenpion, mais du peuple dans son ensemble. Notre part de souveraineté, c’est ça : désigner ceux qui sont les meilleurs pour gouverner la France et non ceux qui ont promis de réduire les impôts de telle classe social (dont justement, nous faisons partie).

Et donc : si nous avons élu un candidat parce qu’il a promis de faire de nous des privilégiés, ne nous plaignons pas qu’il ne tienne pas sa promesse, si c’est un faveur de la France entière qu’il gouverne.