Showing posts with label solitude. Show all posts
Showing posts with label solitude. Show all posts

Friday, January 06, 2017

Citation du 7 janvier 2017

L'homme n'est jamais moins seul que lorsqu'il est seul.
Cicéron
Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie
Paul Valéry (Cité le 11-01-2006)
Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre.
Pascal Pensées – Fragment 139 (classification Brunschvicg)
Celui qui connaît l'art de vivre avec soi-même ignore l'ennui.
Erasme (Cité le 19-06-2014)

Comme on le voit je suis souvent attiré par la question de la solitude : qu’est-ce qui se passe  quand on est seul d’une solitude stricte, c’est à dire sans âme-qui-vive dans les environs, un peu comme le navigateur solitaire à la barre de son bateau ?
1 – En réalité, on n’est jamais moins seul que quand on est seul. Autrement dit, le rapport à autrui commence avec le rapport à soi-même vu comme représentation de soi et non comme expérience du vécu immédiat. Et cette fréquentation de soi-même est une épreuve où se révèle  le rapport à l’autre dans toute son étendue. Faut-il le rappeler ? Je est un autre disait Rimbaud (1).
2 – Se retrouver seul face à soi même peut être la plus terrible épreuve, car c’est celle de la vérité. C’est ce que dit Pascal, ce qui laisse entendre que la présence des autres est non seulement inessentielle mais surtout qu’elle nous détourne (= nous « divertit ») de l’essentiel, à savoir la reconnaissance de notre misère.
3 – Mais c’est là présupposer une faille, une blessure, dans l’âme humaine. Si seulement nous pouvions nous ouvrir à la création qui fuse de notre esprit, comme le recommande Rimbaud, ne pourrions-nous pas nous émerveiller de ce feu d’artifice jaillissant et nous admirer nous-mêmes dans nos créations ? On reprochera sans doute à cette joie son caractère perversement narcissique. Certes, mais après le jaillissement, vient le moment de la rectification : moment douloureux parfois, mais aussi moment de lutte avec soi-même, où notre propre valeur n’est plus une expérience narcissique, mais un idéal qu’on n’atteindra sûrement pas, mais qui nous servira de repère pour notre marche en avant. Le rapport aux autres peut alors parfaitement être réintégré, comme une variable parmi d’autres de l’évaluation de notre moi.
---------------------------------------

(1) La lettre du voyant (voir ici) ; on y lit que le génie a ceci de particulier qu’il s’étonne lui-même de ses créations, comme si, justement, elles venaient de quelqu’un d’autre.

Friday, July 04, 2014

Citation du 5 juillet 2014



Quiconque nous parle du fond de sa solitude nous parle de nous.
Simone de Beauvoir – Préface au livre de Violette Leduc « La bâtarde »
Une citation comme celle-là nous appelle et nous retient. Elle nous murmure tant de choses que nous avons de la peine à en débrouiller l’écheveau. Par quel bout la prendre pour en parler ?
Evitons de chercher des exemples, de classer différentes formes de solitudes (celle du génie, celle de la victime au fond de son cachot, celle du vieillard, celle du mourant, etc…) : car quelle qu’elle soit, en elle opère la même révélation : elle rend manifeste notre nature la plus essentielle. Qui que nous soyons, en nous l’être humain est ce qui se montre dans la solitude.
La solitude est une souffrance salutaire, même quand elle est abandon, rejet, déréliction (c’est le cas de la bâtarde que fut Violette Leduc), elle est salvatrice. Car en nous isolant des autres, elle nous recentre sur nous-même.
Et cela non pas à la façon du narcissisme : celui-ci est quête d’un reflet dans un œil admiratif. La solitude nous met  face à nous-mêmes et c'est là que nous sommes vraiment nous-mêmes, sans fausse excuse, sans regard admiratif ni accusateur. Là est le moment de vérité, là est le véritable Jugement dernier (1).
Mais comment être réellement seul ? Je veux dire : comment cesser de créer des fantasmes où l'on imagine les autres qui nous louent ou nous accusent (comme l’œil qui poursuit Caïn jusque dans la tombe) ? A quel moment touchons-nous le fond de la solitude ?
Selon Violette Leduc, on devine que c’est dans la souffrance, lorsqu’elle nous a isolés de tout et de tous ; c'est là qu'est le moment de vérité. Et par un retournement significatif, c’est dans cet isolement que je trouve la vraie nature humaine, celle qui est au fond de chacun.
C’est ce que montre la Passion du Christ, lorsque, cloué sur la croix,  il est seul dans son atroce souffrance : c’est le moment où son humanité se manifeste pleinement – et nous pouvons nous reconnaitre en lui quand il crie « Mon Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
----------------------------------------
(1) Rappelons les Pensées de Pascal consacrées au divertissement.

Wednesday, June 18, 2014

Citation du 19 juin 2014



Celui qui connaît l'art de vivre avec soi-même ignore l'ennui.
Erasme
Encore une sentence où Erasme joue sur le paradoxe pour éveiller notre attention : car n’est-ce pas justement la solitude qui suscite l’ennui ? Les bistrots n’ont-ils pas été créés pour nous éviter de boire tout seul en nous proposant un lieu où rencontrer les autres et parler avec eux ?
- Si Erasme est sérieux (et comment en douter ?), il faut admettre que l'art de vivre avec soi-même est un art particulièrement élaboré. En quoi peut-il consister ?
o-o-o
La première idée est que l’ennui nait de la vacuité du temps inoccupé : si étant seul on s’ennuie, c’est bien parce que nous sommes « vides » pour nous-mêmes. Nourrissons donc de belles pensées, développons de belles songeries, créons en imagination des œuvres qu’il n’y aurait plus qu’à jeter sur le papier – ou sur la toile – et nous verrons le temps passer à toute vitesse.
L’art de vivre avec soi-même ? Rien n’est plus facile : fermons les yeux laissons nos mains dans nos poches, et imaginons un poème pour l’amour qui est parti nous laissant seul – ou bien résolvons le problème d’échec du week-end.
Bon : je vois des mines déconfites – à ce compte, personne ne pourrait suivre le conseil d’Erasme.
Donc, admettons que l’art de vivre en question soit d’abord un accélérateur de durée, quelque chose qui fasse passer le temps le plus vite possible, sans laisser derrière lui ni de belles œuvres ni des problèmes résolus.

--> J’ai ce qu’il vous faut : le fantasme.
Exemple 1 : le fantasme de la mousse au chocolat : vous fermez les yeux et vous voyez le grand saladier rempli d’une mousse au chocolat. Pendant que personne ne vous regarde, vous trempez votre doigt dedans : vous entendez les petites bulles d’air éclater à ce contact, et voilà que vous sentez la saveur du chocolat sur votre langue… Recommencez l’opération jusqu’à ce que vous ayez autre chose à faire.
Exemple 2 : le fantasme du mateur. Toujours les yeux fermés et les mains dans vos poches, vous vous imaginez chez des amis, dans votre chambre. C’est l’après-midi, la chaleur, les persiennes sont tirées. Silencieusement vous quittez votre chambre pour aller dans la salle de bains : en arrivant vous constatez qu’elle est occupée mais que la porte est restée entrebâillée : la femme de votre ami est devant le lavabo en trains de se rafraichir. Elle se penche pour rincer sa poitrine à l’eau froide, faisant saillir le bouton de son sein…
Attention ! Laissez vos mains dans vos poches je vous prie ! De toute façon, c’est maintenant l’heure de votre leçon de piano.
Exemple 3 : le fantasme du professeur de piano…

Tuesday, August 16, 2011

Citation du 17 aout 2011


Je suis un être mauvais, parce que je suis malheureux.

Mary Shelley – Frankenstein ou le Prométhée moderne Ch. XVII (édition Folio – page 203)

The bride of Frankenstein, film de James Whale, 1935 (à voir ici, durée 75 minutes)

Tout le drame du monstre de Frankenstein (1) est d’être unique, incomparable : différent des autres, il leur fait peur ; affligé de leur réaction, il les violente. On comprend vite qu’il est une icône du héros romantique, qui cherche l’amour pour sortir de sa solitude, et qui s’estime maudit parce qu’incompris.

Mais il y a plus : le Monstre se sait horrible – il le sait par la terreur qu’il engendre (2). Toutefois, ce pouvoir qu’il a sur les autres, au lieu d’en jouir, il veut le perdre : il veut oublier sa laideur dans un regard aimant, ou dans l’humanité d’un accueil, (comme avec l’aveugle du film). C’est l’échec de cet espoir qui anime toute l’histoire : rejeté par les autres, blessé par le dégoût qu’ils lui manifestent, il va les détruire.

Que demande le pauvre Monstre à Frankenstein ? Pour échapper à la solitude, il lui réclame un alter ego – ou plutôt une âme sœur : « Fabrique-moi une femme ! ».

Le Frankenstein de Mary Shelley s’y refusera. Celui du film de James Whale (qui introduit à cette fin le personnage diabolique de Pretorius) s’y résoudra ; mais la créature féminine qui sort de son laboratoire aura elle aussi horreur du Monstre.

Il faut dire qu’elle était moins laide que lui (encore que le nom de l’actrice jouant le rôle de la fiancée ne figurât pas au générique).

----------------------------------

(1) On sait que Mary Shelley ne l’a pas nommé, désignant l’être créé par Frankenstein du nom de « démon » ou de « monstre ». On se plait dans les commentaires à souligner que le monstre-sans-nom, après avoir pris à son créateur tous les êtres qui lui étaient chers, à défaut de lui prendre aussi la vie, lui a pris son nom.

D’ailleurs c’est déjà fait avec le film dont nous parlons aujourd’hui : « la fiancée de Frankenstein » n’est sûrement pas celle du baron Frankenstein. A la rigueur on pourrait entendre « la fiancée créée par Frankenstein », mais c’est peu probable qu’on y pense.

(2) Il n’y a pas que le regard des autres qui lui révèle sa disgrâce : dans le film de Whale, on voit le Monstre qui tel Narcisse aperçoit son visage dans le reflet d’une fontaine ; mais c’est son épouvantable laideur qu’il découvre.

Thursday, February 17, 2011

Citation du 18 février 2011

Ce qui importe véritablement à quelqu'un - j'entends à ce quelqu'un qui est unique et seul par essence - c'est justement ce qui lui fait sentir qu'il est seul.

Paul Valery

On a déjà signalé cette valorisation de la solitude – ainsi Schopenhauer : « …chacun fuira, supportera ou chérira la solitude en proportion exacte de la valeur de son propre moi. Car c'est là que le mesquin sent toute sa mesquinerie, et le grand esprit, toute sa grandeur ; bref, chacun s'y pèse à sa vraie valeur » (voir ici).

En revanche, on n’a peut-être pas suffisamment dégagé l’idée qui lui est liée : on est toujours au moins un peu seul – même en compagnie d’une bande d’amis, même tendrement enlacé avec une maitresse adorée.

Cette solitude « constitutionnelle » si l’on peut dire a été souvent signalée pour les cas de souffrance aigüe voire – pire encore – dans les affres de la mort.

Brrr… N’y pensons plus, c’est inutile : car dès lors que nous examinons attentivement notre conscience, nous voyons bien qu’elle ne peut en aucun cas coïncider avec la conscience d’autrui. Ça, tous les philosophes de la conscience l’ont dit, (même s’ils se sont ingéniés à trouver le moyen de contourner la situation, comme avec le dialogue dont on parlait récemment). Ils ont même inventé un mot, exprès pour dire cette solitude : c’est le solipsisme (1).

Ce que nous voudrions souligner encore, c’est l’idée qui se dégage de cette citation de Valéry (et de toute l’œuvre de Nietzsche) : c’est précisément la meilleure partie de nous-mêmes qui se trouve située derrière la barrière de la solitude.

Bien entendu, rien ne nous empêche de chercher à faire sauter cette barrière, ou du moins à aider nos amis à la franchir. Et sans doute est-ce le plus fructueux des échanges que nous puissions avoir avec eux. Mais je reste persuadé qu’il y aura toujours quelque chose d’impartageable avec autrui, et, sans doute encore, est-ce parce qu’il se reconstitue au fur et à mesure qu’on le traîne au grand jour.

--------------------------------------

(1) Mot du jour – Solipsisme (sens B) : Attitude d'une personne qui, dans son expression, sa création, sa vision du monde, privilégie la solitude de sa subjectivité. (TLF)

Saturday, November 13, 2010

Citation du 14 novembre 2010

Dans une guerre civile, la victoire même est une défaite.

Lucain – Pharsale

…………………………

- La guerre – quelle qu’elle soit – n’est-elle pas toujours une guerre civile ?

- A la guerre, la victoire n’est-elle pas toujours en réalité une défaite – défaite du genre humain ?

- Mon ennemi n’est-il pas aussi mon frère ?

…………………………

- Quoi ? Ce chien d’infidèle, vomi par l’Eternel ! Dire qu’il est un homme c’est insulter le genre humain !

- Ce salopard de capitaliste, qui croule sous l’or ramené du tréfonds de la terre par des mineurs exténués ? Il faudrait le considérer comme un frère ?

- Les bourreaux qui ont torturé mon père jusqu’à la mort, je voudrais les étrangler – lentement, très lentement…

………………………..

Alors camarade, choisi ton camp. Es-tu pacifiste ? Ou au contraire sens-tu bouillonner dans tes veines la fureur de la haine ?

Non ? Tu hausses les épaules et tu dis que tous ces gens-là, il faut les renvoyer dos à dos, parce que ni l’humanité, ni la patrie n’existent véritablement. Tu penses que l’homme est fondamentalement toujours seul et que la société, qu’elle soit celle des ennemis ou celle des frères est toujours une illusion ?

Où vas-tu loger alors ? Te faut-il une cabane au fond des bois, ou une grotte dans le désert ?

… Mais à quoi bon partir si loin ? Dans ton HLM de banlieue n’es-tu pas aussi esseulé qu’au fond du désert d’Arabie ? Rappelle-toi, ton voisin, qui est mort tout seul dans son logement : on n’a su qu’il n’était plus de ce monde que lorsque l’odeur de son cadavre est venu empester l’escalier. Et toi-même, déçu par tes enfants, abandonné par ta femme, as-tu encore quelqu’un à fuir ?

………………………..

Allez, camarade : c’est l’heure de sortir ton chien.