Friday, January 06, 2017
Citation du 7 janvier 2017
Friday, July 04, 2014
Citation du 5 juillet 2014
Wednesday, June 18, 2014
Citation du 19 juin 2014
Tuesday, August 16, 2011
Citation du 17 aout 2011
Je suis un être mauvais, parce que je suis malheureux.
Mary Shelley – Frankenstein ou le Prométhée moderne Ch. XVII (édition Folio – page 203)
The bride of Frankenstein, film de James Whale, 1935 (à voir ici, durée 75 minutes)
Tout le drame du monstre de Frankenstein (1) est d’être unique, incomparable : différent des autres, il leur fait peur ; affligé de leur réaction, il les violente. On comprend vite qu’il est une icône du héros romantique, qui cherche l’amour pour sortir de sa solitude, et qui s’estime maudit parce qu’incompris.
Mais il y a plus : le Monstre se sait horrible – il le sait par la terreur qu’il engendre (2). Toutefois, ce pouvoir qu’il a sur les autres, au lieu d’en jouir, il veut le perdre : il veut oublier sa laideur dans un regard aimant, ou dans l’humanité d’un accueil, (comme avec l’aveugle du film). C’est l’échec de cet espoir qui anime toute l’histoire : rejeté par les autres, blessé par le dégoût qu’ils lui manifestent, il va les détruire.
Que demande le pauvre Monstre à Frankenstein ? Pour échapper à la solitude, il lui réclame un alter ego – ou plutôt une âme sœur : « Fabrique-moi une femme ! ».
Le Frankenstein de Mary Shelley s’y refusera. Celui du film de James Whale (qui introduit à cette fin le personnage diabolique de Pretorius) s’y résoudra ; mais la créature féminine qui sort de son laboratoire aura elle aussi horreur du Monstre.
Il faut dire qu’elle était moins laide que lui (encore que le nom de l’actrice jouant le rôle de la fiancée ne figurât pas au générique).
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(1) On sait que Mary Shelley ne l’a pas nommé, désignant l’être créé par Frankenstein du nom de « démon » ou de « monstre ». On se plait dans les commentaires à souligner que le monstre-sans-nom, après avoir pris à son créateur tous les êtres qui lui étaient chers, à défaut de lui prendre aussi la vie, lui a pris son nom.
D’ailleurs c’est déjà fait avec le film dont nous parlons aujourd’hui : « la fiancée de Frankenstein » n’est sûrement pas celle du baron Frankenstein. A la rigueur on pourrait entendre « la fiancée créée par Frankenstein », mais c’est peu probable qu’on y pense.
(2) Il n’y a pas que le regard des autres qui lui révèle sa disgrâce : dans le film de Whale, on voit le Monstre qui tel Narcisse aperçoit son visage dans le reflet d’une fontaine ; mais c’est son épouvantable laideur qu’il découvre.
Thursday, February 17, 2011
Citation du 18 février 2011
Ce qui importe véritablement à quelqu'un - j'entends à ce quelqu'un qui est unique et seul par essence - c'est justement ce qui lui fait sentir qu'il est seul.
Paul Valery
On a déjà signalé cette valorisation de la solitude – ainsi Schopenhauer : « …chacun fuira, supportera ou chérira la solitude en proportion exacte de la valeur de son propre moi. Car c'est là que le mesquin sent toute sa mesquinerie, et le grand esprit, toute sa grandeur ; bref, chacun s'y pèse à sa vraie valeur » (voir ici).
En revanche, on n’a peut-être pas suffisamment dégagé l’idée qui lui est liée : on est toujours au moins un peu seul – même en compagnie d’une bande d’amis, même tendrement enlacé avec une maitresse adorée.
Cette solitude « constitutionnelle » si l’on peut dire a été souvent signalée pour les cas de souffrance aigüe voire – pire encore – dans les affres de la mort.
Brrr… N’y pensons plus, c’est inutile : car dès lors que nous examinons attentivement notre conscience, nous voyons bien qu’elle ne peut en aucun cas coïncider avec la conscience d’autrui. Ça, tous les philosophes de la conscience l’ont dit, (même s’ils se sont ingéniés à trouver le moyen de contourner la situation, comme avec le dialogue dont on parlait récemment). Ils ont même inventé un mot, exprès pour dire cette solitude : c’est le solipsisme (1).
Ce que nous voudrions souligner encore, c’est l’idée qui se dégage de cette citation de Valéry (et de toute l’œuvre de Nietzsche) : c’est précisément la meilleure partie de nous-mêmes qui se trouve située derrière la barrière de la solitude.
Bien entendu, rien ne nous empêche de chercher à faire sauter cette barrière, ou du moins à aider nos amis à la franchir. Et sans doute est-ce le plus fructueux des échanges que nous puissions avoir avec eux. Mais je reste persuadé qu’il y aura toujours quelque chose d’impartageable avec autrui, et, sans doute encore, est-ce parce qu’il se reconstitue au fur et à mesure qu’on le traîne au grand jour.
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(1) Mot du jour – Solipsisme (sens B) : Attitude d'une personne qui, dans son expression, sa création, sa vision du monde, privilégie la solitude de sa subjectivité. (TLF)
Saturday, November 13, 2010
Citation du 14 novembre 2010
Dans une guerre civile, la victoire même est une défaite.
Lucain – Pharsale
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- La guerre – quelle qu’elle soit – n’est-elle pas toujours une guerre civile ?
- A la guerre, la victoire n’est-elle pas toujours en réalité une défaite – défaite du genre humain ?
- Mon ennemi n’est-il pas aussi mon frère ?
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- Quoi ? Ce chien d’infidèle, vomi par l’Eternel ! Dire qu’il est un homme c’est insulter le genre humain !
- Ce salopard de capitaliste, qui croule sous l’or ramené du tréfonds de la terre par des mineurs exténués ? Il faudrait le considérer comme un frère ?
- Les bourreaux qui ont torturé mon père jusqu’à la mort, je voudrais les étrangler – lentement, très lentement…
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Alors camarade, choisi ton camp. Es-tu pacifiste ? Ou au contraire sens-tu bouillonner dans tes veines la fureur de la haine ?
Non ? Tu hausses les épaules et tu dis que tous ces gens-là, il faut les renvoyer dos à dos, parce que ni l’humanité, ni la patrie n’existent véritablement. Tu penses que l’homme est fondamentalement toujours seul et que la société, qu’elle soit celle des ennemis ou celle des frères est toujours une illusion ?
Où vas-tu loger alors ? Te faut-il une cabane au fond des bois, ou une grotte dans le désert ?
… Mais à quoi bon partir si loin ? Dans ton HLM de banlieue n’es-tu pas aussi esseulé qu’au fond du désert d’Arabie ? Rappelle-toi, ton voisin, qui est mort tout seul dans son logement : on n’a su qu’il n’était plus de ce monde que lorsque l’odeur de son cadavre est venu empester l’escalier. Et toi-même, déçu par tes enfants, abandonné par ta femme, as-tu encore quelqu’un à fuir ?
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Allez, camarade : c’est l’heure de sortir ton chien.