Monday, May 19, 2014
Citation du 20 mai 2014
Thursday, April 15, 2010
Citation du 16 avril 2010
Un pour tous, tous pour un !
Alexandre Dumas – Les trois mousquetaires. (1)
La solidarité n'existe pas : n'existe qu'une coalition d'égoïsmes. Chacun reste avec les autres pour se sauver soi-même.
Francesco Alberoni – Vie publique et vie privée
Un pour tous : OK, pas de problème… Paye tes impôts vieux frère.
Tous pour un : non mais dis donc ? Tu voudrais pas qu’on te paye ta retraite comme ça, pendant 45 ans ? Paresseux ! Parasite !
C’est devant cette évidente mauvaise foi que le scepticisme, pour ne pas dire le pessimisme prolifère.
Pourtant du cœur de ce désenchantement vient parfois une petite musique d’espérance :
- solidarité, coalition d’égoïsmes… Oui, mais solidarité quand même !
- Chacun reste avec les autres pour se sauver soi-même… Oui, mais on reste ensemble quand même.
Le bon angle pour aborder cette question serait de ce point de vue non pas l’angle moral, ni même celui de la citoyenneté avec ce que ça charrie de bien pensance – mais bien celui du pragmatisme (excusez-moi de suivre la mode : c’est pour faire court, mais j’aurais pu aussi écrire utilitarisme). On a développé souvent cette idée avec la notion de contrat social. Peine perdue : là encore, nul contrat ne tiendrait si l’intérêt privé n’était d’instant en instant présent avec évidence dans la politique sociale ou économique.
En France les socialistes revenant au pouvoir après 1981 on cru bon de mettre l’idée de solidarité au cœur de leur politique. La réalité avec les coups de boutoir des crises pétrolières et autres ont mis en pièce ce bel idéal.
Oui, mais… Ce qu’une crise emmène, une autre peut le ramener. Voyez un peu : quand on dit que le « bouclier fiscal » c’est un peu de la solidarité des pauvres vis-à-vis des riches, on entend un peu partout : Solidarité ? Banco ! Faisons un impôt sur la fortune spécial pour le financement des retraites. Histoire de montrer que la solidarité, oui, ça existe – mais pas à sens unique.
Et Hop ! Bye-bye le pessimisme.
(1) Unus pro omnibus, omnes pro uno – C’est aussi la devise nationale, quoique non officielle, de la Suisse. J’ai cru comprendre que c’était une formule très répandue au XIXème siècle, de sorte qu’il est oiseux de se demander si c’est Dumas qui a copié les Suisses, ou les Suisses qui ont copié Dumas.
Sunday, November 23, 2008
Citation du 24 novembre 2008
Quoi qu'on fasse d'illustre et de considérable, / Jamais à son sujet un roi n'est redevable.
Corneille – Le Cid
Nous ne sommes point redevables à celui de qui nous recevons un bienfait par contrainte, et on ne nous donne point ce qu'on ne saurait nous refuser.
Corneille – La Place Royale (À Monsieur)
Grandeur et misère de la condition de roi…
Un roi, du fait de sa toute puissance, ne recevra jamais un don. Le plus pauvre de ses sujets lui ne recevra que des dons.
Traduction pour notre époque :
Pour le riche tout s’achète. Pour le pauvre, tout est gratuit. (Voir post du 12 septembre 2008)
N’est-ce pas un peu naïf ? Car on pourrait dire que si le pauvre crève de faim, c’est précisément parce qu’il dépend de la générosité des autres…
On pourrait aussi revenir sur cette difficulté du don, gratuit et pourtant indispensable pour que la vie continue son cours…
Nous nous contenterons de réfléchir aux prolongements socio-politiques de cette situation.
1 – Dans nos sociétés démocratiques bâties sur un contrat social (au minimum une déclaration des droits de l’homme), la générosité est instituée : les pauvres sont à la charge de la communauté qui doit les secourir. Il n’y a donc pas de générosité (au sens moral), pas de charité (au sens religieux). Du moins ce n’est pas la base du lien social.
2 – Justement : le lien social qui ne vient pas de la générosité, d’où vient-il ?
Qu’est-ce qui fait que ma retraite est payée par ceux qui travaillent, que l’impôt des autres serve à payer les soins que je reçois (puisque trou dans la sécu il y a), et que, s’il y a une guerre, des braves jeunes gens vont se faire tuer pour protéger ma maison ? Puisque ce n’est pas un don gratuit, qu’est-ce que c’est ? La contrainte ? L’espoir de réciprocité ? Ceux qui "donnent" le font soit parce qu’ils ont les gendarmes à leur porte ou alors parce qu’ils espèrent bénéficier des mêmes avantages ?
Pour trouver la réponse, on va aller voir chez les grecs :
--> Le roi en grec se dit soit basileus, soit anax. L’anax de l’Iliade n’est pas tout à fait synonyme du basileus : l’anax est bien le roi, mais en tant qu’il rassemble un peuple – ici les Hellènes. Agamemnon est dit « anax » ; Ménélas est simplement « basileus ». Le souverain c’est celui qui rassemble un peuple, comme le berger son troupeau. Réciproquement, un peuple n’existe que quand il est rassemblé par un pouvoir souverain (1). Le peuple est alors appelé « laos » (et pas demos).
--> Dans les démocraties, le peuple est solidaire parce qu’il s’est assemblé dans une volonté unanime de former un tout. C’est ce que rappelle Rousseau dans le Contrat social ; et c’est de cela que découle le lien social qui il est d’abord un lien politique.
Appelons ça la "solidarité"
(1) Façon de dire aussi que le pouvoir souverain est antérieur à un choix du peuple. Voir Agamben - Homo sacer
Wednesday, May 30, 2007
Citation du 31 mai 2007
Abolir la dualité des sexes est une crainte de l'imaginaire démocratique, hier avec la citoyenneté des femmes, aujourd'hui avec le pacte de solidarité.
Geneviève Fraisse
Geneviève Fraisse charge la barque quand elle met dans la même phrase la crainte de la dualité des sexes, l’imaginaire démocratique, la citoyenneté des femmes et le pacte de solidarité. Remarquez je n’ai pas à m’en plaindre : j’ai de quoi alimenter cette chronique durant une semaine.
Je m’en tiendrai aujourd’hui au rapport entre la solidarité et le pacte.
…Pacte civil de solidarité (PACS) - Pacte de solidarité entre les générations (retraites) - Un nouveau pacte de solidarité pour les quartiers (rapport remis au Sénat) - Justice et fiscalité : un nouveau pacte de solidarité... Faites donc la recherche sur Google : les pactes de solidarité, il y en a tant qu’on ne sait plus de quoi on parle.
L’idée de solidarité apparaît dans trois domaines : la morale, lorsqu’elle assume la valeur attribuée à une commune nature humaine ; la sociologie, dans la mesure où la solidarité suppose la prééminence du groupe sur l’individu ; et la philosophie politique quand elle apparaît sous la forme de pacte, précisément.
Rousseau a formulé très clairement le rapport entre le pacte et la solidarité : « Sitôt que cette multitude (= le peuple) est ainsi réunie en un corps (= assemblée des citoyens), on ne peut offenser un des membres sans attaquer le corps ; encore moins offenser le corps sans que les membres s’en ressentent. Ainsi le devoir et l’intérêt obligent également les deux parties contractantes à s’entraider mutuellement… » (1) Comprenons la dimension politique de la solidarité : elle est consécutive au pacte social, qui lui-même crée la citoyenneté. Si la solidarité implique la fraternité, alors pas de fraternité en dehors de la citoyenneté. Et pas de citoyenneté sans la nation (entendez par nation, le fait de constituer un peuple par adhésion à une histoire commune). Donc, dire que des pactes de solidarité il y en a à la pelle, c’est simplement constater que ces deux termes sont redondants ; et donc qu’on n’est pas dans le domaine moral, pas plus que dans le domaine social, mais dans le domaine strictement politique.
Essayez un peu pour voir ce que ça donne : nous sommes solidaires des Papous et des Zoulous, parce que nous sommes tous frères. Et pourquoi pas les baleines bleus et les pandas ? La solidarité morale ça existe, en tant qu’idée ; mais quelle action concrète a-t-elle à son action ?
Et avec le Darfour ?
Et que dire de la solidarité avec les lascars des banlieues ?
(1) Rousseau - Du Contrat social, livre I, ch.7 - A lire ici