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Sunday, June 15, 2014

Citation du 16 juin 2014



Le silence de l'homme attire le silence de Dieu.
Julien Green
Le silence est la plus grande persécution ; jamais les saints ne se sont tus.
Pascal –  Pensées (cité le 21/9/2012)
Il y a plusieurs sortes de silences (cf. ici), mais ici on pense au refus de parler. C’est le silence par lequel le mari infidèle « répond » à l’interrogation de sa femme jalouse ; ou alors celui des couples en conflit lorsque le silence de la nuit est prolongé par le mutisme de l’hostilité matinale.
- Le ciel quant à lui répond toujours à la prière du chrétien affligé : c’est du moins ce que dit Pascal. Faut-il ajouter que cette prière doit s’adresser aux saints plutôt qu’à Dieu ? Sans doute, mais là n’est pas encore l’essentiel. Car Dieu tout comme ses saints ne fait que répondre – ou pas – à la prière. En tout cas, au silence de l’homme « répond » celui de Dieu. Orgueil de l’homme : croire que Dieu va lui taper sur l’épaule pour lui montrer le bon chemin lorsqu’il se fourvoie ; ou bien l’appeler lorsqu’il perd la foi. Non – l’homme qui a perdu la foi ne parle plus au ciel et le ciel tout comme lui garde le silence : il regarde ailleurs.
o-o-o
Le silence de Dieu… Qui donc s’en étonnerait ? Si l’on jette un coup d’œil sur le passé, on constate que Jeanne d’Arc fut taxée de sorcellerie parce qu’elle « entendait des voix » venues du ciel (1) : c’était donc déjà considéré comme miraculeux.
Y avons-nous renoncé pour autant ? Est-ce que le silence de Dieu n’est plus vécu comme un abandon – voire même une persécution ?
Je laisserai volontiers chacun répondre à sa façon, sauf si cela parait une lâcheté de ma part. Alors je dirai que si l’on ne fait plus appel à Dieu, nous n’avons pas pour autant abandonné le désir de nous faire aider des puissances. La lettre au député – voire au Président qui a un secrétariat uniquement pour « gérer » ce courrier – reste encore une pratique courante. Mais si Dieu en répondant est totalement désintéressé, en revanche la réponse du député est soupçonnée de clientélisme. Vous imaginez-vous priant Dieu et concluant ainsi votre oraison : « Mon Dieu, je te donne 30 jour pour m’exaucer, sinon je ne croirai plus en Toi » ?
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(1) Ils étaient trois à lui parler : saint Michel, sainte Marguerite et sainte Catherine

Tuesday, April 22, 2014

Citation du 23 avril 2014


Le repliement dans le silence exprime une exigence de pure spiritualité, un effort vers l'humilité et le renoncement... Les juifs… n'ont pas eu à se réfugier dans le silence, ils ont toujours été les juifs du silence… (Voir citation complète en Annexe)
Vladimir Jankélévitch – Quelque part dans l'inachevé

Il y a deux formes de silence : celui de la spiritualité (la minute de silence) ; et celui de la discipline imposée (Silence dans les rangs !).
Jankélévitch parle ici du silence dans la musique, qu’on peut rencontrer également sous ces deux formes : le silence dans un nocturne de Chopin, et le silence que le pianiste réclame des auditeurs victimes de bronchite.
On pourrait encore espérer trouver une réunion des deux dans le silence comme règle imposée aux moines : volonté d’imposer le face à face méditatif avec Dieu à chaque instant de la journée.
Reste qu’un mot qui désigne des réalités différentes peut bien cacher deux significations totalement différentes sous une seule forme : c’est le cas de l’homonymie selon Aristote. Qu’y a-t-il de commun entre le silence de la spiritualité et le silence du « juif du silence » ?
On dira qu’à tout le moins, le silence est toujours coupure, séparation, isolement (j’allais dire : « isolation »). Par le silence nous nous retranchons – ou nous sommes retranchés. Retranchés du monde, et retranchés des autres.
Simplement, dans un cas il y a retour sur soi ; et dans l’autre privation de l’extérieur. Et bien sûr le second peut être la condition du premier.
C’est là que le silence imposé est souffrance : mais non pas parce que nous aurions besoin des autres pour être nous-mêmes. Bien au  contraire ! Comme le disait Pascal, être face à face avec nous-mêmes, voilà ce qui nous fait horreur.
- Allô ? Tu m’entends ? Oui, je suis dans le bus…
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Annexe :
Le repliement dans le silence exprime une exigence de pure spiritualité, un effort vers l'humilité et le renoncement. Cette exigence et cet effort sont particulièrement caractéristiques de l'esprit de la Réforme. Les juifs ne ressentent pas l'exigence ascétique et cathartique de la même façon puisqu'ils ont été en quelque sorte condamnés au silence par leur destin immémorial ; ils n'ont pas eu à se réfugier dans le silence, ils ont toujours été les juifs du silence… (Jankélévitch)

Tuesday, February 12, 2013

Citation du 13 février 2013



Ce n’est pas simplement qu’il n’y avait aucun bruit. Ce silence semblait dire quelque chose sur lui-même.
Haruki Murakawa – 1Q84 (Ed. 10/18, t.1, p. 213)
On se reportera aux Posts déjà mis en ligne sur ce blog à propos de la signification du silence.
Par contre ce qui est mis en  cause ici, c’est la valeur sémiotique du silence. Ou si on veut éviter ce mot un peu intimidant, il s’agit de savoir non pas ce que le silence veut dire, mais comment il se constitue comme signe. Car dire que le silence n’est pas seulement un « blanc » qui sépare deux sons ou deux paroles, mais encore qu’il véhicule une signification spécifique, c’est dire qu’il a été transformé en signe.
Or, il n’y a signe que pour celui qui sait que ce dernier existe. Exemple : les Chouans avaient pour signe de ralliement durant leurs sorties nocturnes le cri de la chouette. Pour qui n’était pas informé du complot, ce cri passait pour être celui de l’animal. Pour ceux qui étaient initiés, c’était bel et bien le signe de l’appartenance à la conjuration.
Le silence est donc un signe (muet) quand il nous fait songer à quelque chose d’autre qu’il signifie par son existence ; un peu comme le silence subit des animaux de la forêt nous donne à penser que l’orage arrive.
Mais avant de signifier quelque chose, il faut d’abord qu’il attire notre attention sur lui-même : « Attention semble-t-il nous dire : je ne suis pas simplement un intervalle vide entre deux sons ; il faut m’entendre comme accompagnant quelque chose qui manifeste sa présence à travers moi. »
Nous voilà renvoyé à la polémique sur les signes « ostensibles » d’appartenance religieuse. Comment savoir que le foulard islamique est précisément un signe plutôt qu’un simple objet – comme un vêtement pour se protéger du froid ?
La circulaire ministérielle (cf.ci-dessous) sur les signes ostensibles bannis de l’école et de la fonction publique, dit qu'un signe est ostensible quand il se donne immédiatement à reconnaître comme impliquant une appartenance religieuse.
C’est un signe à double effet :
            - premièrement il dit « Attention, je suis signe » ;
            - puis – dans le même temps – il dit  « je suis signe d’appartenance à la religion musulmane – ou juive, ou chrétienne, etc… »
Quand bien même je ne saurais rien du tout des religions, cette circulaire suppose qu’en voyant ce signe je devinerai qu’il est de nature religieuse.
Ainsi du silence qui semblait dire quelque chose sur lui-même.
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Annexe - Circulaire du 22-5-2004 (extrait) :
« La loi interdit les signes et les tenues qui manifestent ostensiblement une appartenance religieuse.
Les signes et tenues qui sont interdits sont ceux dont le port conduit à se faire immédiatement reconnaître par son appartenance religieuse tels que le voile islamique, quel que soit le nom qu’on lui donne, la kippa ou une croix de dimension manifestement excessive. » (A lire ici)

Friday, September 21, 2012

Citation du 22 septembre 2012



Rien ne rehausse l’autorité mieux que le silence, splendeur des forts et refuge des faibles.
Charles de Gaulle – Le Fil de l’épée
Quand bien même on refuserait d’admirer le Général de Gaulle en tant que chef d’Etat, on devrait reconnaitre à Charles de Gaulle la qualité d’écrivain et de moraliste.
Si Notre-Ex-Président avait un peu mieux lu Charles de Gaulle, il n’aurait pas passé son quinquennat au milieu d’une forêt de micros et de caméras, et peut-être aurait-il eu une meilleure chance d’être réélu.
Pour celui qui détient l’autorité, le silence est une preuve de puissance, parce qu’il suppose une délégation de la parole : il se tait parce que le pouvoir qu’il détient lui fournit la possibilité de laisser d’autres parler en son nom. (1)
Plus encore : si le chef ne parle pas – ou peu – c’est que sa parole n’est même pas nécessaire pour être obéi. C’est donc que l’autorité est un rayonnement et non une activité : raison pour laquelle le silence lui va si bien.
Maintenant il y a ambiguïté, parce que le silence est aussi le refuge des faibles. Si je me présente comme professeur de philosophie agrégé, on m’accorde le respect dû à celui qui possède une science certaine. Maintenant supposons que dans une discussion sur la morale de Hegel, je lâche une bourde monumentale, attestant que je ne l’ai pas lu, ou – pire encore – que je ne l’ai pas compris, alors le respect dû à mon autorité s’effondre.
Le silence ne doit donc pas être un refuge, mais une mise entre parenthèse de la parole. Il est une parole en sursis, et l’autorité qu’il protège ne durera qu’autant que ce sursis sera accordé. Mais, convenons qu’il ne puisse être accordée indéfiniment en particulier s’il s’agit d’un personnage crédité d’un pouvoir public : il y a un moment où ce qui cautionne ce crédit doit être exhibé, et la puissance réelle montrée.
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(1) Bien sûr ça suppose qu’il  ne fasse pas lui-même ce que ses subordonnés ont le devoir de faire. Encore une erreur de notre bouillant Ex-Omni-président.

Thursday, September 20, 2012

Citation du 21 septembre 2012



Le silence est la plus grande persécution ; jamais les saints ne se sont tus.
Pascal –  Pensées
« Monsieur, je ne vous adresse plus la parole ! » C’est ainsi qu’autre fois se terminaient certaines disputes. S’en suivait un silence dédaigneux, ou méprisant selon les cas.
Aujourd’hui on dirait peut-être que ces gens sont « blacklistés » (1), mais c’est un peu la même chose.
Adresser la parole à un homme, c’est lui manifester une charité minimum, raison pour laquelle jamais les saints ne se sont tus. Le mendiant qui vous sollicite n’aura jamais rien de votre bourse – soit. Mais il doit avoir au moins un regard et une réponse. Même si c’est mensonge comme « Je n’ai pas de monnaie », ou une apostrophe telle « Feriez mieux de travailler ! ».
Oui, je sais : j’ai horreur des donneurs de leçon et je fais mine d’en donner. Mais en réalité, tout ce que je cherche c’est à illustrer ce fait : les autres ne savent qu’ils existent pour nous que si nous leur adressons la parole. Comme le disait Bergson, la seule chose qui me garantira que l’homme que je croise dans la rue est un homme et non une machine ingénieuse, c’est que, quand je lui parle, il me réponde.
Refuser d’adresser la parole à quelqu’un, c’est lui signifier qu’il n’existe plus pour nous : c’est donc un meurtre spirituel. Faute de pouvoir l’effacer du monde des vivants, au moins pouvons-nous le supprimer comme existant dans notre monde.
Ajoutons que, si ce silence est blessant, c’est parce qu’il est ostensible. Paradoxalement, il n’a de puissance que  lorsqu’il constitue une réponse à une demande (quelqu’un me dit bonjour et je garde le silence en détournant la tête). C’est un silence adressé, qui paradoxalement, pour signifier à l’autre qu’il n’existe pas pour nous, suppose son existence.
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(1) Le pauvre Etiemble doit se retourner dans sa tombe d’entendre ainsi le « franglais » prendre le dessus.