Monday, December 05, 2016
Citation du 6 décembre 2016
Monday, January 04, 2016
Citation du 5 janvier 2016
Tuesday, February 12, 2013
Citation du 13 février 2013
Wednesday, August 11, 2010
Citation du 12 août 2010
Climène : Il [un mot] a une obscénité qui n'est pas supportable. - Élise : Comment dites-vous ce mot-là, madame ? - Climène : Obscénité, madame. - Élise : Ah ! mon Dieu ! obscénité ; je ne sais ce que ce mot veut dire ; mais je le trouve le plus joli du monde
Molière, Critique de l’Ecole des femmes, 3
Qu’en est-il aujourd’hui ? Serions-nous comme Elise à dire qu’obscénité est un bien joli mot simplement par ce qu’on ne connaît pas sa signification ?
On dira sans trop y songer que l’obscénité est ce qui offense ouvertement la pudeur dans le domaine de la sexualité (TLF). Evidemment… Toutefois, si l’obscénité est bien une mise à nu, elle n’est pas forcément une mise à nu du corps. Ainsi cet article d’Hélène Singer (1) montre bien que la voix aussi peut être obscène, pas seulement dans le mot, mais aussi dans le cri (2) et dans le chant. Mais pour s’en tenir à ce qui nous retient aujourd’hui, remarquons que l’obscénité y est définie comme « mise en scène de l’organique » – définition où je retiens plus l’idée de « mise en scène » que celle « d’organique ».
Il y a une culture de l’obscénité, qui fluctue au gré des époques et des milieux.
Voyez le « doigt d’honneur », geste obscène (qui a remplacé le bras d’honneur d’autre fois) qui s’est si largement répandu qu’on le retrouve dans des milieux où on ne l’attendait pas : en témoigne cette photo de José Maria Aznar.
Mise en scène, oui, et voici pourquoi. L’ex-chef d’Etat espagnol fait ce geste en direction des opposants qui le huent, et par ce mouvement il cherche à la fois à les humilier, et en même temps à se décaler complètement par rapport à sa situation. Ce qui lui permet de reprendre l’initiative : voilà un doigt qui permet reprendre la main…
Au fond, comme Barthes le disait de la jouissance du texte, le jouissance de l’obscénité vient d’une distorsion : ici il s’agit de l’écart entre la distinction du personnage « Aznar », et le geste par le quel il s’inscrit dans la situation ; et il ne s’agit pas d’un geste hypocrite qui se montre sans se faire voir (3). Il s’agit d’un geste assumé, brandi bien haut pour que tout le monde le voie.
D’ailleurs, cette photo me ravit parce qu’on n’a pas flouté le visage de l’homme qui est à droite : on peut donc le voir loucher sur le doigt d’Aznar.
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(1) Hélène Singer – Quand la voix se fait obscène.
(2) « [Le cri] : sa réalité recouvre ce que nous dit Alain Marc de l’obscène : directement vécu, pas déformé par une saisie rétrospective, qui provoque l’intensité, et la brutalité, du réel, qui est pris en pleine figure, l’obscène ne laisse pas le choix : il force le regard. » Alain Marc Écrire le cri, cité par Hélène Singer
(3) Exemple de « doigt » hypocrite : voir ici le doigt d’honneur aux journalistes d’Eric Besson et celui de Benoît Hamon
Monday, January 26, 2009
Citation du 27 janvier 2009
Signe et image sont les deux grandes voies de la communication entre les hommes à travers l'espace et le temps.
Michel Tournier – Le miroir des idées
Signe et image sont les deux grandes voies de la communication…
Encore une de ces idées reçues, qu’il vaudrait mieux examiner avec méfiance plutôt que d’y souscrire sans hésiter, comme quand on dit qu’un petit dessin vaut mieux qu’un long discours…. Car enfin, on le sait bien depuis que la propagande s’en est emparée au XXème siècle : si l’image est une grande voie de communication entre les hommes, elle est aussi un véhicule privilégié de manipulations de tous ordres.
Alors bien sûr le signe écrit aussi est source de manipulation, et la rhétorique (l’art de persuader disait Pascal) est là pour nous le rappeler. Mais elle est plus difficile à dissimuler, ne serait-ce que parce qu’elle doit dire en toutes lettres ce qu’elle insinue. Alors que l’image, n’est-ce pas, elle montre.
L’erreur ici serait de croire que les photos truquées ou les vidéos tronquées sont seules à l’œuvre dans ces manipulations (1).
En fait, ne l’oublions pas, il y a une différence capitale entre le langage et l’image : c’est l’ordre syntagmatique. Entendez que la phrase doit ordonner les mots qui la composent, de façon successive et en les articulant explicitement. Alors que l’image, quant à elle, donne simultanément ses différents composants. Voyez cette affiche (Mai
-68) : on ne perd pas son temps à hiérarchiser les différents médias selon qu’ils nous intoxiquent plus ou moins. Non, ce qui saute aux yeux, c’est que le citoyens est devenu un mouton – ou au moins un animal qui a perdu sa verticalité – et qu’il est prédécoupé, comme l’animal de boucherie, selon des zones investies par la propagande officielle.
(1) Voir notre Citation du 24 janvier dernier
Sunday, January 25, 2009
Citation du 26 janvier 2009
La nudité, c'est pire qu'indécent, c'est bestial ! Le vêtement, c'est l'âme humaine.
Michel Tournier – Le fétichiste, p.309, in Le Coq de bruyère
Le problème, voyez-vous avec ce genre de citations, c’est qu’elles sont piquantes et évidentes. Tant et si bien qu’on les colporte sans trop se demander si on a raison de le faire.
Car enfin, si Tournier a raison, l’âme humaine est :
- visible ;
- interchangeable (on en change comme de chemises) ;
- facultative (elle disparaît avec la nudité)…
Et réciproquement, la nudité c’est :
- l’animal humain, c'est-à-dire un corps sans âme ;
- ce qui prive l’homme de son humanité ;
- s’exhiber sans vêtements c’est une injure faite aux autres.
Nous avions déjà abordé la question du vêtement il y a bientôt trois ans (déjà !), pour conclure qu’il avait juste l’inconvénient de n’exprimer que ce que la mode a retenu comme signe intéressant à manifester. Exit l’âme dans ce qu’elle a de personnel, et bonjour le stéréotype…
Alors, bien sûr tout le monde n’est pas une fashion victime… Il y a tous ceux qui choisissent leur habillement pour exprimer ce qu’ils veulent faire apparaître d’eux-mêmes. Leur vêtement est un discours, une déclaration concernant ce qu’ils sont.
Mais vous n’empêcherez pas les gens de la rue de décoder votre tenue d’abord en fonction de l’écart qui la sépare de la tenue à la mode.
Car le vêtement est un signe, et le signe fonctionne à partir des autres signes qui auraient pu figurer à sa place. Le petit chandail en cachemire à la place du pull à col cheminée de chauffeur poids lourds.
Dans la langue, tout n’est que différence, disait Saussure. Dans la mode aussi.
Tuesday, July 24, 2007
Citation du 25 juillet 2007
Sont désormais prohibés, dans les établissements d'enseignement public, «les signes ou tenues qui manifestent ostensiblement l'appartenance religieuse des élèves.»
Loi Ferry sur les signes religieux, adoptée le 15 mars 2004
Loin de moi l’intention de rallumer une controverse qui a d’ailleurs fait long feu, peut-être moins par la force de la loi que par le manque de combativité des intéressé(e)s.
Non, ce Post a pour objet la notion de signe, telle que révélée par la formule « signe ostensible ».
Tout le monde en a discuté, proposant de la remplacer par « ostentatoire », « visible », ou autre encore. Pas un seul n’a demandé au philosophe ce qu’il en pensait (1).
Si cela avait été le cas, le philosophe aurait peut-être pris la voix de Socrate pour demander : « Dis-moi mon bon, ce que tu appelles « signe ostensible », est-ce que ce ne serait pas un signe qui se reconnaît de loin, comme une grande croix, alors qu’une petite serait « discrète » ? Et si c’est le cas, est-ce que par hasard tu ne voudrais pas dire que le signe est ostensible quand il fait signe par lui-même sans que personne ne vienne te dire que c’en est un ? »
Et là, plein de suffisance, vous allez répondre : « Bien sûr Socrate, tout le monde la sait : la loi du 15 mars 2004 le dit : « le législateur a précisé la notion d’«ostensible» : elle concerne «les signes et tenues dont le port conduit à se faire reconnaître immédiatement par son appartenance religieuse», comme «le voile islamique», «la kippa» ou «une croix de dimension manifestement excessive». Les signes «discrets» ne sont pas interdits ». (lire)
Mais en réalité vous êtes tombé dans le piège, parce que ce démon de Socrate n’attendait que ça : « Mais par Zeus, ne voudrais-tu pas dire alors qu’il existe des signes qui n’ont pas besoin d’être institués, ni appris, pour signifier quelque chose ? Est-ce que le voile religieux est comme la pâleur du visage quand tu es en colère ? Et dis-moi encore, ta grand-mère, quand elle faisait le ménage, elle ne mettait pas un foulard sur ses cheveux pour les protéger de la poussière ? »
Alors, vous vous mettez en colère contre Socrate qui fait semblant d’ignorer la différence entre le signe et l’objet réel, pris dans sa relation utilitaire avec le reste de la réalité. Mais vous avez perdu d’avance, parce qu’au fond vous le savez déjà, Socrate a raison : ce qui est ostensible, c’est qui s’impose dans l’épaisseur massive de l’être, et que ça c’est l’objet qui le possède, pas le symbole.
(1) Mille excuses : j’oubliais que l’auteur de la loi était justement un philosophe… Comme quoi ça ne sautait pas aux yeux.
Monday, July 23, 2007
Citation du 24 juillet 2007
L'Amérique a inauguré une tradition où les plus riches consommateurs achètent en fait les mêmes choses que les plus pauvres.
Andy Warhol - Ma philosophie de A à B et vice versa
Vous qui êtes en ce moment sur la plage, au milieu de gens tous plus à poil les uns que les autres, vous savez combien il est difficile de montrer la classe enviable à la quelle vous appartenez, étant donné que la BMW est garée un peu loin, et que la chevalière en or ça fait « m’as-tu-vu ». Que faire ?
Pas de panique ! La solution est simple : tendez une cordelette sur la plage, mettez une pancarte : « Plage privée », installez des transats et des garçons de plage body-buildés, et surtout louez vos emplacements à un prix exorbitant (1). Le tour est joué : vous créez «les plus riches consommateurs » qui vont « acheter en fait les mêmes choses que les plus pauvres », le même sable, le même soleil, le même air, la même mer, le même paysage…, mais pas au même prix.
Alors, à quoi bon un tel gaspillage, si la différence ne tient que dans le prix ? Faut-il que, chez Lidl, en passant à la caisse j’exige de payer la bouteille de vin deux fois son prix parce qu’elle n’est pas assez chère pour mon standing ? Absurde.
Pas tant que ça : Andy Warhol parlait de ce qu’il connaissait bien, lui qui vendait à prix d’or des photos de Marilyne juste coloriées (2). Entre la photo et le portrait, pas de différence, sauf la signature. Autrement dit, il faut un signe ostensible de distinction sociale, et le luxe sous sa forme économique en est un (3). Il y a certes d’autres signes de distinction sociale : la culture, si possible délimitée à un domaine socialement valorisé ferait tout aussi bien l’affaire. Mais il faut que ça fasse signe, et si nécessaire signe ostensible.
… signe ostensible…ça ne vous dit rien ?
Un peu de patience, c’est le sujet de demain…
(1) J’oubliais : mettez une ou deux barmaids brésiliennes ; il en faut pour tous les goûts.
(2) Oui, moi aussi je suis capable d’apprécier le talent créateur de l’inventeur du pop art (pop art : signe ostensible de culture)
(3) Certes le luxe répond à des besoins un peu plus complexes, que nous avons déjà évoqués (Post du 15 janvier 2007). Mais le rôle le plus courant du luxe est de marquer la distinction sociale par un critère économique.