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Monday, August 15, 2016

Citation du 16 aout 2016

Il semble que la perfection soit atteinte non quand il n'y a plus rien à ajouter, mais quand il n'y a plus rien à retrancher
Saint-Exupéry – Terre des hommes chap. III
Entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem, (Les entités ne doivent pas être multipliées par-delà ce qui est nécessaire.)
(Attribué à Guillaume d'Ockham, et souvent désigné par la formule : Le rasoir d’Ockham)

On trouvera ici un commentaire sommaire mais suffisant pour comprendre que ce « rasoir » est destiné à se débarrasser des concepts inutiles ou des hypothèses compliquées et surnuméraires, la plus logique étant suffisante – jusqu’à preuve du contraire.
Néanmoins, on peut aussi considérer que ce rasoir devrait couper bien d’autres choses que des hypothèses ou des concepts. Par exemple :
- Dans le discours – c’est du moins ce que laisse entendre Saint-Exupéry lorsqu’il parle des éléments (mots, phrases) qu’on peut retrancher sans altérer le sens. On pense alors à ces poésies minimalistes faites de quelques mots jetés çà et là sur la page blanche.
- Dans l’art : on a une application parfaite avec les Monochromes d’Yves Klein ou le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch.
- Dans l’explication scientifique : lorsqu’on exige que celle-ci soit la plus simple possible telle que la simplicité des équations en physique, ou encore l'explication du comportement animal refusant de rechercher une fonction  supérieur quand une fonction inférieure suffit.

Admettons – Maintenant qui donc va être habilité à manier le rasoir ? Qui pourra dire : ceci est superflu, cela est une surcharge ?
Et d’abord, quels principes avons-nous pour rejeter la profusion, ou au contraire pour  aimer la complexité ?
On est aujourd’hui en admiration devant la pensée et l’œuvre d’Edgar Morin. Très bien c’est le vieux sage dont nous avons besoin. Mais se rappelle-t-on des termes dans les quels il a décrit sa méthode (élaborée avec Henri Laborit) : «  mettre en intercommunication la science et la philosophie, en opérant des boucles dialogiques. » (1). Croyez-vous  qu’on aurait aujourd’hui la patience d’aller jusqu’au bout de  son livre ? Il nous faut du clair, du simple, de l’assimilable tout de suite ! Dès que je sens de la complexité, je sors mon rasoir – un Ockam, bien sûr.
Vous avez une heure de libre ? Alors écoutez Edgard Morin (vidéo ici)
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(1) « Le but de la recherche de méthode n’est pas de trouver un principe unitaire de toute connaissance, mais d’indiquer les émergences d’une pensée complexe, qui ne se réduit ni à la science, ni à la philosophie, mais qui permet leur intercommunication en opérant des boucles dialogiques. » E. Morin Science avec conscience.

Sunday, May 17, 2015

Citation du 17 mai 2015

 La simplicité a une dimension morale qui inclue le désintéressement et le détachement des biens matériels.
John Pawson – Minimum


John Pawson et son livre Minimum.
J’ai choisi de montrer la présentation matérielle du livre de Pawson dont cette citation est extraite pour rendre manifeste son idée.
--> Est simple l’idée ou l’action qui, comme cette couverture blanche, est dépouillée de tout ce qui n’est pas absolument indispensable.
Pourquoi cette blancheur qui exclut même les caractères d’imprimerie écrits noir sur blanc ?
Application : le blanc est conçu comme une non-couleur, comme le degré zéro de la couleur, celui dans lequel aucune variation n’est possible. Si (comme le dit la chanson) noir c’est noir, alors blanc c’est blanc. La simplicité absolue est dépouillement absolu et absence de tout ce qui n’est pas indispensable. Ainsi donc également de la couleur même pour écrire le titre du livre, si justement intitulé Minimum. Pour l’imprimer, une simple variation de surface, une surépaisseur – un relief – suffira.
On pensera aussi au refus de la sophistication de certains magasins, comme le japonais Muji où tout est blanc, non seulement les murs, le plafond, le plancher, mais aussi les objets mis en  vente. Une simplicité monastique, signe non seulement de détachement mais aussi de désintéressement. Les magasins Muji  se donnent l’image d’un lieu qui rejette la séduction pour inviter ses clients à l’achat en les laissant libre de toute incitation séductrice.


Ce qui va avec la simplicité, c’est donc la pureté (1), et bien sûr c’est une raison de plus pour la figurer les anges avec des ailes blanches.
La pureté comme la blancheur est sans tache. On dirait même que la couleur n’a que cela pour fonction : masquer les taches qui maculent dans la diversité des tons qui décorent, un peu comme la tenue « léopard » camouffle le soldat.
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(1) Raison pour laquelle si le noir aussi est dépouillé de toute afféterie, c’est quand même le blanc qui a été choisi pour le livre de Pawson.

Sunday, April 21, 2013

Citation du 22 avril 2013



Les découvertes récentes ont anéanti toutes nos illusions sur la simplicité de l'univers.
Gustave Le Bon
Il n'y a pas de simplicité véritable. Il n'y a que des simplifications.
Léon-Paul Fargue – Sous la lampe
La simplicité est une notion ambigüe : tantôt (comme on le verra bientôt) on évoque par elle le comportement altruiste, celui de l’homme qu’on supposerait vaniteux et qui se révèle familier. Et tantôt on pense à une connaissance parfaitement dominée.
Mais ça peut être tout à fait le contraire : le « simplisme » des connaissances qui est l’expression d’un savoir immature et qui tâtonne.
La remarque de Le Bon sur la physique datant sans doute du début du 20ème siècle, on imagine qu’elle visait la découverte de l’atome qui venait bouleverser complètement la conception millénaire de la matière (1).

On pensera aussi à Bachelard qui ne cesse de répéter que la connaissance est l’art de complexifier ce qu’on croyait savoir. Et du coup on reste hostile aux tentatives de simplifications ou de vulgarisations qui ont pour effet de faire naitre des erreurs orgueilleuses là où les comparaisons et les à-peu-près donnent l’illusion d’avoir compris. On n’en citera qu’une : la théorie de l’atome, justement dans sa complexité mathématique, qu’on croit pouvoir résumer avec l’image simplificatrice de l’atome organisé comme un système planétaire miniature.

Tout ce qui est simple est faux.
Deux restrictions toutefois :
1 – D’abord la simplicité des uns n'est pas forcément celle des autres. Par exemple pour le mathématicien la physique des particules est plus compréhensible – et donc d’une certaine façon plus « simple » – que pour le béotien.
2 – Le processus de la connaissance consiste à aller (comme le disait Descartes), du simple au complexe. La simplification qui permet de considérer les éléments à connaitre comme autant de maillons d’une chaine à construire, reste donc indispensable comme 1ère étape d’une démarche de la connaissance.
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(1) Sur la querelle de l’atomisme durant le 19ème siècle, voir cet intéressant exposé.

Thursday, June 07, 2012

Citation du 8 juin 2012


On devrait gouverner un grand empire avec autant de simplicité que l’on fait cuire un petit poisson.
Proverbe chinois
Mystère des métaphores… Pour illustrer la simplicité qui aurait songé à l’exemple de la cuisson d’un poisson ? D’autant que c’est un petit poisson… comparé au gouvernement des grands empires !
C’est avec une grande satisfaction que j’ai appris que le Nouveau-Président cessait d’être un Président « normal » pour devenir un Président « simple » (cf. les abondants commentaires la presse spécialisée).
Ce qui est réjouissant pour moi, c’est qu’on laisse de côté la « normalité », qui fait d’avantage partie du vocabulaire de la psychologie ou de la sociologie – bref : des sciences humaines – pour s’en tenir à  la simplicité avec laquelle le philosophe est beaucoup plus à l’aise.  
Contournant la métaphysique et ses substances simples, nous nous tournerons vers la morale : la simplicité est une vertu, ainsi que le montre André Comte-Sponville  dans son excellent livre Petit traité des grandes vertus (1).
En quoi donc la simplicité est-elle – pour un Président de la République française – une vertu ? Ça signifie quoi de prendre le TGV au lieu d’un avion du Glam, ou une DS5 au lieu d’une berline blindée de 6 mètres de long ? Ne serait-ce pas plutôt une forme d’affectation, de prétention ridicule de paraître comme tout le monde quand on ne peut pas l’être ?
Bon : on dira que, quoiqu’on fasse, on est toujours critiqué et que la bonne foi des chicaneurs n’est pas au rendez-vous. Admettons.
Toutefois, même si cette forme de simplicité qu’est la modestie et la modération n’est pas un vice caché, il se peut quand même qu’elle ne soit pas une vertu non plus.
Comte-Sponville heureusement nous alimente à meilleure source. Par exemple Fénelon : « La simplicité est une droiture de l’âme qui retranche tout retour inutile sur elle-même et sur ses actions. […] Elle est libre dans sa course, parce qu’elle ne s’arrête point pour se composer avec art. » (2)
C’est bien dit, n’est-ce pas ? On reconnait bien là une vertu avec ce qu’elle suppose d’oubli de soi et en même temps d’excellence dans l’action.
Seulement voilà : imagine-t-on qu’un homme possédant cette vertu – la Simplicité – puisse avec ça devenir un homme politique ? Je veux dire : quelqu’un qui ne se pose pas la question de savoir comment il parait aux autres, qui ne se contemple pas lui-même dans ses œuvres, qui se bat pour ses idées et non pour un pouvoir personnel, cet homme-là fait-il de la politique ?
Oui, c’est vrai, il y a eu Robespierre…
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(1) C’est au chapitre 12. Ce « Petit » traité est un clin d’œil au Traité des vertus de Jankélévitch, qui fait allègrement ses 1200 pages
(2) Fénelon – Lettres et opuscules spirituels p. 677 (Comte-Sponville, ouvr. cité p.205)