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Monday, May 08, 2017

Citation du 9 mai 2017

Mais alors, dit Alice, si le monde n'a absolument aucun sens, qui nous empêche d'en inventer un ?
Lewis Carroll – Alice au Pays des Merveilles (1865)
Même si la vie n’a pas de sens, qu’est-ce qui nous empêche de lui en inventer un ?
Lewis Carroll – Variante de cette citation 
o-o-o
(Commentaire où il est prouvé par rhétorique argumentation que : « Le sens de votre vie, c’est la somme de vos orgasmes »)

Si vous vous sentez interpellé par cette citation, prudence ! Ne vous engouffrez pas dans un commentaire avant d’avoir clarifié le sens du « sens ».
Et d’abord,  « n'avoir absolument  aucun sens » qu’est-ce que ça veut dire ?
- Ce qui n’a pas de sens, c’est ce qui n’est relié à rien du tout, comme le rouage d’une montre qui, une fois démonté, ne signifie plus rien, car, étant isolé, il ne sert plus à rien.
On n’est toutefois pas encore satisfait : car le monde est peut-être comme une grosse horloge (1) dont les rouages sont tous liés entre eux de sorte que le plus infime insecte a quand même une fonction – donc un sens. L’écologie contemporaine regorge d’exemples qui le prouvent.

- On va raffiner la définition alors : on va dire que le sens c’est ce qui est exprimé par un jugement, et qui relève donc d’une intention. Réciproquement, la fonction de l’ensemble se répercute sur chaque élément en le dotant d’un rôle – donc d’une signification. Le sens de l’élément, si petit soit-il, est compris dans sa finalité : dire son sens c’est dire à quoi il sert.
Dans ce cas on parlera plus facilement du sens de la vie que de celui du monde.

Vous voilà en état de commenter la phrase d’Alice : allez-y, c’est à vous de jouer.
Pendant ce temps, moi, ne je vais pas me tourner les pouces, mais je m’intéresserai à la proposition d’Alice : Puisque le monde n’a pas de sens, pourquoi ne lui en inventerions-nous pas un ?
Alors, c’est vrai il y a deux attitudes ici : ou bien on dira que si le monde n’a pas de sens, alors il n’y a aucun inconvénient à en inventer un : puisqu’on n’aura pas besoin de chasser un sens pour en mettre un autre, on ne froissera personne ! Mais d’autres, un peu plus méfiants, diront que si le monde n’a pas de sens c’est qu’il ne peut absolument pas en avoir un, qu’il est définitivement absurde, et qu’à vouloir lui en inventer un on va se montrer ridicule.
Laissez de côté le monde, trop grand pour nous : prenez la vie. Si votre image de la vie exclut que survive après votre mort quelque chose de vous ; si de surcroit vous ne croyez pas en une histoire de l’humanité, ni de l’espèce, et que du coup vous estimiez que vous auriez pu ne pas venir au monde et que ça n’aurait rien changé – alors quel sera le sens de votre vie ?
Soutiendrez-vous que le sens de l’existence c’est le plaisir et la jouissance vécus et rien d’autre ? Le sens de votre vie, c’est la somme de vos orgasmes ! – A moins que ce soit la quantité de carrés de chocolat que vous avez croqués ?
N’allez-vous pas préférer dire que la vie n’a aucun sens ?
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(1) C’est ce que disait Voltaire, ajoutant qu’il n’imaginait pas qu’une telle horloge puisse exister sans un horloger. « L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer / Que cette horloge existe et n'ait point d'horloger ». Reste que Voltaire n’aimait pas ceux qui n’étaient pas horloger mais qui prétendaient quand même régler l’horloge à leur façon.

Monday, April 17, 2017

Citation du 18 avril 2017

Dans une catégorie considérable de cas – mais non pour tous – où nous employons le terme « sens », on peut le définir ainsi : le sens d’un mot est son emploi dans la langue.
Wittgenstein

On parle mal de la bouche, mais on n’est pas méchants. A ma copine je vais dire « salope », mais c’est affectueux.
Françoise 23 ans (Libé du 14 avril 2017, p. 19)

Selon Wittgenstein, un mot n’a de sens (= de définition) qu’à condition de connaître l’ensemble de ses emplois, mais cet ensemble n’existe pas car les mots dépendent des « situations » d’emploi, causes et conditions de leur énonciation et celles-ci varient à l’infini.
Nous sommes dans le cadre des « jeux de langage » qui sont un tout composé de la langue et des actions en les quelles elle se transforme. Est-il donc impossible de se comprendre ?
Alors, toujours selon Wittgenstein, il y a bien une langue commune qui n’est autre que l’aboutissement de ces situations collationnées et pondérées de sorte qu’on puisse donner une définition de chaque mot – tout en sachant qu’elle n’est qu’un « à peu près » statistique. On devine que tout cela permet les écart de sens extrêmes, comme Françoise qui dit à sa copine avec un ton affectueux : « Qu’est-ce que t’es salope ma chérie ! ». Toutefois, il y a là quelque chose d’extrêmement volatile : que devient ce sens dès lors que la situation s’est évanouie ?

- L’article de journal d’où je tire cette citation est consacré aux recherches opérées sur le « parler des quartiers» : les résultats de ces recherches sont « historiques » entendez qu’on ne peut donner que des définitions datées, et les réviser au fur et à mesure des modes. D’où la faiblesse de ces langages qui n’ont pas un dictionnaire de l’académie pour en fixer l’usage.

Mais, que savons-nous du sens que Descartes donnait à ses phrases écrites pour les gens du 17ème siècle ? Lorsqu’il ouvre son Discours de la méthode en écrivant : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. » sait-on exactement ce qu’il avait dans la tête ?

Saturday, March 25, 2017

Citation du 26 mars 2017

L'interprétation n'a pas plus à être vraie que fausse ; elle a à être juste.
Lacan – C’est à la lecture de Freud...
Que signifie interpréter lors qu’on est un analysant ? La même chose que quand on chante une partition musicale : il faut chanter juste, c’est à dire s’identifier totalement à la musique de telle sorte qu’il n’y ait aucune différence entre l’écrit et la choses même, ou si l’on veut entre le signifiant et le signifié. Et bien sûr c’est le même principe lorsqu’on interprète un rôle, comme ici Maria Callas dans de personnage de Médée : incarner parfaitement la femme outragée qui va assassiner ses enfants pour punir leur père.

Maria Callas dans Médée le film de Pasolini

Maria Callas, en dehors de son génie de cantatrice a le talent de la tragédienne : elle parvient à rendre vivant le spectacle de la fureur féminine sans chercher à nous communiquer une réflexion à son propos  Alors que la vérité conserve une distance par rapport à l’objet connu, la signification doit d’abord s’incarner, et pour cela il faut abolir la distance qui sépare celui qui l’énonce la chose énoncée. C’est sans doute cela la catharsis.

Du coup on franchit la frontière très embarrassante qui habituellement sépare la vérité de la signification. Car on dit que la science doit accéder à la vérité, mais que la philosophie peut fort bien se satisfaire de découvrir la signification – par exemple, la signification de l’existence  et non sa « vérité ». Mais toutes ces évaluations se valent-elles ? Si aucune norme ne vient à notre secours ne risquons-nous pas de bénir n’importe quel délire ? Parce que la comparaison à la musique laisse possible le recours au diapason : le « la » est à 440 Hertz, pas un poil de plus (1). Mais pour l’acteur les variantes sont quasi infinies : comment s’y repérer ?
Je propose qu’on sélectionne les plus intéressantes à leur effet : il s’agit de faire pénétrer dans l’intimité d’un personnage, de lui donner une cohérence, de permettre sinon de prévoir, du moins d’admettre les péripéties de l’histoire telles que le caractère du héros le donne à comprendre.
« Donner une cohérence » : le terme est significatif : une interprétation doit donner une cohérence aux étapes de l’histoire et on devine que l’analysant évoqué par Lacan est concerné également  par ce principe. Qu’est-ce qui donne son unité à ma vie ? Qu’est-ce qui la présente comme un tout organisé selon quelques principes ? Et ces principes peuvent-ils faire deviner quelles seront les prochaines étapes, compte tenu de ces fondements ? Par exemple, comment réagirais-je lorsque j’aurai un AVC ou un diagnostic de cancer du pancréas ? Moi qui suis à présent vieux je devrais pourvoir deviner, et me dire : On meurt comme on a vécu…
Qui vivra verra.
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(1) Je laisse de côté les  variations de cette fréquence admises au cours de l’histoire. On se reportera à l’article Wiki pour les détails.