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Thursday, May 10, 2012

Citation du 11 mai 2012



Ah! not in knowledge is happiness but in the acquisition of knowledge. [Ce n'est pas dans la connaissance qu'est le bonheur, mais dans l'acquisition de la connaissance.]
Edgar Allan Poe
Question :
- Plus j’apprends, plus j'en sais,
- Plus j'en sais, plus j'oublie,
- Plus j'oublie, moins j'en sais,
- Donc à quoi cela sert-il d'apprendre ?
Anonyme – A retrouver ici
A quoi cela sert-il d’apprendre ? Est-ce une source de bonheur, comme le pensait Edgar Poe ? Ou bien comme le suggère notre Anonyme s’agit-il plutôt d’une illusion ? A moins que ce soit pour une autre raison, telle qu’obtenir un pouvoir sur la  nature ou sur les hommes ?
Pour répondre à cette question, chacun ira où son expérience le mène. Pour ma part, je trouve un peu réducteur de faire du savoir quelque chose de si général et de si banal : illusion, bonheur… Il y a tant de façons différentes d’y accéder : bonheur du parfum des roses ; illusion des promesses amoureuses… Et puis qui nous garantit que la science soit une source de bonheur ? L’Ecclésiaste on le sait a dit tout le contraire : « Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur. » Ecclésiaste - 1.18
C’est chez Descartes qu’on trouve une réponse un peu plus consistante. La science dit-il est la pâture de l’âme, c’est elle qui la fait prospérer, exactement comme les nourritures matérielles sont la pâture du corps. (1)
- Moyennant quoi, on dira que le bonheur trouvé dans l’acquisition d’un savoir est en réalité ce que Spinoza nomme la joie : un passage de notre être d’un de niveau perfection donné à un niveau plus grand. Ce qui fait qu’on ne saurait oublier un savoir une fois qu’il s’est intégré à nous, qu’il a contribué à nous constituer tel que nous sommes.
- Et donc, dire Plus j'en sais, plus j'oublie ne concerne que le savoir inadapté à l’homme qui l’acquiert. On peut tout apprendre, mais on ne peut tout retenir, parce qu’on ne retient justement que ce qui va nous servir.
La question n’est donc pas A quoi cela sert-il d’apprendre ? – mais plutôt de se demander : qu’est-ce qu’il est bon pour moi d’apprendre ?
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(1) Je vous laisse méditer la question suivante : si le savoir est comme une nourriture, risque-t-il aussi, comme elle, de donner du gras plutôt que du muscle ?

Wednesday, October 05, 2011

Citation du 6 octobre 2011


Thalès voulant montrer qu’il était facile de s’enrichir, loua les pressoirs à huile d’olive alors qu’il prévoyait qu’une importante récolte approchait et amassa de grandes richesses.

Diogène Laërce – Vie et doctrines des philosophes illustres, Livre I, §25

… Quand le moment favorable [de la récolte] fut arrivé, il se produisit une demande soudaine et massive de nombreux pressoirs, et il [=Thalès] les sous-loua aux conditions qu’il voulut. Ayant ainsi amassé une somme considérable, il prouva par là qu’il est facile de s’enrichir quand ils [= les savants] le veulent, bien que ce ne soit pas l’objet de leur ambition.

Aristote – Politique A11, 1259a6 (Traduction Tricot)

Je considère comme une injustice que le nom de Thalès, qui fut l’un des Sept sages, ne soit aujourd’hui associé qu’à une entreprise d’aéronautique et d’armement. Non que ce soit un déshonneur mais plutôt parce que ce nom devrait être aussi connu et mondialement respecté que celui de Goldman Sachs.

Si l’on excepte le Bon serviteur de la parabole des Talents (voir ici), Thalès de Milet fut en effet le premier spéculateur connu. Le premier il sut faire fructifier son l’argent sans faire appel au travail, et il montra que la science suffit pour arriver à un profit assuré.

Toutefois, comme avec le Bon serviteur dont on parlait plus haut, gagner par spéculation de l’argent n’est pas le projet essentiel : la Parabole des talents a pour finalité de montrer qu’il faut faire prospérer non l’argent mais les dons du Seigneur ; et pour Thalès cet enrichissement n’est qu’une façon de prouver que la science peut certes nous donner un contrôle sur le monde – mais que c’est finalement accessoire.

Car, par sa prouesse avec les pressoirs à huile, non seulement il réfutait les moqueries dont il était l’objet (1), mais il suggérait aussi que la science a mieux à faire que de changer l’ordre des choses dans le domaine humain. En effet, comment croire que le fait de gagner beaucoup d’argent par la spéculation procure un plaisir aussi vif que d’arriver à mesurer la hauteur de la Grande pyramide ? (2)

Car, comme le dit Aristote, les savants peuvent facilement s’enrichir, « mais ce n’est pas leur ambition » – quelle est donc leur ambition ?

Celle de connaître le monde tel qu’il est c’est-à-dire de contempler sa régularité et son harmonie.

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(1) Thalès, en observant les astres, se laissa tomber dans un fossé. « Il n'a que ce qu'il mérite, dit une femme de Thrace qui le servait : il veut lire dans les cieux, et ne sait pas même ce qui est à ses pieds. »

(2) Ce qu'il fit en mesurant son ombre - voir ici

Monday, January 24, 2011

Citation du 25 janvier 2011

Le savant généralise, l'artiste individualise.

Jules Renard – Journal

Que le savant généralise, on s’en persuade facilement : si mon stylo tombe je me doute bien que le physicien n’en parlera qu’en termes de chute des corps, qui s’applique aussi bien à mon stylo, ou à la feuille de papier, voire même à l’imprimante, ou à écran de l’ordinateur…

Mais que l’artiste individualise, ça, c’est moins clair. Deux possibilités :

1 – Si l’on s’en tient à l’art figuratif, on admet que le peintre ne donne que des images de la réalité, et donc qu’il ne peut peindre des concepts mais seulement des objets ou des êtres réels, même si on les range sous le concept en question.

Par exemple, la liberté représentée par une femme chez Delacroix (1) :

On remarquera que e tableau s’intitule : « La liberté guidant le peuple »

Il s’agit donc non pas seulement d’illustrer un concept, mais de rendre sensible une idée : on a affaire à une allégorie.

Si donc l’artiste ne peut qu’individualiser, il peut en même temps nous inviter à généraliser.

2 – Mais, l’artiste individualise aussi d’une autre manière, en nous livrant sa vision personnelle de la réalité. Il est évident que lorsque Picasso peint les horreurs du bombardement de Guernica, il ne s’est borné pas à les représenter comme s’il faisait un reportage photographique : il nous fait vivre les émotions suscitées en lui par l’événement.

Picasso – Guernica (Détail)

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(1) Cf. mon Post du 18 octobre 2008

Wednesday, May 31, 2006

Citation du 1er juin 2006

Il n'existe que trois êtres respectables: le prêtre, le guerrier, le poète. Savoir, tuer et créer.

Charles Baudelaire

Comparons cette énumération avec les trois ordres reconnus par Georges Dumézil comme étant propres à la civilisation indo-européenne : le prêtre, le chevalier et le paysan. Baudelaire ignore ce dernier, qui est un nourrisseur, et ajoute le poète qui est le créateur. Le prêtre est ici plutôt un clerc, car sa fonction n’est pas l’oraison mais le savoir ; quant au guerrier il est un tueur plutôt qu’un brave animé par l’idéal de la chevalerie.

Ces décalages montrent dans quel univers se meut la pensée de Baudelaire : celui des paroxysmes, où l’effroi de la mort accompagne les spasmes de la création ; quant au savoir il ne peut sans doute plus être la médiation entre l’homme et le monde. C’est cela qui frappe : ce qui importe ici, ce n’est pas l’énumération, ni la juxtaposition, mais l’intrication de ces éléments constitutifs d’un monde en totale mutation, puisque la naissance et la mort suffiraient presque à la définir. A opposer donc à la stabilité des ordres indo-européens.

Mais dans ce monde, « il n’existe que trois être respectables », ce qui inclut le tueur et qui exclut le monarque tout puissant. Voilà qui ajoute la touche romantique à la sèche énumération qu’on vient d’évoquer : en effet, plus de gouverneur, plus de rois, mais seulement des forces qui font surgir et disparaître comme autant de décors de théâtre les civilisations, les peuples, les sociétés. « Je suis une force qui va » dit Hernani, et on devine que pour Victor Hugo comme pour Baudelaire le bouleversement l’emporte sur l’ordre établi, que les destructions sont plus perceptibles que le surgissement de structures nouvelles.

Alors, à ce compte, que vient faire le savoir ici ? A quoi bon une science de l’ancien dans un monde nouveau ? Mais n’oublions pas qu’il s’agit du prêtre, le savoir est celui de la volonté divine, qui nous échappe et qui nous ridiculise au moment où nous croyons être les plus forts. Et cette volonté s’appelle destin.

Et ça change tout