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Wednesday, March 25, 2009

Citation du 26 mars 2009

Allez, je ne vous demande rien, mon Dieu !

Vous êtes là, et c'est assez.

Paul Claudel – Magnificat

Supposez que Dieu vous apparaisse dans une déchirure du ciel : que faites-vous ?

Il n’y a pas trente-six possibilités :

- Soit vous vous précipitez à ses pieds pour lui demander je ne sais quoi – l’immortalité, la fortune, la gloire, que sais-je ?

- Soit vous tombez à genoux, oui, mais sans rien demander, simplement comme ça, pour l’adorer.

Mais, à bien y réfléchir, si Dieu vous apparaît, c’est qu’il existe. Il n’y a donc aucune raison de lui demander quoique ce soit. Tout ce qui est, a été voulu par Lui, et donc tout est bon.

Que ceux qui critiquent le monde comme il va veuillent bien observer que même si l’homme a péché et si le Salut doit être mérité, ce n’est pas en demandant la Grâce qu’ils l’auront : ils devront d’abord la mériter.

Si donc Dieu vous apparaît, tout ce que vous pouvez lui demander, c’est Que puis-je faire pour mériter mon salut ?

Et c’est là que les choses se corsent : parce que, bien sûr, Dieu ne vous est pas apparu – disons : pas encore. Mais que la question que nous venons de poser reste pertinente.

Et vous êtes bien embêté : que puis-je faire, mon Dieu, pour vous être agréable ? Aider mon prochain ? Prier jour et nuit ? Fleurir l’autel de votre église ? Inviter ma belle-mère chaque dimanche au repas de midi ?

Mais qu’est-ce qui vous dit que la pénitence que vous vous infligeriez serait la condition de votre salut ?

Et si c’était ce qui vous est joie, exultation et bonheur qui était l’action salvatrice par excellence ?

Comme de faire l’amour à votre meilleure amie ?

Thursday, May 08, 2008

Citation du 9 mai 2008

Dans le Un on trouve Dieu, et il faut que devienne Un celui qui doit trouver Dieu.

Maître Eckhart – De l'homme noble

Le salut passe par une expérience ontologique, qui peut être mystique, – si devenir Un signifie faire l’unité avec Dieu ; mais qui pourrait bien n’être que psychologique, s’il s’agit de faire un avec soi-même.

Moi qui ne suis pas mystique, je trouve que cette phrase trace quand même une jolie route vers un certain salut. Faire Un avec soi-même, même si ce n’est pas faire Un en même temps avec Dieu : ce n’est déjà pas si mal.

Mais comme faire l’unité ? Faut-il éliminer tout ce qui n’est pas désirable dans notre personne ? Faut-il hiérarchiser ? Faut-il amalgamer, ou intégrer ? Où trouver la bonne réponse ?

Voyez Freud : Lacan résume ainsi sa fameuse formule « Wo es war, soll ich verden » en disant : cette fin est de réintégration et d’accord, je dirai de réconciliation (versönnung) (1).

Oui, la psychanalyse – et pourquoi pas la psychologie en général, vous propose de vous réconcilier avec vous-même, d’accepter ce que vous êtes ou lieu de le combattre ou d’un tirer un sentiment de culpabilité. Bref : de ne plus faire qu’Un avec vous-mêmes.

Faire Un avec soi-même : mais si nous sommes pluriels, le quel devons-nous choisir ? Maître Eckhart répond : celui qui va vous hisser au plus haut niveau.

Et pour nous hisser au plus haut, ce n’est par épuration, élimination, tamisage de l’être qu’il faut procéder. C’est par harmonisation.

Le message de Freud s’éclaire de cette ouverture sur le mystique rhénan, non pas seulement par l’idée que l’unité est la seule dimension où nous puissions exister, et que le conflit avec nous-mêmes ruine notre existence. Il s’éclaire surtout par cette idée que c’est sur le divin que nous devons nous aligner, non pas pour être Dieu, mais pour trouver en lui le principe de l’unité qui surmonte les divisions (qu’on songe à la mystérieuse Trinité).

(1) Voici le texte : « La fin que propose à l'homme la découverte de Freud, a été définie par lui à l'apogée de sa pensée en des termes émouvants : Wo es war, soll ich werden. Là où fut ça, il me faut advenir.
Cette fin est de réintégration et d'accord, je dirai de réconciliation (Versönnung). » J. Lacan - Ecrits. (p. 523-524)