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Tuesday, September 18, 2012

Citation du 19 septembre 2012



La plus grande partie du corps ne parle que pour souffrir. Tout organe qui se fait connaître est déjà suspect de désordre. Silence bienheureux des machines qui marchent bien.
Paul Valéry –  Cahiers I
La santé est la vie dans le silence des organes. (1937)
René Leriche – (1879-1955, chirurgien et physiologiste français)
Mon foie ?... Connais pas !
Campagne publicitaire Vichy St-Yorre (1968)

Que savons-nous de notre corps – je veux dire : de l’intérieur de notre corps ? Question bien oiseuse, que seuls les hypocondriaques peuvent sérieusement poser. Car pour les autres (je veux dire pour les gens normaux) le corps est – et doit rester – en dehors du champ de la conscience. En ce moment même, sans que je m’en aperçoive, mon estomac broie mes tartines à la confiture et mes reins filtrent mon café au lait. Quand à mes intestins ils font plein de choses que je préfère ignorer. Et mon cœur ? En parfait silence depuis le jour de ma naissance il se contracte et se dilate 60 à 80 fois par minutes : un véritable athlète qui a la modestie de ne jamais s’arrêter pour faire un tour d’honneur.
La campagne publicitaire Vichy St-Yorre joue sur le principe fixé par René Leriche et déjà présenté par Valéry : le corps doit rester dans l’ombre et seuls les fantasmes des yogis peuvent l’en tirer.
Mais il n’y a pas que les sensations intimes (= « intestines ») ; il y a aussi les perceptions visuelles – voire même auditives. A quoi ressemble mon cœur ? Et mes poumons ? Sont-ils jolis à regarder ou bien repoussants comme ceux qui figurent sur les paquets de cigarettes ? Et quelle étrange expérience d’entendre son propre cœur battre dans un stéthoscope !
En réalité, ces perceptions ne nous manquent pas, car si elles existaient, elles induiraient un rapport externe à notre corps : on se verrait ou on s’entendrait comme on voit un animal dans un bosquet ou que l’on entend siffler le train (1).
Oui, ce rapport externe à notre propre corps n’est pas naturel, un peu comme ce que raconte Roland Barthes : ayant été opéré pour une tuberculose, on lui a coupé un bout de côte. Au sortir de l’hôpital, on lui donne le bout d’os dans un flacon de verre : il le jette dans la rue. Dans la rue : façon de dire que ça, ce n’est pas lui, il préfère considérer que c’est quelque chose qui relève du domaine public.
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(1) C’est évidemment l’expérience de l’asmathique. Expérience douloureuse comme on sait.

Monday, January 09, 2012

Citation du 10 janvier 2012

…il est également vrai de dire que, toutes choses égales, ceux qui savent manger, sont comparativement de dix ans plus jeunes que ceux à qui cette science est étrangère. Les peintres et les sculpteurs sont bien pénétrés de cette vérité, car jamais ils ne représentent ceux qui font abstinence par choix ou par devoir, comme les avares et les anachorètes, sans leur donner la pâleur de la maladie, la maigreur de la misère et les rides de la décrépitude.
Brillat-Savarin – Physiologie du goût, 1825, p. 146.
Il y a peu (5/1/2012), nous désespérions les amateurs de bonne chair en leur suggérant que peut-être ça les allait les priver d’ardeur sexuelle.
Aujourd’hui, donnons la parole à la défense de la bonne chair – Brillat-Savarin (LA référence en matière de gastronomie) : l’abstinence est mauvaise pour la santé ; en particulier pour ceux qui suivent une règle impliquant des privations alimentaires.
Donc, si bien manger mène à la santé, alors ne doutons pas que ceux qui ont, grâce à ça, du bon sang rouge dans les veines, ne crachent pas sur la bagatelle.
--> Les peintres dit Brillat-Savarin représentent ceux qui font abstinence, comme les avares et les anachorètes, avec la pâleur de la maladie, la maigreur de la misère et les rides de la décrépitude. Brrr…
Vérifions :


Millet – La tentation de Saint Antoine.
Alors, c’est vrai : la Tentatrice est apparemment en meilleure santé que le Saint, qu’on prendrait facilement pour un moribond. D’ailleurs, je ne peux reproduire ici les tableaux illustrant cette Tentation, parce qu’ils sont trop nombreux, mais généralement Saint Antoine est représenté comme un vieillard dont on n’imagine pas qu’il puisse avoir de pareils fantasmes. Dans le cas de Saint Antoine, le miracle, ce n’est pas de résister à la tentation, c’est d’en être le siège.
Revenons à l’abstinence entendue comme refus de tout plaisir du corps. Pourquoi se priver de quelque chose qui apporte du plaisir ? Réponse : pour accéder à une plus grande moralité, où au salut de l’âme (1).
C’est donc un choix, qui suppose qu’à un moment on ait pris la balance et qu’on ait mis dans un plateau le tournedos Rossini (2), et dans l’autre, non pas une partie de pattes en l’air, mais le salut de son âme. Y pas photo, n’est-ce pas ?
Oui, mais ; si maintenant il s’agit de mettre dans un plateau la partie de patte en l’air et dans l’autre le salut de l’âme : si vous vous appelez Don Juan, vous savez déjà de quel côté la balance va pencher.
Ce qui prouve la supériorité du bas-ventre par rapport au le ventre.
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(1) Abstinence – Dans le domaine de la mor. ou de la relig. Action ou disposition permanente de la volonté consistant à se priver de certains biens ou plaisirs dans une intention de perfection mor. ou spirituelle. (TLF)
(2) Ici encore, voir post du 5 janvier

Wednesday, December 21, 2011

Citation du 22 décembre 2011

Il y a, avouons-le, une franchise toute enfantine dans la maladie : des choses sont dites, des vérités échappent étourdiment que la prudente respectabilité de la santé dissimule

Virginia Woolf – De la maladie (1926)

Voilà une idée qui parait au premier abord plutôt banale – juste comme il convient à une citation de fin d’année !

En effet, quoi de plus convenu que de dire que nos maladies ne doivent rien au hasard, qu’elles sont un langage que le corps trouve pour exprimer ce que notre langue se refuse à dire ?

Mais si l’on veut bien lire cette citation jusqu’au bout, là on sursaute : voilà que c’est la santé maintenant qui parait anormale, ou plus exactement mensongère. La prudente respectabilité de la santé dissimule ce que la maladie va laisser échapper étourdiment ; la santé, comme un placard où sont enfermés d’inavouables cadavres …

Laissons de côté l’idée qu’on devrait être malades pour être sincères, et que les saints qui ont su en finir leurs péchés ont été d’abord de grands malades qui ont su les révéler au grand jour pour en guérir. Après tout, on n’est pas des saints et eux, ils font ce qu’ils veulent.

Par contre, voyez comment notre santé – celle que nous préservons à grand coup d’eau minérale diurétique et d’alimentation macrobiotique – apparait comme un souci dérisoire. Car elle n’existe plus pour elle-même en tant qu’elle serait le but que nous devrions viser dans toute l’existence (tant qu’on a la santé…), mais seulement comme une apparence fallacieuse et mensongère. Mais, que nous acceptions la transparence, et alors…

Et alors quoi ? Si j’ai bien compris, la maladie aussi est une conséquence du mensonge ; elle est l’envers de la santé, et elle devrait disparaitre avec elle. Y aurait-il donc un troisième état (autre que la santé et la maladie) qui s’établirait dans la transparence absolue – si tant est que ce soit possible ?

Evidemment, les spiritualistes de tous bords auront la réponse : ce troisième état, c’est la divine indifférence, et la méditation (zen ?) peut y conduire.

Ou alors, récupérez votre livre de recettes macrobiotique : vous serez sur la Voie.

Quant à moi, mon irréductible scepticisme me pousse à préférer la santé.

Thursday, August 18, 2011

Citation du 19 aout 2011


En médecine, la mode change aussi souvent qu'en haute couture. Le médicament miracle d'aujourd'hui sera le poison mortel de demain.

Groucho Marx – Mémoires d'un amant lamentable (1963)

MEDIATOR 150 mg Comprimé enrobé Boîte de 30

Principes actifs : Benfluorex

Excipients Amidon de maïs, Sodium bicarbonate (E550i), Carmellose (E466), Cire d'abeille blanche (E901), Titane dioxyde (E171), Ethylcellulose, Glycérol mono-oléate, Polysorbate 80, Povidone (E1201), Saccharose, Silice (E551), Magnésium stéarate (E572), Talc (E553b)

Fallait-il Groucho Marx pour que nous nous rappelions que nos médicaments, auxquels nous demandons des miracles, sont aussi des poisons violents, et qu’il arrive parfois même qu’ils ne soient que cela ?

Je dirai : oui et non.

- Non, parce que depuis Platon au moins on dit que les médecins sont les plus efficaces quand il faut faire trépasser les gens (1).

- Oui, parce qu’on veut oublier que les médicaments sont aujourd’hui notre potion magique, et qu’à en attendre des miracles, on finit par leur demander n’importe quoi – comme avec le Mediator, chargé de nous faire perdre nos graisses sans nous faire jeuner.

On peut soutenir que le médicament soit en effet une potion magique ; j’en veux pour preuve que, pas plus qu’avec le breuvage du druide Panoramix, nous ne savons ce que nous absorbons en avalant notre comprimé – voyez la liste des composants de l’excipient du Mediator : vous saviez que vous avaliez tout ça ?

Ce n’est pas rassurant, en effet… sauf pour ceux qui attendent du médicament autre chose que la santé. Car il a été – et il est encore je suppose – une drogue pour tous ceux qui n’en ont pas d’autre.

Rappelons-nous le rôle des amphétamines dans les années 50 (le fameux Maxiton : sa diffusion était bien autorisée, non ?) ; et puis tout ce que devait avaler Kerouac pour arriver à écrire (dont l’éphédrine). Quant à la pharmacie des coureurs du Tour de France, je n’en parle même pas…

Déjà au XIXème siècle, le laudanum, utilisé habituellement pour calmer les diarrhées, était devenu la drogue des londoniens : Quincey raconte que, quand venait le week-end, le prolétaire londonien délaissait la bouteille pour les grains de laudanum.

Reste que, si le médicament peut devenir une drogue, il arrive aussi qu’on fasse le chemin inverse : ainsi du chanvre indien donné sur prescription médicale comme analgésique.

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(1) Le serment d’Hippocrate est d’abord l’engagement de ne pas le faire.

Friday, April 30, 2010

Citation du 1er mai 2010

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Poste de travail informatisé - Prévenir les problèmes de santé reliés au travail
Pour bien régler et bien aménager son poste de travail informatisé.
[Pour la fête du travail, La Citation du jour offre à ses lecteurs une mise à niveau gratuite des méthodes qui permettent d’éviter les problèmes ostéo-musculaires liés à la posture au travail.]
- Messieurs les managers, si vous avez une jeune collaboratrice qui débute – ou mieux : une stagiaire – aidez-la à prendre une bonne position devant son ordinateur.

1 – Passez votre main pour vérifier que sa cuisse soit bien parallèle au sol
2 – Prenez son pied et posez le bien à plat sur le sol
3 – Assurez-vous que votre main passe aisément derrière son genou.
4 – Vérifiez que le bas de son dos est bien appuyé contre le dossier de sa chaise. Au besoin appuyez lui sur le ventre pour améliorer sa position
5 – Prenez ses avant-bras et posez-les correctement sur le bureau
6 – Faites la même chose avec ses coudes.
7 – Idem avec ses poignets.
8 – Mettez votre visage contre le sien pour vous assurer que ses yeux soient à la bonne distance de l’écran.

Monday, September 14, 2009

Citation du 15 septembre 2009

Moins un homme sent son mal, plus il est malade.

Pierre Corneille

Les gens bien portants sont des malades qui s'ignorent.

Jules Romain – Knock ou le triomphe de la médecine (vidéo)

Pierre Corneille, Jules Romain, voilà des gens à qui la Sécu ne dit pas merci. Ça vous pouvez me croire.

Mais cartésien comme je suis, je me dis que tant qu’on ne m’aura pas démontré l’erreur de ces fauteurs de déficit, je ne serai pas tout à fait convaincu.

Et si effectivement la santé n’était qu’une illusion ? Si l’homme bien portant n’était qu’un malade qui ne sent pas son mal ? Et si même il n’était pas de plus dangereuse maladie que celle qui reste silencieuse ?

Alors, bien sûr, tout le monde n’a pas une cirrhose qui détruit son foie sans qu’il le sache ; tout le monde n’a pas un cancer qui le ronge silencieusement avant de se révéler ; et tout le monde n’est pas forcément hypertendu, cholestérique (sic ?), ou je ne sais quoi encore.

Observons tout de même que ça fait déjà du monde, et que même la Sécu a mis en place des programmes de dépistage pour que ces malades cessent d’ignorer leur maladie.

- Mais allons plus loin, et affirmons avec hardiesse que la vraie maladie, la plus dangereuse, c’est la santé. Oui, je dis bien la santé, entendant par là l’état de bien être dans le quel nous nous sentons le mieux du monde. Et si Knock était trop cynique pour y penser, soyez certain que Corneille le fait : c’est la passion qui est directement visée.

C’est le buveur qui déclare que l’alcool est bon pour lui parce qu’il ne se sent bien que lorsqu’il a bu ; c’est le joueur qui estime que sa vie est la seule qui mérite d’être vécue ; c’est l’amoureux….

- Gérard, Sylvie t’a plaqué et toi tu l’aimes toujours ?

- Mais oui, je suis sûr qu’elle va revenir. Il le faut. Sans elle je meure – avec elle je revis…

Ça ne vous suffit pas ? Alors, remettez-vous un instant dans l’optique de Corneille : la pire de toutes les maladies c’est l’oubli de la mort.

Et que, pour l’éviter, c’est la vie éternelle obtenue grâce au Salut qu’il vous faut. Et bien sûr, si vous oubliez que vous mourrez un jour, vous oublierez aussi de faire votre salut.

- C’est grave Docteur ?

- Oui. Très grave mon fils.

Monday, September 24, 2007

Citation du 25 septembre 2007

La santé contient la maladie, au deux sens du mot contenir.

Docteur Henri Ey (cité par Canguilhem, La connaissance de la vie, p.168)

Quelle différence entre la santé et la maladie, entre le normal et le pathologique ?

Georges Canguilhem s’est efforcé de montrer que l’erreur était d’effacer la frontière entre les deux, mais qu’on ne gagne rien non plus à les voir comme deux états opposés.

1 - On supprime la frontière entre les deux, dans le domaine psychiatrique, lorsqu’on prétend qu’entre le psychiatre et le fou il n’y a rien d’autre que l’épaisseur du mur capitonné de l’asile : l’un est dehors, l’autre est dedans. Si l’un est fou, l’autre l’est aussi. Pire : c’est le psychiatre qui est fou, parce qu’il n’y a pas pire fou que celui qui croit en la folie. Comme il n’y a pas de normes, le délire est un discours comme un autre, juste un peu plus poétique.

Mais en réalité, dit Canguilhem, en faisant de la relativité des normes une règle, on évite de se poser la question de la santé.

2 - On relie aussi le normal au pathologique en faisant de celui-ci ce qui « prolonge en le grossissant l’état normal ». C’est un point de vue très répandu au XIXème siècle, que Freud invoque encore pour justifier l’utilisation des états pathologiques pour la connaissance des états normaux (1).

3 - Contre cela, voici la définition de Canguilhem : « La santé c’est le luxe de pouvoir tomber malade et de s’en relever. Toute maladie est au contraire la réduction du pouvoir d’en surmonter d’autres. » C’est vrai dans le domaine physiologique. Ça l’est également dans le domaine social : le psychiatre est « normal » parce qu’il a un champ de possibilité plus étendu que son malade.

4 - Canguilhem défend le point de vue synthétisé par Henri Ey dans notre citation : alors que la santé résulte de l’équilibre qu’ont les différentes fonctions de l’organisme entre elles et avec le milieu où il vit, la maladie résulte de la rupture de cet équilibre. Mais que le milieu change, et ce qui aurait été maladie avant, devient santé après : nouvel équilibre.

La norme est un état qui sélectionne l’un de ces équilibre et rejette les autres comme pathologiques. La maladie est alors définie comme un état régressif compte tenu des besoins et des capacités d’un organisme placé dans un milieu donné.

(1) Freud disait : « Là où, dans l’état normal il y a une fêlure, dans l’état pathologique il y a une brisure »