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Friday, February 11, 2011

Citation du 12 février 2011

L'éclectisme en philosophie est scepticisme.
Je parle ici d'un scepticisme stérile, c'est-à-dire, non pas de celui qui consiste à nier l'indémontrable ou l'inintelligible, mais de celui qui consiste à tout affirmer sans rien croire, ou à tout croire sans rien prouver, la crédulité ayant remplacé la certitude.

Jean-François Revel – La cabale des dévots.

Je parle ici d'un scepticisme stérile : c’est en effet l’intérêt de cette citation, de ne pas condamner le scepticisme globalement, mais d’en montrer le mauvais usage et les effets pervers.

Encore faut-il décoder le message.

C’est qu’il y a deux aspects dans le scepticisme :

- le premier qui consiste à nier l'indémontrable ou l'inintelligible : évidemment ce n’est pas cela qui est dangereux dans le scepticisme, ça. Car quand si on dit « Rien n’est prouvé » simplement parce que rien n’est démontrable, on énonce une vérité – la philosophie analytique s’est bâtie là-dessus.

- le second qui s’attache à la valeur de ce qui reste une fois qu’on a dit que « Rien n’est prouvé ».

Ça revient selon Revel à tout affirmer sans rien croire : nous sommes dans le domaine de la nuit où « tous les chats sont gris » (1) : puisque rien n’est certain, tout se vaut, et donc tout a une égale valeur. On pense ici aux créationnistes qui affirment que, puisque la théorie de Darwin n’a pas reçu de preuve irréfutable, alors le récit de la Genèse est aussi probable (2).

Et ça revient en plus à tout croire sans rien prouver : ici notre auteur fait du trapèze volant. Comment donc le scepticisme nous pousserait-il à tout croire ? Je ne sais pas. En tout cas on peut supposer que le scepticisme étant une position insoutenable dans la vie commune, il ne reste au sceptique qu’à tolérer que s’y manifestent toutes les doctrines quelles qu’elles soient, puisqu’elles se valent toutes.

C’est en ce sens que le scepticisme est éclectisme. Ainsi en politique, lorsqu’on dit que tout (toutes les doctrines, toutes les idéologies) se vaut, alors on est prêt à tout accepter.

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(1) … où toutes les vaches sont noires disait Hegel, mais c’est pareil.

(2) Et pour eux bien plus valable puisque porté par la parole de Dieu.

Friday, June 05, 2009

Citation du 6 juin 2009

Cette apparence de verisimilitude qui les faict prendre plustost à gauche qu’à droicte, augmentez la ; cette once de verisimilitude, qui incline la balance, multipliez la de cent, de mille onces ; il en adviendra en fin, que la balance prendra party tout à faict, et arrestera un chois et une vérité entière.

Montaigne, Essais 2, 12 – Apologie de Raymond Sebond

Hier, j’ai utilisé le concept de verisimilitude sans prendre garde qu’il était peut-être inconnu de mes lecteurs. Ils ont pu croire qu’il s’agissait-là d’un mot barbare, étranger, importé de l’anglo-saxon par snobisme – du franglais comme on aimait dire du temps d’Etiemble.

Hé bien pas du tout : voyez ce texte de Montaigne.

Scepticisme. S’agit-il toujours de gens hésitant ou refusant de prendre parti dans toutes les circonstances de la vie ? Ou au contraire des gens qui agissent contre le bon sens en disant que celui-ci n’est pas plus vrai que le parti inverse, un peu comme on le raconte de Pyrrhon, qui était près à se jeter dans un précipice en disant qu’après tout il n’est pas sûr qu’il existe ?

Hé bien, non. Le sceptique est celui qui distingue entre la vérité et le parti à prendre dans la vie. Le fait que la balance penche d’un côté plutôt que de l’autre ne change rien à l’exactitude de la pesée, mais simplement que la balance est plus ou moins sensible.

Entre l’homme qui hésite perpétuellement à agir et celui qui s’engage il n’y a pas forcément une différence de savoir. Peut-être même que celui qui fonce est plus ignorant que l’autre.

L’oscillation de l’incertitude indique simplement que nous ne sommes pas capable de décision, mais non pas que la circonstance soit spécialement douteuse.

Allons plus loin : ce que suggère Montaigne, c’est que la vérité dépend non de la réalité des choses mais de la décision de la désigner comme telle.

Modernisons l’exemple de Pyrrhon risquant la chute dans le précipice : vous avez des gens qui montent dans un avion en disant qu’après tout il n’est pas certain qu’il va exploser en vol.

Reste que selon Montaigne, la sagesse eut consisté à rester sur le tarmac (1)


(1) Montaigne conclut en effet le passage cité ainsi : « Et la plus sure assiette de nostre entendement, et la plus heureuse, ce seroit celle-là, où il se maintiendroit rassis, droit, inflexible, sans bransle et sans agitation. »

Sunday, May 24, 2009

Citation du 25 mai 2009

La crédulité est un signe d'extraction : elle est peuple par essence. Le sceptique, l'esprit critique est l'aristocratie de l'intelligence.

Edmond et Jules de Goncourt – Journal (24 mai 1861)

Oui, je sais : les Goncourt sont irritants avec leur préjugé de classe, leur croyance à une nature populaire opposée à une nature aristocratique…

Toutefois, si on veut bien l’oublier, cette opposition entre la faiblesse de la crédulité et la force de l’intelligence sceptique – à condition il est vrai de l’identifier à l’esprit critique – ne manque pas d’intérêt.

La crédulité : croire sans autre preuves que celle de l’autorité de celui qui parle. Et aussi : croire parce que ça console ou que ça tranquillise.

Le scepticisme comporte une forme qui n’aboutit pas à l’esprit critique : ce scepticisme contient une volonté de rester en deçà de la critique, pour pérenniser cette position en absence d’issue. Impossible de faire marche arrière, impossible d’aller plus avant. (1)

On a parfois associé Descartes à cette attitude ; le doute n’est-ce pas…

Par contre, les Goncourt identifient le scepticisme à l’esprit critique, c'est à dire justement à ce qui commence avec ce doute. Qui commence, mais qui ne finit pas avec lui.

Et c'est là qu’on retrouve Descartes, qui commence l’exposé de sa méthode avec ce précepte si connu : ne jamais admettre aucun chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle. Ce qu’il recherche, c’est à évacuer les préjugés qui font obstacle à la vérité.

Il ne peut être sceptique, puisque la vérité évidente est l’horizon immédiat de sa démarche.


(1) Sur la croyance qu’il ne faut croire à rien : voir ici.

Saturday, May 16, 2009

Citation du 17 mai 2009

Je suis trop sceptique pour être incrédule.

Benjamin Constant

Je ne suis pas sceptique. Je ne crois à rien, mais j'y crois fermement...

Henri Jeanson – Dialogue du film de Julien Duvivier Au royaume des cieux

Je ne croyais à rien mais je n’y crois plus.

Miss.Tic

Allez, c’est dimanche, et même si ce n’est pas jour de fête (1), voici trois citations pour le prix d’une…

Peut-on ne croire à rien ? Peut-on dire « rien n’est vrai – et ça au moins c’est vrai ? » (2)

On est dans ces petites phrases que la logique condamne comme étant contradictoires en elles-mêmes – comme celui qui dit « Je mens » dit la vérité… s’il ment vraiment.

Non, le vrai problème c’est celui du scepticisme : n’est-il qu’une posture de retrait pas rapport aux croyances, ou bien est-il une position philosophique sérieuse ?

- Oui, mais la quelle ? A vous de choisir.

Faut-il se dire : après tout on croit toujours en quelque chose, alors ne prétendons pas donner des leçons aux autres, et prenons la croyance qui nous convient le mieux. Le scepticisme devient une position de confort, comme le doute de Montaigne est selon lui un mol oreiller.

Ou au contraire, dirons-nous que la certitude qui est à notre portée est celle de la limitation de nos facultés, suffisantes pour notre survie animale, insuffisante pour une science véritable ?

Car la science, exigence de vérité, exige trop pour être accessible : si nous ne pouvons tout savoir, alors nous ne savons rien – scepticisme de Pascal aux prises avec les deux infinis ?


(1) On n’est pas à Bamako, hélas…

(2) On aura reconnu la répartie de la mère Denis

Sunday, July 16, 2006

Citation du 17 juillet 2006

Parce que tu m’as vu, tu as cru : bien heureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru.

Evangile selon Jean - 20, 29

C’est Jésus le Ressuscité qui parle. Thomas, l’apôtre sceptique a demandé à enfoncer ses doigts dans les plaies du Christ avant de croire au Miracle de le Résurrection.

Avait-il tort, Thomas de refuser de croire le récit de Marie qui a vu le tombeau vide? Avec les autres disciples elle a vu le Christ ressuscité, il leur a montré ses plaies… Ils ont tous raconté à Thomas ce qu’ils venaient de voir. Mais Thomas ne croit pas leur récit : il veut voir par lui-même. La parole peut être creuse, la réalité est pleine : pas de vérité qui ne soit un accord observable entre ce qui est dit et ce qui est. Thomas a donc raison, et d’ailleurs le Christ lui-même a présenté ses stigmates aux disciples pour les persuader de son identité. Alors, pourquoi lui reprocher son exigence ?

En fait nous sommes ici dans cette catégorie de vérité qu’on appelle « vérité de témoignage » : tous les jours nous croyons ce que nous lisons dans les journaux alors que nous ne pouvons pas vérifier l’exactitude de ces informations. Simplement nous ne croyons pas n’importe quelle source ; nous avons choisi un journal pour la fiabilité et le sérieux de ses reporters. Donc : Thomas ne croit pas les autres apôtres. Seulement il doit croire le Fils de Dieux lorsqu’il dit « Je suis ressuscité » ; comme on dit, c’est « parole d’Evangile ». La source est ici garantie absolue d’absolue vérité. Telle est l'origine de la Foi.

S’agit-il de définir, comme le faisait Alain, la foi par la croyance (1) ? La parole de Dieu est vérité. Ceux qui possèdent la foi rencontrent Dieu dans la certitude qu’ils éprouvent de l’évidence que ces vérités émanent de Lui. Pour la Foi, pas de preuves : la vérité fait partie d’une expérience mystique. Voilà pourquoi, « ceux qui, sans avoir vu, ont cru », sont des « bien heureux ».
Au pire, Thomas n'est pas à blâmer, mais à plaindre, car il n'a pas la foi.

(1) La foi consiste à « croire sans preuve, et même contre les preuves » dit Alain

Thursday, March 09, 2006

Citation du 10 mars 2006

« En vérité, la vérité, il n'y a pas de vérité ! »

Jean-Claude Van Damme (Acteur et cinéaste belge)

On peut être acteur et cinéaste, belge de surcroît, et rester insensible au principe de contradiction, qui interdit d’affirmer comme vérité qu’il n’y a pas de vérité.

Mais il est en bonne compagnie : tous les sceptiques, depuis Pyrrhon, ont côtoyé le même paradoxe. C'est du moins ce qu'on lit un peu partout. Voyons cela d’un peu plus près.

Le sceptique c’est celui qui doute. Il ne dira jamais « je sais avec une absolue certitude qu’il n’y a pas de vérité ». Il dira : « Certes, la vérité existe, mais je ne sais pas la distinguer de l’erreur. » Prenez un exemple : dans six mois vous serez ou bien vivant ou bien mort. L’une de ces deux affirmations est nécessairement vraie, mais vous ne savez pas la quelle (du moins je le suppose). Il ne dira pas qu’il n’y a pas de vérité, il dira qu’on ne peut pas la (re)connaître, ce qui pratiquement revient au même, mais est logiquement différent.

Tout ça, c’est une affaire de critères. Certains pensent qu’il n’y a pas de critères de vérité ou alors que, s’ils existent, ils ne s’appliquent à rien du tout. Le sceptique pense qu’il n’y en a pas qui soit indubitable et voilà tout. Les gens ordinaires croient que la vérité, c’est ce qui permet de vivre au jour le jour : le critère de la vérité, c’est la réussite. Ce sont des pragmatistes (pour le dire vite).

Restent ceux qui croient que, s’il s’agit réussir dans la vie, alors une bonne torgnole vaut mieux qu’un long discours … N’est-ce pas, Jean-Claude ?