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Monday, November 13, 2017

Citation du 14 novembre 2017

...un enfant qui joue dans un chemin et qui ne veut pas interrompre son jeu pour laisser passer une charrette, fait par dépit et par mutinerie ce qu'un homme ne fait point par raison
Fénelon – Dialogue des morts, dial. 19


L’homme de Tian’anmen (1989) (1)

L’acte de cet homme inconnu qui par son courage tranquille arête une colonne blindée chargée de disperser les manifestants dépasse l’imaginable, du moins tant qu’on le prend comme acte raisonné. Ce qu’il faut de courage pour se planter devant une colonne blindée dont l’avance inexorable menace d’écraser tout ce qui s’oppose à sa progression dépasse l’entendement.
Au point que Fontenelle déjà prenait cette situation comme indice de l’inconscience ; mais en même temps il mesurait aussi le pouvoir d’une telle « mutinerie ». De même que le lourd charroi attelé de bœufs va s’arrêter parce que le petit enfant est assis au milieu de la chaussée, le convoi blindé stoppe net à deux  mètres de l’homme sans arme qui est là – simplement planté sur ses deux jambes au milieu de l’avenue.
De Fontenelle à Tien’Anmen, le saisissement est le même et il n’a pas besoin de paroles : c’est la disproportion des forces qui sont entrain de renverser le rapport : la faiblesse du plus faible devient une arme très puissante, qui relève non du respect du courage, mais de la sidération qui paralyse l’action.
Alors, si aujourd’hui un siècle après on ne peut oublier les actes de rébellion de 1917 on doit pourtant s’étonner d’encore autre chose : comment se fait-il que ces actes de refus et de rébellion n’aient pas eu le retentissement qu’au l’homme de Tien’Anmen ?
Parce qu’il n’y a pas eu d’images ? Ou bien parce que ces hommes refusaient de sacrifier inutilement leur vie ?
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(1) Voir la séquence vidéo ici.

Thursday, October 05, 2017

Citation du 6 octobre 2017

Jamais la puissance n'est assez sûre, quand elle est excessive.
Tacite – Histoires

Je repensais à cette citation devant les déferlements de la violence policière à Barcelone, les policiers brutalisant les vieilles dames et les enfants.
Oui, jamais la puissance n'est assez sûre, quand elle est excessive…
On dirait dans le vocabulaire d’aujourd’hui que la violence est « contre-productive ». Tacite qui en dit toujours plus suggère qu’il faut savoir mesurer la violence pour régner et que si l’on veut dépasser les bornes alors il en faudra beaucoup-beaucoup plus.
Ce qu’on doit retenir de la situation de déchainement en Catalogne, c’est que le peuple qui se manifeste veut rester dans la règle et dans les limites de l’ordre permettant de vivre normalement : nous n’avons pas affaire à des révoltes populaires d’affamés qui font brûler les châteaux qu’ils viennes de piller. C’est que précisément, ce peuple-là, celui qui pille les châteaux, n’a plus rien à perdre, sa vie est déjà menacée et c’est avec l’énergie du désespoir qu’il s’attaque aux forces du pouvoir. Les catalans n’en sont bien évidemment pas là ; certains disent même que, s’ils veulent faire sécession, c’est parce qu’ils ne veulent pas partager leurs richesses avec les provinces pauvres – un peu comme les Lombards avec le Sud de l’Italie.

Alors, quand vous êtes le pouvoir et que vous voulez mater une désobéissance populaire, vous devez prendre garde à ne pas en faire une émeute. Sachez doser en fonction de la résistance puisqu’elle ne pourra que croitre avec la répression. Dans certains cas attendre que l’émeute, si elle doit avoir lieu, éclate et fasse elle-même preuve d’excès pour lancer les CRS.

Tuesday, October 29, 2013

Citation du 30 octobre 2013


Insurrection. Révolution qui a échoué. Tentative infructueuse pour substituer le désordre à un mauvais gouvernement.
Ambrose Bierce – Le dictionnaire du Diable
On a beaucoup parlé des insurrections arabes lors du printemps du même nom. On en a parlé, et puis… Plus rien ! Comme si le soulèvement populaire n’avait eu d’autre projet que de chasser le dictateur sans demander en plus qu’il soit remplacé par un meilleur gouvernement.
La définition d’Ambrose Bierce nous donne une première clef  pour analyser cette situation : l’insurrection est une révolution qui resterait au milieu du gué. Partie pour chasser le mauvais gouvernement, elle n’arrive nulle part parce qu’elle ne sait pas quoi mettre à la place. Un peu comme on fuit une douleur sans chercher à trouver une guérison durable.
Toutefois, j’avoue que la seconde clef de Bierce me laisse perplexe. Car il ajoute : Tentative infructueuse pour substituer le désordre à un mauvais gouvernement. Comme si l’insurrection avait eu pour objectif de créer du désordre là où régnait un ordre honni. Comme si un désordre quel qu’il soit était préférable à l’ordre tyrannique.
On ne reviendra pas sur l’idée que la dictature est toujours préférable à l’anarchie : je l’évoquais il y a peu (1).
Par contre, on pense à Kant dont on répète qu’il était très attaché au triomphe des Lumières qu’il a cru assuré par la révolution française. C’est oublier que Kant estimait que l’insurrection populaire contre un gouvernement, si explicable qu’elle soit du fait de son injustice, ne peut en aucun cas fonder un ordre politique légitime, car la loi ne peut être fondée sur la violence. Donc l’insurrection ne peut réussir à autre chose qu’à reproduire l’illégitimité du mauvais gouvernement qu’elle a cru chasser.
Bon – Alors, qu’est-ce qu’on fait ?
On attend que le dictateur tombe tout seul. Comme Franco (à 83 ans) ; comme Salazar (à 79 ans) ; comme Pinochet (à 91 ans)… Au fait, rappelez-moi : quel âge il a Bachar ?
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(1) C’était le 14 octobre 2013 – Occasion pour rectifier une lacune : dans ce Post, j’ai oublié de dire que si l’ordre est apprécié à l’extérieur, la tyrannie est subie à l’intérieur.
Cacher ça, c’est pas bien… Mais quand même : chacun le sait bien !

Wednesday, March 20, 2013

Citation du 21 mars 2013



Sa femme [de Job] lui dit : Tu demeures ferme dans ton intégrité! Maudis Dieu, et meurs! [10] Mais Job lui répondit : Tu parles comme une femme insensée. Quoi! nous recevons de Dieu le bien, et nous ne recevrions pas aussi le mal! 
Le livre de Job 2 (9-10)


Georges de la Tour – Job raillé par sa femme. Huile sur toile. (Musée d’Epinal).
Dieu, pour éprouver la foi de Job, permet au démon de le tourmenter.
Les malheurs du pauvre Job commencent avec la perte de sa fortune suivie de celle de ses enfants, ses 7 grands fils et ses 3 grandes filles, tués dans l’effondrement de leur maison, détruite par un ouragan envoyé par le démon.
La femme de Job le pousse à la révolte : Maudis Dieu et meurs !
Que reste-t-il en effet au pauvre Job ? Il a tout perdu, sa fortune, ses chameaux, ses enfants ; il est affligé de lèpre et de si grands malheurs ne pourraient frapper un homme sans que Dieu ne l’ait permis. Comme l’homme révolté de Camus, il ne lui reste qu’à lever le poing vers le ciel et à maudire Dieu. C’est là la grandeur de l’homme, et du fond de son cachot (1) le prisonnier réduit à l’impuissance enchainé et bâillonné peut encore se révolter en maudissant ses geôliers. C’est là son ultime liberté.
Job quant à lui, ouvrit la bouche et maudit son jour (= le jour de sa naissance) Job, 3 - 1
On connait la suite : après avoir enduré avec modestie et piété tous ces malheurs, alors même que ses amis le poussaient à dénoncer l’injustice de Dieu, Job est récompensé. Dieu lui permet d’engendrer de nouveaux enfants (2) : 7 fils et 3 filles qui vont remplacer ceux qui ont été tués au début de l’histoire.
Comme avec Abraham, la foi de Job consiste à ne jamais douter. C’est exactement ce qu’on appelle maintenant la foi du charbonnier. C’est même cela l’indice de la puissance de Dieu : qu’on ne doute jamais de Lui, car il est la Puissance et la Sagesse.
Mais en même temps voilà qui suppose qu’Il s’adresse directement à l’homme. Car dès que des intercesseurs sont nécessaires pour expliquer le destin qu’Il nous envoie, alors tout s’obscurcit.
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(1) Le tableau de Georges de la Tour a été longtemps désigné sous le titre : Le prisonnier.
(2) Job 42-13

Wednesday, September 19, 2012

Citation du 20 septembre 2012



La révolte est une ascèse, quoiqu’aveugle. Si le révolté blasphème alors, c'est dans l'espoir d'un nouveau Dieu.
Albert Camus L'Homme révolté (1951)

Le scandale déclenché par les caricatures de Mahomet, commises par l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo nécessiterait de longues discussions sur la liberté d’expression et sur le respect dû aux fidèles des différentes religions.
Comme d’habitude je laisserai à d’autres ces débats pour prendre une question qui m’intéresse d'avantage : à quoi bon blasphémer ?
Oui, si Charlie Hebdo pratique le blasphème, c’est bien parce qu’il  y trouve une occasion de dire ce qu’il ne pourrait dire autrement. Oui, mais quoi ?
Par enfantillage, pour voir ce que ça donne ? Par volonté de mettre à bas une religion haïe ? Ou de s’en prendre au respect qu’il estime ridicule ? Peut-être s’en prend-il à toute forme de respect, que ce soit pour les morts, pour la foi, pour les idoles quelles qu’elles soient ? On s’en persuadera facilement en consultant « les Unes à scandale de Charlie Hebdo » sur le site de l’Express : Charlie est en révolte contre tout ce qui nous contraint à nous prosterner.
Oui, mais nous : pourquoi blasphémerions-nous ?
Il faudrait peut-être poser la question à nos amis québécois qui pratiquent le blasphème avec une grande facilité, par exemple en invoquant le Tabernacle - et sans doute, chez eux, l’emprise de la religion catholique est-elle en cause : chez nous pour blasphémer il faut s’en prendre à l’Islam. (1)
Pour être authentique, le blasphème doit d’abord être une manifestation de révolte et j’aimerais donc citer Camus qui est la référence en matière de révolte. L’homme révolté qui blasphème contre Dieu est en réalité un homme qui, obscurément, aveuglément, peut-être même sans le savoir, appelle un Dieu nouveau.
Certes, le Dieu qui est appelé par le blasphème peut n’être qu’un substitut de l’homme lui-même, un idéal obscur et mal défini. Il n’en reste pas moins que si le blasphème n’est pas une manifestation de nihilisme, ni un enfantillage « pour voir ce que ça donne », alors il est appel à une nouvelle transcendance.
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(1) Sur l’injure blasphématoire au Québec, voir cet article, qui montre la banalité du juron en question.

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Frankie Pain a repris mon Post et a présenté à cette occasion son point de vue : à lire sur son blog, ici