Showing posts with label retraite. Show all posts
Showing posts with label retraite. Show all posts

Friday, April 01, 2016

Citation du 2 avril 2016

C’est terrible d’allonger la vie en prolongeant seulement la vieillesse.
Professeur Choron – Tout s’éclaire !


On entend fréquemment que l’espérance de vie des français a augmenté : aujourd’hui elle serait de 79 ans pour un homme et de 85 ans pour une femme. Entendez pour l’un et l’autre qui nait aujourd’hui ; car si cette femme a 60 ans aujourd’hui, son espérance de vie n’est que de 77 ans et un homme qui a 60 peut espérer déguster son pastis jusqu’à 73 ans

Bref : comme on le voit tout dépend de l’âge qui est le vôtre aujourd’hui. Mais ce n’est pas sur cela que nous interpelle le Professeur Choron. C’est plutôt sur cette évidence : pourquoi les années de vie gagnées seraient celles de la vieillesse et non celles de la jeunesse ?
J’entends bien que depuis très longtemps, la plupart des êtres humains ont vécu assez pour arriver à l’âge adulte, mais que tous n’ont pas eu l’espoir, comme les héros bibliques, de voir éclore la troisième génération de leurs descendants (1). Mais je constate aussi qu’alors même qu’on se lamente sur l’allongement du temps de vie des retraités, on ne dit rien de l’allongement du temps d’études des jeunes générations. Or, il ne s’agit pas seulement de savoir si les métiers d’aujourd’hui requièrent plus de temps d’apprentissage qu’avant ; il s’agit aussi de dire que, si on doit vivre 75 ans plutôt que 60, alors on peut passer plus de temps avant de prendre un emploi, ne serait-ce que pour étudier et se former.
… Et pourquoi pas plus de temps pour étant jeune bambocher ? Ou pour forniquer ? Ou pour rêver dans son lit le matin ? Car enfin, qui donc serait heureux de s’entendre dire : vous allez vivre 10 ans de plus – mais attention : ce seront 10 années de rhumatismes, de chimiothérapie et de dépendance ; cotisez à une assurance dépendance, et pour cela travaillez plus fort, parce que ça va vous couter très cher ! Si on veut nous faire travailler plus tard, histoire de ne pas peser trop longtemps sur les caisses de retraites, au moins qu’on nous permette aussi d’entrer dans la carrière quand nos ainés n’y seront plus – c’est à dire moins jeunes qu’aujourd’hui.
« Citoyens! Aux armes! / Aux pépées, Citoyens! A l'Amour, Citoyens! » Léo Ferré – Il n’y a plus rien (rassurez-vous : ce n’est que le titre de sa chanson !)
---------------------------------

(1) Sur la longévité mythique des personnages bibliques cf. ici

Sunday, June 16, 2013

Citation du 17 juin 2013



Qui a beaucoup d'argent et pas d'enfants, il n'est pas riche; qui a beaucoup d'enfants et pas d'argent, il n'est pas pauvre.
Proverbe Chinois
Commentaire II
Que ce proverbe soit chinois ne manque pas de piquant. Car c’est au moment où la Chine découvre les méfaits de la politique de l’enfant unique – obligé de subvenir tout seul aux besoins de ses vieux parents – que nous, nous découvrons que les chinois d’autre fois savaient autant – si ce n’est mieux – que nous les bienfaits de la famille.
A qui revient-il de soigner et de nourrir les vieux ? A l’Etat ? A la famille ? Aux vieillards eux-mêmes ?
Considérons les animaux dans la nature : si les parents prennent soin de nourrir et de protéger leurs petits, ces derniers doivent déguerpir quand ils sont devenus assez grands pour subvenir à leurs propres besoin. Réciproquement on ne voit jamais ces mêmes enfants devenus adultes prendre soin de leurs parents devenus vieux. Dans l’état de nature  il en allait de même pour les hommes, selon Rousseau : les vieux en perdant leurs forces perdaient leur capacité à trouver leur nourriture – mais en  même temps leurs besoins naturels allaient en décroisant et les deux s’équilibraient.
A l’opposé, le respect quasi religieux dont on entourait les vieux dans l’antiquité romaine (et sans doute aussi dans la Chine traditionnelle) tenait au culte des ancêtres dont les vieux  se rapprochaient par leur grand âge: il valait mieux être en bons termes avec ceux qui allaient dans un avenir très proche faire partie du panthéon des aïeux.
Nous qui ne sommes plus des animaux, nous qui n’avons plus de dieux, nous croyons néanmoins au Marché des capitaux : nous avons inventé les Fonds de pension qui permettent de faire, du temps de notre activité,  de la rente pour en jouir au moment de notre retraite.
Ça permet de nourrir les grands enfants réduits au chômage par la gestion cannibale de ces mêmes Fonds de pension.

Friday, January 04, 2013

Citation du 5 janvier 2013



L'homme ordinaire ne se préoccupe que de passer le temps, l'homme de talent que de l'employer.
Schopenhauer – Aphorismes sur la sagesse dans la vie (1851)

Alors, bientôt la retraite ? Vous l’avez attendue celle-là, hein ! et tous les livres que vous avez entassés chez vous en vous promettant de les lires quand vous en auriez le temps, et tous les voyages dont vous avez accumulés les prospectus en vous promettant de les faire plus tard – quand vous seriez libres des contraintes du travail…
Seulement voilà : regardez bien les retraités qui vous entourent. Que font-ils ? Des mots cachés – car c’est quand même moins fatiguant que les mots croisés ou même que les mots fléchés. Bref : ils ne se préoccupent que de passer le temps.
Alors, c’est vrai qu’ils lisent, qu’ils voyagent et qu’ils font du bénévolat. Mais on ne peut s’employer ainsi tout le temps, et il faut bien s’arrêter parfois, et alors… il ne reste, pour échapper à l’ennui, que de trouver un passe-temps.
Schopenhauer nous livre un instrument de mesure qui va nous permettre de mesurer notre position dans la hiérarchie humaine : pendant combien de temps cherchons-nous un simple passe-temps, et pendant combien de temps l’employons-nous véritablement ? Nous saurons alors si nous sommes un homme de talent ou bien un homme ordinaire.
Et voici maintenant la « flèche du Parthe » : et si notre façon d’employer notre temps n’était en réalité qu’une façon de le passer ?

Thursday, December 29, 2011

Citation du 30 décembre 2011

Aimez ce que jamais on ne verra deux fois.

Alfred de Vigny – La maison du berger.

On se dit : voilà le moment venu de faire nos adieux à l’année 2011… Aimable ou non, de toute façon plus jamais on ne reverra sur le calendrier cette date : 30 décembre 2011…

C’est vrai : mais on peut aller beaucoup plus loin. C’est le 30 décembre tout court qu’on ne reverra plus. Parce que le 21 décembre 2012, boum ! Plus rien ! Apocalypse ! Même que le compte à rebours est déjà lancé.

Au fond, tous ces prophètes de malheur qui régulièrement annoncent la fin du monde ont un mérite : ils nous donnent l’occasion de vivre chaque instant de l’année comme si c’était le dernier.

Voyons un peu :

- D’abord, pour pronostiquer la fin du monde, il faut une date précise. Pas dire quelque chose comme : « Tremblez pauvres pécheurs, car l’Apocalypse n’est pas loin !... »

Mais plutôt quelque chose du genre : « Selon le calendrier Maya, le 21 décembre prochain, la fin du monde aura lieu. »

- Dès lors, chaque jour est le dernier, du moins selon la date : tenez, aujourd’hui, comme nous l’annoncions plus haut, nous vivons le tout dernier 30 décembre. Il n’y en aura jamais plus.

N’éprouvez-vous pas une délicieuse sensation au niveau de l’épigastre ? Quelque chose comme un fourmillement ?

Non ?... Je vois : vous êtes un irréductible sceptique, quelqu’un qui n’arrive pas à croire que va arriver ce qui n’est jamais arrivé.

Dommage… Quoique… On peut vous conseiller quand même quelque chose qui va vous donner cette sensation : à supposer que vous ne soyez pas encore retraité, et que vous en soyez déjà à la dernière année d’activité. Là vous allez pouvoir connaitre cette délicieuse sensation : voilà le dernier jour de congé pour Noël ! Et la dernière galette des rois à la cantine avec les collègues.

Quoi ? On fait une moue dubitative ? On me dit qu’avec Notre-Président, et si on n’en change pas bientôt, cette dernière année risque de mettre longtemps à arriver ?

Oui, mais là ce n’est plus du scepticisme : c’est de l’opposition politique – systématique.

Monday, January 17, 2011

Citation du 18 janvier 2011

Celui qui donne un coup de pioche veut connaître un sens à son coup de pioche. Et le coup de pioche du bagnard qui humilie le bagnard n'est point le même que le coup de pioche du prospecteur qui grandit le prospecteur. Le bagne réside là où des coups de pioche sont donnés qui n'ont point de sens, qui ne relient pas celui qui les donne à la communauté des hommes.

Saint-Exupéry – Terre des hommes

Le bagne réside là où des coups de pioche sont donnés qui n'ont point de sens, qui ne relient pas celui qui les donne à la communauté des hommes.

Mes chers amis, vous avez peut-être été comme moi frappés par les protestations entendues en octobre dernier lors des manifestations contre la réforme des retraites.

Des gens vous disaient que certes, ils étaient trop fatigués pour envisager de travailler au-delà de 60 ans, mais que surtout ce serait une injustice parce que toute leur vie ils ont espéré la retraite, qui devait leur permettre d’échapper au travail.

Et je me disais que la malédiction divine (1) avait frappé au-delà de toute (dés)espérance : en 2010, le travail est toujours pour les hommes une besogne de forçat. Finalement on pouvait se demander à quoi avait servi le progrès technique : là où autrefois les hommes étaient soumis à des efforts qui les transformaient en bête de somme, on voit aujourd’hui des ouvriers soulever sans effort des palettes énormes grâce à leur Fenwick, et de frêles jeunes femmes conduire des bus de 20 mètres de long – et tout ça, ça ne change rien ?

Mais en réalité, je faisais fausse route : Saint-Exupéry nous remet sur le droit chemin. Le travail est de toute façon insupportable s’il ne nous relie pas à la communauté des hommes.

C’est vrai que Saint-Ex met la barre un peu haute en parlant de la communauté des hommes. Qui donc peut se vanter d’œuvrer pour l’humanité entière ?

--> Mais au moins se dire qu’en travaillant on se rend utile, qu’on fabrique quelque chose qui va satisfaire les besoins des gens, ou bien qu’on rend possible la tâche des autres hommes de l’équipe, voilà qui donne un sens au travail, voilà qui nous fait échapper au bagne. (2)

Il y a certes une pénibilité du travail spécifique à notre époque, et les employés de France Télécom sont là pour en parler. Mais quand bien même on aurait réussi à parer à tous ces inconvénients, le fait de ne travailler que pour la paye à la fin du mois suffirait à nous faire espérer la retraite – au plus vite.

------------------------------------

(1) « le sol sera maudit à cause de toi. C'est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie, il te produira des épines et des ronces, et tu mangeras de l'herbe des champs. C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain » Genèse 3, 17-19

(2) Il y a aussi des gens qui travaillent pour être félicités par leur patron. Je remarque qu’Adam n’avait certes pas une telle espérance.