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Monday, August 29, 2011

Citation du 30 aout 2011


Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen.
Kant – Fondements de la métaphysique des mœurs, 2e section.
Hier, nous nous indignions de l’esclavage, et nous recherchions si on pouvait l’éradiquer et en même temps protéger la planète.
Hélas, il faut le dire : c’est impossible.
Reste donc la réponse kantienne (qui est une position morale) : faute de pouvoir nous passer de l’usage des autres comme simple moyen pour la satisfaction de nos besoins (rappelez-vous le pousse-pousse d’hier), il nous reste la possibilité de considérer en même temps les autres comme une fin en soi – c’est même un devoir.
Mais je vois notre ami Kévin qui arrive : il est mort de rire.
- Traiter les autres comme une fin : quèsaco ? Encore un de ces trucs incompréhensibles que les philosophes balancent comme ça en espérant que personne ne va leur demander ce que ça veut dire !
- Que nenni très cher.
La fin dont parle notre philosophe est la fin en soi, c’est-à-dire le but qui est constitué par une valeur définitivement établie.
La fin en soi est le symétrique de la cause première : celle-ci n’a pas besoin de cause antérieure pour exister, celle-là n’a pas besoin d’être englobée dans une valeur plus vaste, transcendante par rapport à elle.
- Cause première… Cause toujours, oui ! C’est du charabia et rien de plus.
- Hé bien vois-tu, Kévin, dans les deux cas, tu ne peux tout simplement pas demander « Pourquoi ».
Par exemple : « Pourquoi il faudrait respecter mon prof quand il me tourne le dos pour écrire au tableau. »
- Et lui, il me respecte peut-être quand il m’envoie au tableau pour l’exo de maths le lundi matin – à 8 heures !
- C’est l’être humain que tu dois le respecter. Et ça, c’est indiscutable.
- Eh bien voilà ! Tantôt c’est un être humain – dans la rue.
Tantôt c’est un prof – dans la classe.

Friday, March 11, 2011

Citation du 12 mars 2011

"Le respect est : Incommodez-vous.

Cela est vain en apparence mais très juste, car c'est dire : je m'incommoderais bien si vous en aviez besoin, puisque je le fais bien sans que cela vous serve, outre que le respect est pour distinguer les grands. Or si le respect était d'être en fauteuil on respecterait tout le monde et ainsi on ne distinguerait pas. Mais étant incommodé on distingue fort bien."

Pascal – Pensées fragment 80 (Lafuma) (1)

Les jeunes des quartiers sont à la recherche du respect : ils affirment que les adultes (à képi en particulier) le leur refuse – seulement voilà, ils oublient le plus souvent de nous dire ce qu’il faudrait faire pour le leur manifester.

Reprenant le discours d’Alain Finkielkraut qui voit dans l’ignorance de la culture classique l’origine de la déchéance de la jeunesse d’aujourd’hui, moi je réponds : lisez Pascal !

« Le respect est : Incommodez-vous. » Autrement dit, pas de respect sans des marques de respect ; et ces marques sont des renoncements à des commodités qu’on s’octroierait bien sans cela.

Un exemple ? «Être en fauteuil » dit Pascal : il faut savoir en effet qu’à la cour de Louis XIV, une étiquette très stricte réglait la façon d’être assis (2) en présence du Roi : on pouvait n’avoir droit qu’au tabouret ; d’autres pouvaient utiliser une chaise. Et les nobles du plus haut rang avaient seuls le droit d’être dans un fauteuil (qu’on appelait parfois la chaise à bras). Si donc le respect avait consisté à s’assoir dans un fauteuil, personne ne serait incommodé, parce que personne ne serait assis sur un tabouret.

Et alors ? Alors, on ne pourrait plus distinguer le rang social ; à respecter ainsi tout le monde, on ne respecte plus personne.

Voilà donc ce qu’il faut répondre à nos jeunes révoltés de Banlieues :

- D’abord, on ne doit pas le même respect à tout le monde, parce que le respect a pour rôle de distinguer dans la société entre ceux qui ont le plus de mérite et ceux qui en ont moins.

- Ensuite, le respect n’est pas du tout ici une marque de déférence due à l’être humain en tant qu’humain, mais un indice de position dans la société («le respect est pour distinguer les grands »).

Est-ce à dire qu’il faut rejeter ce moyen évoqué par Pascal de définir la position sociale ? Quand on sait qu’aujourd’hui cette position est marquée par le gabarit de la voiture – ou la Rolex au poignet – et on se dit que l’étiquette de la cour n’était pas plus bête.(3)

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(1) Voir ici le fragment en question, avec la reconstitution si minutieuse et si érudite du texte effectuée par l’équipe du C.E.R.H.A.C. (Centre International Blaise Pascal). Occasion de voir à quelle difficulté ont été confrontés les premiers éditeurs des Pensées quand il a fallu établir le texte.

(2) Il s’agit bien sûr de ceux qui n’étaient pas tenus de rester debout. Sur tout cela il faut lire les Mémoires de saint Simon.

(3) Et peut-être moins dangereux, parce que la grosse voiture et la Rolex on peut les avoir grâce à l'argent des trafics clandestins.

Wednesday, February 11, 2009

Citation du 12 février 2009

On impose, à distance, plus de respect.

Tacite

On fait gloire à Tacite d’avoir su s’exprimer avec une très grande économie de mots.

Oui, mais aussi quand on donne dans des évidences telles que la citation de ce jour, il n’y a pas une très grande gloire à la dire en 7 mots.

Car entre nous, tout le monde le sait : les grands ne nous paraissent tels que parce qu’on les voit de loin ; et encore, dans des pompes et des circonstances (1) bien choisies.

On devine où je veux en venir : la proximité qui est la marque de l’offre politique en France aujourd’hui, de la démocratie participative aux fréquentes visites de nos dirigeants dans les plus lointaines provinces du pays ne risque-t-elle pas de rendre les chefs de notre République moins respectable ? (Et encore, je ne parle pas des virées médiatiques à Disneyland…)

Pour aller un peu plus loin, on va se demander comment se manifeste le respect dans le domaine du pouvoir politique.Et c’est là que les choses se compliquent.

Dans la notion de respect il y a toujours deux sentiments mêlés : d’une part la reconnaissance d’une valeur supérieure ; d’autre part le sentiment d’une infériorité vis-à-vis de ce qui est respectable (2). D’où bien sûr la distance qui s’impose dès qu’on éprouve ou suscite du respect. Ne dit-on pas tenir en respect lorsqu’on menace d’une arme un éventuel agresseur ?

On voit bien la confusion que suppose la formule de Tacite : si le respect impose une distance morale, alors on suppose que la distance (morale ou physique) impose réciproquement du respect. Tout ce qui est supérieur est éloigné, donc tout ce qui est éloigné est supérieur. La faute logique est manifeste.

A moins que…

A moins que la distance, estompant les détails laisse libre cours à l’imagination qui va s’empresser de parer les Grands de qualités qu’ils n’ont peut-être pas. Et alors ce que nous reprochons à nous gouvernants quand ils se livrent aux médias comme de vulgaires vedettes du showbiz, c’est de nous empêcher rêver leur grandeur.


(1) Version complète ici

(2) Voir Kant : Morale - 2ème leçon : « [Le respect, c’est] la représentation d’une valeur qui porte préjudice à mon amour propre. ». Cité le 10 mai 2007

Wednesday, May 09, 2007

Citation du 10 mai 2007

Je vais donc réhabiliter le travail, l'autorité, la morale, le respect,

Nicolas Sarkozy - Discours de la victoire électorale du 6 mai 2007

Au risque de vous saper encore un peu plus le moral, je reviens sur la déclaration de notre futur Président : après avoir esquissé une théologie du travail (8 mai), voici le respect moral (1).

On aimerait en savoir un peu plus, parce que le respect, c’est tout sauf clair : des fois, il s’agit d’un sentiment de vénération, des fois d’une attitude de réserve, parfois même d’une crainte éprouvée devant un danger (tenir quelqu’un en respect).

Le respect, qu’est-ce que c’est ? Demandons au philosophe.

La philosophie du respect vous en une trouvez chez Kant (2)

Morale - 2ème leçon : « [Le respect, c’est] la représentation d’une valeur qui porte préjudice à mon amour propre. ». Autrement dit, dans l’idée de respect il y a bien l’idée d’une distance, mais celle-ci s’impose par une certaine forme de transcendance de la valeur, ou si vous préférez d’abaissement, voire même d’humiliation de mon orgueil devant ce qui incarne cette valeur. Le respect est particulièrement important parce que c’est un sentiment moral : c’est l’expérience que nous faisons de ce qui a une valeur morale - et seulement morale. C’est ainsi que Fontenelle disait : «Devant un grand seigneur, je m'incline, mais mon esprit ne s'incline pas », signifiant par là que le prestige social n’avait rien qui puisse inspirer le respect.

- Tout ça, c’est bien gentil, mais ça avance à quoi ? Quand notre Président (Dieu l’ait en Sa Sainte garde) affirme qu’il nous respecte : à quoi il s’oblige ? On s’interdit d’insulter un adversaire politique, mais est-ce qu’on peut tolérer qu’on licencie une femme enceinte, ou qu’on laisse mourir de désespoir des gens à qui on a refusé l’asile politique ? Est-ce compatible avec le respect moral ?

- Kant : « Le devoir de respecter mon prochain est compris dans la maxime de ne ravaler aucun homme au rang de pur moyen au service de mes fins » (idem).

Ça c’est clair au moins : je n’ai pas le droit, moralement bien sûr, de traiter un être humain comme un outil ou un instrument, qu’on ne conserve que pour autant qu’il nous est utile. Donc, les conditions économiques sont inscrites au cœur de la morale pour autant que ce sont elles qui doivent être régulées pour satisfaire au devoir de respect.

- Ouais, mais quand il nous traite de racaille, y nous respecte l’aut’ bouffon ?

(1) Voyez mon Post du 4 juin 2006 pour illustration de la désastreuse méconnaissance du respect chez les jeunes.

(2) Par exemple, Doctrine de la vertu §25.

Saturday, June 03, 2006

Citation du 4 juin 2006

Si vous voulez être respecté, commencez par être respectable et, en outre, assez costaud pour imposer le respect.
Somerset Maugham
- Dis donc Kévin (1), viens ici. Entre dans mon bureau. Dépêche-toi un peu.
- Ouais, ouais…
- Et réponds moi mieux que ça.
- Ouais m’dame….
-…madame la directrice
- Ouais madame la directrice.
- Bon. Alors tu sais que madame Lemercier (1) s’est encore plainte de toi. Il paraît que tu as poussé des cris d’animaux pendant le cours de maths, et que tu lui as fort mal répondu quand elle t’as demandé de t’arrêter. En plus elle t’as entendu quand tu es sorti ; tu as dit à Azouz : «Lemercier, c'est rien qu'une grosse vache »
- Ben c’est pas de ma faute…
- Comment ça pas de ta faute ? C’est bien toi qui as fais tout cela ?
- Ouais, mais y avait un boucan terrible dans la classe, tout le monde parlait et criait, et puis j’ai reçu une orange de la cantine que quelqu’un m’a envoyée par derrière. Alors j’ai crié, voilà. Et puis madame Lemercier elle aussi elle s’est mise à crier, elle m’a dit qu’elle allait faire un rapport sur moi, alors que j’y suis pour rien.
- Ne dis pas cela Kévin, tu es entièrement responsable, même si tu n’es pas le seul à l’être. D’ailleurs combien as-tu eu d’heures de retenues le mois dernier ?
- Six.
- Et tes parents, qu’est-ce qu’ils en disent ?
- Y disent que c’est pas normal que je sois puni tous les samedi, et que tout ça, c’est parce que les profs y sont pas capables de se faire respecter, et qu’à leur époque ça se passait pas comme ça.
- Bon, nous verrons avec eux.
Mais toi, Kévin, voilà ce qu’il faut que tu comprennes : c’est que le respect tu le dois à tes professeurs, ce n’est pas à eux de l’imposer, parce qu’ils n’ont pas à mériter qu’on soit poli et obéissant avec eux. C’est d’abord à vous les élèves de les respecter comme vous devez respecter les adultes en général.
- Ouais, mais la mère Lemercier, tout le monde dit que c’est une grosse va…
- Tais-toi Kévin !
(1) Les noms et les prénoms ont été modifiés (NDLR)