Showing posts with label reforme. Show all posts
Showing posts with label reforme. Show all posts

Sunday, July 03, 2016

Citation du 4 juillet 2016

Amendement n’est pas péché
Erneste Langlois – Ancien proverbes français
AMENDEMENT, subst. masc. – Modification en vue d'une amélioration.
(TLF)
On demande parfois pourquoi le gouvernement refuse d’entendre les suggestions de l’opposition constructive qui propose de modifier un projet de loi pour le rendre acceptable par tous. Mais le gouvernement refuse, parce qu’« amender serait pécher », que ce serait modifier ce qu’a voulu la volonté souveraine. Là où est le pouvoir, est aussi la vérité (1). Du coup, vouloir modifier la parole du maitre ne peut constituer une amélioration, puis que ce qu’il énonce est vrai par le fait même que c’est lui qui parle : le Vrai, le Beau le Bien dépendent de lui.
Autant dire que l’amendement n’est pas toujours possible ; réciproquement, en le refusant on signale la qualité supposée du projet : si on ne peut le changer sans le dénaturer, c’est qu’il est parvenu à maturité. Là-dessus on retrouve Leibniz : le mieux est parfois contradictoire avec le meilleur. Car le « meilleur » serait le mieux  plus un perfectionnement qui en réalité ne ferait que détruire ce qu’on projette – autant dire que tout n’est pas possible en même temps – vérité politique souvent cachée.
Les syndicats reprochent au projet de la loi-travail d’être trop complaisant avec les patrons et du coup de priver les salariés de la protection sans la quelle ils se trouvent démunis devant leur employeur : « Il faut une loi pour imposer la paix dans l’entreprise ». Le gouvernement répond : « Si vous dotez les entrepreneurs de nouveaux droits vous ne favorisez pas seulement l’entreprise, mais aussi, par contre coup, ceux qui y travaillent – les salariés. En limitant la liberté de l’entrepreneur, vous voulez le mieux, mais en réalité vous allez faire le mal. Donc à vouloir amender, vous péchez. »
Choisis ton camp, camarade !
-----------------------------------------

(1) On pense aux « maitres de vérités » de la Grèce archaïque, mais on en reparlera un autre jour. En attendant on peut cliquer ici.

Tuesday, October 08, 2013

Citation du 9 octobre 2013


Jadis, le passé était voué à éclairer l’avenir en fournissant des exempla. La Révolution aurait au contraire cherché dans l’avenir la signification rétrospective de l’Histoire en fixant à celle-ci une finalité. Et notre temps a sombré dans le « présentisme » : le règne d’un présent tout puissant sans perspective d’avenir clairement définissable.
Jean-Noël Jeanneney – La Grande Guerre, si loin, si proche
Commentaire 2
- Seul l’avenir peut donner du sens au présent et au passé.
Nous voici aujourd’hui en présence d’une conception révolutionnaire de l’histoire : tout ce qui s’est passé dans le passé, et tout ce que nous faisons dans le présent n’a de sens que rapporté à un avenir qui doit advenir – inéluctablement.
Cette conception du temps est celle qui fait le  plus frémir : que d’horreurs n’a-t-on pas commises pour qu’advienne cet « avenir radieux » ? Ceux qui les commettent estiment en effet que les crimes les plus abominables ne sont abominables que rapportés à un présent qui ne peut suffire à en délivrer le sens : rapportés à l’avenir, ils deviennent des actes vertueux et louables, puisque nécessaires à cette épiphanie.
Epiphanie : on l’aura compris, cette conception de l’avenir est strictement religieuse, et les actes fanatiques qui ensanglantent nos faits divers en cherchant à débarrasser le monde des infidèles, prouvent qu’aujourd’hui même rien n’a vraiment changé depuis les lointaines périodes moyenâgeuses.
- On objectera que rien, pas même le moindre projet de vacances ne peut avoir de réalité s’il n’influe pas sur le présent : il nous faut sortir des limites de l’instant – en sortir « vers l’avant ». Alors, comment aurait-on le droit de condamner ceux qui, animés du plus haut projet qui soit (accomplir la volonté de Dieu sur terre (1)), commettent des actes à la hauteur de cet espoir ?
Le fanatisme consiste à parier que rien du monde dans lequel on vit actuellement ne doit survivre dans l’avenir : il faut tout détruire, car rien ne sera sauvé.
Tel est l’esprit révolutionnaire. Le réformisme par contre estime que l’avenir doit être une transformation du présent. Qu’on doit donc, par un va et vient présent/avenir évaluer non seulement les conséquences de nos actes pour transformer le monde, mais aussi pour le conserver au moins tant que l’avenir n’est pas réalisé.
Et tant pis s’il est moins « radieux ».
------------------------------------
(1) Version laïque : réaliser l’essence de l’Homme.

Thursday, September 22, 2011

Citation du 23 septembre 2011


Il n’y a plus de Pyrénées.

Louis XIV – Date : 16 novembre 1700

La formule célèbre, "il n'y a plus de Pyrénées", découlerait d'une phrase prononcée par l'ambassadeur d'Espagne à Paris, Manuel Oms de Santa Pau, marquis Castelldosrius, à propos des courtisans désireux d'accompagner Philippe d'Anjou en Espagne : "le voyage de Paris à Madrid devenait aisé, les Pyrénées étant présentement fondues". Il faisait alors allusion au choix du petit fils de Louis XIV comme roi d’Espagne (en 1700 – lire ici)

Il n’y a plus de Pyrénées : demandez donc aux coureurs du tour de France ! Mais plus qu’une prétention à effacer les frontières, fussent-elle naturelles, cette phrase reflète la prétention du pouvoir politique à régler une fois pour toutes les affaires du monde.

Si tel est le cas, alors aucun doute : les problèmes qui se posent à nos dirigeants actuels ont été déjà réglés par le passé, et pour aplanir les obstacles qui se dressent sur notre chemin (comme le furent les Pyrénées), il suffit de faire l’inventaire des réformes instituées par les prestigieux souverains d’autre fois.

Ainsi donc du règne de Louis XIV (1) :

- La première partie du règne est marquée par des réformes administratives et surtout par une meilleure répartition de la fiscalité. Mais auparavant, le roi avait réglé le sort de Fouquet, le surintendant des finances, dont le rôle avait été d’exercer une pression fiscale fort mal perçue et qui avait de surcroit un peu piqué dans la caisse.

- Édit de Grand Renfermement (fondation de l’hôpital général de Paris 27 avril 1656)

Cet édit a pour objet d’éradiquer la mendicité, le vagabondage et la prostitution. Dès 1674, La Reynie a le titre de lieutenant général de police (il est considéré comme le premier préfet de police de France). En 1697, année où il se retire, le marquis d’Argenson lui succéde. Il va remplir sa fonction de lieutenance en s’appuyant principalement sur la répression, avec une escouade considérable d’espions.

- Construction d’un palais de Versailles où s’installe la Cour en 1682 : « Situés au sud-ouest de Paris, dans la ville de Versailles en France, ce château et son domaine visaient à glorifier la monarchie française. »

Bien – On voit qu’il reste encore à Notre-Président bien du travail s’il a l’ambition de laisser un nom dans l’histoire de France.

Car où est donc la réforme de l’impôt ? Et les espions à la solde du pouvoir pour assurer la sécurité des rentiers ? Et le Palais Présidentiel du 21ème siècle ?

Ça, permettez : il suffira d’agrandir le Fouquet’s. Singulière revanche pour le pauvre Nicolas exilé pour avoir construit le château qui devait le glorifier… (2)

-----------------------------------------

(1) Ce qui suit est en partie tiré de la documentation Wikipédia – mais il s’agit là d’intertextualité et non de plagiat – quand même !

(2) Il s’agit de Nicolas Fouquet et du château de Vau-le-Vicomte - Suivez donc un peu !

Wednesday, May 27, 2009

Citation du 28 mai 2009

Etre réaliste, c'est préférer une réforme modeste, qui en permet une autre, à un miracle impossible.

Habib Bourguiba – Discours

J’aime bien cette manière d’opposer la réforme au miracle. De mon temps (années 68 et suivantes), on considérait plutôt que la réforme s’opposait à la révolution. Mais au fond c’était la même idée.

L’idée que réformer, c’est être pragmatique, ne pas chercher à atteindre d’un coup l’idéal pourtant absolument indispensable, la justice sociale, la liberté pour tous, l’égalité réelle entre les citoyens, etc…

Mais comme d’habitude, ces citations, quand elles sont intéressantes, le sont par un détail qui ne frappe pas tout de suite l’attention.

Ainsi ici : préférer une réforme modeste, qui en permet une autre

Voilà : qu’est-ce qu’une bonne réforme ? C’est une réforme qui va dans le bon sens comme on dit aujourd’hui, et qui, sans prétendre l’atteindre, nous en rapproche : c’est donc une réforme qui en permet une autre. Autrement dit, il faut voir derrière la réforme qui se met sur les rails, le train de réformes qui se profile.

Donc, en face d’une proposition de réforme :

- D’abord, il faut se demander si celle qu’on nous propose est susceptible d’être complété et donc améliorée par d’autres réforme, ou bien si elle est refermée sur elle-même au point que pour l’améliorer il n’y aurait plus qu’à la détruire pour repartir sur de nouvelles bases.

- Ensuite, il faut se demander quelles sont les réformes futures induites par celle qu’on nous propose.

Car c’est bien ça qu’on fait sans le dire : rappelez-vous, la réforme de GDF. On nous avait dit : pas de privatisation dans la loi qu’on vous demande de voter. Et pas d’intention de le faire…

Les opposants disaient : derrière cette restructuration se profile la privatisation, elle est logique.

Je ne dis pas si GDF-Suez est une chance ou un péril. Je dis simplement que, comme le dit Bourguiba, il faut se méfier des réformes, parce qu’elles sont rarement complètes et qu’elles ne révèlent leur vérité complexe qu’au cours du temps, par une articulation progressives de réformes complémentaires.

Je crois bien que c’est à ça que se heurte la réforme des universités aujourd’hui. Et c’est pour ça que le gouvernement réécrit ses lois sans hésiter. Il sait que ce qu’il a effacé aujourd’hui pourra être réécrit demain.

Il suffit que la locomotive du train de réforme soit mise sur les rails, et qu'on sache où ils vont.

Mais il faut quand même se demander s'il y a des aiguillages sur l'itinéraire.

Thursday, September 14, 2006

Citation du 14 septembre 2006

Du passé faisons table rase…
Eugène Pottier - L'internationale (2ème version)
Quelle différence faites-vous entre réforme et révolution ? Vite, j’attends votre réponse…
Non, je blague, je ne vais pas vous refaire le coup de l’interro surprise (déjà fait le 4 septembre). Mais c’est vrai qu’on a là deux concepts qui s’éclairent l’un par l’autre.
Dans la réforme, il y a la volonté de changement par évolution, transformation de ce qui existe déjà. On ne pourrait néanmoins pas parler de « maturation » parce qu’on aurait tout de même affaire à un changement qui ne résulte pas du fonctionnement naturel de la chose en question. Exemple : la réforme de l’Etat. On peut entendre par là une simplification des services publics dans le but d’une plus grande efficacité et à moindre coût. On suppose qu’il n’est pas dans la nature de l’Etat d’évoluer naturellement vers ça, et qu’il faut donc que le législatif mette son nez là dedans. Toutefois, il ne s’agit pas du tout de remettre en cause l’existence même du service public.
Maintenant si vous êtes révolutionnaire, vous allez chanter l’Internationale, le poing levé : « Du passé faisons table rase ». Ça veut dire qu’il faut tout casser, parce qu’il n’y a rien de bon à sauver dans ce qui existe. Rien qu’on puisse faire évoluer. Le vieux monde périclite, il faut l’aider à disparaître. Arrachons les vilaines broussailles, labourons le sol, et semons le bon grain.
N’y aurait il que les bolcheviks pour ça ? Si je reprends l’exemple ci-dessus, on peut très bien dire qu’un libéralisme radical (reagano-thatcherien) est révolutionnaire. Plus de service public ; privatisation des fonction régaliennes de l’Etat (1), telles que les écoles et les prisons ; suppression de l’impôt sur le revenu (tiens, tiens…). En voilà de la table rase !
(1) Non, je n’ai pas écrit « reaganienne » ; soyez un peu attentif tout de même !