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Wednesday, February 08, 2017

Citation du 9 février 2017

La colombe légère, lorsque, dans son libre vol, elle fend l'air dont elle sent la résistance, pourrait s'imaginer qu'elle réussirait bien mieux encore dans le vide.
Kant – Critique de la raison pure, Préface à la 1ère édition
Il plane au dessus des faits qui ont l’inconvénient d’être.
Clémenceau (à propos du Président Wilson)


Tim O Brien – the-cage-freedom-never-really-comes

Actualité d’Emmanuel Kant 2 (1)
Planer au dessus des fait ; considérer leur existence comme un inconvénient : s’agit-il d’une erreur voire même d’une faute, en particulier (comme le suggère Clémenceau) pour le politicien ?
Bien sûr, on doit bien admettre que lorsqu’on a pour tâche de modifier ou de pérenniser l’ordre des choses, mieux vaut les prendre en compte. Ne pas prétendre dicter au réel ce qu’il doit être, mais connaître ses causes pour agir dessus. L’histoire politique récente a montré  l’inanité des référendums lorsqu’ils ne font qu’exprimer un souhait du peuple. Ainsi du peuple grec qui à plusieurs reprises (une fois avec les législatives de janvier 2015 et une autre avec le référendum en juillet de la même année) a voté contre la pauvreté, sans savoir si le gouvernement avait les moyens d’action nécessaire.
Observons toutefois que si l’homme politique plane, ce n’est pas seulement une rêverie irresponsable, c’est aussi parce qu’il sait que c’est une condition nécessaire pour accéder au pouvoir, c’est à dire pour agir concrètement sur les électeurs.

Reprenons l’image de Kant : la colombe légère dans son libre vol, n’est pourtant pas satisfaite : elle voudrait n’éprouver aucune résistance, et ainsi glisser indéfiniment dans l’azur. Kant en fait une image de la nécessité de limiter les aspirations de l’entendement : s’agissant de la science, renonçons à prétendre connaître l’origine première des choses, mais contentons-nous de ce à quoi notre entendement peut accéder : c’est par lui seul que nous pouvons connaître et ses limites sont celle de la science en général. Transposé au politique, cela signifierait qu’il faut renoncer à avoir tout « tout de suite », savoir donc faire des compromis et qu’il est essentiel d’être selon un mot à la mode, pragmatique.
La colombe ne peut voler qu’avec effort, et nous mêmes ne sommes pas des colombes. Et alors ? Nous avons un pouvoir dont ce bel oiseau est apparemment dépourvu : nous avons celui de rêver – rêver que nous volons.
Il s’agit du rêve de vol, dont Bachelard à si bien parlé (2).
Bachelard nous montre que les songes aériens sont source non pas d’illusion mais bien de création poétique. Il s’agit non de décrire un monde illusoire mais de donner à vivre un monde de verticalité, peuplé d’hommes qui, comme Nietzsche sont des « poètes ascensionnels ». Le rêveur qui plane est donc un être pétri de douceur, exempt de passion, qui ne lutte pas contre le monde, mais qui voyage avec lui.
A défaut de voler, laissons-nous pénétrer par la nature, fusionnons avec elle et nous aurons trouvé le secret du bonheur.

On le voit, le poète n’est pas un politique, et si celui-ci fait appel au rêve et à l’imagination, c’est une fausse apparence : comme on l’a vu, il reste en étroit contact avec la réalité par l’intermédiaire de l’effort qu’il fait pour obtenir de celle-ci (c’est à dire de vous) le consentement à sons ascension… au pouvoir.
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(1) Nous avions déjà rencontré la colombe légère de Kant il y a presque 10 ans…

(2) Bachelard – L’air et les songes (à télécharger ici)

Saturday, October 10, 2015

Citation du 11 octobre 2015

La rêverie est le dimanche de la pensée.
Henri-Frédéric Amiel

La rêverie est le clair de lune de la pensée.
Jules Renard / Journal 1893 – 1898

La rêverie est la vapeur de la pensée.
Victor Hugo / Océan prose
o-o-o
Allez : Dimanche c’est cadeau ! Trois citations pour le prix d’une !

… Comment ça ? Vous n’en voulez pas ? Et pourquoi donc ?
- Moi, je veux une citation qui me dise exactement ce que je dois penser. Je ne veux surtout pas avoir à choisir moi-même ! Surtout pas un dimanche !

Bon : c’est vrai qu’on est dimanche ; du coup je vous dispense de fatigue et je vous propose de retenir la 1ère citation – et voilà tout. Rêverie, une pensée sans effort, sans malaise, mais avec un plaisir douillet et voluptueux malgré tout.
Ça vous va ? Ah… Je vous vois hésitants ; je devine que vous vous demandez ce que vous perdez en laissant tomber les deux autres citations ?
- Déjà, vous perdez la poésie du clair de lune. Comme si cette rêverie était une pensée évanescente, diffuse, et qui attendait juste une stimulation pour se condenser en gouttelettes de pensées, qui, réunies dans le sillon des feuilles feraient finalement des ruisselets… Comme vous le constatez, la poésie perdue n’est pas celle de cette rêverie, mais celle que vous auriez forgée vous même sous son impulsion…

- Ensuite vous perdez l’explication cartésienne de la rêverie. En effet, sachez-le, la pensée est une sorte d’ébullition des esprits animaux qui circulent dans nos veines et nos artères. Ainsi s’explique l’impétuosité de certaines passions qui viennent parfois obscurcir la conscience par leurs grosses volutes. Mais quand cette ébullition est modérée, il s’en dégage une vapeur légère, capable de colorer notre âme sans l’obscurcir. Car telle est la rêverie : à la limite de l’inconscience, elle interfère avec notre conscience qu’elle nimbe discrètement. 
C’est ça le bonheur, non ?

Saturday, December 20, 2014

Citation du 21 décembre 2014

Je bande donc je suis
Les Fauteuses de Trouble – (Blog féministe)
Rigidité: Ce qui prouve que l'on est mort ou que l'on est en vie avec envie.
Robert Scipion (Définition de mots-croisés)
Non, non, non, non, Saint Eloi n'est pas mort (bis) / Car il bande encore (bis)
Le pou et l’araignée (chanson de carabin – à écouter ici, chanté par des carabines)

Robert Scipion, auteur de mots-croisés et de célèbres définitions (voir celles-ci), nous donne l’opportunité de revenir avec le sourire sur la formule répercutée par les Fauteuses, formule qui m’avait fait un peu tiquer lorsque je l’avais brièvement évoquée (c’était le 18décembre).

Voici le problème : pour Robert Scipion la rigidité est une preuve de désir – ce qu’on ne lui contestera pas. C’est aussi une preuve que, comme saint Eloi, on est encore en vie (car malgré l’ultime érection des pendus, on se doute bien que ça ne doit pas durer). Donc il faudrait corriger la formule : « Je bande donc je suis » en « Je bande donc je suis vivant ». Mais est-elle la preuve de mon existence comme être conscient et pensant – une sorte de « cogito » qui confèrerait une force ontologique à la bandaison ?
--> Et si on devait prendre au sérieux cette formule citée par les Fauteuses de trouble ?
Descartes aurait-il dû écrire : Turgeo ergo sum. (1) Pourquoi ?
N’oublions pas que le cogito apparait au moment ou Descartes est en plein doute : que sais-je, dit-il, si je ne rêve pas que j’ai des mains, des pieds et même un corps ? Il se peut que je n’aie rien de tout cela et que mon corps ne soit rien qu’une fausse idée, une illusion comme celle de ces fous qui imaginent qu’ils sont des cruches ou qu’ils ont un corps de verre. Donc je n’ai ni pied, ni mains – et donc pas de pénis: comment pourrais-je bander ? Je ne pourrais au mieux que rêver que je bande.
- Oui, mais voilà : et si le rêve de la bandaison me tirait du néant : rêver de bander, n’est-ce pas la même chose que bander réellement ? J’entends bien que pour bander il faut avoir un corps. Mais, cela suffit-il ? Descartes pense que le rêve doit s’effacer au moment où la réalité s’affirme. Mais le rêve n’est-il pas indispensable à l’érection ? Et si ce n’est pas le rêve ce serait alors le fantasme qui lui est étroitement lié.
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(1) Turgeo : être gonflé, enflé, plein de… (Gaffiot p. 1614)

Thursday, April 10, 2014

Citation du 11 mars 2014



"If you can dream it, you can do it. Always remember this whole thing was started with a dream and a mouse." [Si vous pouvez en rêver, vous pouvez le faire. Rappelez-vous toujours que tout ça a été possible avec un rêve et une souris.]
Walt Disney
Disney raconte ici le point de départ de son extraordinaire aventure lorsque jeune dessinateur il a pris comme modèle la souris qui traversait sa chambre chaque soir. Cette souris, il l’a baptisée Mickey.

o-o-o
Aujourd’hui on dit : « Vous en  avez rêvé, Sony l’a fait »
Du temps de Disney on disait : « Si vous pouvez le rêver, alors, vous pouvez le faire. »
C’est quand même mieux, n’est-ce pas ?
Quoique : il faut quand même avoir la souris qui va rendre tout ça possible : this whole thing was started with a dream and a mouse.
Nous devons donc nous aussi trouver notre Mickey. Comment faire ? Et  Disney, comment il a fait pour inventer Mickey ? Comme on l’a su, il avait une chambre qui était aussi occupée par une souris. Mais moi, j’ai un problème : mon chat ne tolère pas les souris et de toute façon ma maison est assez étanche pour les empêcher d’entrer.
Donc, il ne reste plus qu’un moyen : faire la souris soi-même.
Comme ça : 

Pas mal… D’ailleurs, j’imagine que Disney en est passé par là. Il a dû s’inspirer des seins animés de sa bonne amie.
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N.B. Ceux qui croient que j’ai fait ce Post juste pour en arriver à de calembour rance ont malheureusement raison.

Wednesday, May 08, 2013

Citation du 9 mai 2013



Il disait que seul le sommeil était intime, qu’il signifiait bien plus que la jouissance. J’avais l’image d’une transmission des rêves comme si les cerveaux se reliaient en secret, échangeant leurs informations, déroutant le cours de leurs songes.
Nina Bouraoui – Appelez-moi par mon prénom
Les hommes éveillés n'ont qu'un monde, mais les hommes endormis ont chacun leur monde.
Héraclite Fragment 89 (Cité le 8-03-2003)

Voyez comme le commentaire de citation est une chose délicate : la citation de Nina Bouraoui semble prendre le même chemin que celui poursuivi par Héraclite : si le sommeil est chose particulièrement intime, c’est qu’en rêve nous peuplons le monde de représentations qui n’appartiennent qu’à nous seuls.
Et puis, voilà que ça bifurque : l’homme endormi, nous dit Nina Bouraoui, n’est certes pas dans le monde réel, mais il n’est pas non plus enfermé dans son monde, isolé de tous les autres : en réalité le sommeil est le moment d’une rencontre secrète avec les autres hommes, au point, justement, que les songes ne sont pas seulement nos songes.
Faut-il y croire ? Peut-être pas, mais qu’importe ? J’aime l’idée que mes songes soient influencés par les rêves de celle qui dort à mes côtés – car si Nina Bouraoui a raison, alors c’est sans doute dans la proximité immédiate que le dormeur rencontre l’autre dormeur (du moins, j'aime à le croire).
Du coup, si notre sommeil exprime aussi quelque chose de la personne avec qui nous partageons notre couche, alors, ça change un peu la donne : que nous aimions coucher avec une belle dame, ça se comprend tant que nous sommes éveillés. Mais qu’après les ébats de l’amour, épuisés, nous la quittions pour aller dormir dans un autre lit, un peu plus loin, nous découvrons que nous avons à y perdre.
Oui, nous avons à y perdre le dialogue de nos rêves, lorsque libérés des contraintes de notre conscience, notre inconscient secret se met en quête d’un autre inconscient pour échanger avec lui.
Auprès de la femme aimée, cet échange nocturne deviendrait alors une raison de plus de l’aimer, parce que nous recevrions d’elle cette substance intime de sa pensée et qu’ainsi, même endormi, nous continuerions à jouir de sa présence. Alors, elle ne serait pas seulement « belle comme un rêve », mais aussi « belle de ses rêves ».
Au contraire, d’une femme dont la personnalité contredirait l’attraction qu’exercerait sur nous son corps, nous dirions :

- Chérie, j’aime ton corps et tu sais combien il m’apporte de jouissance. Mais si tu veux bien, nous allons faire chambre à part…