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Thursday, December 13, 2007

Citation du 14 décembre 2007

Et qui des deux, à votre avis, fait un plus grand outrage à Jésus-Christ, ou celui qui l'abandonne dans les tourments, ou celui qui le renonce dans les délices ?

Louis Bourdaloue - Sermon sur l'impureté

Je sais : depuis le 24 février 2007 nous n’avons pas évoqué notre prêcheur préféré ; et encore l’avions-nous fait en l’associant à cet urinoir ridicule qui fait s’esclaffer des gens qui se prétendent cultivés…

Siècle d’obscurantisme, de péché et d’orgueil : que le démon t’engloutisse !

Même le Christ, dans les affres de l’agonie, perd confiance : « Mon père ! Mon père, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (1) ; qui donc pourrait reprocher à un homme de se croire abandonné de Dieu dans les tourments ? On lit quelque part que lorsqu’on infligeait un supplice mortel, comme la roue, le bourreau devait étrangler le moribond pour abréger son agonie afin que son âme ne « désespère pas de Dieu ».

Brrr !.... Pas gai. Mais pas plus gaie le suite de la citation de notre prédicateur : dans les délices aussi nous renonçons Jésus-Christ (2) : c’est alors un horrible péché, un de ces péchés qui vous damnent à coup sûr.

- Mais alors, dites-moi, comment ça marche le péché ? Comment les plaisirs nous détourneraient-ils de Dieu au point qu’il faudrait plutôt souffrir mille morts que d’éprouver la moindre jouissance ?

- Allez demander ça à votre confesseur. Moi, je sais simplement que l’époque de Bourdaloue, c’est encore la période de la contre-réforme, celle qui oppose la quête de la grâce à la recherche du bonheur. L’homme est sur terre pour faire son salut et non pour être heureux.
Au point que dans le plaisir et la jouissance, nous nous damnerions, simplement parce que dans le plaisir qu’on se donne à soi-même (héhé !), nous voyons la preuve que nous pouvons nous passer de Dieu, alors que seule la grâce divine peut nous sauver.

Allez en paix, mes frères.

Et bonnes souffrances.

(1) "Eli, Eli, lamma sabacthani ?" c'est-à-dire : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" Matthieu, XXVII, 45-47

- En ces temps de disette idéologique, on cite de plus en plus les dernières paroles du Christ ; en témoigne cette répartie de Madame Royale : « Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font… » (Luc, XXIII, 34). Façon de se présenter comme la victime expiatoire, à moins que ce ne soit pour paraître dans la posture du Messie ?

(2) Renoncer : verbe transitif. Abandonner ce que l'on désavoue

Thursday, November 30, 2006

Citation du 1er décembre 2006

Ce que fait un homme c'est comme si tous les hommes le faisaient. Il n'est donc pas injuste qu'une désobéissance dans un jardin ait pu contaminer l'humanité; il n'est donc pas injuste que le crucifiement d'un seul juif ait suffi à la sauver.
Jorge Luis Borges - La forme de l'épée
Etrange et troublante pensée : trois moments, trois étonnements.
Premier étonnement : la co-responsabilité. Si les nazis ont été des bourreaux et des idéologues monstrueux, comment admettre que leurs crimes rejaillissent sur moi, qu’ils me souillent - pire que je me souille de leurs crimes ?
Deuxième étonnement : le péché originel serait donc justifié par cette co-responsabilité, comme si le péché d’Adam devenait mon péché, comme si la chute d’Adam était bel et bien celle de l’humanité - donc : la mienne aussi.
Troisième étonnement : la rédemption serait donc une évidence ? Borges nous la présente comme étant l’inverse du péché originel, une chute à l’envers si j’ose dire. Ce qu’il nous dit, c’est que, si l’on admet la co-responsabilité, alors on doit aussi admettre la rédemption. Comment comprendre cela ?
La réponse doit être cherchée selon moi dans l’idée de communauté humaine.
La faute dans le péché originel est : pas responsable, mais coupable (1) : je suis coupable du crime qu’a commis mon ancêtre, bien que lui seul en soit responsable. Je crois qu’on ne peut comprendre le péché originel sans admettre qu’Adam incarne l’humanité entière, parce qu’en choisissant la faute, il l’a choisie pour toute l’humanité (2).
Borges prend maintenant en compte la réciproque : du fautif condamné sans avoir rien fait de mal, on passe au coupable, pardonné sans avoir rien fait pour le mériter, pardonné par procuration. Comment cela est-il possible ?
Le caractère salvateur de la crucifixion ne s’explique que parce qu’elle est un sacrifice : dans le sacrifice, la souffrance qui est subie par l’un est bénéfique pour d’autres. Il n’y a pas de sacrifice sans don, c’est à dire sans altruisme. Le caractère particulier du sacrifice du Christ tient au fait que le pardon qu’il cherche, c’est celui de tous les hommes.
En effet, ce qui me paraît intéressant ici, c’est l’idée de communauté qui se profile derrière tout cela. Exactement comme pour le péché originel, on ne peut comprendre la rédemption sans comprendre que chaque homme incarne l’humanité entière, ou plutôt qu’il faut entendre l’humanité comme une essence qui ne se divise pas qui ne comporte pas de plus ou de moins, qui est entièrement présente en chacun (3). Si le Christ en sauvant l’humanité pécheresse, sauve tous les pécheurs, y compris moi, c’est que je suis l’homme que tous les hommes ont été, sont et seront.
Faut-il dire que cette conception de l’humanité peut valoir en dehors de tout contexte religieux ?
(1) On aura reconnu la disjonction entre responsabilité et culpabilité, déjà évoquée ici (message du 25 juin)
(2) C’est très exactement la conception sartrienne de la responsabilité. La différence, c’est que pour Sartre chaque homme, à chaque instant, se trouve dans la même situation qu’Adam.
(3) On retrouve ici l’origine de la conception kantienne de l’humanité ; voir entre autre le message du 7 juin

Friday, June 16, 2006

Citation du 17 juin 2006

« Je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur. »

Philippe Pétain - Discours à la Nation 17 juin 1940

Au sein de la tragédie de la capitulation, voici la bouffonnerie de ce vieillard calamiteux qui s’offre en victime sacrificielle, afin que, grâce à l’équation Moi-Pétain= la France, celle-ci soit épargnée. Que ce corps brisé par l’âge devienne le dernier rempart de l’intégrité du territoire et de la souveraineté nationale, voilà qui nous ferait tordre de rire si l’épouvantable réalité de la défaite et de l’occupation n’était là pour nous en dissuader.

Mais Philippe Pétain n’est pas un bouffon tragique ; il nous conduit bien au-delà : certes il joue sur le charisme comme source de pouvoir, mais plus encore il s’approprie la légitimité divine dont jouissaient les rois capétiens. Et il est encore bien plus que ces rois, lieutenants de Dieu sur terre : le maréchal, victorieux de Verdun, devient le Rédempteur qui se sacrifie pour la Patrie. Il va ainsi racheter les pêchés d’un peuple qui a préféré écouter les mensonges des dégénérés judéo-marxistes plutôt que les appels virils de la droite nationale.

Imaginez aujourd’hui le tableau. Notre chef d’Etat, au lieu de nous dire : je suis le rassembleur qu’il vous faut, venez donc chez moi, dans mon grand salon il y a la lumière de la démocratie et la chaleur de la prospérité, nous dirait : « En moi bat le cœur de Condorcet, de Rousseau et de Saint-Just( !) : Je suis le Rempart de la Démocratie, Je vous protègerai de la dictature fasciste. Je garanti votre sécurité, Je sauvegarderai votre liberté, et Je vous rendrai le pouvoir confisqué par des politiciens corrompus. »

« Dieu est mort » disait Nietzsche ; et il enchaînait : « Hélas », sous entendant : car voici revenu le temps des idoles. Staline ; Mao ; Hitler ; le Maréchal ; etc. ; le XXème siècle a été le siècle des idoles ; espérons que le XXIème sera celui de l’homme.