Car, en effet, pourquoi faudrait-il deux précautions plutôt qu’une ? Si la précaution est bonne, une seule devrait suffire. Si elle est mauvaise, laissons-la de côté.
Mais voilà : en matière de précaution, on n’est sûr de rien. Ou plutôt on est sûr que la probabilité d’avoir un inconvénient ou un accident n’est pas nulle. (1) D’où le fameux principe de précaution qui comme on le sait concerne bien autre chose que le seul environnement, tels les téléphone portables et les antennes relai ; les OGM ; et bien sûr les centrales nucléaires.
Reste que, puisque la précaution concerne des risques qui ne sont que statistiques, on ne sait pas vraiment à partir de quelle fréquence il faut déclencher le fameux principe. Faut-il renoncer au portable, ou bien seulement empêcher nos enfants de l’utiliser ? Et le maïs génétiquement modifié ? Sa présence dans les champs est-elle un risque à empêcher ? Ou bien seulement dans notre assiette ? Et du temps de la vache folle, vous avez boycotté la viande rouge ?
Bref : mon idée est qu’on est un peu hypocrite avec tout ça. L’application draconienne d’un tel principe empêcherait toute modernité, et nous reverrait à la diligence et au pigeon voyageur.
Oui, mais alors : comment dire où passe la limite entre précaution raisonnable et précaution déraisonnable ?
--> La réponse dépend de l’intérêt pour ce dont nous serions privés par une telle application : que le maïs transgénique soit interdit : bravo ! Mais que les téléphones portables deviennent muets parce qu’on a supprimé les antennes relai (ou réduit la portée de leurs émission) : là, ça ne va plus du tout.
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(1) Voir ici la distinction entre prudence, prévention et précaution.