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Wednesday, April 12, 2017

Citation du 13 avril 2017

Tout ce que tu ne sais pas donner te possède.
Gide – Les nouvelles nourritures
On dit couramment « Ce que tu possèdes te possède », mettant en avant l’idée que notre liberté est limitée par le souci de la propriété, et que ce n’est pas être libre que de posséder des biens matériels.
Faisant un pas de plus, on se demande à présent : Comment être sûr que ce que nous possédons nous contraint ainsi ? Après tout, faudrait-il être comme les moines mendiants et ne posséder que l’écuelle qui nous permet de quémander l’aumône ? Devrais-je me défaire de tous mes biens pour en être délivré ? Et si certains d’entre eux n’étaient pas une contrainte, pourquoi faudrait-il s’en priver ?
On peut alors faire avec Gide cette expérience virtuelle : demandons nous si nous pourrions donner ce que nous possédons ? Non pas donner par générosité, ou pour le plaisir de voir le bonheur luire dans les yeux de celui qui reçoit de nous ce cadeau ; mais donner pour voir ce que ça fait.
Et vous, alors : sauriez-vous donner votre précieux smartphone ? Ou les clés de votre jolie voiture ? Ou encore – plus modestement – votre skate, votre vélo de compet’ ou votre Gyroroue électrique ?

Mais tout ça, c’est un peu vite dit : devons nous rejeter tout ce que nous possédons et nous retrouver à poil comme au jour de notre naissance ? Non, bien sûr et l’ascétisme n’est pas forcément le bon choix. Gide va un peu vite en besogne : il y a bien des choses qui font désormais partie de nous mêmes, et que nous reconnaissons comme telles. Ainsi, nous pourrions bien nous passer d’un ordinateur pour autant que nous aurions une bibliothèque remplie de beaux livres. Mais du coup, devoir nous passer  de Google ?
Ça, jamais !

Sunday, April 19, 2015

Citation du 20 avril 2015

… je ne sais pas posséder. Ce que j’ai, et qui m’est toujours offert sans que je l’aie recherché, je ne puis rien en garder. Moins par prodigalité, il me semble, que par une autre sorte de parcimonie : je suis avare de cette liberté qui disparaît dès que commence l’excès des biens.
Albert Camus – Préface de L'Envers et L'Endroit
Tout ce que tu ne sais pas donner te possède.
Gide - Les nouvelles nourritures (Cité le 8/07/2006)
Commentaire I
« je ne sais pas posséder » : il y a plusieurs façon de ne pas pouvoir posséder (en dehors du fait de ne pas en avoir les moyens, bien sûr) :
            - par désintérêt : posséder ne m’intéresse pas, je ne vois pas de différence entre le logement loué et le logement possédé : j’occupe l’un comme l’autre et ça suffit à mes besoins.
            - par prodigalité : je donne tout ce que j’ai reçu. Ainsi du grand seigneur qui ne compte pas ses dons ; ainsi du Père Goriot, qui ne peut s’empêcher de donner.
            - par souci d’indépendance : ma liberté disparait dès que commence l’excès des biens.
Mais quand y a-t-il excès de biens ? Les biens peuvent-ils donc être « en excès » ?
La réponse coule de source : il y a excès quand ma liberté disparaît du fait de mes possessions (= souci de les préserver ou de les accroitre).

Que faire ?
            - Soit refuser toute espèce de bien, quel qu’il soit, par précaution, pour éviter de se retrouver un jour bloqué sans y avoir pensé.
            - Ou alors, utiliser le critère de Gide : reliant la prodigalité au souci d’indépendance, il propose de vérifier si nous sommes capable de donner ce que nous possédons. Tout ce que nous nous refusons à donner est précisément ce dont nous devrions nous débarrasser.
Là où Camus ne trouve aucun problème, mais seulement une solution, Gide trouve le problème et la solution (1).
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(1) Occasion de rappeler cette citation fameuse – de Gide également : « « Il n'y a pas de problèmes ; il n'y a que des solutions. »

Sunday, March 09, 2014

Citation du 10 mars 2014




Le rapport entre époux est un rapport d’égalité dans la possession tant des personnes que des biens.
Kant – Doctrine du droit, § 26 (Cité ici, dans un site qui de toute façon mérite qu’on s’y arrête)


Crachoir en fonte émaillée (1898) – Musée du Familistère de Guise
Selon Kant, ce qui caractérise le mariage, outre le partage des sexes (1), c’est la copropriété : le Tien et le Mien ne s’y distinguent pas, et donc Juliette et Georges se partagent le même crachoir.
Vu que cet objet est exposé au Familistère où étaient logés les ouvriers des usines Godin – spécialistes comme on le sait de la fonte – on est en droit de penser que c’est sur place qu’il a été fabriqué. Sur place, donc dans ce lieu que fut le Familistère, chargé d’utopie en particulier concernant l’hygiène : disposer d’un crachoir c’est avoir le moyen de neutraliser la contamination due aux expectorations.
On peut aussi noter que cet objet, décoré comme une paire de pantoufles, est sans doute destiné à être un cadeau de mariage, en tout cas quelque chose qui pouvait être montré – voire exposé.
Comment peut-on être fier de montrer cet objet dégoutant ? Suffit-il qu’il soit utilitaire ? Ces expectorations ne sont-elles pas répugnantes au point qu’il vaille mieux les oublier ; en tout cas ne pas y faire penser ?
Pas si sûr : en tout cas voyez cette publicité : ce qu’elle évoque est bien dégoûtant et pourtant ça reste assez « vendeur ».

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(1) Voir Post du 8 mars

Sunday, February 10, 2013

Citation du 11 février 2013



L'employeur met son argent dans les affaires et l'ouvrier y met sa vie. Le second a tout autant le droit que le premier de diriger ces affaires.
Clarence Darrow (1857 – 1938) – The railroad trainman
Commentaire II
Il n’y a plus de révolutionnaires ni d’utopistes pour exiger que les travailleurs prennent la direction de leur entreprise. Plus de communistes collectivistes, plus d’autogestionnaires, plus d’anarchistes communautaires.
En revanche on trouve des collectifs d’ouvriers qui demandent à jeter un coup d’œil sur les comptes de l’entreprise juste avant d’être jetés à la rue, pour vérifier que le plan social soit équitable. Eux au moins ils  ne risquent pas de jeter à bas l’ordre capitaliste.
Pourquoi cette passivité ? Je tente une réponse qui ne va pas non plus ébranler les murs des palais : parce qu’on n’a plus de doctrine de la légitimité de la propriété.
La question est : « Qu’est-ce qui fonde le droit de diriger une entreprise ? ».
- La compétence ? Oui, bien sûr, mais la compétence ne donne pas des droits sur l’entreprise, c’est simplement un moyen de gestion, et elle est au service du propriétaire ou des actionnaires, seuls légitimes pour dire ce qu’on doit faire – et qui peut le faire.
- Disons donc que, comme n’importe quoi, l’entreprise appartient à celui qui l’a payée, et que du coup le propriétaire légitime de l’usine est bien en droit de la « gérer » comme il veut, y compris de la mettre à la casse – et donc de liquider les ouvriers qui y travaillent.
Or, voici Clarence Darrow (1) qui nous explique que l’existence l’entreprise dépend aussi d’un autre investissement que celui de l’argent des actionnaires : c’est celui de la vie que les ouvriers mettent dedans en y travaillant, ce qui résulte de l’identification de la vie et du travail, tel que nous l’avons rappelé hier à la suite de Marx.
Observons donc, avec Clarence Darrow, que l’argent n’est pas tout, ne peut pas tout, et que le travail humain est et reste la source de la richesse de l’entreprise.
Si on en doutait, on pourrait poser cette question aux actionnaires : d’où viennent vos profits ?
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(1) Avocat américain qui a sans doute été considéré par ses compatriotes comme un dangereux socialiste. Voir ici.

Wednesday, August 15, 2012

Citation du 16 août 2012


Que de choses nous mettrions au rebut si nous ne craignions pas de les voir ramassées par autrui.
Oscar Wilde
Il existe une philosophie des poubelles : on peut par exemple philosopher sur le non consommable (la peau de banane) – ou en spéculant sur l’inutilité de l’emballage qu’on jette (voir ici).
Mais cette philosophie  n’est pas évoquée ici, puisque seule est en cause la question de la possession. Oscar Wilde nous dit que la jouissance de la possession tient au fait que nous en dépossédons autrui : C’est moi qui l’ai eu – et pas toi ! Pas de possession sans dépossession.
Et réciproquement : pas de dépossession, sans possession : si je jette quelque chose, je suppose que quelqu’un viendra le ramasser. C’est ça qui choque selon Wilde.
Un exemple quasi historique a été donné au cours d’une émission de télé par Serge Gainsbourg, qui devant les caméras brûle un billet de 500 francs pour montrer l’injustice de la fiscalité qui lui confisque 74% de ses revenus. A voir ici.
Je laisse tomber le rapport étroit entre ce geste et la polémique actuelle sur la taxation à 75% des revenus supérieurs à un million d’euros par ans. Ce qui m’intéresse, c’est la raison pour laquelle de très nombreux téléspectateurs ont été choqués par ce geste. Tous ont dit à peu près : « S’il n’a pas besoin de ces 500 balles qu’il me les donne au lieu de les brûler. »
Comme le faisait observer un commentateur, d’un coup ce billet a manqué à tous ceux qui l’ont vu brûler, comme s’ils avaient eu un droit sur lui : puisque Gainsbourg ne craint pas de mettre au rebut cet argent, il doit accepter qu’on vienne le ramasser.
L’exemple du billet de banque est peut-être une simplification exagérée, mais on peut le généraliser sans mal. Prenez le cas des gens qui sont capables de ramasser un bibelot cassé dans une poubelle, quitte à le rejeter dans la poubelle suivante – qu’importe ? Entre temps ils se sont offert la joie de s’approprier quelque chose de nouveau.
- Ce qui est en jeu, plus qu’un droit, c’est le plaisir de l’appropriation.
- Et donc, plutôt qu’une philosophie de la poubelle nous avons alors une philosophie du « chinage » (en parlant le langage de la brocante).

Sunday, May 30, 2010

Citation du 31 mai 2010

Il y a une grande différence entre un bon et un mauvais médecin, mais il y en a très peu entre un bon médecin et pas du tout.

Arthur Young – Voyages en France – Année 1787 (Editions Taillandier p. 164)

On peut considérer en lisant la date à la quelle fut écrit ce passage que Young vise l’état d’arriération où était encore restée la médecine en 1787 : en effet si les médecins étaient tout juste bons à hâter la mort de leurs patients, mieux valait ne pas en avoir du tout (1).

Mais on peut se dire aussi – en lisant l’ouvrage de Young – que ce qu’il exprime là est directement inspiré par sa conception libérale de la vie et de la société. La nature est selon lui le meilleur moyen de conserver la santé, et le rôle de la médecine est de faciliter son influence. Autant dire qu’elle doit être essentiellement hygiéniste.

Le Journal de voyage en France est à cet égard instructif : Young y reproche d’une part à la noblesse française de négliger de faire fructifier son domaine agricole ; et, d’autre part, à l’organisation de la propriété de maintenir presque partout le métayage qu’il rend responsable de la misère paysanne. Contre quoi il faut comprendre que la fertilité du sol et l’enrichissement des paysans est la condition du progrès.

La propriété privée généralisée stimule l’activité industrieuse et donc l’enrichissement. La richesse est bonne car elle est le facteur essentiel du progrès social sous toutes ses formes (2). La révolution dont rêve Young est celle qui renverserait cette paresseuse noblesse de France pour mettre à sa place une autre noblesse, soucieuse de rendre fertile la terre et qui mobiliserait pour cela les agronomes au rang des quels se compte justement Young.

Il serait néanmoins injuste de dire qu’Arthur Young se contente de prêcher pour sa paroisse. De fait il nous permet de mesurer l’écart qui s’est creusé entre deux civilisations en pleine mutation : la française et l’anglaise.

Car, alors qu’en France les élites pensent au progrès des Lumières et imaginent un Etat composé de Citoyens-Philosophes, en Angleterre on recherche dans la science les procédés qui vont développer l’industrie et favoriser le commerce. D’un côté le progrès des consciences ; de l’autre celui des banques (3).

Même si tout ça est bien poussiéreux aujourd’hui, qui donc prétendrait que l’opposition entre ces deux systèmes est caduque ?


(1) On dit que Descartes, à l’agonie, a renvoyé le médecin dépêché auprès de lui par la reine Christine de Suède en disant que s’il devait mourir il mourrait plus heureux sans l’avoir vu.

(2) Le fameux enrichissez-vous ! de Guizot – au même titre que la fable des abeilles – doit être interprété dans ce sens.

(3) A ne lire que par ceux qui ronchonnent contre l’innocent auteur de ce Post : c’est vrai qu’en Angleterre on a aussi valorisé les lumières, même qu’on leur a donné un nom : Age of Enligtenment. Je ne fais que schématiser l’influence que ce mouvement qui a été incomparablement plus développé en France.

Thursday, January 14, 2010

Citation du 15 janvier 2010

Posséder c’est se faire posséder.


Miss.Tic

Louer c’est rester libre.

Miss.Tic – Publicité Ucar.

Certains d’entre vous se sont peut-être dit en voyant les camionnettes de location siglée du slogan illustré par Miss.Tic qu’elle devait avoir des ennuis avec son percepteur, et que trop honnête pour ouvrir un compte secret en Suisse, elle avait opté pour une solution compatible avec se conscience de citoyenne et qui aurait en plus l’avantage de renflouer les caisses de l’Etat français.

Erreur – Totale erreur.

--> Je ne veux pas dire que la conscience citoyenne de Miss.Tic ne soit pas à la hauteur de cet engagement, mais plutôt que le message diffusé par son œuvre la prédisposait à suivre ce chemin. En dénonçant la possession, Miss.Tic a dénoncé la propriété privée – ce qui, il faut le dire est raccord avec une tendance profonde de notre civilisation.

Car la civilisation du Net – si on me permet cette expression – à pour originalité de s’être construite sur la gratuité, sur le partage et le don. Toutes ces vertus qu’on croyait définitivement enterrées par le matérialisme moderne sont ressorties et on fait florès (1).

On pense que le Net a rendu possible le vol : les droits d’auteurs jamais payés, les musiques illégalement copiées, etc… Moi, je crois que c’est l’indifférence à la propriété qui se manifeste ainsi. Qu’avons-nous besoin de posséder ? Il suffit d’utiliser pour jouir d’un produit de la culture. Quand j’écoute une musique sur le Net, je n’ai pas besoin de la posséder, sauf si c’est pour la balader sur mon MP3.

On l’aura compris : je suis un adepte du streaming, et qu’importe s’il faut payer pour cela ? Car même si je loue, je reste libre…


(1) Et encore je ne parle pas de l’« amitié » cultivée par Facebook.

Saturday, April 11, 2009

Citation du 12 avril 2009


- Et que fais-tu de ces étoiles?

- Ce que j'en fais?

- Oui.

- Rien. Je les possède. […]

- Et qu'en fais-tu?

- Je les gère. Je les compte et je les recompte, dit le businessman.

Antoine de Saint-Exupéry - Le petit prince ch XIII

Ce businessman est un emblème tout à fait pertinent pour notre époque : lui, il possède sans pouvoir consommer, puisque les étoiles sont hors d’atteinte, tandis que nos patrons du CAC-40 qui possèdent des milliards de dollars dont personne ne saurait quoi faire dans la durée d’une vie humaine.

C’est curieux comme on oublie cet aspect des choses aujourd’hui : qui donc proteste contre l’excès de la propriété privée ? Qui reprendrait à son compte la définition de Rousseau disant que la propriété ne résulte que de l’usage de la chose possédée ?

Reste que notre businessman fait un peu plus que contempler sa liste d’étoiles : il la gère.

Alors, bien sûr, le ridicule vient de ce qu’on ne gère pas les étoiles ; reste que la gestion est aujourd’hui la justification de la propriété

Que signifie gérer ? Ça signifie compter ? Sûrement pas. Notre homme devrait aussi faire prospérer ses biens, c'est-à-dire augmenter les richesses : les siennes et celles des autres (enfin, de certains autres). Les riches peuvent légitimement s’enrichir s’ils enrichissent aussi les autres..

Alors, que votre patron se fasse des c… en or, on s’en contrefiche à condition qu’il apporte du travail et des salaires.

Mais le jour où il licencie, alors on va les lui ...

Saturday, November 15, 2008

Citation du 16 novembre 2008

-->

Je prétends que ni le travail, ni l'occupation, ni la loi ne peuvent créer la propriété ; qu'elle est un effet sans cause : suis-je répréhensible ? Que de murmures s'élèvent !
- La propriété, c'est le vol ! Voici le tocsin de 93 ! Voici le branle-bas des révolutions ! ...
Pierre-Joseph Proudhon – Qu'est-ce que la propriété ? (1840)

Qu’on me permette de revenir sur cette citation de Proudhon (à peine effleurée le 17 mars 2006), pour en souligner la pérennité : oui, aujourd’hui encore, crier à bas la propriété, c’est toujours sonner le tocsin de 93 !
Car enfin, si la crise actuelle touche au plus profond notre société, c’est bien parce que l’accession à la propriété se trouve menacée. Et elle est menacée non par les anarchistes, mais par les banques ! Ce sont elles qui refusent à de larges couches sociales d’accéder à la propriété, en leur refusant le crédit. Le crédit ! Dire aux gens : si vous n’avez pas d’argent, vous ne pouvez pas acheter ! Que de murmures s'élèvent
Voilà donc où nous en sommes. Proudhon quant à lui, n’avait pas ce souci. Il se demandait seulement si la propriété était fondée d’une façon ou d’une autre, avec cette idée qu’être propriétaire d’un bien, c’était exclure de la jouissance de ce bien tous ceux qui n’en étaient pas propriétaires.
-->
Qu’est-ce qui est le plus important ? Posséder ou consommer ? Voilà sa question, que nous ne comprenons peut-être déjà plus parce que pour nous, il va de soi qu’il faut posséder pour consommer. Mais l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons à la fontaine, le fruit que nous cueillons à l’arbre, tout cela c’est de la jouissance sans propriété.
Toutefois si Proudhon semblait dénigrer la propriété, sa critique restait encore modérée. Car c’est par la perte de liberté que la propriété semble le plus redoutable : nous sommes possédés par ce que nous possédons (cf Post du 8 juillet 2006).

Mais ça, on le savait déjà grâce à Miss.Tic : mieux vaut louer que posséder. Car louer, c’est rester libre.
(Image publiée par Henri Kaufman)






Friday, July 11, 2008

Citation du 12 juillet 2008

L'usage seulement fait la possession. / Je demande à ces gens de qui la passion / Est d'entasser toujours, mettre somme sur somme, / Quel avantage ils ont que n'ait pas un autre homme. / Diogène là-bas est aussi riche qu'eux, / Et l'avare ici-haut comme lui vit en gueux. »

La Fontaine – Fables (Livre quatrième – XX – L'avare qui a perdu son trésor

Qu’est-ce qui fonde la propriété ? Le travail ? Le droit ? La force ? L’héritage ? Que sais-je encore ?

L’usage seulement fait la possession dit La Fontaine, et ma foi, cette réponse n’est pas plus bête qu’une autre.

Mais ce qui est plus intéressant, c’est de noter que La Fontaine argumente en comparant l’avare qui accumule un trésor sans y toucher et celui qui est démuni de tout. La seule différence qu’il puisse y avoir entre celui qui possède et celui qui n’a rien vient de l’usage qu’il fait de ses richesses.

– Prenons un exemple. Votre voisin a une très belle voiture, de celle sur la quelle on se retourne quand elle passe dans la rue. Il ne veut pas l’abîmer, et donc il la gare chez lui, sans la faire rouler, de peur des accidents. Il pourrait au lieu de la mettre au fond de son garage la laisser devant sa porte, pour montrer à tous son trésor sans l’user, mais il craint tous ces vandales qui cassent les rétroviseurs et rayent les carrosseries. Bref, voilà un bien qui, parce qu’il est inestimable, non seulement reste inconnu de tous, mais en plus ne sert à personne. Et ne croyez pas que je galèje : chacun sait que des tableaux sublimes ont été achetés par des compagnies d’assurance qui les enferment dans les coffre forts climatisés des banques.

Tiens, justement, j’apprends que c’est vous qui possédez la Joconde – je ceux dire que le vrai tableau, c’est vous qui l’avez, celui du Louvres, c’est une copie. Félicitation. Vous allez accrocher le chef d’œuvre de Léonard dans le salon, au-dessus du canapé, bien exposé à la lumière qu’on le voie un peu.

Alors, oui, c’est vrai : la lumière du jour va faire passer les couleurs, et petit à petit il ne restera qu’une image en bleu-vert.

Peut-être. Mais si Léonard s’est donné tant de mal pour faire ça, ce n’est pas pour qu’on le bunkérise, même dans un musée. Périsse la Joconde si c’est la condition pour qu’on en jouisse !

– Mais dites-moi, ça ne serait pas un éloge de la consommation, ça ?