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Thursday, August 23, 2012

Citation du 23 août 2012

« Si nous ne le faisons pas, d'autres le feront ». C'est avec ce type de raisonnement qu'on finit par coucher avec sa sœur.
Georges Bess
Georges Bess, dessinateur et scénariste de bande dessinée français né en 1947, France. Il est connu pour avoir dessiné Le Lama blanc et Juan Solo. A ne pas confondre avec Georges Besse, directeur de Renault assassiné par Action Directe.

Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen.

Kant. Fondements de la métaphysique des mœurs. (Voir ici)



Si nous ne le faisons pas, d'autres le feront. –  Et vous, mes chers lecteurs, qu’en pensez-vous ?
Hum… Pas facile de répondre à ce que je vois… c’est qu’on est à la recherche d’une limite qui isole les applications acceptables de ce principe de ses applications scandaleuses comme ici.
Peut-être faudrait-il s’y prendre autrement.
Les énoncés de logique ou de mathématique sont soumis à deux types différents de validation : ou bien on montre qu’ils se déduisent – logiquement – d’un axiome du système. Ou bien, s’il s’agit déjà d’un axiome, on vérifie que ses applications n’engendrent pas de contradictions dans le système.
Bien sûr on peut encore enchaîner les deux raisonnements et montrer :
1 – Sur quel axiome on s’appuie-t-on ici ? Si nous ne le faisons pas, d'autres le feront : c’est une logique de marchand d’armes ou de spéculateur foncier. C’est l’axiome du profit, qui considère que celui-ci n’a d’intérêt que pris à la première personne : mon profit. Si ma sœur peut être considérée comme profitable, autant que ce soit à mon profit.
2 – Et ensuite que cet axiome est valide à condition qu’il n’engendre pas de contradictions.
C’est là que ça devient un compliqué. Le profit implique que tout ce qui existe n’a d’intérêt qu’à condition, justement, d’être profitable. Ainsi des ressources de la planète, ainsi du travail humain, ainsi des enfants qu’on fait (dicton de nos campagnes : « Avoir une fille, c’est comme arroser le jardin du voisin »), ainsi de la jouissance qu’ils peuvent procurer.
Or, cet axiome entre en contradiction dans son application avec d’autres axiomes, tels que : « Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. » Autrement dit, si tu ne peux éviter de traiter autrui comme un moyen (le livreur qui t’apporte ta commande Amazon.com), tu dois en même temps le respecter comme quelqu’un qui a une valeur en soi,  indépendamment de l’avantage que tu peux en espérer.
Nous ne pouvons dire en même temps « profitons de tout ce qui peut être profitable » - et : « respectons la personne de notre prochain ».
Choisi ton camp camarade !

Tuesday, February 14, 2012

Citation du 15 février 2012

- Les finances sont presque partout mal administrées, moins par l'incapacité de ceux qui les gèrent, que par l'incertitude où ils sont s'ils les géreront longtemps.

- Que peut entreprendre de grand un homme, qui craint à chaque instant qu'on ne lui demande ses comptes ? Quelle apparence qu'il travaille pour son successeur ?

- Presque tous les projets utiles sont d'une lente exécution. La guérison est longue, le palliatif s'applique en un moment.

- Quel est le ministre qui fera planter tous les bords de nos mers de bois propres à la construction des vaisseaux ? Cette plantation ne sera utile que dans un siècle ou dans un siècle et demi.

- Au lieu de travailler pour le bien de l'État, le ministre des finances travaille pour sa gloire.

La Beaumelle – Mes pensées ou Le qu'en dira-t-on (1752) CLXV

J’ai bien hésité avant de publier cette citation dans la continuité de ses alinéas : ne valait-il pas mieux la désarticuler, quitte à y revenir successivement 5 fois ?

Et puis j’ai considéré qu’on ne gagnerait rien à la monnayer ainsi et que chaque aphorisme se renforçait des aphorismes voisins.

On songe en lisant La Beaumelle à la campagne électorale française et aux sarcasmes qui accompagnent les projets de réformes faits par certains candidats parce qu’ils couvrent hardiment les 10 années à venir : - Vous vous voyez donc non seulement élu, mais encore réélu ? leur dit-on.

Par ailleurs, les journalistes demandent aux candidats : - Si vous êtes élu Président, quelle est la première mesure que vous prendrez ? L’homme ne va pas répondre : « planter tous les bords de nos mers de bois propres à la construction des vaisseaux », justement parce que, ce qu’on veut, ce sont des mesures urgentes et – surtout – efficaces tout de suite.

--> La Beaumelle parle depuis son milieu de 18ème siècle pour nous dire que les ministres des finances travaillent pour leur gloire immédiate et que c’est pour cela qu’ils sont inefficaces : l’action de la finance demande du temps pour réussir, et eux, comme nous aujourd’hui, ils veulent tout, tout de suite.

Tout cela est bien évident, et on ne gagnerait pas grand-chose à rajouter des exemples et des applaudissements.

Par contre, je trouve quand même bien significatif que La Beaumelle ait choisi, pour illustrer les impatiences de l’ambition, précisément le domaine de la finance. C’est qu’en réalité la finance est dans le long terme, et les financiers dans le court terme.

Car aujourd’hui, en pleine tempête financière, qu’entendons-nous ? Que le temps de la politique (et de ses réformes) est beaucoup trop lent pour les Marchés. Que ceux-ci s’impatientent devant les atermoiements des gouvernants et qu’eux, ils veulent des mesures efficaces dans la semaine, ou à la rigueur dans le mois qui suit.

C’est que ces courtiers de la finance sont dans le court terme. On passe aujourd’hui des ordres en bourses grâce à des programmes informatiques qui réagissent à la fraction de seconde près et qui sont capables de vous acheter et de vous vendre 100 fois par heure le même paquet d’actions.

On est bien au-delà des impatiences de ministres de La Beaumelle. Mais du coup, on peut voir encore mieux combien il avait raison : ce n’est pas que le profit soit, en soi, une mauvaise chose. Mais nous, nous savons que c’est le profit à court terme, celui qui se moque des conséquences à moyen ou à long terme, qui est une catastrophe aussi bien pour les hommes que pour leur environnement.

Mais, La Beaumelle devait quand même le savoir : à son époque, le roi de France était Louis XV – oui, celui qui a dit : Après moi le déluge !

Saturday, March 28, 2009

Citation du 29 mars 2009

L'honneur et le profit ne couchent pas dans le même lit.

Cervantès - Nouvelles exemplaires

Voici une observation quasiment proverbiale, et que chacun se répète en cette époque de parachutages dorés.

Comme je n’ai pas l’habitude d’enfoncer les portes ouvertes, je n’en dirai pas plus sur cette évidence.

Et en même temps, reconnaissons-le : nous moralisons à tout va, c’est devenu une manie obsédante : il nous faut de la vertu – partout !

Alors, le profit ferait-il exception ? N’y aurait-il aucune valeur qui accepte de coucher avec lui ?

Bien entendu, vous avez déjà la réponse : à une époque où l’on nous parle de moraliser le capitalisme, on nous a répété sur tous les tons que le profit va avec le mérite. Si vous avez bien travaillé, vous avez produit, donc vous pouvez profiter des fruits de votre travail. Nulle contradiction entre capital et morale, dès lors que le profit = le mérite. Au point que les puritains américains ont érigé cette équation en clé pour accéder au paradis (1).

Comme les deux membres de l’équation sont réversibles on peut aussi bien écrire : mérite = profit – voire même mérite => profit.

J’entends des petites voix qui protestent : elles me disent : « Mais les patrons ils n’ont pas mérité de gagner en prime d’une année ce que nous gagnons en 377 années de salaire (2). »

Alors, écoutez bien : dans un régime capitaliste, travailler signifie faire gagner de l’argent aux autres, à l’entreprise, aux actionnaires – et à vous-même. Le mérite se mesure donc bien au profit qu’on permet de réaliser à tous ceux qui payent votre salaire.

….Hélas ! Ne nous voilons pas la face, arrêtons de nous obsédons avec les parachutes de nos PDG : nous ne sommes pas prêts de voir les gens les plus méritants devenir les plus riches du pays. C’est qu’il y a bien des façons de mesurer le salaire, et le mérite-profit n’est pas toujours le critère choisi. S’il y a des ouvriers payés en-dessous du profit qu’ils apportent à l’entreprise, il y a des patrons payés au-dessus.

- Dernière observation : autrefois – il y a bien, bien longtemps – la valeur politique était : la solidarité, grâce à la quelle nous étions « citoyens responsables ». Aujourd’hui, quand on dit aux patrons du CAC 40 qu’ils doivent êtres solidaires, ils ont des difficultés de compréhension.


(1) Là-dessus voir Max Weber – Ethique protestante et esprit du capitalisme, et … les discours de Notre-Président, décidément beaucoup plus américain qu’on le croit.

(2) Ça peut être beaucoup plus, je sais…

Tuesday, May 22, 2007

Citation du 23 mai 2007

Une banque, c'est un endroit où l'on vous prête un parapluie quand il fait beau et où l'on vous le reprend quand il pleut.

Jérôme K. Jérôme

A quoi bon quelqu’un qui ne me procure que ce dont je n’ai pas besoin ? A quoi bon une banque qui ne prête qu’aux riches ?

Et nous, quel besoin avons nous d’une banque ? Pour tenir nos comptes ? Pour effectuer nos payement à notre place ? Notez, c’est quand même nous qui payons au bout du compte. On a simplement créé toutes sortes d’intermédiaires de courroies de transmissions qui sont sensées faciliter le commerce. Au lieu de payer ce que je dois au monsieur qui est en face de moi, je demande à mon banquier, qui est je ne sais où, de bien vouloir payer ce monsieur qui est en face de moi… J’ai vu un palabre africain où un homme pour s’adresser au chef de tribu qui est assis à 3 mètres de lui, doit énoncer son message à un truchement qui le va répéter au chef ; les fonctionnaires connaissent ce procédé ; c’est la voie hiérarchique - Tordant.

Bref : si les banques ne faisaient que ça, elles ne deviendraient pas bien riches.

Pour en revenir à notre point de départ, la vraie question c’est : pourquoi les riches ont-ils besoin qu’on leur prête de l’argent ? Et la réponse, c’est : pour devenir encore plus riches. Nous avons déjà abordé la question avec la Parabole des Talents - St-Matth - XXV, 29 (voir 23 janvier 2006) : l’argent crée de la richesse, et plus on en a plus on s’enrichit.

Application. Vous voulez vous acheter une maison pour vous loger : mais votre banquier refuse le prêt parce que vous n’avez pas les garanties nécessaires : on vous reprend [le parapluie] quand il pleut. Maintenant vous êtes déjà propriétaire, et vous empruntez pour acheter un immeuble que vous allez louer à des étudiants pour le rentabiliser ; votre banquier vous accorde le prêt et en plus il vous offre le cigare : il vous prête un parapluie quand il fait beau.

C.Q.F.D.

Monday, December 25, 2006

Citation du 26 décembre 2006

Ne rien convoiter, c'est épargner ; ne rien acheter, c'est s'enrichir.

Cicéron

Ne rien acheter, c'est s'enrichir… L’avertissement ne vient-il pas trop tard, pour vous qui venez de subventionner le Père Noël, de payer le Réveillon et les étrennes du facteur ?

Mais avant de sombrer dans la morosité, demandons-nous si Cicéron, malgré sa grande sagesse ne se serait pas un peu trompé ? Voyons, ne pourrait-on pas s’enrichir en achetant ? Vous savez sans doute que c’est avec cette question toute simple que s’ouvre Le Capital de Karl Marx. Sa réponse ? Achetez de la force de travail, et vendez le produit du travail de cette force. La différence s’appelle le profit, et l’argent qui s’est ainsi investi s’appelle le capital.

Je vous vois venir… Vous allez me dire que vous n’êtes pas près d’embaucher des marins philippins vu que vous n’êtes pas un armateur grec ; mais qu’en revanche l’Ecureuil fait travailler votre argent, et il vous sert du 2,5% net d’impôt. Et que ça, si ça s’appelle pas du profit, alors il faudra dire ce que c’est.

Moi je vais vous le dire, ce que c’est. Ça s’appelle le fétichisme de l’argent, et Tonton Karl l’a expliqué en long et en large dans le même volume qu’il faudrait quand même que vous vous décidiez à méditer. En mettant vos économies chez l’Ecureuil, ce n’est pas votre argent qui travaille ; c’est le marin philippin ou le petit ouvrier chinois. Les intérêts qu’il vous sert l’Ecureuil, c’est à la paye de ces pauvres créatures qu’il l’a arraché avec ses pattes griffues. Allez donc voir votre banquier et demandez lui comment il se fait que vos SICAV vous rapportent tant ? Est-ce que ce n’est pas un peu louche ?

Bon, arrêtons là, sinon on va devenir subversif. Mais avouez que Cicéron a la mentalité d’Harpagon : pour lui, le meilleur moyen de sauver l’argent, c’est de ne pas le faire circuler. Erreur que ne commet pas le capitaliste.

Ça aussi, il l’avait dit, Karl.

Sunday, January 22, 2006

Citation du 23 Janvier 2006

« A tout homme qui a, on donnera et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera retiré. »

Evangile de Matthieu, XXV-29

Pour qui ne connaît pas la Parabole des Talents, la surprise doit être de taille : Jésus (oui, c’est bien Lui qui rapporte les Paraboles chargées d’édifier les fidèles et les Apôtres) vient nous dire - en gros - « prenez aux pauvres pour donner aux riches » !

Si vous ne me croyez pas allez lire : un maître qui doit quitter son domaine pour un voyage confie de l’argent à 3 de ses serviteurs. A son retour les deux premiers qui ont fait fructifier cette somme la lui rendent, intérêt et capital. Ils sont félicités. Le troisième l’a enterrée au lieu de la faire fructifier ; c’est à lui que s’applique cette condamnation.

Bien sûr, si c’est une parabole, c’est que le sens littéral n’est là que pour éveiller les consciences au sens caché derrière. Le « Talent », qui est d’ailleurs passé dans le langage commun, évoque l’aptitude à développer les capacités qui sont en nous. Jésus nous dit en substance : « Le Seigneur vous a créé avec les dons qui sont en vous. Vous êtes à vous mêmes le capital qu’il faut faire fructifier, et au jour du Jugement Dernier, vous aurez des comptes à rendre sur ce que vous en aurez fait durant votre vie. » Fin du sermon. Il est très beau.

Mais il n’a pas empêché qu’on comprenne cette parabole au premier degré : faire de l’argent peut servir à montrer sa vertu, et on peut gagner le Paradis en s’enrichissant. En tout cas les Protestants en auraient fait le support éthique du Capitalisme Américain si on en croit Max Weber.

La Paradis ? Là où est l’Ecureuil !