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Sunday, August 14, 2016

Citation du 15 aout 2016

Le Client:
- Dieu a fait le monde en six jours, et vous, vous n'êtes pas foutu de me faire un pantalon en six mois.
Le Tailleur:
- Mais, monsieur, regardez le monde, et regardez votre pantalon.
Samuel Beckett – Le Monde et le Pantalon (1989)
o-o-o
Concernant la création il y a plusieurs questions possibles. Entre autres :
            - Pourquoi Dieu a-t-il créé l’univers ? (Autrement dit, pourquoi y a-t-il un monde plutôt que rien ?)
            - Qu’est-ce qui nous prouve que c’est Dieu qui a créé le monde, et pourquoi donc la Nature ne se serait-elle pas « autocréée » ?
            - Pourquoi Dieu tolère-t-il le Mal et l’imperfection des créatures ?

--> On a écrit des bibliothèques entières de théologie et de philosophie pour tenter de répondre à ces questions. Mais on s’en doute en voyant ces ouvrages empilés  sur des hauteurs proches de l’Himalaya, aucune d’entre elles n’a été résolue, et surtout pas la dernière. D’où la boutade de Beckett : Dieu n’aurait-il pas mieux fait s’il avait pris son temps au lieu de bâcler le travail en 6 jours ? Après tout il n’était pas tenu par des délais de livraison, comme le Tailleur de notre Citation.

Laissons de côté les blasphèmes et tenons-nous en au cœur de la critique : le Client ne croit manifestement pas à le divine Providence, sans quoi il saurait que le mal n’est qu’un effet particulier d’un Bien plus général. Entendons-nous bien sur les conséquences de cette affirmation : tout ce qui arrive a été voulu ou permis par Dieu – rien n’est aléatoire, rien n’est absurde. C’est au 18ème siècle qu’on a le plus débattu de cette question – lors du tremblement de terre de Lisbonne qui fit des dizaines de milliers de morts innocents, y compris parmi les fidèles écrasés dans les Eglises en ce jour de fête religieuse (1er novembre 1755) (1). Bien sûr l’histoire de notre temps regorge elle aussi de cataclysmes incompréhensibles – y compris ceux qui furent provoqués par les hommes comme le fut l’Holocauste (2). Simplement, alors qu’au 18ème siècle on pouvait espérer que le progrès des sciences permettrait de surmonter ces catastrophes, nous savons aujourd’hui qu’au contraire nous avons tout à en redouter. Nous avons compris aussi que, dans l’histoire tout est possible – même l’absurde.
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(1) A la  catastrophe du tremblement de terre s’ajouta un tsunami et un gigantesque incendie. Les textes de Voltaire et Rousseau sur le tremblement de terre de Lisbonne et la Providence sont à lire ici. Je n’y insiste pas, le commentaire ayant été fait maintes fois. Voir ici
(2) Voir Le concept de Dieu après Auschwitz de Hans Jonas. La question serait : comment Dieu se révèle-t-il dans l’Holocauste ?

Wednesday, November 14, 2012

Citation du 15 novembre 2012



Si la loi du matérialisme était la vraie loi, tout serait éclairci. Le "pourquoi" du phénomène serait ramené au "comment".
Schopenhauer – Le monde comme volonté et comme représentation
L'homme est un animal métaphysique
Schopenhauer – idem, Seconde partie, chap. XVII
Commentaire I
Laissons pour un instant la rigueur du vocabulaire (1), pour ne retenir cette distinction : la métaphysique est la science qui répond au Pourquoi ? alors que la science proprement dite (matérialiste) ne peut répondre qu’au comment ?
Mais il reste que la science nous apporte chaque jour la réponse à bien des problèmes  que nous posent nos besoins, résolus grâce aux techniques qu’elle a permis d’inventer. Avons-nous donc de nos jours, comme le dit encore notre philosophe allemand, besoin de résoudre des questions métaphysiques ? Avons-nous  encore un besoin que la science du Comment ? ne résoudrait pas ?
Justement : Schopenhauer dit aussi (lire ici) que le matérialisme est insuffisant parce qu’il ne peut satisfaire le besoin de connaitre qui est viscéral chez l’homme : celui de savoir le Pourquoi ? des choses et de lui-même. Il fait sienne la thèse d’Aristote selon laquelle il s’agit d’un étonnement fondamental : Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien du tout ?
Pour Aristote, ce besoin n’a pas à être justifié parce qu’il est absolument premier : il est le Pourquoi ? qui, une fois résolu, répond à tous les Comment ? Exemple : Pourquoi y a-t-il sur terre des hommes plutôt que pas d’hommes du tout ? Réponse : parce que Dieu a voulu qu’un être à son image la peuple et tire profit de la création. Tous les Comment ? sont du coup résolus : J’ai le droit d’exploiter la terre entière parce qu’elle n’existe que pour ça.
- Et je peux aussi la fracturer pour en extraire des gaz de schistes ?
- Bien sûr, puisque Dieu a fait les gaz de schistes exprès pour nous.
A suivre
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(1) Le vocabulaire philosophique veut en effet que le matérialisme soit une doctrine elle-même métaphysique, affirmant que tout ce qui est, provient de la matière – y compris l’esprit ; et que, comme tel, il s’oppose non à la métaphysique mais au spiritualisme.

Sunday, January 22, 2012

Citation du 23 janvier 2012

Rien de plus capable de nous affaiblir l'âme et de nous abrutir, que d'avoir toujours devant les yeux que la providence nous doit à tous la même somme de biens et de maux.
Pierre Leroux (1797-1871) – De l'humanité, de son principe et de son avenir
Pierre Leroux, fils d’un cabaretier de la place des Vosges, sut très tôt que la survie dépend des efforts de chacun. C’est ainsi que reçu au concours d'entrée à l'école polytechnique en 1814, il renonce à ses études pour aider sa mère, devenue veuve, et ses trois frères. Il se fait maçon puis se met en apprentissage chez un cousin imprimeur.
Qu’est-ce que Pierre Leroux attaque ici ? L’utopie égalitaire ? L’Etat providence ?
Il ne fut pas un apôtre de ce que nous appellerions aujourd’hui l’anti-étatisme libéral – lui dont la mort coïncida avec la Commune de Paris qui délégua des représentants à ses obsèques.
Mais alors, que veut Pierre Leroux ? Ou plutôt, que ne veut-il pas ?
Je suppose qu’il n’était pas contre le fait que tout le monde bénéficie des mêmes biens, et que personne n’ait plus de maux que ses voisins.
Mais qu’en revanche, en appelant la providence à la rescousse, on revendique des bienfaits de la société, sans jamais lutter pour les obtenir, voilà sans doute ce qui « affaiblit l’âme ». L’homme est fait pour la lutte ; il doit sa survie à cela et rien ne peut lui venir sans qu’il ait affronté l’adversité pour l’obtenir. Voilà donc ce qu’il y a de débilitant dans la croyance en la providence : ne faisons rien – Dieu y pourvoira. (1)
Alors, voilà où nous en sommes aujourd’hui : on nous rabâche à longueur de campagne électorale que rien ne se fera dans notre pays sans la présence d’un habile capitaine au gouvernail. Aucune justice sociale sans les prestations de l’Etat. Aucun progrès économique sans la science et la prévoyance de nos futurs gouvernants.
Que dirait Pierre Leroux de ça ? Et que dirait-il encore en constatant que les syndicats sont dans le silence, et qu’ils n’en sortent que pour aller négocier avec le pouvoir ?
Nous, notre seule violence, c’est le bulletin de vote. Après tout, c’est sans doute ça qu’on appelle le progrès.
Qu’on attende donc la providence – si on veut ; mais qu’on n’en attende pas des miracles !
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(1) On trouverait la même idée chez Marx et Engels dans le Manifeste du parti communiste (1848) : contrairement à ce qu’on imaginerait, Marx n’est pas contre le travail des enfants dans les fabriques, mais contre la façon dont il est pratiqué. Les enfants doivent travailler en production parce que c’est là le complément indispensable de leur éducation.
« Éducation publique et gratuite de tous les enfants. Abolition du travail des enfants dans les fabriques tel qu'il est pratiqué aujourd'hui. Combinaison de l'éducation avec la production matérielle, etc. » Manifeste, II - Prolétaires et communistes

Sunday, May 15, 2011

Citation du 15 mai 2011

Il y a des gens qui admirent Dieu en tout : s'il a fait des champignons vénéneux, c'est pour être la providence des faits divers.

Edmond et Jules de Goncourt – Journal (16 août 1865)

Haïti… Japon… Murcie… Costa-Rica…Une nouvelle saison de tremblements de terre ramène inévitablement la réflexion sur la divine providence : il faut bien que tous ces gens, ces malheureuses victimes aient fait quelque chose de mal pour que Dieu permette ces ravages et ces destructions. Nous l’avions déjà évoqué après la catastrophe d’Haïti, et nous pourrions en reparler aujourd’hui après le Japon et l’Espagne.

Mais le ricanement cynique des Goncourt nous fait observer quelque chose de plus : quelle idée de Dieu aurons-nous quand nous aurons interprété tout ce qui arrive en termes de providence ? Pour qui le mal peut-il être un bien, si ce n’est pour les mauvais ? Et pourquoi Dieu voudrait-il le bien de ceux qui font le mal ?

Mais si nous en déduisions que la providence n'existe pas, alors nous en arriverions à dire que le monde est absurde. Que la providence soit maléfique, mais au moins qu’elle existe pour donner du sens au monde !

Hélas ! Voyez un peu la sécheresse qui nous désole en ce moment, et voyez les cartes météo : toute cette bonne pluie qui se déverse sur l’Atlantique – en pure perte ! Car à moins d’imaginer qu’elle tombe pour rafraîchir les poissons, ça n’apporte rien à personne que nous soyons privés de pluie. Ça, personne n’en parle, sauf les scientifiques, qui eux ont toujours une explication par les lois du monde physique.

Mais il ne faut pas confondre l’explication scientifique avec la signification : la science n’a jamais donné la signification des choses. Elle se contente d’en expliquer l’origine dans les lois du monde. Supposez que vous perdiez vos cheveux à trente ans : on va expliquer ça par telle petite molécule d’ADN accrochée dans vos gènes et qui vous vient de votre papa – ou de votre maman. Maintenant que ça ait un sens ça voudrait dire que vos géniteurs ont voulu que cela soit, ou qu’un Dieu vengeur l’ait décidé (comme dans les tragédies antiques).

Mais au fait, vous l’avez comme moi remarqué : le Prince William a un début de calvitie : c’est sans doute pour qu’il se range plus vite après son mariage…

Wednesday, January 13, 2010

Citation du 14 janvier 2010

Croyez-moi, quand la terre entrouvre ses abîmes, /Ma plainte est innocente et mes cris légitimes.

[…]Un jour tout sera bien, voilà notre espérance; / Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion.

Voltaire – Poème sur le désastre de Lisbonne (1756)

Sans quitter votre sujet de Lisbonne, convenez, par exemple, que la nature n’avait point rassemblé là vingt mille maisons de six à sept étages, et que si les habitants de cette grande ville eussent été dispersés plus également, et plus légèrement logés, le dégât eût été beaucoup moindre, et peut-être nul. Combien de malheureux ont péri dans ce désastre, pour vouloir prendre l’un ses habits, l’autre ses papiers, l’autre son argent ?

[…]Toutes les subtilités de la métaphysique ne me feront pas douter un moment de l’immortalité de l’âme, et d’une Providence bienfaisante.

Rousseau – Lettre sur la providence (1756)

Le 18 août 1756, un tremblement de terre suivi d’un raz-de-marée et d’un gigantesque incendie détruisit la ville de Lisbonne, faisant entre 50000 et 100000 morts.

Voltaire en prit prétexte pour rédiger ce poème pour critiquer les philosophes adeptes de l’optimisme, pour les quels tout ce qui arrive est l’effet de la Providence. Il visait en particulier Leibniz. Rousseau lui répondit en défendant l’innocence de la création et en attribuant aux hommes la responsabilité de leurs malheurs (1). Voltaire répliqua finalement en rédigeant Candide.

Le terrible catastrophe qui vient de frapper Haïti, les dizaines, voire les centaines de milliers de morts de Port-au-Prince, les millions de sans abris nous forcent à nous rappeler cette polémique sur la Providence.

Mais voyez l’évolution de nos mentalités : si en 1756 on s’interrogeait sur la responsabilité de Dieu ou de celle des habitants de Lisbonne sur ce séisme, aujourd’hui aucune voix ne s’élève – du moins dans notre opinion publique – pour évaluer une telle responsabilité. L’idée même de responsabilité est devenue inaudible aujourd’hui, sauf à dire comme Rousseau que ces millions de malheureux qui se sont agglutinés à Port-au-Prince auraient mieux fait de crever de faim dans leur campagne.

Nous sommes sortis de l’ère du symbole pour entrer dans celui de la causalité mécanique. Nulle volonté, nul sens à chercher derrière ce qui nous arrive. Tout se répartit entre ce que nous aurions pu éviter et l’inévitable. Ce sont les stoïciens qui avaient raison.

... Mais en écrivant ces lignes je me prends à douter. Sommes-nous devenus si raisonnables ? Les victimes de Haïti ne croient elles pas que des responsables sont à chercher et à châtier ?

Ne croyons-nous pas, nous aussi, qu'il a du sens partout, de la volonté, de l'intention, une responsabilité humaine? Un simple exemple : lorsque un de nos proches vient à mourir, bien que ce soit là une conséquence naturelle de la vie, il faut quand même et à tout prix chercher une cause humaine, donc un sens à cette mort. Toute mort est significative, parce qu’elle a été voulue – ou du moins elle n’a pas été empêchée comme elle aurait pu l’être.

Du genre :

- Ah ! Si seulement il m’avait écouté… Pensez, avec son diabète, tout l'alcool qu'il a bu… C’était un vrai suicide…

Ou bien :

- La malheureuse… Son cancer, ce n’est pas lui qui l’a tuée. C’est plutôt son ivrogne de mari... Tout ce stress qu’elle a encaissé, c’est ça qui l’a rongée.

Bref : il n’y a certes plus pour nous de Providence divine à incriminer. Mais l’homme a pris sa place, et de ce fait rien n’a changé. On n’en est plus à dire Tout est bien aujourd'hui, pas plus que Un jour tout sera bien. Par contre on en est à dire Tout doit être bien aujourd’hui.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : c’est encore une façon de chasser l’absurdité du monde.


(1) Lire des extraits de ces deux textes ici.

Saturday, September 26, 2009

Citation du 27 septembre 2009

Ne vous étonnez pas que les autres animaux aient à leur disposition tout ce qui est indispensable à la vie du corps, non seulement la nourriture et la boisson, mais le gîte, et qu'ils n'aient pas besoin de chaussures, de tapis, d'habits, tandis que nous, nous en avons besoin. Car il eût été nuisible de créer de pareils besoins chez des êtres qui n'ont pas leur fin en eux-mêmes, mais sont nés pour servir.

Épictète – Entretiens I xvi (De la providence)

Cette citation nous offre une vision très particulière de la providence : alors que dans la Bible, Dieu pourvoit aux besoins de tous les êtres vivants (1), ici il distribue ce sont les besoins qu’il répartit en fonction des capacités (2). Ce qui est une façon assez profane de voir la providence, puisque, selon la Bible, Dieu a un plan global de la Création, la Providence étant la machinerie qui en assure le bon fonctionnement.

Ajoutons que cette citation prend tout son sens dans une société esclavagiste, puisque c’est une définition de l’esclave qui nous est donnée sous couvert d’un examen du cas de l’animal. Car l’esclave comme l’animal (mais est-il autre chose ?) est un être qui n’a pas sa fin (=son but) en lui-même ; il n’existe que pour servir son maître et on peut supposer que quand il en sera incapable on le mettra à mort, comme on envoie la vache tarie à l’équarisseur.

Deux observations, pour prolonger un peu notre lecture :

1ère observation : sachons mesurer nos besoins à l’aune de nos capacités. Inutile de rêver d’une Ferrari rouge si vous êtes smicard.

2ème observation : être libre, c’est disposer de ses propres forces pour réaliser son propre projet. Un peu plus haut, Epictète a critiqué les hommes qui geignent de ne pas avoir ce qu’ils souhaitent au lieu de mobiliser leurs forces – dont ils sont les seuls responsables – pour aller chercher ce qu’ils souhaitent.

Yalla comme dit sœur Emmanuelle…


(1) Et dans le mythe de Prométhée également (voir le Protagoras de Platon)

(2) De fait le paragraphe XVI souligne combien la providence nous est favorable, puisqu’elle a fait que les animaux qui nous servent font par eux-mêmes tout ce qui est nécessaire à leur survie – sans qu’on ait le besoin de s’en occuper.

Wednesday, July 18, 2007

Citation du 19 juillet 2007

Ce que l'homme a au-dehors, la femme l'a au-dedans, tant par la providence de la nature, que de l'imbécillité d'icelle, qui n'a pu expeller et jeter dehors lesdites parties, comme à l'homme.

Ambroise Paré

Petit cours d’anatomie : les testicules sont à l’extérieur de l’abdomen, dans un petit sac appelé « bourse ». Les ovaires sont à l’intérieur de l’abdomen.

Et maintenant, quelle différence entre un savoir préscientifique (Ambroise Paré) et un savoir scientifique ?

Pour la science, ce qui est étrange ce n’est pas la position des ovaires mais bien celle des testicules. C’est que c’est fragile ces petites choses, et elles risquent bien des traumatismes à être ainsi exposées aux mauvais coups. Mais la science physiologique explique cette situation très simplement: la spermatogenèse se bloque au-delà de 37°, température couramment dépassée à l’intérieur de l’abdomen. Si vos testicules sont à l’extérieur, c’est donc pour les garder au frais.

Par contre Ambroise Paré, bien qu’anatomiste rigoureux, est encore dans le savoir préscientifique : avec lui on n’est pas seulement dans le domaine de la recherche de la vérité mais aussi dans celui du sens et de la valeur. C’est ainsi qu’il évoque à propos des organes de la génération féminins, la providence et l’imbécillité de la nature (1). Providentiellement, la nature les a conçus là où ils peuvent être utiles, c’est à dire dans le corps et protégés pas lui. Mais elle n’a pu éviter l’« imbécillité ». En effet, le « sens » des organes sexuels, c’est qu’ils sont la honte de l’humanité dont ils sont les parties honteuses. Ce que la nature a voulu pour l’homme, c’est éloigner le plus possible ces parties honteuses de son corps - c’est à dire de lui-même - en les mettant dehors. Mais elle n’a pas su - et donc pas pu - en faire autant avec la femme.

Alors là, vous êtes libres de continuer ; si la nature de l’homme risquait d’être polluée par la proximité des ses organes reproducteurs, la nature de la femme ne l’est-elle pas du fait de cette « imbécillité » de la Nature ?

Moi, si j’étais vous, je n’irai pas sur ce chemin. Mais il y en a un qui y a été sans hésiter : c’est Freud. La femme, dit-il, est incapable de refouler ni de sublimer ses instincts ; c’est d’ailleurs ce qui fait d’elle une éternelle enfant.

(1) C’est du moins ainsi que je lis le démonstratif « icelle », qui renvoie à la nature et non à la femme. Si quelqu’un veut critiquer cette interprétation, je suis intéressé par ses arguments.

Thursday, July 12, 2007

Citation du 13 juillet 2007

Bénie soit la Providence qui a donné à chacun un joujou: la poupée à l'enfant, l'enfant à la femme, la femme à l'homme, et l'homme au diable.

Victor Hugo - Marie Tudor (1833), I, 2

La fatalité, la providence : quelle différence ? Aucune et pourtant nous avons l’habitude de classer la fatalité dans les causes de malheur et la providence dans celles de la bonne chance.

Victor Hugo est un peu plus rigoureux : la Providence c’est ce qui met de l’ordre dans la Création, et pas n’importe quel ordre. Il s’agit de l’ordre des fonctions. Que chaque chose créée ait une fonction par rapport à un autre élément créé, de sorte que se construise ainsi une pyramide dont chaque étage soit nécessaire pour l’existence de l’étage supérieur. Ainsi on a le triple avantage que :

1 - L’ensemble soit autosuffisant ;

2 - Que tout ayant une fonction ait un sens ;

3 - Que l’homme, placé au sommet de la pyramide puisse tirer avantage de la Création toute entière sans avoir à s’en justifier.

Encore que ce soit difficile à avaler, je passerai sur le fait qu’une telle conception nous oblige à bénir n’importe quoi, y compris que « l'enfant [soit le joujou de] la femme, la femme [celui de] l'homme, et l'homme [celui du] diable » (1).

En revanche, on a toujours eu quelques difficultés (et déjà au 17ème siècle) à admettre que tout ait un sens en raison d’un bénéfice apporté à la création - et plus encore à l’homme. Car disait-on, lorsqu’il pleut sur la mer, alors que d’effroyables et arides déserts font d’épouvantables conditions d’existence pour les peuples qui y vivent, comment la Providence peut-elle justifier cela ? Plus tard, avec le tremblement de terre de Lisbonne, la même question est réapparue (voir Post du 12 février 2006).

Mais le 3ème point, peut-être plus actuel pour nous qui voulons protéger la planète de nos industries, devrait retenir notre attention. On a dit bien des fois que les peuples « premiers », du fait de leur animisme étaient dans une attitude de respect vis-à-vis de la nature, et que, lorsqu’ils tuaient un animal pour vivre, ils ne manquaient pas de faire une offrande - à la nature, au Totem symbolisé par cet animal - pour compenser la perte qu’ils venaient de lui occasionner. Voyez la différence avec la conception « providentielle » (= providentialiste) : l’homme a le droit d’exploiter la nature car non seulement elle lui a été donnée par Dieu, mais encore parce qu’il lui est supérieur : c’est pour lui qu’elle existe.

Pour sauver la Planète, ensauvageons-nous !

(1) Victor n’est pas sérieux. La femme n’est pas la jouet de l’homme mais son auxiliaire, comme le prouve le texte de la Genèse :

2.20 Et l'homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux des champs; mais, pour l'homme, il ne trouva point d'aide semblable à lui.
2.21 Alors l'Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme, qui s'endormit; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place.
2.22 L'Éternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise de l'homme, et il l'amena vers l'homme.

Si vous n’êtes pas encore content(e) avec cette nuance, vous connaissez l’Auteur ? C’est à Lui que vous devez vous plaindre.

Thursday, April 26, 2007

Citation du 27 avril 2007

Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin.

Voltaire – Candide ou l’Optimisme

Même si vous avez passé plus de temps pendant les cours de français à envoyer des petits papiers à la voisine (les SMS : c’est tout de même un progrès…), vous n’avez pas pu échapper à la dernière réplique du Candide de Voltaire, et aux commentaires alambiqués de votre prof de lettres.

Parce que, c’est vrai, on est un peu déçu de cette chute, comme si la sagesse de Candide venait rompre avec le charme des aventures mirobolantes, qui se succédaient en cascades depuis le début de l’ouvrage.

C’est vrai, à quoi il pensait Voltaire en écrivant ça ? Qu’il était plus sage de rester chez soi à prendre soin des biens que Dieu nous a confiés, plutôt que d’aller courir l’aventure pour voir si la Providence est plus généreuse ailleurs ? Ou bien que décidément l’optimisme ne justifie pas tout et qu’il vaut mieux s’assurer des ressources les plus proches au lieu de chercher fortune ailleurs ? Ou encore, que la nécessité vitale impose silence aux délires de l'ambition?

N’y aurait-il pas plutôt l’idée que la culture des poireaux permet de découvrir des vérités cachées pour les aventuriers pressés de courir à travers le monde ? Se pencher sur les plantes vertes pour voir comment elles se débrouillent pour vivre et pour se reproduire ; confier un grain de blé à la terre et s’émerveiller de voir qu’elle nous rend un épi pour une graine. Les physiocrates avaient fondé toute une théorie là dessus, selon la quelle seule l’agriculture produit plus de richesse qu’elle n’en consomme, au contraire de l’industrie. Marx a encore dû combattre cette conception à l’époque où il écrit le Capital, preuve que l’idée semblait évidente. Et puis Rousseau, fabriquant son herbier à la fin de sa vie et disant que s’il avait su, il n’aurait jamais fait autre chose.

L’horticulture, un must pour la sagesse humaine. Signé Vilmorin.

Friday, March 16, 2007

Citation du 17 mars 2007

« Eppur, si muove ! ». (« Et pourtant elle tourne »)
Galilée - 22 juin 1633
Une remarque avant de commencer : mes élèves des générations lointaines savaient ce que voulait dire cette phrase de Galilée. Plus tard, ils n’y ont plus rien compris parce qu’ils pensaient que Galilée avait été condamné pour avoir dit que la terre était ronde alors qu’on la croyait plate (d’ailleurs ils étaient unanimes pour affirmer qu’il avait été brûlé pour ça). Et les générations les plus récentes ne commettent plus cette erreur parce que Galilée est pour eux un inconnu. Fin de la séquence souvenir.
Eppur, si muove ! … Légende ou réalité ? On ne sait, mais on prend cette citation comme une mise en évidence de l’inexistence des idéologies devant les faits : on ne peut décidément pas faire tourner le soleil autour de la terre simplement parce que ça cadre avec notre représentation de l’univers.
Puéril. Comment peut-on croire de pareilles balivernes ?
En réalité, ce n’est pas si étonnant. Voyons un peu.
D’abord, ce qui reste vrai, dans cette histoire, c’est qu’on a eu besoin de justifier le mouvement apparent du soleil dans le ciel ; comme s’il ne suffisait pas que ça existe, mais qu’il faille aussi montrer que c’était bon. C’est ainsi qu’au soir du troisième jour de la création, Dieu fit les astres pour éclairer la terre, et « Dieu vit que c’était bon » (1). Vous connaissez la suite : si l’univers n’est pas centré sur l’homme, alors on est dans l’infini comme un point errant et sans signification : Pascal en frissonnait encore (2).
Le ciel ne nous parlerait donc plus ? Je n’en crois rien : voyez les horoscopes, et dites moi si votre thème astral ne vous concerne pas : êtes-vous né sous une bonne étoile ? Même si vous n’y croyez pas, vous devez vous le demander de temps en temps.
Ensuite, c’est vrai : le soleil tourne autour de la terre. Voici une anecdote - fictive - : Galilée et Tycho Brahé sont au bord de la mer ; c’est le lever du jour. Tycho Brahé dit : « Le soleil se lève ». Et Galilée de répondre : « Non. C’est l’horizon qui s’abaisse. ». Hé bien, c’est Tycho Brahé qui a raison : personne ne voit l’horizon s’abaisser sous le soleil, pas même Galilée, et le mouvement apparent du soleil ne présente pour nous aucune différence avec le mouvement réel de la lune. Les apparences nous trompent peut-être, mais notre vie se déroule avec elles, sans aucune difficulté.
Reste à ne pas en rajouter avec la bienveillance divine.
(1) Genèse 1-17. Mon édition (Livre de poche) précise qu’en faisant des astres de simples luminaires pour éclairer la terre, le texte biblique s’oppose aux religions qui les divinisaient. C’était donc une thèse religieuse.
(2) Voir message du 4 octobre 2006