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Monday, March 21, 2016

Citation du 22 mars 2016

Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent.
Aphorisme cité par le chanteur Renaud dans Télérama n°3453
On peut disculper la girouette : ce n’est pas elle qui est responsable de l’instabilité qu’elle manifeste : c’est le vent. La girouette, quant à elle se borne à nous signaler que les choses ont changé et, surtout, qu’elles ne sont pas établies fermement. Gardons l’œil sur elle, car elle est un signal de ces changements.
Bon – mais alors que dire du vent ? Car, c’est lui qui cause ces changements incessants, c’est lui qui fait tournoyer la girouette sur le toit. Mais le vent, c’est juste un déplacement d’air entre des hautes pressions et des basses pressions : ce sont elles qui sont responsables du déplacement de l’air donc du mouvement de la girouette. Mais ces pressions, elles aussi sont déterminées par des écarts de températures, et ce sont leurs variations qui provoquent ces changements de cap qui affectent le vent – et ainsi de suite : nous sommes engagés par l’enchainement des causes dans une régression ad infinitum.
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Reste que la girouette a mauvaise réputation parce qu’elle est instable : on ne reproche rien au bouchon porté par le courant ; certes il n’est pas plus responsable que la girouette, mais lui au moins il va toujours dans le même sens. Oui, c’est cela qu’on reproche à la girouette : avec elle on ne sait jamais de quoi demain sera fait : pointée vers le sud ou vers l’ouest ? Qui sait… On voudrait qu’elle résiste, ou au moins qu’elle aille toujours dans le même sens.

Mais soyons lucides : si c’est le vent qui fait tourner la girouette, et si ce sont les masses d’air qui déplacent le vent et si… etc. : alors ce sont des causes toujours plus gigantesques qui sont responsables finalement de cette pirouette sur notre toit ; du coup, à quoi bon se plaindre ? C’est un ordre universel, et qu’y pouvons-nous ? D’ailleurs, même si nous y pouvions quelque chose qui sait si ce ne serait pas pire après ? C’était là le message des stoïciens.

Monday, March 16, 2015

Citation du 17 mars 2015

Je ne sais si cela se peut ; mais je sais bien que cela est.
Molière – L'amour médecin

On rapporte qu'il (= Diogène le Cynique) toucha un mur pour prouver aux sophistes que le mouvement existait ; le mouvement se démontre en marchant depuis lors.
Diogène Laërce – Vie des philosophes illustres
Les faits sont têtus dit-on (1) : c’est même très humiliant pour ceux qui ont construit de très belles théories pour prouver qu’ils ne pouvaient se produire (qu’on songe aux théologiens face à Galilée). La parade consiste alors de construire d’autres discours pour modifier la perception des choses qui sont entrain d’apparaître. Mais rien ne sert de nier la réalité : elle continue d’être la même, quoiqu’on en dise. Marx dit, dans la 11ème  thèse sur Feuerbach : Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c'est de le transformer.
o-o-o
Tout cela est bien connu, et il ne sert à rien d’ajouter l’évidence à l’évidence.
Quoique… N’y aurait-il pas un domaine où la fausse perception entraînerait la modification du réel ? Des évènements qui pourraient se produire simplement parce qu’on a dit qu’ils le devaient ? Vous l’avez déjà deviné, n’est-ce pas : il s’agit des prédictions auto-réalisatrices, celles qui déclenchent des réactions qui vont produire dans la réalité l’apparition du le fait annoncé.
C’est ainsi que cela se passe souvent dans le monde de la finance, lorsque tout le monde vend ses actions quand on prédit une catastrophe – d’où la catastrophe, justement. Mais il arrive aussi que cela produise l’inverse de ce qu’on espérait : quand Alexis Tsipras annonce qu’il va mettre les Marchés à genoux et rendre à la Nation sa souveraineté, les grecs, au lieu d’investir leurs économies de leur pays censé remis à flot, vont retirer leur argent des banques pour le mettre à l’abri – à l’étranger. Pas nouveau : un vieil adage boursier dit qu’il faut vendre au son de clairon et acheter au son du canon.
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(1) C’est Lénine qui le dit (voir ici) : il est vrai que les bolcheviks de 1917 n’avaient pas besoin de discours pour faire la révolution. Ils cognaient.

Friday, September 06, 2013

Citation du 7 septembre 2013

…il est désormais plus sûr qu’une canicule frappe Paris le 25 décembre qu’ils [= les joueurs de l’équipe de France de football] marquent un but.
Commentaire du journal Le Parisien, suite au match nul (0-0) de la France devant la Géorgie
Un évènement est absolument prévisible lorsqu’il arrive selon une loi scientifique : celle-ci n’admet en effet pas d’exception. La seule dérogation à ce principe suppose l’intervention d’un miracle, décision de Dieu qui choisit d’outre passer les lois de la Création.
On comprend alors que la canicule à Paris le jour de Noël constituerait un tel miracle, ce qui donne une image des forces qui devraient se mobiliser pour que l’équipe de France de football se comporte victorieusement.
Bien entendu, j’entends bien que ce commentaire n’est pas à prendre au premier degré, mais qu’il cherche à donner une idée de la catastrophe annoncée. Reste un ton, un style qui dans ce commentaire reflète une certitude absolue : le journaliste (spécialisé) est un homme qui connait l’avenir parce qu’il en maitrise tous les paramètres. Et s’il œuvre comme ici dans le domaine du sport, il pourrait aussi bien être un commentateur politique, économique, financier, etc…
Ce qui devrait nous surprendre : comme on le disait plus haut, qui donc possède une telle maitrise, sinon les scientifiques ? Eux – et eux seuls – sont capables de prédire avec une absolue certitude la date de la prochaine éclipse de soleil … ou celle du Ramadan ! Qui donc connait les méandres de l’humeur de tel ou tel joueur de foot ? Ou les innovations techniques pas encore inventées qui demain bouleverseront l’économie mondiale ? Personne ?
Oui : personne. C’est cela que nous n’admettons pas ; imaginer que l’avenir soit inconnu – ou pire : qu’il n’existe pas du tout – nous est insupportable. Raison pour laquelle nous ne pouvons nous figurer que le temps qu’il va faire à Noël soit indécidable.
Raison pour laquelle nous croyons tous les charlatans qui nous prédisent l’avenir comme s’ils y étaient déjà eux-mêmes installés.

Tuesday, June 12, 2012

Citation du 13 juin 2012


La prédiction d'un événement a pour résultat de faire arriver ce qu'elle a prédit.
Watzlawick – Faites vous-même votre malheur – 1983 (lire le texte complet en annexe)
Nous sommes en présence d’une citation extraite d’un ouvrage (qui a été abondamment commenté –voir cet intéressant article) et qui développe cette idée : la prévision d’un évènement transforme et/ou précipite sa réalisation quand il n’est pas encore arrivé. (Comme quand on dit à quelqu’un « sois un peu spontané », injonction qui à coup sûr va lui rendre encore plus difficile de l’être.)
- « La prédiction d'un événement a pour résultat de faire arriver ce qu'elle a prédit » est une variante de de ce que Watzlawick appelle la double contrainte (double bind en V.O.), mais dans le contexte de l’analyse financière on nommera cela une prédiction auto-réalisatrice. Ainsi des prévisions pessimistes sur la dette publique d’un pays qui affole  les marchés, fait monter les intérêts et accroit donc effectivement les difficultés financières.
Exemple : lorsque le Président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy affirmait il y a deux jours que l’Espagne n’aurait pas besoin de l’aide européenne pour sauver son système bancaire de la faillite, il savait que la décision ne lui appartenait déjà plus et que le prêt de 100 milliards d’euros était décidé – mais son problème était de maintenir le taux de la dette au plus bas possible. (1)
Toutefois, il faut observer que cette double contrainte existe pour absolument tout fait humain : sa connaissance entraine sa modification. Ainsi, savoir l’heure certaine de notre mort modifierait de beaucoup la qualité de la vie qui nous reste – stress qui pourrait en avancer l’échéance. Et globalement, c’est aussi la difficulté rencontrée par les sciences humaines : la connaissance de l’objet étudié entraine la modification de celui-ci – et de ce fait falsifie la connaissance.
C’est aussi un avantage que ces sciences ont sur les sciences physiques : car connaitre le poids de la Tour Eiffel n’a jamais permis de la rendre plus légère. En revanche pénétrer par l’analyse dans l’histoire de notre inconscient permet peut-être quand même d’améliorer notre vie.
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(1) Quand ensuite il a affirmé que ce prêt n’entrainerait pas de plan d’austérité supplémentaire, les madrilènes sont descendus dans la rue pour dénoncer « les mensonges du gouvernement ».
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Annexe :
Plus un pays se sentira menacé par son voisin, plus il s'armera, convainquant ainsi le voisin de prendre des mesures "défensives" qui seront perçues comme autant de preuves supplémentaires de son humeur belliqueuse. La guerre (à laquelle tout le monde finit par s'attendre) n'est plus alors qu'une question de temps. Plus on augmentera les impôts pour compenser des fraudes fiscales (réelles ou imaginaires), plus les citoyens les plus honnêtes tendront à tricher dans leurs déclarations. Toute prédiction d'une pénurie (fondée ou non) de tel bien de consommation entraîne immédiatement la constitution de stocks qui créent la pénurie annoncée.
La prédiction d'un événement a pour résultat de faire arriver ce qu'elle a prédit.
Watzlawick – Faites vous-même votre malheur

Saturday, July 23, 2011

Citation du 18 juillet 2011

L'expérience de Socrate. - Si l'on est devenu maître en une chose, on est pour l'ordinaire resté par cela même un pur apprenti dans la plupart des autres ; mais on en juge inversement, comme Socrate en faisait déjà l'expérience. Là est l'inconvénient qui rend le commerce des maîtres désagréable.

Friedrich Nietzsche – Humain, trop humain.

Nietzsche commente un passage fort connu de Platon où il fait dire à Socrate que la seule sagesse humaine est celle qui connait les limites de son savoir, et que, pour ce qui est de l’omniscience, seul Apollon peut en jouir (1).

Seulement, Nietzsche en tire une conclusion qui ne figure pas dans le texte de Platon : évitez les maitres, ce sont des pédants prétentieux, ils ne savent pas de quoi ils parlent.

Les exemples pour illustrer cette idée abondent, ce sont ceux que nous livrent souvent les médias qui interrogent les peoples sur la façon dont ils conçoivent l’évolution sociale et politique du pays – voire même du monde. Qu’un biologiste ait des idées sur l’éthique mise en jeu par ses recherches – pourquoi pas ? Qu’un astrophysicien se pose des questions sur la nature de l’espace et du temps – quoi de plus naturel ? Mais qu’il se pose (ou qu’on le pose) en référence pour la pensée des autres et qu’il prétende à gouverner leurs pensées dans des domaines forcément étrangers à leur champ de recherche, voilà ce qui en fait des maitres désagréables.

Le problème, c’est pour les philosophes : eux ont pour champ de compétence précisément la totalité du savoir : n’est-ce pas ainsi qu’on a toujours posé la philosophie, reine des sciences ? C’est un peu ridicule comme prétention, mais n’en discutons pas : laissons les philosophes se rengorger dans leur importance, et appelons Hegel à la rescousse : « Ce n’est qu’au début du crépuscule que la chouette de Minerve prend son vol » dit-il (lire ici).

La philosophie a elle aussi sa limite : elle sait ce que signifie le passé – mais elle ne devine pas l’avenir.

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(1) Voir Platon Apologie de Socrate 21b-22d (Une version en français ici, où les artisans sont désignés dans la traduction par le terme artiste – ce dont on peut être surpris)

Friday, May 14, 2010

Citation du 15 mai 2010

Il y a une intelligence qui est miroir seulement. Fidèle à retracer les circonstances de ce qui est. Parfaite pour enseigner et expliquer ; de nul effet pour l'action. Non qu'elle puisse annoncer, d'après l'état actuel, l'état des choses qui suivra ; mais agir d'après cela ce n'est toujours que suivre. Ainsi le docteur en politique nous annonce la guerre ou la disette ; nous ne serons point surpris ; nous aurons nos provisions ou nos chaussures de marche.

Mais, par l'exemple des provisions, on voit déjà en quoi l'intelligence miroir remet l'homme au-dessous d'une bonne machine à prévoir ; car une telle machine ne change pas l'avenir par ses annonces, au lieu que l'homme qui craint la disette et fait des provisions contribue pour sa part à semer l'alarme et aggrave la crise, comme on a vu.

Alain – Mars ou la guerre jugée (1921)

Spéculation II

Hier j’ai absous les spéculateurs (1) du péché de manipulation parce que je supposais qu’ils n’étaient que des observateurs éclairés de la situation économique. Alain nous montre quelle était notre erreur : l’homme ne se contente jamais de prévoir ; il veut aussi agir à partir de là.

La question que nous pose la situation économique actuelle est la suivante : prévoir est-il une bonne chose s’il est vrai que les dispositions prises à partir de là peuvent aggraver la crise annoncée ? (2)

Chacun aura sans doute sa réponse à propos de ce qui se passe en ce moment sur les marchés financiers. Je me contenterai d’observer qu’il y a bien des circonstances où nous refuserions de connaître l’avenir, même si cette révélation fournissait les moyens d’en pallier certains effets, dans la mesure où les inconvénients l’emportent largement sur les avantages.

- Est-il bon de prévoir le temps qu’il va faire ? Oui, bien sûr : je vais emporter ou mon parapluie ou mon bermuda selon ce qu’on m’annonce. Mais en même temps, si pour le week-end de l’ascension, on m’annonce un temps pourri, je vais me gâcher la vie : au lieu de me réjouir et de téléphoner à tous mes amis pour qu’ils viennent avec moi à Deauville, je vais me désoler en me voyant déjà recroquevillé sur un lit d’hôtel à contempler la pluie qui bat les carreaux.

- Certains maris (ou les femmes) trompés le diront aussi : plutôt ignorer pourquoi les amis ricanent discrètement quand ils arrivent avec leur traîtresse de compagne que de connaître leur infortune.

- Et que dire de la médecine capable – supposons-le – de prédire notre mort, sa date, l’intensité des souffrances de notre agonie dès lors qu’une maladie bien mortifère se déclenche ? Beaucoup préfèrent ne rien savoir.

- C’est l’Ecclésiaste qu’il appartient de conclure :

celui qui augmente sa science augmente sa douleur. (1, 18)

Entendons : celui qui connaît l’avenir accroît par ses réactions la douleur qu’il devait procurer.


(1) Il s’agit bien sûr de ceux qui se livrent à la spéculation financière.

(2) L’ouvrage d’Alain a été publié en 1921 ; la crise dont il parle est donc probablement en rapport avec la Grande Guerre.

Tuesday, July 21, 2009

Citation du 22 juillet 2009

Lune 1

Les mathématiciens étudient le soleil et la lune et oublient ce qu'ils ont sous les pieds.

Diogène Le Cynique

Voilà ce que l’épopée des astronautes américains il y a 40 ans a contribué à effacer : on peut être dans la lune sans perdre le sens des réalités.

Mais enfin, comment a-t-on pu prendre la lune comme symbole de l’absence de réalisme, voire même comme preuve de la rêverie tenace ?

Je crois que les grecs y sont pour quelque chose, et l’anecdote rapportée par Diogène et développée par Platon (cf. l’annexe en fin de message) nous le montre plaisamment.

Toutefois, si vous avez eu le courage de lire le texte de Platon jusqu’au bout, vous aurez constaté que la leçon qu’il tire de cette anecdote n’est pas tout à fait la même : ce qu’on peut reprocher aux savants spéculatifs (dont les philosophes), ce n’est pas d’ignorer les phénomènes naturels, mais de ne pas comprendre les hommes aux yeux des quels il passe pour un imbécile.

Toutefois, le reproche fait par Diogène aux mathématiciens n’est pas tout à fait juste, puisque, dit-on, la même année Thalès, prévoyant grâce à ses observations du ciel un été très chaud pour les mois à venir – phénomène qui garantissait une récolte d’olives exceptionnelle - acheta tous les moulins à huile qu’il pût trouver, les louant à prix d’or quand les besoins qu’il avait prévus se firent sentir.

Il faut connaître le ciel pour mieux connaître la terre.

Est-ce bien cela qui a constitué la leçon de la mission lunaire américaine ?

Regardez l’image ci-dessous et dites moi à quel genre d’action était dédiée la mission Apollo.

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Annexe – Platon, Théétète

Socrate : L’exemple de Thalès te le fera comprendre, Théodore. Il observait les astres et, comme il avait les yeux au ciel, il tomba dans un puits. Une servante de Thrace, fine et spirituelle, le railla, dit-on, en disant qu’il s’évertuait à savoir ce qui se passait dans le ciel, et qu’il ne prenait pas garde à ce qui était devant lui et à ses pieds. La même plaisanterie s’applique à tous ceux qui passent leur vie à philosopher. Il est certain, en effet, qu’un tel homme ne connaît ni proche, ni voisin ; il ne sait pas ce qu’ils font, sait à peine si ce sont des hommes ou des créatures d’une autre espèce ; mais qu’est-ce que peut être l’homme et qu’est-ce qu’une telle nature doit faire ou supporter qui la distingue des autres êtres, voilà ce qu’il cherche et prend peine à découvrir. Tu comprends, je pense, Théodore ; ne comprends-tu pas ?

Théodore : Si, et je pense que tu dis vrai.

Socrate : Voilà donc, ami, comme je le disais en commençant, ce qu’est notre philosophe dans les rapports privés et publics qu’il a avec ses semblables. Quand il est forcé de discuter dans un tribunal ou quelque part ailleurs sur ce qui est à ses pieds et devant ses yeux, il prête à rire non seulement aux servantes de Thrace, mais encore au reste de la foule, son inexpérience le faisant tomber dans les puits et dans toute sorte de perplexités. Sa terrible gaucherie le fait passer pour un imbécile. Dans les assauts d’injures, il ne peut tirer de son cru aucune injure contre personne, parce qu’il ne connaît aucun vice de qui que ce soit, faute d’y avoir prêté attention ; alors il reste court et paraît ridicule.

Platon – Théétète (174a)