Monday, March 21, 2016
Citation du 22 mars 2016
Monday, March 16, 2015
Citation du 17 mars 2015
Friday, September 06, 2013
Citation du 7 septembre 2013
Tuesday, June 12, 2012
Citation du 13 juin 2012
Saturday, July 23, 2011
Citation du 18 juillet 2011
L'expérience de Socrate. - Si l'on est devenu maître en une chose, on est pour l'ordinaire resté par cela même un pur apprenti dans la plupart des autres ; mais on en juge inversement, comme Socrate en faisait déjà l'expérience. Là est l'inconvénient qui rend le commerce des maîtres désagréable.
Friedrich Nietzsche – Humain, trop humain.
Nietzsche commente un passage fort connu de Platon où il fait dire à Socrate que la seule sagesse humaine est celle qui connait les limites de son savoir, et que, pour ce qui est de l’omniscience, seul Apollon peut en jouir (1).
Seulement, Nietzsche en tire une conclusion qui ne figure pas dans le texte de Platon : évitez les maitres, ce sont des pédants prétentieux, ils ne savent pas de quoi ils parlent.
Les exemples pour illustrer cette idée abondent, ce sont ceux que nous livrent souvent les médias qui interrogent les peoples sur la façon dont ils conçoivent l’évolution sociale et politique du pays – voire même du monde. Qu’un biologiste ait des idées sur l’éthique mise en jeu par ses recherches – pourquoi pas ? Qu’un astrophysicien se pose des questions sur la nature de l’espace et du temps – quoi de plus naturel ? Mais qu’il se pose (ou qu’on le pose) en référence pour la pensée des autres et qu’il prétende à gouverner leurs pensées dans des domaines forcément étrangers à leur champ de recherche, voilà ce qui en fait des maitres désagréables.
Le problème, c’est pour les philosophes : eux ont pour champ de compétence précisément la totalité du savoir : n’est-ce pas ainsi qu’on a toujours posé la philosophie, reine des sciences ? C’est un peu ridicule comme prétention, mais n’en discutons pas : laissons les philosophes se rengorger dans leur importance, et appelons Hegel à la rescousse : « Ce n’est qu’au début du crépuscule que la chouette de Minerve prend son vol » dit-il (lire ici).
La philosophie a elle aussi sa limite : elle sait ce que signifie le passé – mais elle ne devine pas l’avenir.
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(1) Voir Platon Apologie de Socrate 21b-22d (Une version en français ici, où les artisans sont désignés dans la traduction par le terme artiste – ce dont on peut être surpris)
Friday, May 14, 2010
Citation du 15 mai 2010
Il y a une intelligence qui est miroir seulement. Fidèle à retracer les circonstances de ce qui est. Parfaite pour enseigner et expliquer ; de nul effet pour l'action. Non qu'elle puisse annoncer, d'après l'état actuel, l'état des choses qui suivra ; mais agir d'après cela ce n'est toujours que suivre. Ainsi le docteur en politique nous annonce la guerre ou la disette ; nous ne serons point surpris ; nous aurons nos provisions ou nos chaussures de marche.
Mais, par l'exemple des provisions, on voit déjà en quoi l'intelligence miroir remet l'homme au-dessous d'une bonne machine à prévoir ; car une telle machine ne change pas l'avenir par ses annonces, au lieu que l'homme qui craint la disette et fait des provisions contribue pour sa part à semer l'alarme et aggrave la crise, comme on a vu.
Alain – Mars ou la guerre jugée (1921)
Spéculation II
Hier j’ai absous les spéculateurs (1) du péché de manipulation parce que je supposais qu’ils n’étaient que des observateurs éclairés de la situation économique. Alain nous montre quelle était notre erreur : l’homme ne se contente jamais de prévoir ; il veut aussi agir à partir de là.
La question que nous pose la situation économique actuelle est la suivante : prévoir est-il une bonne chose s’il est vrai que les dispositions prises à partir de là peuvent aggraver la crise annoncée ? (2)
Chacun aura sans doute sa réponse à propos de ce qui se passe en ce moment sur les marchés financiers. Je me contenterai d’observer qu’il y a bien des circonstances où nous refuserions de connaître l’avenir, même si cette révélation fournissait les moyens d’en pallier certains effets, dans la mesure où les inconvénients l’emportent largement sur les avantages.
- Est-il bon de prévoir le temps qu’il va faire ? Oui, bien sûr : je vais emporter ou mon parapluie ou mon bermuda selon ce qu’on m’annonce. Mais en même temps, si pour le week-end de l’ascension, on m’annonce un temps pourri, je vais me gâcher la vie : au lieu de me réjouir et de téléphoner à tous mes amis pour qu’ils viennent avec moi à Deauville, je vais me désoler en me voyant déjà recroquevillé sur un lit d’hôtel à contempler la pluie qui bat les carreaux.
- Certains maris (ou les femmes) trompés le diront aussi : plutôt ignorer pourquoi les amis ricanent discrètement quand ils arrivent avec leur traîtresse de compagne que de connaître leur infortune.
- Et que dire de la médecine capable – supposons-le – de prédire notre mort, sa date, l’intensité des souffrances de notre agonie dès lors qu’une maladie bien mortifère se déclenche ? Beaucoup préfèrent ne rien savoir.
- C’est l’Ecclésiaste qu’il appartient de conclure :
celui qui augmente sa science augmente sa douleur. (1, 18)
Entendons : celui qui connaît l’avenir accroît par ses réactions la douleur qu’il devait procurer.
(1) Il s’agit bien sûr de ceux qui se livrent à la spéculation financière.
(2) L’ouvrage d’Alain a été publié en 1921 ; la crise dont il parle est donc probablement en rapport avec la Grande Guerre.
Tuesday, July 21, 2009
Citation du 22 juillet 2009
Lune 1
Les mathématiciens étudient le soleil et la lune et oublient ce qu'ils ont sous les pieds.
Diogène Le Cynique
Voilà ce que l’épopée des astronautes américains il y a 40 ans a contribué à effacer : on peut être dans la lune sans perdre le sens des réalités.
Mais enfin, comment a-t-on pu prendre la lune comme symbole de l’absence de réalisme, voire même comme preuve de la rêverie tenace ?
Je crois que les grecs y sont pour quelque chose, et l’anecdote rapportée par Diogène et développée par Platon (cf. l’annexe en fin de message) nous le montre plaisamment.
Toutefois, si vous avez eu le courage de lire le texte de Platon jusqu’au bout, vous aurez constaté que la leçon qu’il tire de cette anecdote n’est pas tout à fait la même : ce qu’on peut reprocher aux savants spéculatifs (dont les philosophes), ce n’est pas d’ignorer les phénomènes naturels, mais de ne pas comprendre les hommes aux yeux des quels il passe pour un imbécile.
Toutefois, le reproche fait par Diogène aux mathématiciens n’est pas tout à fait juste, puisque, dit-on, la même année Thalès, prévoyant grâce à ses observations du ciel un été très chaud pour les mois à venir – phénomène qui garantissait une récolte d’olives exceptionnelle - acheta tous les moulins à huile qu’il pût trouver, les louant à prix d’or quand les besoins qu’il avait prévus se firent sentir.
Il faut connaître le ciel pour mieux connaître la terre.
Est-ce bien cela qui a constitué la leçon de la mission lunaire américaine ?
Regardez l’image ci-dessous et dites moi à quel genre d’action était dédiée la mission Apollo.
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Annexe – Platon, Théétète
Socrate : L’exemple de Thalès te le fera comprendre, Théodore. Il observait les astres et, comme il avait les yeux au ciel, il tomba dans un puits. Une servante de Thrace, fine et spirituelle, le railla, dit-on, en disant qu’il s’évertuait à savoir ce qui se passait dans le ciel, et qu’il ne prenait pas garde à ce qui était devant lui et à ses pieds. La même plaisanterie s’applique à tous ceux qui passent leur vie à philosopher. Il est certain, en effet, qu’un tel homme ne connaît ni proche, ni voisin ; il ne sait pas ce qu’ils font, sait à peine si ce sont des hommes ou des créatures d’une autre espèce ; mais qu’est-ce que peut être l’homme et qu’est-ce qu’une telle nature doit faire ou supporter qui la distingue des autres êtres, voilà ce qu’il cherche et prend peine à découvrir. Tu comprends, je pense, Théodore ; ne comprends-tu pas ?
Théodore : Si, et je pense que tu dis vrai.
Socrate : Voilà donc, ami, comme je le disais en commençant, ce qu’est notre philosophe dans les rapports privés et publics qu’il a avec ses semblables. Quand il est forcé de discuter dans un tribunal ou quelque part ailleurs sur ce qui est à ses pieds et devant ses yeux, il prête à rire non seulement aux servantes de Thrace, mais encore au reste de la foule, son inexpérience le faisant tomber dans les puits et dans toute sorte de perplexités. Sa terrible gaucherie le fait passer pour un imbécile. Dans les assauts d’injures, il ne peut tirer de son cru aucune injure contre personne, parce qu’il ne connaît aucun vice de qui que ce soit, faute d’y avoir prêté attention ; alors il reste court et paraît ridicule.
Platon – Théétète (174a)