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Wednesday, September 01, 2010

Citation du 1er septembre 2010

La chute des préjugés a mis à nu la source des pouvoirs ; les rois ne peuvent plus se dispenser d'être habiles.

Napoléon 1er – Maximes de guerre et pensées

La chute des préjugés a mis à nu la source des pouvoirs : de quels préjugés s’agit-il ? Si on se réfère à la liste établie dans notre Post d’hier, on supposera qu’il s’agit des préjugés aristocratiques et religieux. Bref, Napoléon veut sans doute dire que le pouvoir absolu n’est plus légitimé par quelque origine surnaturelle ou héréditaire, et qu’en conséquence c’est à son bon gouvernement que le monarque doit maintenant sa légitimité.

On ne posera pas la question de savoir ce que le pouvoir politique en général doit faire pour être bon, mais on remarquera simplement que le chef d’Etat doit, dans une démocratie, répondre aux attentes des électeurs, ou être assez habile pour les amener à croire qu’il le fait. Car c’est bien le terme employé par Napoléon : les rois ne peuvent plus se dispenser d'être habiles.

Ce propos de Napoléon a-t-il encore un intérêt aujourd’hui ? Sans doute pas si on suppose que c’est en contrôlant l’information qu’on va sauver son gouvernement : truquer les chiffres, fausser les informations pour faire croire qu’on a réussi là où on a échoué, voilà qui n’est plus tout à fait d’actualité à l’époque du numérique (Internet, téléphones portables, photos et vidéos numériques…) : les chinois et les iraniens l’ont bien expérimenté à leurs dépends…

Qu’est-ce donc que l’habileté des « rois » d’aujourd’hui, s’ils ne peuvent en aucun cas jouer de la dissimulation ?

Pour ma part, je crois qu’il leur faut persuader le peuple non pas qu’ils font ce que celui-ci a demandé (des sous !), mais plutôt qu’il devrait bien demander ce que eux, les gouvernants sont capables de faire et qui servira leurs intérêts.

Par exemple ? Aider les riches ; faire payer les pauvres ; développer la police ; expulser les roms (1)…

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(1) À l’heure où la destruction des camps illégaux des Roms avec expulsion à la clé bat son plein, les français découvrent avec stupeur que ce sont ces gens là qui menacent leur sécurité. On les croyait voleurs de poules, ils étaient en réalité truands mafieux, égorgeurs, et même (j’en frémis) traders à la Société générale.

Tuesday, August 31, 2010

Citation du 31 août 2010

Il y a des préjugés universels, nécessaires, et qui sont la vertu même. Par tout pays on apprend aux enfants à reconnaître un Dieu rémunérateur et vengeur ; à respecter, à aimer leur père et leur mère ; à regarder le larcin comme un crime, le mensonge intéressé comme un vice, avant qu'ils puissent deviner ce que c'est qu'un vice et une vertu.
Il y a donc de très bons préjugés : ce sont ceux que le jugement ratifie quand on raisonne.

Voltaire – Dictionnaire philosophique



Quand une citation contient une maxime, vous pouvez la formuler, et puis l’expliquer ensuite. Voltaire fait l’inverse : d’abord l’explication, ensuite la maxime. Vous ce qui s’appelle être pédagogue. J’approuve.
Restent encore quelques petits éléments à dégager. Pour aller à l’essentiel, je noterai que Voltaire considère le préjugé comme un jugement en attente de validation, et non comme une catégorie particulière d’opinion. Ou si vous préférez, les préjugés sont définis à partir de leur forme et non à partir de leur contenu.
En quoi consisteraient des préjugés définis à partir de leur contenu ? Le TLF en dresse cette liste que voici :
Préjugé aristocratique, catholique, classique, héréditaire, moral, national, populaire, religieux; préjugés racistes, sexistes; préjugé étroit, grossier, tenace; préjugé de caste, de classe.
Or c’est précisément ce que Voltaire exclut : un préjugé catholique par exemple, n’est pas préjugé parce que catholique, mais seulement en tant que jugement pas encore ratifié par le raisonnement.
Si donc on admet comme lui qu’il y a de bons et de mauvais préjugés, ce ne sont pas par leur contenu qu’il faut les distinguer des jugements authentiques, mais par leur mode d’existence. Les uns sont en puissance des raisonnements, les autres pas – parce qu’aucun raisonnement ne parviendra jamais à les ratifier.
Dans le même ordre d’idées, une hypothèse scientifique n’est hypothèse que tant qu’on n’a pas entrepris de la vérifier. Ensuite ou elle devient une loi, ou elle n’est qu’une erreur.
- Il existe certes un emploi absolu du mot préjugé, qui le définit comme préjugé raciste ; il s’agit alors résulte d’un raccourci, le préjugé raciste étant supposé impossible à valider par un raisonnement démonstratif.
On serait tenté de dire que cet emploi du mot est lui-même un préjugé.

Saturday, August 14, 2010

Citation du 15 août 2010

Il n'y a rien de plus triste que la tristesse d'un homme gai.

Armando Palacio Valdés – La joie du capitaine Ribot

Tristesse II

Hier j’ai réglé mes comptes avec ceux qui refusent d’échanger un préjugé contre 3 hypothèses.

Aujourd’hui je voudrais parler d’un autre préjugé, qui m’est propre cette fois : je déteste qu’on me dise : « Tout(e) petit(e), les clowns me faisaient pleurer… », parce que ça ne me paraît pas très authentique, j’ai l’impression que c’est un poncif ramassé n’importe où, et réinjecté dans des souvenirs d’enfants, après coup, histoire de faire l’intéressant…

Je dois reconnaître pourtant qu’il y a quand même là une part de vérité.

Reportons-nous à la citation de Valdès (1) : la tristesse est particulièrement saisissante quand elle apparaît sur fond de joie ; c’est un procédé, un peu comme dans les mélos, où les pleurs pour être émouvants, doivent surgir au milieu des rires.

- Pourquoi est-ce que je ne supporte pas qu’on me dise que les clowns font pleurer certains enfants, pendant que les autres s’étouffent de rire ? Parce que ça me paraît artificiel, comme quelque chose de trop énorme pour être vrai.

- Par contre, remarquez combien on est attentif quand la tristesse surgit avec nuance et pudeur dans la joie.

Exemple : on parle toujours avec émotion de Charlie Chaplin, qui dans un de ses films (le quel ???), nous montre Charlot – personnage facétieux et drôle – qui pleure parce que sa maison brûle. Il pleure, oui – mais on ne le voit que de dos. Il sait pleurer de dos –Bravo l’artiste ! Mais surtout : Bravo le réalisateur qui sait qu’il ne faut surtout pas montrer les larmes de Charlot.

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(1) Sur Valdès, voir ici (si vous ne maîtrisez pas la langue de Cervantès la traduction Google paraît supportable)

Friday, August 13, 2010

Citation du 14 août 2010

La tristesse est le passage de l’homme d’une plus grande à une moindre perfection.

Spinoza – Ethique, 3ème partie – Définitions des sentiments, III

Tristesse I

Le moindre avantage qu’on soit en droit d’attendre de la philosophie c’est cela : qu’elle fasse un peu le ménage dans les représentations mal fondées, dans les préjugés et dans les superstitions. Comment cela ? En nous proposant plusieurs hypothèses là où d’ordinaire une seule « certitude » nous suffit.

Le mérite de Spinoza est de souligner deux éléments propres à la tristesse :

- D’abord, la tristesse correspond à une réalité objective, qui est la perte d’un degré de perfection. Et non un sentiment lié à une subjectivité qu’il suffit d’éclairer pour la faire disparaître. Du genre : « Bouge tes fesses un peu, tu vas voir que ça ira mieux… » Non : il y a bel et bien passage … d’une plus grande à une moindre perfection.

- Ensuite, on évite également la surestimation de la tristesse entendue comme la façon dont la belle âme s’éprouve elle-même. Il faut se reporter aux Romantiques pour avoir une idée de ce qu’était alors la tristesse : une propriété du génie… ou du moins de l’homme qui sort du commun.

Donc :

- 1ère hypothèse : Spinoza nous dit que la tristesse est liée objectivement à une perte et non une grandeur ; c’est ainsi que la tristesse est exactement opposée à la joie. (1)

Sinon :

- 2ème hypothèse : que la tristesse soit strictement un état psychologique sans qu’aucun fondement objectif ne soit requis pour la comprendre – pourquoi pas ? Mais alors on devrait en faire un état pathologique, comme les états dépressifs, et ne surtout pas chercher à lui donner un sens, mais simplement combattre ça à coup d’anxiolytique : Prosac, la pilule du bonheur.

Ou encore, si vous y tenez :

- 3ème hypothèse : que la tristesse soit la marque du Génie, peut-être également… mais alors :

- ou bien (1ère hypothèse subsidiaire) il faut admettre le génie soit marqué par cela sans qu’on sache pourquoi,

- ou bien (2ème hypothèse subsidiaire) c’est qu’un Génie ne peut vivre heureux chez des nains comme nous – Ses ailes de Géant l’empêchent de marcher… (2)

C.Q.F.D. (comme disait Spinoza…)

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(1) Cf. Spinoza, idem – Def. II

J’ajouterai pour ceux qui veulent plus de précision que dans l’Explication de cette définition, que Spinoza précise que la tristesse n’est pas dans la moindre perfection – puisque participer à une perfection ne peut nous attrister – mais dans le passage à cette moindre perfection – c'est-à-dire dans la perte de quelque chose.

(2) Baudelaire – L’albatros (Les fleurs du mal)