Friday, April 22, 2016
Citation du 22 avril 2016
Tuesday, September 15, 2015
Citation du 16 septembre 2015
Saturday, December 18, 2010
Citation du 19 décembre 2010
La parole est l'ombre de l'action.
Démocrite (Les penseurs grecs avant Socrate, trad. Jean Voilquin, p.176)
Allez ! Et de deux ! Après le Démocrite philosophe de la culture (hier), voici le Démocrite sémiologue…
Nous étions arrivés hier à l’idée que l’éducation embellissait – ou consolait – l’âme et ne changeait rien à la réalité ; voici maintenant que les signes ne font que la redoubler, sans rien lui ajouter non plus.
Car, qu’est-ce que l’ombre ajoute aux choses ? Suis-je différent selon que j’ai une ombre ou que je n’en ai pas ? Mon ombre ne fait que me suivre, ce qui veut dire qu’elle dépend de moi et non pas moi d’elle.
Par rapport à l’action, toute parole est purement descriptive, et c’est en ce sens qu’on peut dire qu’elle n’en est que l’ombre. C’est ainsi que Rodrigue, raconte sa bataille – bien sûr après qu’elle ait eu lieu : « Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort / Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port… ».
Nous en étions là quand survint John Langshaw Austin avec sa découverte des énoncés performatifs, ceux qui justement ne sont pas l’ombre de l’action, mais l’action elle-même. (1)
Mais plutôt qu’un long exposé théorique, peut-être serait-il plus simple de demander à Rodrigue lui-même de nous faire sentir la différence entre un énonce descriptif et un performatif.
Voyez par exemple son apostrophe au Comte : « À quatre pas d'ici je te le fais savoir. » S’agit-il de décrire quelque chose et d’en informer le Comte ? Rodrigue est-il en train de lui expliquer qu’un pré idéal pour accueillir des duellistes est juste à côté ?
Pas du tout, bien sûr. Rodrigue défie le Comte et ses paroles ont exactement de même effet que s’il l’avait souffleté de son gant. Cet énoncé est un performatif, et comme tel ce qu'il désigne n’a pas besoin du supplément d’un acte concret pour exister.
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(1) Voir tag performatif.
Wednesday, February 27, 2008
Citation du 28 février 2008
Je veux lui dire que ce que les générations précédentes ont fait nous devons le faire aussi.
Je veux lui dire qu’il n’y a aucune fatalité à l’injustice et au malheur.
Je veux lui dire que l’avenir sera ce que nous saurons en faire.
Je veux lui proposer de renoncer au renoncement.
Je veux lui promettre que tout peut redevenir possible.
Je veux lui dire les yeux dans les yeux que je dirai tout avant l'élection parce que je ferai tout après. Je sais que vous vous êtes souvent sentis trahis. Je ne vous trahirai pas. Je ne vous mentirai pas. Je ne vous abandonnerai pas. »
Monday, May 28, 2007
Citation du 29 mai 2007
Dieu dit : Que la lumière soit! Et la lumière fut.
Genèse - 1.3
[Oui, je sais que le 29 mars 2006 j’ai déjà utilisé cette référence. Non, je n’ai pas encore complètement épuisé mon stock de citations. Simplement, il y a un an j’avais insisté sur un tout autre aspect que celui qui motive mon Post d’aujourd’hui. Si vous n’êtes pas content, envoyez-moi les citations originales dont vous aimeriez entendre mon géniââââl commentaire.]
La Création du monde, comment ça marche ?
Sachez donc que pour créer le monde, Dieu parle. Il dit ce qu’il veut créer et ça se crée.
En effet, vous êtes vous demandé déjà pourquoi Dieu dit : Que la lumière soit! A qui parle-t-il donc ? Il n’y a personne pour l’entendre, vu que la Création n’en est qu’à son tout début (en gros, on en est ici au stade du chaos). Si Dieu parle, c’est donc bien uniquement pour créer. (1)
Et en effet, Dieu a créé la lumière simplement en le disant, et non pas en décrivant ce qu’il faisait. Lorsqu’il dit Que la lumière soit, elle surgit, car la puissance de Dieu est telle que la simple évocation de son existence suffit. Haydn a parfaitement illustré cette puissance dans son oratorio La Création : le chœur murmure : « Und Gott sprach : Es werde Licht/ Und es war Licht» Sur le second Licht un fortissimo d’orchestre se déchaîne soutenant celui des voix. Un murmure de Dieu suffit à illuminer l’univers.
Et maintenant, on voudrait savoir quelle est la nature de ce pouvoir du langage. La Création du monde, Dieu la « parle » parce que sa parole est logos : le logos de l’Evangile (cf. Post du 19 septembre 2006) est à la fois parole et raison, force créatrice et raison d’être.
Nous qui ne sommes pas des Dieux, nous aussi nous pouvons « faire en parlant », car nous avons accès aux énoncés performatifs. J.L. Austin (2) explique que ces énoncés sont des actes, caractérisés par le fait 1° Que nous devons les signifier à autrui (3) ; 2° Que les circonstances soient conformes (4). Ainsi, si je dis : « Je te parie que je vais gagner le concours (du plus gros mangeur des spaghettis) » la phrase que je prononce constitue le pari ; il n’y a rien de plus à ajouter, sous réserve que je m’adresse à quelqu’un qui parie avec moi. Mais si je dis « Que la lumière soit », il ne se passera rien - à moins que je sois Dieu.
Entre Dieu et nous il ne suffit pas d’évoquer une quelconque différence de puissance. Les énoncés performatifs ont besoin, pour être efficaces, de la coutume sociale en dehors de la quelle ils perdent toute raison d’être. Le pouvoir créateur du mot n’appartient qu’à Dieu qui est le logos ; chez nous il n’existe que comme rêve du sorcier et de la formule magique.
Si ça vous intéresse, allez vous ressourcer chez Poudlard.
(1) Mais Dieu peut aussi faire sans dire ; voyez le verset suivant : Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres. Dieu n’a pas dit « Que la lumière se sépare des ténèbres » : il l’a fait.
(2) cf. Austin Quand dire c’est faire - Détails sur la théorie d’Austin ici. Voir aussi Post du 5 mai 2006
(3) A noter qu’il ne s’agit pas nécessairement d’ordres, ni de paroles qui agissent sur la volonté ou l’affectivité d’autrui (ça ce sont plutôt les perlocutions). L’exemple du pari est celui d’une illocution (voir référence citée)
(4) Un acteur qui joue le rôle du maire dans une scène de mariage ne marie pas réellement les comédiens qui se sont dit « Oui »
Thursday, May 04, 2006
Citation du 5 mai 2006
Histoire juive - L’un dit à l’autre : « Je vais à Cracovie », et c’est la vérité, il dit vrai. Mais l’autre, le soupçonnant de mentir, lui dit : « Mais pourquoi me dis-tu que tu vas à Cracovie alors que tu vas à Cracovie, pour que je croie que tu vas à Varsovie ? »
Freud - Le mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient.
On peut être trompé, même par la vérité. Voilà la morale de cette histoire juive, qui pourrait tout aussi bien servir à décrypter le mensonge politique qui nous préoccupe tant en ce moment.
Le paradoxe est le suivant : tout le monde sait que les politiciens mentent, mais personne ne pardonnera à celui qui se fait prendre en flagrant délit de mensonge ; qu’on se rappelle l’affaire du Watergate : Nixon n’est pas condamné à démissionner seulement pour avoir couvert la pose de micros au siège des démocrates, mais aussi pour avoir menti sous serment. Le premier mensonge du politicien est d’affirmer sa sincérité lorsqu’il parle, la première naïveté du citoyen est de le croire.
C’est qu’en politique la vérité n’importe pas beaucoup plus que le mensonge : cette histoire juive nous a déjà montré qu’on peut être trompé aussi bien par l’un que par l’autre. Ajoutons maintenant qu’en politique la vérité est une assertion qu’on peut évaluer en terme d’efficacité et non en terme de connaissance : je ne dis la vérité que pour être cru et pour obtenir de ce fait satisfaction. Derrida relève que la vérité comme le mensonge entrent dans la catégorie des énoncés performatifs (1), c’est à dire des actes de paroles dont la valeur se mesure à l’efficacité.
La naïveté des citoyens n'est donc que la contrepartie des mensonges des politiciens : ce sont eux, les citoyens qui entretiennent, le mensonge politique. Car s’ils n’y croyaient pas celui-ci serait abandonné parce qu’inefficace.