Monday, October 10, 2016
Citation du 11 octobre 2016
Monday, October 14, 2013
Citation du 15 octobre 2013
Thursday, June 18, 2009
Citation du 19 juin 2009
[...] le principal organe de la vision, c'est la pensée. On voit avec nos idées...
Boris Cyrulnik – Dialogue sur la nature humaine (avec E. Morin)
Mise à l’épreuve de l’affirmation de Cyrulnik : regardez cette image (commentée sur ce blog)
Que dit notre blogueur?
- si, si, toutes les lignes sont parallèles!
Que répond Boris ?
- On voit avec nos idées...
Bravo, Boris, bien répondu. Ne changez pas de lunettes, et n’incriminez pas votre écran d’ordinateur. Ce ne sont pas vos yeux qui vous jouent des tours, mais votre cerveau.
Justement que dit Sirine qui commente cette image sur le même blog ?
- je croi a ses illusion mai la quetion se pose pk le servaeu ne nous laisse pas voir l'image comme elle est reillement (Sirine le 04/06/2009) (1)
Ça, c’est la question qui tue. Parce que, si mon cerveau ne se fatiguait pas à rajouter des choses qu’il ne voit pas, ça ne serait pas plus mal…
Hein, Boris, qu’est-ce que vous répondez à ça ?
… Lui, je ne sais pas, mais moi, je dirai que cette erreur est le prix à payer pour la rapidité et le confort habituel de nos perceptions. Nous percevons les choses non pas point par point comme notre scanner qui analyse l’image à copier, mais par ensembles signifiants. Les psychologies de la forme (gestalt-théorie) nous l’ont expliqué il y a bien longtemps : le tout est plus que la somme des parties, et c’est ce tout que nous percevons… Même quand il n’est pas là, nous le voyons quand même par habitude, et parce que cette habitude est la condition de la vision courante.
En toute rigueur, on devrait douter que les maisons dans la rue soient des vraies maisons, plutôt que des façades pour un décor de cinéma. Mais là, nous serions comme ces fous dont nous parle Descartes (2)…
(2) « …ces insensés de qui le cerveau est tellement troublé et offusqué par les noires vapeurs de la bile qu'ils assurent constamment qu'ils sont des rois lorsqu'ils sont très pauvres; qu'ils sont vêtus d'or et de pourpre lorsqu'ils sont tout nus; ou s'imaginent être des cruches ou avoir un corps de verre. Mais quoi ? ce sont des fous, et je ne serais pas moins extravagant si je me réglais sur leurs exemples. » (Méditation première)
Wednesday, October 24, 2007
Citation du 25 octobre 2007
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, / (1)
Arthur Rimbaud Voyelles
Que puis-je espérer de ce sonnet, à part le plaisir de relire - et de faire relire - ces vers de Rimbaud ?
Puis-je ajouter un commentaire innovant (car ce qui n’est pas innovant aujourd’hui n’est bon à rien) ?
Je n’en ai pas la prétention. Par contre je pourrais évoquer un phénomène étrange qui est suggéré par ce début de poème : la synesthésie, état neurologique résultant de l’association de plusieurs perceptions d’origines sensorielles différentes (voir l’article de Wikipedia qui est assez complet). Ici ce sont les lettres (= les sons) qui se trouvent associés à des perceptions visuelles (= les couleurs), et c’est dans ce propos que j’ai isolé ce premier vers (2). Car dès le second, Rimbaud s’élance dans l’univers fantastique d’où sont issues ces associations, laissant de côté le phénomène neurologique qui est automatique, donc dénué de sens.
On donne d’autres exemples, tels que les Correspondances de Baudelaire (3), et dans d’autres domaines Olivier Messiaen qui disait avoir une perception colorée des sons, et Kandinsky avait une perception sonore des couleurs.
Bon. Mais ce qui me paraît stimulant ici, c’est de se dire qu’au fond, la synesthésie est peut-être beaucoup plus fréquente qu’on ne pourrait le croire : n’avez-vous pas des perceptions automatiques de formes, d’images, de sensations gustatives, associées à des perceptions visuelles ou auditives ? Voire même des sentiments particuliers en présence de certains sons ou de certains mots ?
Alors, évidemment, d’autres origines que la neurologie stricte peuvent expliquer ces phénomènes - et alors on est en dehors de la synesthésie proprement dite. Mais on peut à bon droit trouver dans ce sonnet de Rimbaud quelque chose qui nous conduit ailleurs que dans son univers poétique - sachant que celui-ci reste à notre disposition, bien sûr.
(1) Voici la totalité :
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, / Je dirai quelque jour vos naissances latentes : / A, noir corset velu des mouches éclatantes / Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
U, cycles, vibrement divins des mers virides, / Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides / Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;
O, suprême Clairon plein des strideurs étranges, / Silences traversés des Mondes et des Anges : / - O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !
(2) Dans le même article Wikipedia affirme que Rimbaud n’était probablement pas synesthésique.
...
Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,
…