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Monday, October 10, 2016

Citation du 11 octobre 2016

Comme sur la palette d'un peintre, il n'y a dans notre vie qu'une seule couleur qui donne un sens à la vie et à l'art, la couleur de l'amour.
Marc Chagall
Dans la vie tout a une couleur nous dit Chagall – mieux : dans la vie, tout est couleur.
--> Selon Chagall, le peintre est un homme qui ne perçoit pas seulement tout en couleur, comme l’homme ordinaire, mais qui en plus perçoit tout selon des couleurs – à quoi on peut facilement reconnaitre la synesthésie, phénomène neurologique par le quel deux sens différents réagissent au même stimulus, couleurs associées à la vue de certaines lettres ou à certains sons. Un certain nombre s’artistes ont été notoirement atteints de cette particularité, tels Baudelaire, Rimbaud, mais aussi Messiaen qui percevait les accords musicaux comme des couleurs.
Bref, si l’amour est bleu, ce n’est pas un symbole, mais une réalité.

Maintenant allons à l’essentiel : si la vie est bleue c’est parce qu’elle est illuminée par l’amour dont le reflet colore la réalité entière : le ciel est bleu, l’âne est bleu, les amants sont bleus.

Marc Chagall Les Amants Bleus – 1914 (collection privée)
Certes, je ne veux pas dire que comme Chagall nous voyons le monde devenir bleu quand nous sommes amoureux ; mais tout de même le monde n’a pas la même tonalité affective lorsque nous tombons amoureux : tout devient plus beau, plus doux, plus enthousiasmant. Certains artistes ne peuvent créer qu’en étant amoureux, d’autres voient la vie en bleu.
Alors, si vous rêvez d’être amoureux et si vous ne voyez pas la vie en bleu, mettez des lunettes :

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(1)  On peut songer aux poèmes de synesthètes célèbres, tel que Baudelaire dans les Fleurs du Mal : « Dans une ténébreuse et profonde unité́, Vaste comme la nuit et comme la clarté́, Les parfums, les couleurs et les sons se répondent » ; et Les voyelles d'Arthur Rimbaud: « A noir, E blanc, l rouge, U vert, 0 bleu: voyelles, Je dirai quelque jour vos naissances latentes: A, noir corset velu des mouches éclatantes. ».....

Nous avions déjà cité ce texte et abordé la question de la synesthésie en 2007.

Monday, October 14, 2013

Citation du 15 octobre 2013



Parmi les cinq sens, la vue, l'ouïe et l'odorat connaissent moins d'interdits que le toucher et le goût.
Léonard De Vinci
Classer les cinq sens selon les interdits qui les frappent, voilà une option intéressante.
J’en étais resté à Hegel qui dans son Esthétique classe les sens en fonction de leur spiritualité : les plus dématérialisés sont les plus « spirituels » –  et donc la vue et l’ouïe, qui n’impliquent pas la présence d’une réalité matérielle agissant au contact de nos organes sensoriels, viennent en premier dans cette liste. Et j’en concluais que Hegel avait pressenti notre virtualité numérique : l’image et le son sont les deux seules perceptions que nous pouvons reproduire et retransmettre à volonté.
Leonard nous propose donc une autre classification, qui ajoute l’odorat à la vue et à l’ouïe comme étant moins censurés que le toucher et le goût. Pourquoi ?
- Selon toute probabilité, il s’agit du contact entre l’organe perceptif et l’origine productrice de la sensation. Il y a celles qu’on perçoit « à distance », et d’autres qui ne fonctionnent qu’« au contact ». Autrement dit, même s’il reste défendu de regarder, d’écouter et de flairer, c’est moins défendu que de tripoter ou de lécher : on peut supposer que le tabou qui s’ajoute à celui de la perception est celui du contact avec le corps.
--> Le tabou du contact du corps est sans doute un tabou lié à la pudeur : on dit que Laennec a inventé le stéthoscope dans ce but, en particulier lorsque voulant ausculter de jeunes femmes, l’oreille collée à leur poitrine prêtait à confusion.
L’artiste est d’abord celui qui, comme le suggère Léonard, œuvre pour les yeux et pour les oreilles ; il peut aussi – on y pense moins –être celui qui agence des parfums ou plus simplement des bouquets de fleurs odorantes.
Aujourd’hui, on accepterait peut-être de classer parmi les artistes des chefs cuisiniers. Mais personne ne prétendra faire une œuvre d’art qui ne se percevrait que par le toucher – une œuvre d’art plastique dont pourraient profiter les aveugles.

Thursday, June 18, 2009

Citation du 19 juin 2009

[...] le principal organe de la vision, c'est la pensée. On voit avec nos idées...

Boris Cyrulnik – Dialogue sur la nature humaine (avec E. Morin)

Mise à l’épreuve de l’affirmation de Cyrulnik : regardez cette image (commentée sur ce blog)



Que dit notre blogueur?

- si, si, toutes les lignes sont parallèles!

Que répond Boris ?

- On voit avec nos idées...

Bravo, Boris, bien répondu. Ne changez pas de lunettes, et n’incriminez pas votre écran d’ordinateur. Ce ne sont pas vos yeux qui vous jouent des tours, mais votre cerveau.

Justement que dit Sirine qui commente cette image sur le même blog ?

- je croi a ses illusion mai la quetion se pose pk le servaeu ne nous laisse pas voir l'image comme elle est reillement (Sirine le 04/06/2009) (1)
Ça, c’est la question qui tue. Parce que, si mon cerveau ne se fatiguait pas à rajouter des choses qu’il ne voit pas, ça ne serait pas plus mal…

Hein, Boris, qu’est-ce que vous répondez à ça ?

… Lui, je ne sais pas, mais moi, je dirai que cette erreur est le prix à payer pour la rapidité et le confort habituel de nos perceptions. Nous percevons les choses non pas point par point comme notre scanner qui analyse l’image à copier, mais par ensembles signifiants. Les psychologies de la forme (gestalt-théorie) nous l’ont expliqué il y a bien longtemps : le tout est plus que la somme des parties, et c’est ce tout que nous percevons… Même quand il n’est pas là, nous le voyons quand même par habitude, et parce que cette habitude est la condition de la vision courante.

En toute rigueur, on devrait douter que les maisons dans la rue soient des vraies maisons, plutôt que des façades pour un décor de cinéma. Mais là, nous serions comme ces fous dont nous parle Descartes (2)…

(1) Traduisons : Pourquoi le cerveau ne nous laisse pas voir l’image comme elle est réellement ?

(2) « …ces insensés de qui le cerveau est tellement troublé et offusqué par les noires vapeurs de la bile qu'ils assurent constamment qu'ils sont des rois lorsqu'ils sont très pauvres; qu'ils sont vêtus d'or et de pourpre lorsqu'ils sont tout nus; ou s'imaginent être des cruches ou avoir un corps de verre. Mais quoi ? ce sont des fous, et je ne serais pas moins extravagant si je me réglais sur leurs exemples. » (Méditation première)




Wednesday, October 24, 2007

Citation du 25 octobre 2007

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, / (1)

Arthur Rimbaud Voyelles

Que puis-je espérer de ce sonnet, à part le plaisir de relire - et de faire relire - ces vers de Rimbaud ?

Puis-je ajouter un commentaire innovant (car ce qui n’est pas innovant aujourd’hui n’est bon à rien) ?

Je n’en ai pas la prétention. Par contre je pourrais évoquer un phénomène étrange qui est suggéré par ce début de poème : la synesthésie, état neurologique résultant de l’association de plusieurs perceptions d’origines sensorielles différentes (voir l’article de Wikipedia qui est assez complet). Ici ce sont les lettres (= les sons) qui se trouvent associés à des perceptions visuelles (= les couleurs), et c’est dans ce propos que j’ai isolé ce premier vers (2). Car dès le second, Rimbaud s’élance dans l’univers fantastique d’où sont issues ces associations, laissant de côté le phénomène neurologique qui est automatique, donc dénué de sens.

On donne d’autres exemples, tels que les Correspondances de Baudelaire (3), et dans d’autres domaines Olivier Messiaen qui disait avoir une perception colorée des sons, et Kandinsky avait une perception sonore des couleurs.

Bon. Mais ce qui me paraît stimulant ici, c’est de se dire qu’au fond, la synesthésie est peut-être beaucoup plus fréquente qu’on ne pourrait le croire : n’avez-vous pas des perceptions automatiques de formes, d’images, de sensations gustatives, associées à des perceptions visuelles ou auditives ? Voire même des sentiments particuliers en présence de certains sons ou de certains mots ?

Alors, évidemment, d’autres origines que la neurologie stricte peuvent expliquer ces phénomènes - et alors on est en dehors de la synesthésie proprement dite. Mais on peut à bon droit trouver dans ce sonnet de Rimbaud quelque chose qui nous conduit ailleurs que dans son univers poétique - sachant que celui-ci reste à notre disposition, bien sûr.

(1) Voici la totalité :

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, / Je dirai quelque jour vos naissances latentes : / A, noir corset velu des mouches éclatantes / Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes, / Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ; / I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles / Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrement divins des mers virides, / Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides / Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges, / Silences traversés des Mondes et des Anges : / - O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

(2) Dans le même article Wikipedia affirme que Rimbaud n’était probablement pas synesthésique.

(3) Mais là aussi l’imagination poétique l’emporte sur la perception spontanée. Qu’on en juge:

...
Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,