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Sunday, June 19, 2016

Citation du 19 juin 2016

Nu
sur un cheval nu
sous la pluie tombant à verse
Kobayashi Issa (R. Munier) - Haïku d'été
« Nu
sur un cheval nu
sous la pluie tombant à verse
 - La répétition de l'adjectif nu amplifie l'impression de chaleur, préparant ainsi la séquence sous la pluie tombant à verse. Il est clair que nous sommes en été »
Commentaire à lire ici.

Voici l’été qui arrive, voici ces jours à n’en plus finir, ces chaumes et ce soleil brûlant, ces odeurs de foin… Bref, tous les sens sont convoqués pour faire vivre à travers nos sensations cette impression d’être en été.
Et puis, voici un haïku, fièrement désigné comme « haïku d’été » - et que nous dit-il ? Que l’été, c’est être nu sur un cheval sous la pluie.
- Eliminons d’abord les contre sens dus à notre culture : nu, sur un cheval, c’est l’histoire de Lady Godiva dont je vous contais l’héroïsme dans le post du 9 mars 2014. Seulement c’est l’image de la femme nue qui s’impose comme on le voit ici :


Non, n’est-ce pas, ça ne colle pas ! Inutile d’imaginer une femme nue pour vivre une sensation d’été. C’est l’expérience intime de notre propre corps faisant corps avec celui du cheval qui est sollicitée par  le haïku ; sensation redoublée par celle de la pluie tombant sur ce corps exposé sans la protection des vêtements.

Certains conclurons hâtivement que la pluie fait partie des attributs de l’été et voudront ironiser : « Pourquoi se lamenter s’il pleut sur nos vacances ? C’est dans l’ordre de la nature ! ». Mais ce n’est pas cela (si l’on en croit notre commentateur) : la pluie nous donne une expérience de la nudité, parce qu’elle nous révèle à nous mêmes l’extérieur de notre peau – comme le soleil qui la brûle, comme le vent qui la fait frissonner. La peau est une interface entre nous et les éléments de la nature, tout comme elle est une interface entre nous mêmes et les autres ainsi que nous le révèle l’expérience de la caresse. Mais cela nous l’avons bien des fois développé, n’y revenons pas !

Thursday, May 09, 2013

Citation du 10 mai 2013



Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l'autre
Roland Barthes – Fragments d'un discours amoureux
Le langage est une peau… Barthes file la métaphore très loin (on en jugera en lisant l’extrait donné en annexe), mais je m’en tiendrai à cette érotisation du langage qui est le propre du discours amoureux. Car contrairement à ce qu’une courte vue nous ferait croire, la parole n’est pas simplement un élément de séduction. Le baratin, le bluff, les boniments, etc. recherchent peut-être à séduire, mais dans le « discours amoureux », le langage fait surtout jouir : s’il peut entretenir l’amour, c’est aussi parce qu’il peut le satisfaire.
Comment comprendre autrement les correspondances amoureuses qui durent si longtemps – parfois plus longtemps sans doute que l’aventure n’aurait duré au contact direct de la femme aimée. Combien de temps Diderot a-t-il écrit des lettres d’amour à Sophie ? Et Apollinaire à Lou ? En parlant – ou en écrivant – je fais jouir l’autre, et je me fais jouir, car Barthes n’hésite pas à l’affirmer : le langage jouit de se toucher lui-même.
Le discours amoureux serait-il un discours pervers ? Sans doute, mais est-ce que cela veut encore dire quelque chose ? Certes, ce n’est pas avec des mots qu’on fait des enfants. Mais si on aborde la question de la jouissance, alors dites-moi : y a-t-il une différence entre le fantasme qui alimente notre désir et soutien notre jouissance durant l’acte d’amour, et les paroles de désir par les quels j’enroule l’autre dans mes mots, je le caresse, je le frôle, j’entretiens ce frôlage… (cf. infra). Oui, certes, il y a une différence : alors que le fantasme fait jouir seulement celui qui le produit, le discours amoureux fait  jouir celui à qui il s’adresse.
En tout cas, alors qu’on imagine que ce sont les communications de l’époque du Net qui ont développé les amitiés et les amours virtuels, on s’aperçoit que dès le début, c’est le discours amoureux qui a fait sauter la frontière entre le virtuel et le réel.
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« Le langage est une peau: je frotte mon langage contre l’autre. C’est comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble de désir. L’émoi vient d’un double contact: d’une part, toute une activité de discours vient relever discrètement, indirectement, un signifié unique, qui est « je te désire », et le libère, l’alimente, le ramifie, le fait exploser (le langage jouit de se toucher lui-même); d’autre part, j’enroule l’autre dans mes mots, je le caresse, je le frôle, j’entretiens ce frôlage, je me dépense à faire durer le commentaire duquel je soumets la relation. »
Roland Barthes - Fragments d’un discours amoureux (1977)

Monday, November 09, 2009

Citation du 10 novembre 2009

Et toute la beauté charnelle de ma femme / N'a que la minceur de la peau.

Thomas Overbury (1581-1613)

Dans le plaisir que nous donne l’amour, dans l’émotion que nous donne la contemplation de la beauté d’une femme, la peau compte pour beaucoup. Qu’est-ce que la beauté d’une femme sinon l’éclat de son teint, le grain de sa peau, la façon dont elle accroche la lumière ?

Mais – et c’est là une source d’étonnement – la peau, c’est bien peu de choses : quelques tout petits millimètres de chair sous la quelle se trouve une viande sans doute fort peu appétissante. On peut même supposer que sous la peau, nous sommes tous pareils, et c’est précisément le propre des racistes de nier une pareille évidence.

Et même, le joli bronzage qui lui confère cet aspect séduisant, ce n’est en réalité que quelques milligrammes de mélanine (1). Pourtant, voyez le soin qu’on met à se faire bronzer dans les cabines UVA : voilà ce qui atteste de l’importance de la peau dans les rapports sociaux.

Nul doute que les moralisateurs en profiteront pour honnir cette vanité (vanitas vanitatis…) qui nous met à genoux devant une si fragile idole.

Et si au contraire nous disions que, oui – la peau est bien peu de chose, mais ce peu est déjà beaucoup. Car, c’est dans le peu de chose que s’épanouit notre jouissance.

L’amour nous dit-on est le contact de deux épidermes. Certes, ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien d’autre à chercher au-delà, ailleurs, pour connaître l’autre. Mais ça veut dire au moins que rien ne pourra jamais remplacer ce contact. Et nous le savons bien : évidemment, la photo de la très-chère ne remplacera jamais le bonheur de la serrer dans nos bras, et de sentir le contact de sa peau contre la notre.

Mais encore faut-il que s’établisse le contact entre deux peaux.

Sauf si comme Roland Barthes vous considérez que le langage est comme une peau symbolique : Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l'autre – écrit-il (2).

Barthes vous aura prévenu : méfiez-vous des baratineurs !


(1) À ne pas confondre avec la mélamine.

(2) Roland Barthes – Fragments d'un discours amoureux

Friday, August 22, 2008

Citation du 23 août 2008

Crainte et intelligence. - Si ce que l'on affirme maintenant expressément est vrai, qu'il ne faut pas chercher dans la lumière la cause du pigment noir de la peau : ce phénomène pourrait peut-être rester le dernier effet de fréquents accès de rage accumulés pendant des siècles (et d'afflux de sang sous la peau) ? Tandis que, chez d'autres races plus intelligentes, le phénomène de pâleur et de frayeur, tout aussi fréquent, aurait fini par produire la couleur blanche de la peau ? - Car le degré de crainte est une mesure de l'intelligence : et le fait de s'abandonner souvent à une colère aveugle est le signe que l'animalité est encore toute proche et voudrait de nouveau prévaloir, - gris-brun, ce serait peut-être là la couleur primitive de l'homme, - quelque chose qui tient du singe et de l'ours, comme de juste.

Friedrich Nietzsche - Aurore. 1881

D’où viennent les races ? Les caractéristiques héréditaires qui les distinguent ont-elles une explication ? Ont-elles une fonction ?

Nietzsche répond : chez les noirs, la peau est ainsi colorée par l’afflux du sang sous la peau. Thèse courante, un siècle plus tôt Kant disait la même chose (1), et je suppose qu’il n’était pas le seul.

Mais ce qui est plus original – plus « nietzschéen », c’est le rapport entre la crainte et l’intelligence, et l’idée que la colère soit diamétralement opposée à la crainte.

Si en effet on passe sur le jugement dépréciatif de Nietzsche sur l’intelligence des noirs (2) (jugement tellement tenace que jusqu’à aujourd’hui les élites africaines ont dû se barder de diplômes et de doctorats pour compenser – et même surcompenser – cette idée), alors on a ici un véritable inventaire des idées de Nietzsche :

- d’abord relation entre la couleur de la peau et le degré d’évolution ;

- en suite, relation entre les passions et l’intelligence ;

- enfin l’idée que l’espèce humaine issue d’une variété animale, s’est arrachée à l’animalité en accédant à la frayeur – c'est-à-dire à la conscience de sa situation dans le monde.

Voilà : même s’il n’y avait que cette dernière idée, ça vaudrait le coup de lire le reste du livre pour y parvenir.

(1) Kant – Définition du concept de race in La philosophie de l’histoire.
Selon Kant, le rôle de la peau est de déphlogistiquer (phlogistique = substance apportant la chaleur) le sang, et en Afrique, il y a beaucoup de phlogistique dans l’air qui passe dans le sang par l’intermédiaire des poumons. La couleur noire de la peau des africains s’explique donc par les résidus sanguins qui y restent.

(2) Je comprends parfaitement qu’on jette le livre au feu en lisant de pareilles choses. Mais c’est un peu dommage, parce qu’on jette aussi tout ce qui suit.

Tuesday, July 25, 2006

Citation du 26 juillet 2006

Quand mon corps sur ton corps / Lourd comme un cheval mort / Ne sait pas ne sait plus / Si il existe encore

Johnny Hallyday - Que je t’aime ! 1969

Moi j'ai ta chair / Contre ma chair, / En ça je crois

Johnny Hallyday Vivre pour le meilleur 1999

Pourquoi en trente ans Johnny Hallyday passe-t-il du corps à la chair ? Pour quoi le corps est-il "lourd comme un cheval mort", alors que la chair est l’objet de croyance ? Et puis, comment fait-il pour toucher la chair sans toucher la peau ?

Bref, l’œuvre de Johnny requiert l’analyse du philologue et la réflexion du philosophe.

Petite explication de texte.

D’abord le corps est sur le corps parce que c’est encore la position la plus simple pour copuler (Oh ! Johnny !!!) ; et il est lourd comme un cheval mort parce qu’il a fini sa petite affaire : (« quand a fait l’amour comme d’autres font la guerre ») : ce corps, c’est l’organisme, défini par sa structure morphologique, identiquement présent chez l’homme et chez l’animal (et voilà encore le cheval mort).

Qu’est-ce que la chair ? Selon mon dictionnaire, c’est la substance mole du corps par opposition au squelette ; synonyme : viande. Essayons : « Moi j’ai ta viande / Contre ma viande… ». Non, ça ne marche pas. Autre sens : nature humaine. Hum… je n’y crois pas non plus. Dernière possibilité : la chair est le siège des instincts ; là, ça pourrait marcher. Elle est la dimension labile, volatile et intime du corps : elle n’existe que dans l’excitation alors que le corps est permanent : la chair est bien le corps, mais en tant qu’il est parcouru par le frisson du désir.

Et maintenant nous pouvons comprendre : si Johnny « croit » « en ça », c’est que, voyez-vous, à plus de 60 ans, il faut s’impliquer un peu pour y arriver…

Conclusion : Johnny chante son amour dans la phase pré-orgasmique trente ans après avoir l’avoir décrit dans son apaisement post-orgasmique. Voilà pourquoi on ne comprenait pas tout de suite.

C.Q.F.D.