Sunday, June 19, 2016
Citation du 19 juin 2016
Thursday, May 09, 2013
Citation du 10 mai 2013
Monday, November 09, 2009
Citation du 10 novembre 2009
Et toute la beauté charnelle de ma femme / N'a que la minceur de la peau.
Thomas Overbury (1581-1613)
Dans le plaisir que nous donne l’amour, dans l’émotion que nous donne la contemplation de la beauté d’une femme, la peau compte pour beaucoup. Qu’est-ce que la beauté d’une femme sinon l’éclat de son teint, le grain de sa peau, la façon dont elle accroche la lumière ?
Mais – et c’est là une source d’étonnement – la peau, c’est bien peu de choses : quelques tout petits millimètres de chair sous la quelle se trouve une viande sans doute fort peu appétissante. On peut même supposer que sous la peau, nous sommes tous pareils, et c’est précisément le propre des racistes de nier une pareille évidence.
Et même, le joli bronzage qui lui confère cet aspect séduisant, ce n’est en réalité que quelques milligrammes de mélanine (1). Pourtant, voyez le soin qu’on met à se faire bronzer dans les cabines UVA : voilà ce qui atteste de l’importance de la peau dans les rapports sociaux.
Nul doute que les moralisateurs en profiteront pour honnir cette vanité (vanitas vanitatis…) qui nous met à genoux devant une si fragile idole.
Et si au contraire nous disions que, oui – la peau est bien peu de chose, mais ce peu est déjà beaucoup. Car, c’est dans le peu de chose que s’épanouit notre jouissance.
L’amour nous dit-on est le contact de deux épidermes. Certes, ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien d’autre à chercher au-delà, ailleurs, pour connaître l’autre. Mais ça veut dire au moins que rien ne pourra jamais remplacer ce contact. Et nous le savons bien : évidemment, la photo de la très-chère ne remplacera jamais le bonheur de la serrer dans nos bras, et de sentir le contact de sa peau contre la notre.
Mais encore faut-il que s’établisse le contact entre deux peaux.
Sauf si comme Roland Barthes vous considérez que le langage est comme une peau symbolique : Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l'autre – écrit-il (2).
Barthes vous aura prévenu : méfiez-vous des baratineurs !
(1) À ne pas confondre avec la mélamine.
(2) Roland Barthes – Fragments d'un discours amoureux
Friday, August 22, 2008
Citation du 23 août 2008
Crainte et intelligence. - Si ce que l'on affirme maintenant expressément est vrai, qu'il ne faut pas chercher dans la lumière la cause du pigment noir de la peau : ce phénomène pourrait peut-être rester le dernier effet de fréquents accès de rage accumulés pendant des siècles (et d'afflux de sang sous la peau) ? Tandis que, chez d'autres races plus intelligentes, le phénomène de pâleur et de frayeur, tout aussi fréquent, aurait fini par produire la couleur blanche de la peau ? - Car le degré de crainte est une mesure de l'intelligence : et le fait de s'abandonner souvent à une colère aveugle est le signe que l'animalité est encore toute proche et voudrait de nouveau prévaloir, - gris-brun, ce serait peut-être là la couleur primitive de l'homme, - quelque chose qui tient du singe et de l'ours, comme de juste.
Friedrich Nietzsche - Aurore. 1881
D’où viennent les races ? Les caractéristiques héréditaires qui les distinguent ont-elles une explication ? Ont-elles une fonction ?
Nietzsche répond : chez les noirs, la peau est ainsi colorée par l’afflux du sang sous la peau. Thèse courante, un siècle plus tôt Kant disait la même chose (1), et je suppose qu’il n’était pas le seul.
Mais ce qui est plus original – plus « nietzschéen », c’est le rapport entre la crainte et l’intelligence, et l’idée que la colère soit diamétralement opposée à la crainte.
Si en effet on passe sur le jugement dépréciatif de Nietzsche sur l’intelligence des noirs (2) (jugement tellement tenace que jusqu’à aujourd’hui les élites africaines ont dû se barder de diplômes et de doctorats pour compenser – et même surcompenser – cette idée), alors on a ici un véritable inventaire des idées de Nietzsche :
- d’abord relation entre la couleur de la peau et le degré d’évolution ;
- en suite, relation entre les passions et l’intelligence ;
- enfin l’idée que l’espèce humaine issue d’une variété animale, s’est arrachée à l’animalité en accédant à la frayeur – c'est-à-dire à la conscience de sa situation dans le monde.
Voilà : même s’il n’y avait que cette dernière idée, ça vaudrait le coup de lire le reste du livre pour y parvenir.
(1) Kant – Définition du concept de race in La philosophie de l’histoire.
Selon Kant, le rôle de la peau est de déphlogistiquer (phlogistique = substance apportant la chaleur) le sang, et en Afrique, il y a beaucoup de phlogistique dans l’air qui passe dans le sang par l’intermédiaire des poumons. La couleur noire de la peau des africains s’explique donc par les résidus sanguins qui y restent.
(2) Je comprends parfaitement qu’on jette le livre au feu en lisant de pareilles choses. Mais c’est un peu dommage, parce qu’on jette aussi tout ce qui suit.
Tuesday, July 25, 2006
Citation du 26 juillet 2006
Quand mon corps sur ton corps / Lourd comme un cheval mort / Ne sait pas ne sait plus / Si il existe encore
Johnny Hallyday - Que je t’aime ! 1969
Moi j'ai ta chair / Contre ma chair, / En ça je crois
Johnny Hallyday Vivre pour le meilleur 1999
Pourquoi en trente ans Johnny Hallyday passe-t-il du corps à la chair ? Pour quoi le corps est-il "lourd comme un cheval mort", alors que la chair est l’objet de croyance ? Et puis, comment fait-il pour toucher la chair sans toucher la peau ?
Bref, l’œuvre de Johnny requiert l’analyse du philologue et la réflexion du philosophe.
Petite explication de texte.
D’abord le corps est sur le corps parce que c’est encore la position la plus simple pour copuler (Oh ! Johnny !!!) ; et il est lourd comme un cheval mort parce qu’il a fini sa petite affaire : (« quand a fait l’amour comme d’autres font la guerre ») : ce corps, c’est l’organisme, défini par sa structure morphologique, identiquement présent chez l’homme et chez l’animal (et voilà encore le cheval mort).
Qu’est-ce que la chair ? Selon mon dictionnaire, c’est la substance mole du corps par opposition au squelette ; synonyme : viande. Essayons : « Moi j’ai ta viande / Contre ma viande… ». Non, ça ne marche pas. Autre sens : nature humaine. Hum… je n’y crois pas non plus. Dernière possibilité : la chair est le siège des instincts ; là, ça pourrait marcher. Elle est la dimension labile, volatile et intime du corps : elle n’existe que dans l’excitation alors que le corps est permanent : la chair est bien le corps, mais en tant qu’il est parcouru par le frisson du désir.
Et maintenant nous pouvons comprendre : si Johnny « croit » « en ça », c’est que, voyez-vous, à plus de 60 ans, il faut s’impliquer un peu pour y arriver…
Conclusion : Johnny chante son amour dans la phase pré-orgasmique trente ans après avoir l’avoir décrit dans son apaisement post-orgasmique. Voilà pourquoi on ne comprenait pas tout de suite.
C.Q.F.D.