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Tuesday, January 02, 2018

Citation du 3 janvier 2018

Méfiez-vous du premier mouvement : c'est le bon
Talleyrand
De la générosité I
On peut interpréter cette phrase de façon rationnelle : le « premier mouvement » est aussi un « bon mouvement » au sens où l’on dit que manifester de la générosité est un « bon mouvement ». Talleyrand nous mettrait ainsi en garde contre notre tendance à la générosité qui viendrait gâcher les calculs de la raison. 
Opposition de la raison et de la pitié : Rousseau enfonçait le clou sans hésiter : « C'est la philosophie qui l'isole; c'est par elle qu'il (= le philosophe) dit en secret, à l'aspect d'un homme souffrant : "péris si tu veux, je suis en sureté." » (Discours sur l’origine … de l’inégalité). Le bon mouvement ne peut donc être le premier, puisqu’il faut d’abord l’examiner à la lumière de ses conséquences possibles s’il vient s’insérer dans un plan plus général.
            - Ainsi Kant, qui refusait de faire l’aumône au mendiant qu’il rencontrait sur son chemin : les pauvres sont à la charge de l’Etat, c’est à dire de la communauté et non de la personne individuelle. Suivre son penchant à la charité serait alors décharger indûment l’Etat de ses obligations, et donc être un mauvais citoyen          - Aujourd’hui on dira que les pauvres et les SDF ne sont en réalité que des gens qui n’ont pas voulu remonter leurs manches et saisir les opportunités d’emplois qu’on leur proposait.


Mendiant à Djendouba (Tunisie) – Vu ici.
L’article référencé ci-dessus explique que cet homme a été arrêté en possession de 6500 dinars qu’il aurait collecté en mendiant. Et si les mendiants bénéficiaient d’une manne venue non de la générosité naturelle (à supposer qu’elle existe), mais d’une obligation faite par la religion de donner l’aumône aux pauvres. Car en effet, les religions ont besoin des pauvres, sinon comment pourraient-elles valoriser l’accès qu’elles proposent à un au-delà compensateur ? 


--> La générosité est un investissement qui doit assurer un retour sur investissement.

Monday, August 07, 2017

Citation du 8 aout 2017

Robin des Bois n’a pas pris aux riches pour donner aux pauvres, il a pris à l’Etat pour rendre aux victimes des taxes.




Robin des Bois
Alors les riches sont toujours gagnants ? Soutenu par le gouvernement ils font la pluie et le beau temps dans le royaume – entendez : la pluie pour les pauvres et le beau temps pour les riches ? Il n’y a donc personne pour les secourir ?
Mais si ! Voici Robin des Bois !
Mais, que fait-il ? « Défenseur avec ses nombreux compagnons des pauvres et des opprimés, il détroussait les riches au profit des pauvres ou rendait au peuple l'argent des impôts prélevés, selon les idéaux des auteurs. » nous dit Wiki.
Oui, certes : il a détroussé aussi les riches pour rendre aux pauvres. Mais ce que certains veulent retenir aujourd’hui, c’est surtout qu’il a été un héros libéral, luttant contre un Etat qui, non seulement assomme le pauvre peuple d’impôts, mais aussi – et surtout –  qui prive les entreprises des ressources de leur industrie par les taxes qui grèvent leurs bénéfices et réduisent les dividendes versés aux actionnaires.
Certes du temps de Robin, on ne se posait guère la question de savoir si ces taxes seraient ou non dans l’intérêt du peuple. Les services publics sont à cette époque inconnus, le chemin qui dessert Sherwood passe par la forêt et on se doute qu’il n’a pas couté un centime à la voierie du comté. Quant à l’école communale et au centre de santé publique, n’exagérons pas : nous sommes au moyen-âge quand même !
Bref : imaginez que vous soyez aujourd’hui adepte des méthodes de Robin des Bois. Que faites-vous ? Vous allez à Notre-Dame des Landes, vous construisez une cabane dans les arbres et vous occupez le terrain prêt à jeter des tomates et des œufs pourris sur les CRS ?
Très bien. Mais pendant ce temps, les taxes et les impôts vont grimper. Si vous ne faites rien, personne ne viendra pour aider le pauvre peuple.
Vite ! Descendez de votre arbre et allez faire des barrages sur les routes, occuper les sorties de raffineries et les barrières de péages autoroutières.

Mais réfléchissez bien avant, en consultant les statistiques d’opinion : si vous n’êtes pas majoritaire, vous allez sentir la brutalité des forces de l’ordre s’abattre sur vous. Les Robins d’aujourd’hui ne peuvent rien sans les sondages. Leurs vrais alliés s’appellent BVA, SOFRES ou encore CSA.

Sunday, July 02, 2017

Citation du 3 juillet 2017

La pauvreté attire facilement le mépris. Quelque véridique que soit l'indigent qui se plaint des torts qu'on lui a faits, nous croyons toujours que ce qu'il en dit, est pour mettre notre sensibilité à contribution.
Ménandre – Fragments - IVe s. av. J.-C.
Depuis Ménandre, les choses ont-elles changé ? Sommes-nous devenus moins soupçonneux à l’égard des malheureux qui mendient un peu de nourriture ou de protection ?
Voyez les SDF : on a toujours l’impression, non seulement qu’ils vont nous taper une thune mais aussi qu’ils sont, quoiqu’ils en disent, responsables de leur triste histoire. Ont-ils été injustement chassé de leur emploi par un patron psychopathe et viré de chez eux par l’amant de leur femme ? Hum… On reste persuadé que ce qui leur arrive ne pourrait arriver à quelqu’un de normal – comme nous !
Voyez les récits de vie des demandeurs d’asile. C’est là surtout que notre mauvaise foi trouve à s’exprimer : tous ces gens ne nous mentent-ils pas lorsqu’ils nous racontent leur triste histoire ? Ils auraient été victime de la Mafia, des policiers corrompus ou des nervis à  la solde d’un dictateur ? Leur récit est sans preuve, et  s’il est vrai que réunir des témoignages probants quand on parvient à s’échapper des geôles de tortionnaires de la police n’est pas forcément très commode, on a quand même l’impression qu’ils font tous le même récit, comme s’ils l’avaient acheté tout fait à leur passeur.

Ah !... Je vous sent choqué : votre sensibilité serait quand même froissée et vous seriez prêt à donner de l’argent pour qu’on les accueille dignement ? – Alors il ne vous reste plus qu’à écouter Kant qui affirmait que ce n’est pas au particulier, mais à l’Etat qu’il revient de secourir les nécessiteux. Un des amis du philosophe raconte même que, lorsqu’il était en promenade, il chassait à grands coups de canne les mendiants qui s’approchaient de trop près. Venant du philosophe du respect de l’être humain, cet argument est sans appel.

Thursday, March 16, 2017

Citation du 17 mars 2017

Ce que nous avons devant nous, c'est la perspective d'une société de travailleurs sans travail.
Hannah Arendt - 1906-1975 - Condition de l'homme moderne – 1958

Hannah Arendt – Une philosophe se penche sur l’avenir 1
(En cette période où l’incrédulité le dispute au dégoût devant les puanteurs dégagées par la campagne électorale française, voici un peu de lucidité, venue d’ouvrages écrits il y a plus de 50 ans par la philosophe Hannah Arendt. Ce qui était vrai en 1958 l’est resté aujourd’hui et c’est d’autant plus signifiant que nous étions prévenus)

Ce qui nous intéresse, c’est bien sûr l’actualité de ce jugement émis il y a bientôt 60 ans par Hannah Arendt : quel est le « fil rouge » qui relie cette observation à ce que nous voyons actuellement ? A quoi pensait donc Arendt en disant cela ? Aux machines qui envahissaient de plus en plus les fabriques, chassant les travailleurs qui se retrouvent sans ouvrage ?
Sans doute et on le savait bien depuis les canuts qui, aux environs de 1830 jetaient dans le Rhône les métiers à tisser mécaniques qui les réduisaient au chômage ; la remarque de Hannah Arendt ne fait que constater le développement irréversible de ce processus.
Mais ce qui nous importe, c’est bien que selon elle la société du chômage soit encore une société de travailleurs. Et c’est à nous qu’il incombe de dire : « Si on ne peut remettre chaque homme au travail, alors il reste à inventer une société pour eux – et donc aussi pour nous ; une société qui ne soit plus seulement une société de travailleurs. »
Mesurons le chemin parcouru sans doute depuis l’avènement de l’espèce homo sapiens : on ne peut vivre que grâce aux fruits du travail, que ce soient ceux que l’on produit soi-même ou ceux que les autres produisent. « Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus » disait saint Paul (1). Certes tout le monde ne travaille pas pour vivre, certains ont d’autres fonctions à accomplir (2), mais du moins le travail est-il une façon de se situer dans la société. Or voici qu’on nous dit aujourd’hui : les machines qu’on invente de nous jours vont dépouiller les hommes de leur travail sans permettre d’en inventer d’autre qui leur serait accessible. Les hommes vont devoir s’habituer à vivre sans travailler, grâce au travail des machines. Admettons que cette utopie soit devenue une réalité, que le vieil interdit marxiste qui frappe de stérilité les machines dès lors qu’on leur demande de la plus value soit tombé ; alors il nous reste à inventer une société où les individus ne sont plus organisés selon leur activité professionnelle.
On dira : « Pas de problème ! Si nous  suivons Dumézil (note infra) il nous reste encore deux fonctions pour nous organiser : on peut dire que la société est divisée en deux partie : une qui est guerrière et le reste ; ou bien une qui est cléricale et le reste ». Certains diront : « Pas besoin de tout ça : il y a dès maintenant un ordre nouveau qui émerge : la société est organisée entre riches et pauvres ; il y a ceux qui ont de l’argent et ceux qui n’en ont pas. Faisons en sorte que cet écart soit incontestable et tout ira bien ».
Du coup, on comprend que le revenu universel soit une pauvre aumône tout juste permettant que pauvres de survivre comme pauvres : car si vous leur donnez plus ils vont contester la place des riches. (3)
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(1) Saint-Paul - Seconde épitre aux Thessaloniciens - 3, 10. Lire ici
(2) On songe à la tripartition de la société indo-européenne selon les trois classes « agriculteurs, guerriers et prêtres », telle que décrite par  Georges Dumézil.
(3) Je lisais récemment un livre dont l’auteur disait : Aujourd’hui, on est scandalisé que selon la couleur de leur peau tous les hommes n’aient pas les mêmes chances de vie et de développement. En revanche que le petit né dans une famille riche ait un belle maison dans un beau quartier et qu’il aille dans une belle école alors que l’enfant né dans une famille pauvre n’ait rien de tout ça, ça ne nous choque absolument pas.
(Il s’agit du livre de Yuval Noah Harari – Sapiens)

Tuesday, July 05, 2016

Citation du 5 juillet 2016

- A riche homme son bœuf lui velle, et au pauvre homme sa vache lui avorte.
- De vide main vide prière
Erneste Langlois – Ancien proverbesfrançais
Curieuse providence qui se soucie des riches en leur épargnant les misères qui du coup vont accabler les pauvres : faut-il croire que Dieu serait un Dieu « de classe », qu’il ne reçoit les pas les prières des pauvres parce qu’elles ne sont pas accompagnées de prébendes opulentes destinées à ses prêtres ?
Peut-être. En tout cas, Marx l’a dit abondamment : la religion est affaire d’idéologie et elle est le reflet des rapports de classe. Quoique : si elle en est le reflet, elle est aussi écran de fumée qui masque justement ces rapports : la consolation de la religion est là pour faire oublier que ce sont les riches qui détiennent les clés du coffre.
--> On peut aussi tenter une autre interprétation. Il y a une subjectivité de la misère – ou si l’on préfère une relativité. Admettons que la vache du pauvre avorte : le voici qui perd tout espoir. Le veau qu’il attendait devait lui permettre de faire vivre sa famille, et peut-être de rembourser ses dettes à la saint Martin. Maintenant, que ce soit la vache du riche qui perde son veau, quelle importance ? Il en a des dizaines dans son étable, et en plus il perçoit les fermages de son immense domaine. En perdant ce veau, sait-il seulement ce qu’il perd ? Imaginez que le patron voie son salaire de patron diminué d’un SMIC : pensez-vous qu’il s’en apercevra ?

Tout cela c’est l’évidence, mais personne n’y prend garde : même le tout juste non-pauvre ne se rend pas compte de ce que c’est que de l’être. Il y a quelques années un chef d’entreprise a fait l’expérience de vivre pendant un mois avec le salaire minimum versé par son entreprise : il a compris que ce n’était tout simplement pas vivable.

La suite à demain si vous le voulez bien

Saturday, February 20, 2016

Citation du 21 février 2016

Les gens se sentent seuls parce qu’ils construisent des murs au lieu de construire des ponts.
Joseph Fort Newton
Une personne qui veut construire des murs et non des ponts n'est pas chrétienne.
Pape François (à propos de Donald Trump)
La seule citation vraiment célèbre de Joseph Newton (1876-1950) est celle que vous lisez ci-dessus, et le Pape François semble bien s’en être souvenu en la plaçant de nombreuses reprises (1).
On se contentera ici de la dernière occurrence de cette citation par le Pape François, une remarque qu’il a faite il y a quelques jours dans l’avion qui le ramenait du Mexique où il avait pu méditer sur le mur existant déjà entre les Etats-Unis et le Mexique – mur que Donald Trump veut justement agrandir.
Selon le Pape, un chrétien est un homme qui construit des ponts qui le relient aux autres hommes et non des murs qui l’isolent. Voilà en effet quelque chose qui semble s’insérer dans le commandement « Tu aimeras ton prochain comme toi-même» qui est le seul et unique commandement que retiendra saint Paul, rappelant du même coup que l’ensemble des autres commandements en découlent (voir ici).
On dira peut-être que les chrétiens ont quand même raison de se méfier de ceux qui les traitent d’infidèles et qui veulent les égorger, parce qu’il n’y a que ça qui soit agréable à leur Dieu. – Mais, même pas : les murs que Donald Trump veut construire ne sont pas destinés à protéger les américains de musulmans fanatiques, mais des  mexicains qui sont de bons chrétiens, dont la seule originalité est d’être très pauvres alors que les américains sont très riches.
On en arrive ainsi à notre actualité de la fin de semaine, avec ces campements misérables de Calais qui la police va détruire. Pourquoi ? Pour régler la question de la migration illégale dans le secteur ? Bien sûr que non ! En réalité, leur misère est une insulte à la Nation développée que nous sommes (sic) ; son spectacle gâche le paysage et fait fuir touristes et investisseurs. Bon. Mais alors, que faire ? Chassés d’ici ils vont replanter leur tente un peu plus loin : on devrait plutôt construire un grand mur qui les cache.
Car, voilà ce que le Pape lui-même n’a pas imaginé : les murs ne servent pas simplement à isoler, mais aussi à dissimuler. Qu’il y ait des pauvres à nos portes que nous importe ? Mais qu’on moins ils aient la décence de se cacher !
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(1) Comme à Sarajevo en juin 2015. Par ailleurs, c’est sans doute anecdotique, mais Joseph Newton était franc-maçon.