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Monday, June 19, 2017

Citation du 20 juin 2017

La passion reste en suspens dans le monde, prête à traverser les gens qui veulent bien se laisser traverser par elle.
Marguerite Duras – L'Amant
On considère souvent la passion (amoureuse par exemple) comme étant quelque chose qui prend naissance en soi, qui s’embrase dans le cœur (sic) ; bref : la passion est d’abord en soi-même avant de s’élancer vers le monde.
Marguerite Duras par contre considère la passion comme une force extérieure, un peu comme le vent ou le magnétisme terrestre, et non comme une force intérieure à l’homme.
Du coup, nous voici passif devant la passion (ce qui étymologiquement est exact) un peu comme ceux qui sont transpercés par les flèches de Cupidon.


Vu ici

Toutefois, illustrer la phrase de Marguerite Duras par la flèche de Cupidon est un peu inexacte : car elle suppose quand même le consentement du passionné, alors que la flèche de Cupidon nous surprend au moment où nous ne nous y a attendons pas. Bref : le passionné a-t-il la possibilité de consentir à sa passion ou de la refuser ? Rappelons-nous Descartes : dans, sa prime jeunesse, devenu amoureux d’une jeune fille qui était victime d’un strabisme, il fut par la suite attiré spécialement par les filles qui louchaient. Mais, dit-il, « depuis que j'y ai fait réflexion, et que j'ai reconnu que c'était un défaut, je n'en ai plus été ému. » (cf. ici) : autrement dit il y a un moment où l’on peut, grâce à un examen de la raison, se retenir de tomber amoureux. Le « coup de foudre », s’il se produit, serait donc à retardement.

Dans ce cas, les victimes de Cupidon seraient en réalité victimes de leur propre imprévoyance – ou de leur ambivalence : « cette femme, je sais qu’elle va me faire souffrir, mais quand même… »

Wednesday, May 25, 2016

Citation du 26 mai 2016

Celui qui aime peut encore rester clairvoyant, mais celui qui est amoureux sera irréparablement aveugle aux défauts de l'objet aimé bien que d'ordinaire il recouvre la vue huit jours après le mariage
Kant – Didactique anthropologique, § 74


Il y a des gens qui s’amusent à enchâsser des citations dans des cartouches ornés du portrait de l’auteur. Pourquoi pas ? Reste que l’image de Kant parlant de l’amour comme d’un aveuglement vérifie de façon cruelle son propos : il faudrait en effet une dame bien myope  pour tomber amoureuse d’un homme qui parait si sévère…
Mais ce n’est pas cela qui me préoccupe : il s’agit plutôt d’un citation  qui contient une « vanne » (1) qu’on n’aurait pas crûe possible de la part d’un philosophe si rigoureux. Car n’est-ce pas, le mariage doit être une institution bien cruelle pour à la fois rendre la vue aux amoureux et pour en même temps les emprisonner dans des liens indéfectibles (2).
Et si en effet cette prise de conscience, cette lucidité venait effectivement du mariage, et non du temps passé qui use tout y compris les passions les mieux enracinées ? Les amants sont mariés : au bout de huit jours, qu’est-ce qui a changé ?
- Moi, je dirais volontiers : la sécurité. Les époux sont liés par des liens dont on a dit qu’ils étaient indéfectibles. Finies les transes de l’amant qui se demande si sa Dulcinée l’aime encore ! Finis ces efforts pour la reconquérir à chaque rencontre. Chaque matin : « Bonjour Chérie, as-tu bien dormi ? » Au fond ce qui est désirable, c’est ce qui n’est pas en notre possession. Le bien-aimé, c’est l’homme qui part au petit matin après une nuit d’ébats torrides ne laissant derrière lui que son parfum.


Au fond on se demande si Kant ne nous transmettrait pas un message subliminal, du genre : « Ne vous mariez pas, vivez dangereusement des amours incertaines ; là est le vrai bonheur ! »
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(1) Sur la vanne voir ce post ici.

(2) Sur l’aveuglement amoureux on pense à la cristallisation stendhalienne (voir ici)

Monday, December 08, 2014

Citation du 9 décembre 2014

Il est relativement rare, de nos jours, d'être témoin de passions vraiment grandioses. Elles sont le privilège de ceux qui n'ont rien à faire. C'est la seule raison d'être des classes oisives d'un pays.
Oscar Wilde – Aphorismes
Devrait-on – comme certains révolutionnaires ont prétendu le faire – supprimer les oisifs, considérés comme des parasites sociaux, ou bien devons-nous reconnaitre avec Oscar Wilde qu’ils ont une fonction sociale, une utilité qui ne se mesure pas à l’aide des biens de consommation, que d’ailleurs ils ne produisent pas ?

… Et s’ils étaient là pour donner le spectacle d’hommes et de femmes vivants les passions les plus violentes qu’aucun d’entre nous, gens « normaux » n’avons le loisir de vivre ? Ne font-ils pas ce que la Tragédie antique faisait : montrer les plus extrêmes passions dans de tels dérèglement que seuls des héros ou des demi-Dieux pourraient les vivre ?
Bof ! De nos jours, plus d’Œdipe, plus de Médée, même plus d’Hamlet. Nous n’avons plus que des stars de la Jet-set :

… Celles-ci, après avoir retenu l’attention en exhibant leurs gros seins, en profitent pour nous montrer leurs amours, leurs désespoirs, leur ivrognerie etc. Faire la fête jusqu’à l’épuisement et recommencer le lendemain ; s’alcooliser à tomber dans les bras du policier appelé par le voisinage exaspéré du tapage ; enchainer les cures de désintoxication à toutes sortes de substances… Bref : s’exhiber en proie aux pires dérèglements.
Ce spectacle se vend fort bien : les magazines people en tirent comme on le sait de gros profits. Ils se vantent à juste titre de répondre à l’attente de leur public : comment analyser cette demande ? C’est là que nous retrouvons Oscar Wilde : nous avons besoin d’aller au bout de la passion ; ces élans dont nous sentons en nous la pulsation, sachons où ils mènent, afin de nous en purger. Car nous sommes bien dans le sillage d’Aristote qui estimait que la tragédie  nous « purgeait » de nos passions en nous permettant de les vivre par procuration.

Quand « nous » lisons Voici ou Gala, nous ne sommes pas simplement des voyeurs qui espèrent mater le cul de la princesse. Nous n’essayons même pas de nous glisser dans sa peau. Ce que nous cherchons, c’est aller au bout de la volupté et du malheur d’être riche.

Friday, August 09, 2013

Citation du 10 août 2013



Le drame du pianiste, c’est que son action est exclusivement verticale. C’est le défi permanent de notre art.
Léon Fleisher
Faute de contexte, cette citation est forcément un peu énigmatique : vise-t-elle le pianiste-soliste (qui ne peut combiner son interprétation avec celle de l’orchestre) ? Mais alors que dire du violoniste ou du guitariste quand ils sont dans la même situation ? Ou alors s’agit-il d’une caractéristique de l’expression pianistique ?
Quant à moi, cette formule dans son caractère énigmatique réveille une question que je me pose bien souvent :
--> En jouant, le pianiste ne fait pas que jouer du piano : que fait-il donc ?
1 – Voyez Gustav Leonhardt : cet homme à son clavecin est un mur, ou plutôt un bloc de concentration. Nul affect sur son visage, nul mouvement autre que ceux de ses doigts. Voilà ce qui se passe quand le pianiste ne fait – en apparence du moins – rien d’autre que jouer.
2 – Maintenant, voyez – ou plutôt écoutez un enregistrement de Glenn Gould – par exemple les Variations Goldberg : il joue, certes, mais aussi il fredonne, et ça s’entend. On me dit que tous les pianistes en font autant mais avec plus de discrétion. Raison de plus pour affirmer que le pianiste ne fait pas que jouer du piano.
3 – Maintenant, regardez cette photo :


Oui, vous l’avez reconnu : c’est Lang-Lang qui, en jouant, exprime toutes les facettes de la passion, au point que, parfois, il détrempe le clavier de ses larmes.
C’est vrai, j’exagère un peu : de toute façon, Lang-Lang n’est qu’un exemple-limite d’une attitude familière du pianiste : il joue à la fois et du piano et des registres de la passion.
Je crois qu’en fait, le pianiste se raconte une histoire que lui suggère la musique. On devrait peut-être dire qu’il est d’un bloc et la musique et l’histoire qu’elle lui raconte et les émotions qui en résultent.
D’ailleurs, regardez le chef de l’orchestre : lui aussi ne fait pas que battre la mesure ni qu’indiquer des intensités. Il mime également une histoire et les sentiments qui vont avec. A charge pour les musiciens de l’orchestre d’y trouver des indications pour l’exécution.

Friday, October 12, 2012

Citation du 13 octobre 2012



Plus fort que la passion l’illusion
Miss-Tic

Miss.Tic three. –
- Voici ce que nous raconte la nouvelle campagne pour le parfum de Jean Paul Gaultier "Le Mâle" par Jean Baptiste Mondino - à voir ici. (1)
C’est l’histoire d’une belle dame qui a passé une nuit torride avec un beau matelot – un bien craquant avec des gros bras et une peau bien lisse, comme Jean-Paul Gaultier les aime.
Comme le montrent nos images, au petit matin le beau marin s’habille pendant que la dame dort encore, et après un dernier regard au corps étendu sur le lit, il jette sa veste sur l’épaule et part sans se retourner.
La dame se soulève un peu – en fait elle ne dormait pas. Pour prolonger la présence de son beau marin elle prend son oreiller en enfouit son visage dedans, afin de retrouver son parfum – Le mâle de J-P Gaultier évidemment.


Le message publicitaire est clair : l’illusion de la présence suppose la présence d’une illusion, et nécessite donc quelque chose qui la produise : ce quelque chose, c’est bien sûr le parfum (J-P-Gaultier-le-mâle). Ce sillage de virilité qui va nous suivre et nous caractériser – nous, les hommes – c’est lui : Le-parfum-J-P-etc
Un peu gonflés les pubeux ! Car en réalité, c’est l’amour – la passion torride vécue par cette belle dame dans ces bras vigoureux etc… – qui produit cette illusion. Et ça fait maintenant trois jours, qu’en suivant Miss.Tic pas à pas, nous le répétons.
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(1) Ce spot est un beau moment de cinéma. Néanmoins, pour les mélomanes qui n’auraient retenu que l’air d’opéra qui baigne toute cette séquence, signalons qu’il s’agit de l’air de la Casta diva, extrait de la Norma de Bellini – qu’on peut écouterici chanté par Renée Fleming.