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Tuesday, July 18, 2017

Citation du 19 juillet 2017

Le silence est aussi plein de sagesse et d'esprit en puissance que le marbre non taillé est riche de sculpture.
Aldous Huxley – Contrepoint
Le maître dont l'oracle est à Delphes ne dit, ni ne cache, mais il donne des signes
Héraclite.
En lisant l’Histoire du silence d’Alain Corbin, on est saisi d’un doute : et si le silence n’avait de sens que par les paroles qu’on prononce ou qu’on écrit à son propos ? Si le silence non seulement ne « disait » rien, mais aussi ne signifiait rien – si contrairement à ce qu’en dit Héraclite, il ne « donnait » aucun signe, ce qui n’empêche pas que le silence de la parole vienne souligner la présence d’autres signes? Moyennant quoi, quand Alain Corbin écrit un livre sur le silence, il écrit en réalité « autour » du silence : ce qui n’est pas sans intérêt, mais qui laisse le mystère du silence entier – car on peut toujours supposer qu’un autre sens est là, tout prêt à être évoqué…

Nous voilà arrivé à la Citation de Huxley, qu’on peut lire au premier degré, tout comme on peut la lire avec une intention ironique.
- Oui, la Vénus de Milo était en puissance dans le bloc de marbre dont elle fut tirée, de même que bien d’autres statues qui du coup sont restées virtuelles. Alors dans le moment de silence que s’impose l’esprit, toute la puissance sémantique s’éveille et se précipite pour parvenir à la sphère de l’énoncé. Ah… Et si tous ces mots étaient comme des spermatozoïdes qui se bousculent pour féconder l’ovule, qui se hâtent pour pénétrer l’ « ovule de la parole » ! Mais un seul y parviendra tandis que les autres agoniseront dans des soubresauts tragiques…
  


Vu ici
Stop ! Je dérape dans l’ironie, alors que ce n’est que maintenant que je voulais y parvenir. Car la véritable ironie consiste à dire :

- Oui, il y a autant de valeur dans le silence que de statues dans le bloc de marbre brut qu’on vient se sortir de la carrière – c’est  à dire aucun.

Monday, August 01, 2016

Citation du 2 aout 2016

La parole est moitié à celui qui parle, moitié à celui qui écoute.
Montaigne – Essais

Parler. – « Faculté d'exprimer et de communiquer la pensée au moyen du système des sons du langage articulé émis par les organes phonateurs. » Si la parole désigne le plus souvent les sons de la langue, il ne faudrait pas oublier qu’elle est d’abord expression et communication de la pensée. Sinon un phonographe « parlerait », ce que personne ne croit à part le chien de Pathé Marconi :



La Voix de son Maitre (vu sur le site de rétrospective consacrée à l’enregistrement)

Maintenant, il faut aussi rappeler les fonctions du langage de Jacobson (si plaisamment évoquées dans le livre de Binet La 7ème fonction du langage) : la communication suppose toujours au moins deux éléments : un émetteur et un destinataire. Quelqu’un qui parle à quelqu’un qui écoute. C’est si vrai que les principales fonctions du langage sont destinées à rendre possible cette co-présence au cours de la communication.
Montaigne en dit un peu plus : si la pensée est ce qui se communique, son contenu n’appartient pas seulement à celui qui l’exprime, mais aussi pour moitié à celui qui l’entend (entendre au sens de comprendre).
Oui, quand je parle je dois admettre que ce que je dis dépend aussi de ceux qui m’écoutent. D’où l’importance du dialogue, et aussi de la fonction phatique de Jacobson. Et d’ailleurs, c’est là le risque pris par ce Blog : parachuter un bout de pensée dans un contexte jamais maitrisé, jamais balisé ni connu. Vous qui me lisez, êtes-vous entrain de prendre votre petit déjeuner ? De surfer juste avant d’aller vous coucher ? Avez-vous au contraire recherché dans Google des citations à engranger ? Car selon les circonstances vous ne comprendrez pas ces textes de la même façon.
Ainsi donc on pourrait me prêter toutes sortes de pensées, même celles que je n’aurais pas eues ? Mais après tout, qu’importe ? Qui serais-je donc pour m’en émouvoir, alors qu’on dit que le Coran est tellement riche de significations qu’on ne peut le comprendre en dehors d’un commentaire autorisé qui en détache une  miette pour la faire adorer des fidèles.

Oui, notre Citation-du-jour prend un singulier relief si on l’applique à la Révélation…

Monday, August 17, 2015

Citation du 18 aout 2015

En vérité le mentir est un maudit vice. Nous ne sommes hommes et nous ne tenons les uns aux autres que par nos paroles.
Montaigne Essais Livre I, chapitre 9 « Des menteurs » (cf. citation en annexe)
Nous avons vu il y peu comment selon Durkheim les hommes tenaient les uns aux autres grâce à la satisfaction des besoins sociaux. Pour Montaigne, la situation est différente. Ici point d’échanges économiques, point de dépendance mutuelle selon des règles, ni de satisfaction collective des besoins individuels – du moins ce n’est pas ce qui prime, car c’est par la parole que nous tenons les uns aux autres : la parole devient le lieu primordial d’échange, principal pont jeté entre les individus. Mais la parole ne peut réunir les hommes qu’autour de la réalité, c’est à dire quand cette parole est vérace : maudits soient les menteurs ! Si la parole est partage, elle ne l’est vraiment que si elle nous offre le partage non pas de sentiments ou d’opinions, mais de réalité.
Ou plutôt : on peut bien sûr partager avec les autres en « disant » nos sentiments ; mais ils doivent alors être dits avec sincérité et  non simulés : peu importe que l’amoureux parle avec élan et poésie de son amour. S’il le fait tant mieux ; mais si c’est menterie, alors c’est un désastre. On doit avoir confiance dans la parole de l’autre, sinon c’est tout l’édifice des relations sociales qui s’écroule.
On dit qu’en économie la confiance est indispensable : voyez les créanciers de la Grèce qui refusaient de croire les promesses des négociateurs grecs : il fallait mieux que des mots – il fallait des dépôts de garantie. Mais au bout des nuits de négociations, c’est quand même la signature apposée au bas du parchemin qui a scellé l’accord.
Signer, c’est donner sa parole.
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« En vérité le mentir est un maudit vice. Nous ne sommes hommes, et ne nous tenons les uns aux autres que par la parole. Si nous en connaissions l'horreur et le poids, nous le poursuivrions à feu, plus justement que d'autres crimes. Je trouve qu'on s'amuse ordinairement à châtier aux enfants des erreurs innocentes, très mal à propos, et qu'on les tourmente pour des actions téméraires, qui ne laissent ni empreinte ni suite. La menterie seule, et un peu au dessous, l’entêtement, me semblent être celles desquelles on devrait à toute instance combattre la naissance et le progrès, elles croissent avec eux : et après qu'on a donné ce faux train à la langue, c'est merveille combien il est impossible de l'en retirer. Par où il advient, que nous voyons des honnêtes hommes d'ailleurs, y être sujets et asservis. J'ai un bon garçon de tailleur, à qui je n'ouïs jamais dire une vérité, même pas quand elle s'offre pour lui servir utilement. » (Texte légèrement modifié – Cf. Edition Pinganaud – Arléa)

Monday, January 19, 2015

Citation du 20 janvier 2015

Tous les hommes sont semblables par les paroles ; et ce n’est que les actions, qui les découvrent <révèlent> différents.
Molière – L’avare, acte I, scène 1

- Raison pour la quelle Elise se méfie de Valère qui lui jure un amour éternel : les paroles peuvent être mensongères, les actes ne le sont pas. La parole, c’est seulement un peu d’air qui s’échappe de nos lèvres – Flatus vocis. Par contre, en agissant nous imprimons dans le réel notre réalité. Ce que nous faisons se révèle au grand jour, puisqu’il s’agit de changer – ou de conserver – la réalité. Sincérité de l’engagement ; authenticité du résultat qui se montre à tous.
- Tout cela est vrai et on l’a souvent dit : en amour, les paroles sont trompeuses ; il n’y a que les actes faits par amour qui soient probants.

Mais le philosophe voudra aller un peu plus loin : il y a, dira-t-il, une autre différence essentielle entre le concept (porté par la parole) et la réalité (révélée par l’action). C’est que le premier est généralisant et le second particularisant. Du coup, le même mot peut s’appliquer à des réalités très différentes. Parce que vous voulez que votre enfant soit heureux vous lui avez offert une console de jeu pour Noël ; maintenant vous la lui confisquez parce qu’il travaille mal à l’école : "Si tu continue comme ça, tu seras chômeur quand tu seras grand. C’est pour ton bien que je fais ça !"

Eh, oui ! Tout le monde veut le Beau le Bon le Bien. Les discours des politiques réclament tous la même chose : Plus de justice ! Plus de liberté ! Plus de cohésion sociale ! Etc.

On a tendance à hausser les épaules en se disant qu’ils sont de toute façon incapables de réaliser leurs promesses. Peut-être. Mais on devrait se dire : si par miracle ils pouvaient réaliser ce qu’ils réclament, est-ce qu’ils nous donneraient tous la même chose ?