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Monday, June 15, 2015

Citation du 16 juin 2015

Quand on dit ce qu'on ne devrait pas dire, on s'expose à entendre ce qu'on ne voudrait pas entendre.
Chilon de Sparte (l’un des sept sages)
Quand on voit ce qu'on voit, p'is qu'on entend ce qu'on entend ... on a raison de penser ce qu'on pense !
Attribué à Coluche
Ne nous laissons pas séduire par la forme : exigeons aussi du fonds ! La citation attribuée à Coluche retient l’attention par une construction bien balancée, mais elle revient à parler pour ne rien dire. C’est même de là que vient justement son effet comique
La citation de Chiron a le même structure mais elle n’a pas un tel effet parce qu’elle a quelque chose à nous dire, à savoir que la conversation obéit aux règles de la bienséance. Règles qui font que, lorsqu’on connait des choses désagréables sur quelqu’un, on les tait – du moins en sa présence – parce que les dire serait choquant. Curieux quand même, quand on y pense : je peux savoir que mon interlocuteur me méprise, mais tant qu’il me le dit pas en face, je peux continuer de lui parler.
C’est un fait surprenant, mais beaucoup plus général qu’on le croirait : d’ailleurs, qu’importe que ce  jeu soit verbal, ce qui compte, c’est que, pour vivre ensemble, il nous faille porter un masque. C’est exactement le processus de la politesse, lorsqu’on formule des souhaits de bienvenue ou d’adieux à la sincérité des quels personne ne croit, mais qui assure qu’on est dans une réciprocité pacifique. Car, voilà : à dire ce qu’on ne devrait pas dire, on entre dans une nouvelle réciprocité, celle de la discourtoisie et de la violence. Du coup, la réciprocité n’est plus souhaitable : quand je serre la main d’un interlocuteur, il y a bien symétrie du geste – mais si nous échangeons des claques, la même symétrie ne donne pas le même résultat.

D’ailleurs, la poignée de main avait à l’origine pour but de montrer à l’interlocuteur qu’on n’avait pas un poignard dans la manche. On ne saurait mieux dire.

Sunday, April 26, 2015

Citation du 27 avril 2015

Tu parles trop, j'entends du soir au matin / Les mêmes mots, toujours les mêmes refrains / Tu fais:" Bla bla bla bla " / C'est ton défaut
Tu parles trop : paroles de Richard Antony, chanté par Eddy Mitchell (Les chaussettes noires)

In Memoriam.
Hélas ! Richard Antony est mort… Pleurons l’idole yé-yé mais aussi souvenons-nous qu’à l’époque nous tenions ces jeunes gens pour ridicules.
Ainsi, Richard Antony a écrit les paroles de cette chanson, mais le meilleur de son texte est dans les onomatopées : « Tu fais:" Bla bla bla bla " » dit le chanteur, mais c’est pour s’exclamer juste après : « Rien n'est plus beau, tu peux parler nuit et jour / Oui, oui, ha-a-a-a! » Enfin, quand on est yé-yé, on peut se permettre ça.

Tu parles trop… Mais au fait : comment sait-on qu’on « parle trop » ?
Celui qui parle trop est  quelqu’un qui parle de façon incoercible : « Bla-bla-bla ». Ce défaut  est encore pire quand on ne sait pas quoi dire, car voici des gens qui bavardent sans trop se soucier de dire quelque chose : comme lorsqu’on est en voiture et qu’on veut passer le temps dans les embouteillage. Ce qu’a très bien compris le créateur du site de co-voiturage Blablacar (1).

Maintenant lisons le texte de cette chanson avec un peu d’attention. La petite nana de la chanson qui parle trop ne se contente pas de remuer de l’air de ses jolies  lèvres sans rien dire de significatif – flatus vocis – bien au contraire hélas ! Elle dit aussi certaines choses qu’elle ferait mieux de taire. On lui reproche ainsi de « dire bien fort ce que les gens pensent tout bas », et aussi de révéler ce qu’on voudrait cacher : « avec toi mon percepteur / De mon magot, connaît le chiffre par cœur ». On reconnaît la misogynie classique qui reproche aux femmes d’être des écervelées. Mais en réalité, ce reproche concerne quiconque parle trop : car forcément à un moment où à un autre viendra au grand jour ce qu’on aurait du cacher. La parole se soule d’elle-même.

Oui, nous arrivons presque sans y penser à répondre à la question « Comment sait-on qu’on parle trop ? ». C’est quand un mot en entrainant un autre c’est notre discours qui nous gouverne et non l’inverse
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(1) « Pourquoi BlaBlaCar sur mobile et en Europe ? Parce que nous sommes très souvent bavards en voiture lorsqu'on se rencontre ! » (Lu ici)

Thursday, August 21, 2014

Citation du 22 août 2014



Savoir écouter est un art.
Epictète
Sagesse d’Epictète III
Allez ! Encore un petit tour chez Epictète, c’est moi qui vous l’offre.

Que signifie le mot « écouter » si l’on admet que ce soit un art ?
Au sens moderne du mot, l’art implique un talent particulier, voire un génie. Difficile à croire.
Admettons plutôt que l’art désigne, comme à l’époque d’Epictète, un savoir-faire, ou une science appliquée. Bref, quelque chose qui n’est pas spontané, mais qui peut s’apprendre, qui suppose un effort et de l’attention.
--> Concernant l'écoute, cela pose 3 questions : 1) que contient cet art 2) que requiert-il, 3) comment savoir si mon interlocuteur le possède ? (Autrement dit : est-ce que ça vaut le coup de lui parler ?)

1) En réalité, cet art est on ne peut plus facile à définir, même s’il est difficile à appliquer.
Car, celui qui vous écoute ne peut le faire qu’à condition de pouvoir intervenir dans votre propos, en sorte que sa pensée puisse se mêler à la vôtre, voire même se l’approprier comme lorsqu’on dialogue avec quelqu’un. Certes, ce dialogue peut-être virtuel, comme lorsqu’on lit un livre ; mais il est mieux qu’il soit réel, lorsque, justement, on écoute celui qui nous parle. On n’écoute qu’en pensant-avec (par exemple) le conférencier, en s’émouvant-avec (quelqu’un comme) le poète, en apprenant-avec le professeur, etc.
2) On voit bien que l’art d’écouter suppose un art symétrique du côté de la personne qui parle : c’est l’art de se faire écouter. Cet art ne suppose pas un acte d’autorité (comme trop de profs le croient), ni un art de séduire (qui anesthésie la pensée) ; il suppose un talent pour susciter la curiosité – mais attention, ce n’est qu’un premier moment. Il faut à partir de là entamer un dialogue avec celui qui écoute, de sorte qu’il soit mobilisé au point qu’il s’efforce de devancer si possible votre propos. On remarque parfois que les guides chargés de faire visiter un monument historique se mettent à interroger les touristes, un peu comme le ferait un instit : c’est irritant, mais il faut le comprendre. Si vous n’aviez que 30 minutes pour accrocher un auditoire et faire qu’il n’oublie pas tout ce que vous lui avez expliqué dans la minute qui suit : que feriez-vous ?
3) Malheureusement bien des gens font seulement semblant de vous écouter : moi qui ai été de longues années amené à parler devant des lycéens qui – pour certains – n’avaient qu’un espoir : entendre sonner la fin de la classe, je peux vous dire qu’il y a bien des stratégies pour faire croire qu’on écoute alors qu’on songe à bien d’autres choses.
Pour cela, l’un des moyen le plus simple, c’est de fournir des preuves qu’entre celui qui parle et celui qui écoute le canal et ouvert (1). Il y a des gens qui branlent du chef en signe d’approbation dès que votre regard croise le leur. Au téléphone, ce sont ceux qui ponctuent vos paroles de borborygmes : hump-hump-humpf…
On peut aussi faire semblant de prendre des notes, ou au contraire de lever pensivement les yeux au plafond.  
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(1) Canal au sens du contact selon Jakobson : " le message requiert un contact, un canal physique et une connexion psychologique entre le destinateur et le destinataire, contact qui leur permet d'établir et de maintenir la communication." Voir ici.

Monday, August 05, 2013

Citation du 6 août 2013



Les gens exigent la liberté d'expression pour compenser la liberté de pensée qu'ils préfèrent éviter.        
Kierkegaard
Séquence souvenir : du temps où j’étais prof de philo, il  m’arrivait de donner à  mes élèves ce sujet de réflexion :
Que vaut l’expression « Parler pour ne rien dire » ?
Et bien sûr, c’est le « pour ne rien dire » qui faisait problème. Quant à moi, tranquille, je les attendais au tournant avec cette pensée de Kierkegaard…
Car, en effet, Kierkegaard nous assène bien cette vérité : nous parlons – parfois – pour éviter de penser. Et cela parce que, comme le dit Platon, la « vraie » pensée est « un discours que l’âme se tient à elle-même » (1). La libre expression au contraire communique la pensée au fur et à mesure qu’elle apparait, et, comme un enfant prématuré, elle porte les stigmates de l’immaturité ; cette « pensée » est une pensée sans contenu.
Oui, mais : si c’est volontaire (« pour ne rien dire »), alors il faut supposer que la pensée est vécue comme un exercice dangereux, qui nous expose à des désagréments, raison pour laquelle Kant estimait nécessaire de nous encourager fortement : Ose penser, disait-il (en latin : Sapere aude). Car la pensée est un long et parfois douloureux processus, un peu comme un accouchement – d’ailleurs Socrate se disait « accoucheur des âmes ».
Deux conséquences :
- S’exprimer est une manière de se débarrasser de ce que nous disons. C’est une façon de passer à autre chose, comme dans la cure psychanalytique. Pourquoi pas ?
- Ce que pointe Kierkegaard c’est le ridicule rengorgement de celui qui est fier de dire son opinion, comme si celle-ci avait en soi un intérêt. On fait don de son opinion un peu comme le petit enfant qui apprend la propreté fait don à sa maman du contenu de son pot de chambre.
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(1) Théétète 263 e – Sur tout cela voir Post du 28 juin dernier

Thursday, January 28, 2010

Citation du 29 janvier 2010

Je sais telle personne que j'ai vue tous les jours pendant douze ans, et qui, grâce à une charmante vivacité d'esprit, ne m'a jamais laissé terminer une phrase. - Les personnes de ce caractère croient qu'elles devinent aux premiers mots ce que vous voulez dire ; alors, sans attendre plus longtemps, elles vous coupent la parole, et répondent avec ardeur et véhémence à ce que vous n'avez ni dit, ni voulu dire, ni pensé.

Alphonse Karr – Une poignée de vérités

Dans la série « Les gens qui vous horripilent » : les coupeurs de parole.

Nous connaissons tous – comme Alphonse Karr – des gens qui nous coupent la parole pour nous répondre avant que nous ayons eu l’occasion de terminer notre phrase. Et on pense aujourd’hui à ces débats stériles dont la radio ou la télé nous abreuvent, où chacun essaie de parler « sur » l’autre, non seulement pour l’empêcher de s’exprimer, mais encore pour phagocyter son temps de parole pour profiter d’un plus grand délai pour s’exprimer.

Oui. Mais il y a pire : il y a ceux qui vous coupent la parole pour terminer votre phrase, à votre place, manifestant ainsi avec vous un centre d’intérêt commun, une complicité, une communauté de pensée.

Ceux-là malgré leur intention qu’on suppose amicale sont les pires, non seulement parce qu’ils peuvent se tromper – j’avoue prendre un malin plaisir à poursuivre mon propos sur un chemin qui n’est pas le leur et jouir ainsi de leur mine déconfite – mais parce qu’en disant ce que nous-mêmes nous allions dire, ils prennent un ascendant sur nous, ils se mettent en surplomb par rapport à nous, ils englobent notre pensée dans la leur.

Autrefois, on disait aux petits enfants : « On ne parle pas pendant les repas ! », laissant ainsi aux adultes le droit d’exercer seuls le pouvoir de parler. Et puis il y a eu la révolution éducative, et l’enfant roi, celui qui parle étourdiment en même temps que vous, qui vous coupe la parole parce qu’il n’écoute pas ce que vous dites et que son avis lui paraît plus important que tout.

Mais j’ai connu des enfants encore plus exigeants, qui piquaient des crises de rage quand on ne leur laissait pas terminer leurs phrases. Ceux-là exprimait en toute naïveté ce que nous n’osons plus dire ouvertement : les coupeurs de parole portent atteinte à notre droit à la parole, c'est-à-dire à la libre pensée

Friday, December 26, 2008

Citation du 27 décembre 2008


Je blâme ici plus de gens qu'on ne pense. / Tout babillard, tout censeur, tout pédant, / Se peut connaître au discours que j'avance : / Chacun des trois fait un peuple fort grand ; / Le Créateur en a béni l'engeance. / En toute affaire ils ne font que songer / Aux moyens d'exercer leur langue.

La Fontaine – L'enfant et le Maître d'école.

L’erreur à ne pas commettre serait de croire que La Fontaine critique ici ceux qui pensent qu’un long discours vaut mieux qu’une action rapide (du genre Zazie « Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire »). Non, son propos est de nous mettre en garde contre ceux qui n’ont qu’un seul projet : parler.

Dans cette fable, La Fontaine raconte l’histoire d’un enfant qui tombe à l’eau. Vient à passer un maître d’école, qui le gronde sévèrement avant de le sortir de l’eau. Que n’a-t-il fait l’inverse ? On le devine : s’il l’eut fait, l’enfant aurait détalé sans l’écouter le laissant là avec son discours moralisateur.

Nous avons bien le moyen d’exercer notre langue en parlant à nos animaux favoris, voire même tout seul dans notre chambre. Mais voilà : ça ne nous convient pas. Pour parler il nous faut une oreille disponible, mais pour qu’elle le soit, on dirait qu’il suffit qu’elle soit à notre portée. Car, que notre discours intéresse le possesseur de cette oreille nous inquiète fort peu – du moins si nous faisons partie des babillards, des censeurs, des pédants.

Parler est un plaisir que l’être humain s’octroie sans même y penser. Il faut avoir une règle de fer, comme au Carmel, pour considérer la parole comme un plaisir pervers.

Il faudrait un peu plus de temps et de perspicacité que je n’en ai pour décortiquer les plaisirs qui trouvent à se satisfaire dans cet exercice. Il n’empêche : si les anthropologues qui font dériver le langage humain d’un système de communication vocal des chasseurs primitifs (le call system) ont raison, alors l’humanité a beaucoup évolué depuis. On est devenu capable de parler pour ne rien dire.