Monday, June 15, 2015
Citation du 16 juin 2015
Sunday, April 26, 2015
Citation du 27 avril 2015
Thursday, August 21, 2014
Citation du 22 août 2014
Monday, August 05, 2013
Citation du 6 août 2013
Thursday, January 28, 2010
Citation du 29 janvier 2010
Je sais telle personne que j'ai vue tous les jours pendant douze ans, et qui, grâce à une charmante vivacité d'esprit, ne m'a jamais laissé terminer une phrase. - Les personnes de ce caractère croient qu'elles devinent aux premiers mots ce que vous voulez dire ; alors, sans attendre plus longtemps, elles vous coupent la parole, et répondent avec ardeur et véhémence à ce que vous n'avez ni dit, ni voulu dire, ni pensé.
Alphonse Karr – Une poignée de vérités
Dans la série « Les gens qui vous horripilent » : les coupeurs de parole.
Nous connaissons tous – comme Alphonse Karr – des gens qui nous coupent la parole pour nous répondre avant que nous ayons eu l’occasion de terminer notre phrase. Et on pense aujourd’hui à ces débats stériles dont la radio ou la télé nous abreuvent, où chacun essaie de parler « sur » l’autre, non seulement pour l’empêcher de s’exprimer, mais encore pour phagocyter son temps de parole pour profiter d’un plus grand délai pour s’exprimer.
Oui. Mais il y a pire : il y a ceux qui vous coupent la parole pour terminer votre phrase, à votre place, manifestant ainsi avec vous un centre d’intérêt commun, une complicité, une communauté de pensée.
Ceux-là malgré leur intention qu’on suppose amicale sont les pires, non seulement parce qu’ils peuvent se tromper – j’avoue prendre un malin plaisir à poursuivre mon propos sur un chemin qui n’est pas le leur et jouir ainsi de leur mine déconfite – mais parce qu’en disant ce que nous-mêmes nous allions dire, ils prennent un ascendant sur nous, ils se mettent en surplomb par rapport à nous, ils englobent notre pensée dans la leur.
Autrefois, on disait aux petits enfants : « On ne parle pas pendant les repas ! », laissant ainsi aux adultes le droit d’exercer seuls le pouvoir de parler. Et puis il y a eu la révolution éducative, et l’enfant roi, celui qui parle étourdiment en même temps que vous, qui vous coupe la parole parce qu’il n’écoute pas ce que vous dites et que son avis lui paraît plus important que tout.
Mais j’ai connu des enfants encore plus exigeants, qui piquaient des crises de rage quand on ne leur laissait pas terminer leurs phrases. Ceux-là exprimait en toute naïveté ce que nous n’osons plus dire ouvertement : les coupeurs de parole portent atteinte à notre droit à la parole, c'est-à-dire à la libre pensée
Friday, December 26, 2008
Citation du 27 décembre 2008
Je blâme ici plus de gens qu'on ne pense. / Tout babillard, tout censeur, tout pédant, / Se peut connaître au discours que j'avance : / Chacun des trois fait un peuple fort grand ; / Le Créateur en a béni l'engeance. / En toute affaire ils ne font que songer / Aux moyens d'exercer leur langue.
La Fontaine – L'enfant et le Maître d'école.
L’erreur à ne pas commettre serait de croire que La Fontaine critique ici ceux qui pensent qu’un long discours vaut mieux qu’une action rapide (du genre Zazie « Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire »). Non, son propos est de nous mettre en garde contre ceux qui n’ont qu’un seul projet : parler.
Dans cette fable, La Fontaine raconte l’histoire d’un enfant qui tombe à l’eau. Vient à passer un maître d’école, qui le gronde sévèrement avant de le sortir de l’eau. Que n’a-t-il fait l’inverse ? On le devine : s’il l’eut fait, l’enfant aurait détalé sans l’écouter le laissant là avec son discours moralisateur.
Nous avons bien le moyen d’exercer notre langue en parlant à nos animaux favoris, voire même tout seul dans notre chambre. Mais voilà : ça ne nous convient pas. Pour parler il nous faut une oreille disponible, mais pour qu’elle le soit, on dirait qu’il suffit qu’elle soit à notre portée. Car, que notre discours intéresse le possesseur de cette oreille nous inquiète fort peu – du moins si nous faisons partie des babillards, des censeurs, des pédants.
Parler est un plaisir que l’être humain s’octroie sans même y penser. Il faut avoir une règle de fer, comme au Carmel, pour considérer la parole comme un plaisir pervers.
Il faudrait un peu plus de temps et de perspicacité que je n’en ai pour décortiquer les plaisirs qui trouvent à se satisfaire dans cet exercice. Il n’empêche : si les anthropologues qui font dériver le langage humain d’un système de communication vocal des chasseurs primitifs (le call system) ont raison, alors l’humanité a beaucoup évolué depuis. On est devenu capable de parler pour ne rien dire.