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Wednesday, July 11, 2012

Citation du 8 juillet 2012


Le scepticisme est le commencement de la foi.
Oscar Wilde
Revoici donc le paradoxe « wildien » dont nous parlions hier : comment attribuer au scepticisme le rôle d’initiateur de la foi ? Sauf erreur, le scepticisme étant la position de ceux qui estiment que la connaissance n’est pas accessible à l’homme, le mieux est de « suspendre son jugement » et non pas de l’affirmer dans l’élan de la foi. Car la foi procède certes d’un refus de reconnaitre la valeur de la connaissance ordinaire, mais en revanche elle exclut absolument la suspension du jugement. Elle est l’acte même de croire, là où le sceptique refuse de le faire.
D’où paradoxe. D’où nécessité de le résoudre (selon le principe posé hier). Peut-on y arriver ?
On pourrait se dire : après tout peut-être qu’Oscar Wilde se contente de pointer le rôle destructeur du scepticisme : il est ce qui renvoie comme également douteuses toutes les thèses scientifiques – oui mais on ne peut vivre dans ce doute : il faut choisir. On peut penser par exemple aux créationnistes qui déclarent que le darwinisme n’est pas plus prouvé que ne l’est la Révélation pour les athées. Sauf qu’ils ne sont pas athées : ils ont choisi leur camp. Donc il y a chez eux le moment où le sceptique après avoir liquidé la certitude scientifique se transforme en fidèle croyant en la parole biblique. Et c’est là que la citation de Wilde dérape un peu, parce qu’il fait comme si ce « commencement » de la foi (= scepticisme) était homogène à la foi elle-même, alors que ça suppose une véritable conversion.
Si l’on veut éviter la conversion, alors il convient de faire du scepticisme lui-même une foi – la Foi – qui oriente et éclaire l’existence. Le scepticisme est alors une position que l’on adopte mais non pas pour la quitter un jour : être sceptique, c’est l’être pour toujours.
Est-il inconséquent de faire du scepticisme une foi ? Si la foi a pour rôle, comme on vient de le dire, d’orienter et d’éclairer l’existence, peut-on affirmer que c’est là aussi ce que peut faire le scepticisme ?
On raconte qu’un jour Pyrrhon, le fondateur de cette doctrine, était sur le point de se jeter dans un ravin prétendant que rien ne prouvait que ce ravin existât ! Bel exemple d’incapacité du scepticisme à fonder une foi capable de guider dans la vie.
Conclusion ? Voici celle que je veux bien retenir : Oscar Wilde ne nous présente pas le véritable visage du scepticisme lorsqu’il en fait une origine de la foi. Mais alors qu’on applique la même règle à toute foi : qu’on exclue toutes celles qui obscurcissent notre vie au lieu de l’éclairer. Ça va faire de la place.

Citation du 7 juillet 2012


Il n’y a que les gens superficiels qui se connaissent.
Oscar Wilde
On pourrait être surpris du succès des citations d’Oscar Wilde : dans les dictionnaires en ligne, il y en a des pages et des pages. Certes, certaines d’entre elles sont d’attribution douteuse. Mais globalement le « ton Wilde » est suffisamment présent pour en garantir l’authenticité.
Qu’est-ce qui fait le succès de ces citations, alors qu’Oscar Wilde n’est pas le romancier le plus connu – en France du moins ?
La citation d’aujourd’hui est là pour nous en donner une idée.
1 – Vous trouvez un paradoxe : Il n’y a que les gens superficiels qui se connaissent, ce qui veut dire que ceux qui paraissent les moins aptes à la réflexion sur quoique ce soit sont pourtant les mieux placés pour connaitre ce qui est l’idéal inaccessible de la sagesse socratique (1). Excitant.
2 – Et puis tout de suite après on devine, ce qui n’est pas bien dur à faire, que si les gens superficiels se connaissent, c’est justement parce qu’il n’y a pas grand-chose à examiner.
--> Autrement dit, on émoustille votre curiosité avec un paradoxe. Puis on vous laisse deviner par vous-même comment le dissiper. Car ne l’oublions pas, un paradoxe doit toujours être dissipé ; sinon c’est une simple excitant, un peu comme une fille qui vous provoquerait de ses appâts sans rien avoir à vous vendre. 
Ce procédé tourne parfois au ridicule, comme cette citation – toujours de Wilde, bien entendu – Le travail est la plaie des classes qui boivent. Car on s’est contenté de permuter les mots de la formule connue (« la boisson est la plaie des classes laborieuses »), procédé qu’on pourrait reproduire mécaniquement pour n’importe quelle sentence (Quand les enfants boivent, les parents trinquent).
Mais ce n’est pas si fréquent, ainsi qu’on espère le montrer demain.
A suivre
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(1) Connais-toi toi-même